‹ Histoire de la vie et de l'épiscopat de S. Charles BorroméeChapitre 38 sur 50 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

Le cardinal Borromée se rend k Lodi pour y recevoir impératrice Marie d^Autriche. — Il accompagne le duc de Savoie k Turin et visite une seconde fois le saint suaire. — Ses saintes pérégrinations dans les vallées d« Bergame, de Cavargna et de Calanca dans les pays des Grisons» où il convertit un grand nombre d'habitants à la fui catholique.

De retour dans son diocèse , le cardinal Borromée ayant appris que l'impératrice Marie d'Autriche était attendue à Lodi , ne fit qu'un court séjour à Milan , et se hâta de se rendre dans la première de ces deux villes , dont l'évêque était son suffragant , afin d'y recevoir la sœur de sa majesté le roi catholique et de lui rendre les honneurs" dus à la dignité impériale. Après avoir ordonné qu'on ornât la cathédrale avec pompe et magnificence , après avoir appelé les musiciens les plus renommés et chargé son maître des cérémonies de tout disposer pour que la réception de sa majesté fût splendide, il alla au-devant de la princesse jusqu'à Soncino où toute la noblesse du Milanais s'était déjà rassemblée. Arrivée à Lodi , Marie se rendit à la cathédrale, où elle entendit la messe et où le cardinal-archevêque la harangua en présence d'une foule immense de peuple édifiée de la piété et de la modestie de cette vertueuse princesse. Sa Majesté impériale ne devant pas séjourner au delà d'une journée à Lodi , dès le lendemain matin, le cardinal-archevêque alla prendre congé d'elle, et lui fit présent d'une riche croix d'or, enrichie de saintes

reliques , d'un chapelet précieux et de plusieurs livres spirituels recouverts de lames d'or , travaillés avec un art infini. L'impératrice reçut ces dons avec de grands témoignages de piété et de reconnaissance, et assura le saint prélat qu'ellejes conserverait soigneusement jusqu'à l'heure de sa mort. Charles offrit également à l'archiduc Maximilien , aux autres seigneurs et aux dames de la cour de l'impératrice des agnus Deij des livres spirituels et des chapelets bénits. De pieux devoirs rappelèrent le cardinal Borromée à Milan. Toutefois il quitta de nouveau cette ville au bout de quelques semaines et se dirigea vers Verceil , afin d'assister à la translation du corps de saint Eusèbe martyr, pour lequel il avait toujours eu une grande vénération. Cette cérémonie eut lieu avec une solennité extraordinaire, la . possession de ces saintes reliques ayant rempli les habitants de Verceil d'une allégresse universelle. Lorsque tout fut terminé , Charles , considérant qu'il n'était point fort éloigné de Massino où le duc de Savoie se trouvait, ne voulut point perdre cette occasion d'aller visiter ce prince, auquel on a vu qu'il portait une affection paternelle. La venue de Charles causa une vive joie au jeune duc , qui s'empressa d'aller à sa rencontre , l'emmena dans le logis qu'il occupait , et s'entretint le reste du jour avec lui ; « Charles entrant en divers discours au sujet du salut et direction, tant de la personne propre de Son Altesse, comme de ses Etats. Puis le duc pour jouir plus longuement de sa présence, et pour le plus honorer en la cité ducale , l'enrôla de venir avec luy à Turin , et afin qu'il ne luy deniast cette grâce qu'il désiroit ardemment, il adjousta qu'avec cette occasion il pourroit encore visiter le sainct suaire de Notre-Seigneur, auquel il savoit que le cardinal portoit grande dévotion. Le saint prélat accepta vo-

loDtiers cette invitation et avec un grand contentement de tous deux, ils s'acheminèrent ensemble. Et ne voulut son altesse se monstrer en rien inférieur au duc son pore , quant à caresser, bien venir et honorer le cardinal , comme aussi se monstroit-il semblable en toutes les vertus et particulièrement en la religion et dévotion , visitant encores , vénérant cette trè*-sâincte relique en compagnie du mesme cardinal (1). » Après être ainsi demeuré une semaine à Turin, le saint archevêque prit congé du duc de Savoie, et se disposa à entreprendre une nouvelle visite pastorale qu'il avait résolu de faire dans les paroisses de son diocèse les plus éloignées de Milan , et dans certaines vallées situées dans les diocèses soumis à sa juridiction métropolitaine. Voici suivant un historien contemporain de saint Charles, auquel nous avons déjà emprunté quelques-uns de nos récits , comment le cardinal Borromée exécutait ordinairement ces pieuses et charitables pérégrinations. « Allant en visite il entroit eu habit pontifical , avec sa mule aussi re*vestue , et estoit reçu de tout le peuple avec un admirable applaudissement et la salve de beaucoup d'arquebusades. Et les principaux des lieux briguoient de porter le poêle , soubs lequel il estoit, et lui faire quelque service. Tout le monde lui venoit devant en procession fort dévotement, premièrement les femmes et puis les hommes chantant tous des louanges à Dieu et des psaumes ou hymnes. Estant entré dans Téglise il donnoit la bénédiction pontificale au peuple , et puis incontinent il moutoit en chaire et leur preschoit un quart d'heure , ou un peu davantage, traitant

(4) J.-P. Giadsano, Hùtoire d$ la vie, vertus, mort, ete,, de iaint Charhê Borromée.

de rimportance de eette action , et combien grand bénéfice de Dieu e$t fait aux âmes quand il les visite , et en quelles manières elles doivent être disposées pour tirer fruict d'un si grand don. Il leur annonçoit après, que quiconque, le jour suivant , communieroit de sa main , obtiendroit indulgence plenière conformément à la grâce quy luy avoit élé octroyée par le sainct père. Cecy faict , il se retiroit à sa demeure , ne logeant jamais ailleurs qu'à la cure , et bien que les maisons des curés fussent très pauvres , sans plancher, parmi les monceaux de froment et de millet, et autres grains, il dormoit souvent sur la paille; car plus mal il estoit plus content estoit-il. Estant retiré en sa chambre il appelloit le curé et se faisoit donner un rôle de tous les défauts et des péchés publics du peuple, pour le reprendre le jour suivant , et cecy faict il se mettoit à estudier quelques heures, et puis il alloit ordinairement se reposer sans manger jamais le soir, sinon les dimanches. Le matin il se levoit de bonne heure pour estudier, de sorte qu'il travailloit toujours plusieurs heures et disoit l'oflRce. Il alloit fort tard à l'église dire la messe pour donner le temps au peuple de se confesser et récx)ncilier pour la communion , pour laquelle fin il faisoit venir les prestres voisins outre ceux qu'il menoit avec luy. Estant entré à l'église il visitoit le cimetière , et faisoit l'aspersion et oraison sur les trépassés , puis il commençoit la messe; après l'évangile il montoit chaire et preschoit toujours plus d'une heure. Il pressoit fort sur les défauts de ceux qui l'escoutoient , sur le culte des églises et des autels , et sur la révérence qu'on doit porter aux prestres. Après cecy il poursuivoit la messe et communioit le peuple. La messe étant finie il commençoit à donner la confirmation en laquelle action il gardoit un

fort bel ordre. Il faisoit sortir de Téglise tout le perple et par après entrer; premièrement les hommes, puis les femmes. 11 falloit que quiconque vouloit être confirmé eût son nom escrit en un billet , celui de son père et de sa mère et le nom de celuy qui le tenoit à la confirmation. Un des prestres assistant le cardinal prenoit les billets de main en main et les lisoit à haute voix. On tenoit après registre de ces billets, et les curés outre les livres esquels ils écrivoient les baptesmes et les mariages , estoient obligés aussi d'avoir un livre auquel ils enregistroient le nom des confirmés et de leurs parrains avec l'indication du jour et de l'an. Avant que de confirmer, toujours en la prédication qu'il faisoit au milieu de la mefese en la seconde partie , il traitoit de ce sacrement, de l'eflicace effect et fruicts d'iceluy ; ayant achevé la conficmation , il visitoit la sacristie et les autels. Il preschoit fort sur la netteté des choses sacrés et desr saints sacremens; après cecy, il appelloit les prieurs et les prieures de la doctrine chrétienne. En entendant d'eux comment alloit avant ce très-saint institut, il donnoit ordinairement pour les animer à chacun et à chacune un grain béni du pape, à son instance, avec plusieurs indulgences. S'il y avoit autels à consacrer ou cloches à bénir, il le faisoit le matin à jeun. Après toutes les choses susdites il s'en alloit disner estant quasi toujours, midi ou deux heures après midi et davantage en esté, ayant demeuré en ces continuels travaux et au soleil ardent et es cimetières la teste découverte et nue , laquelle pour ces grandes incommodités* il avoit quasi toute pelée et bruslée.

» 11 employoit tout Taprès disné à donner audience , avec une trè^grande patience à tout le monde , du premier jusqu'au plus pauvre et plus idiot que c'eust esté ,

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et à visiter quelque église ou chapelle dépendantes de la cure(r/. »

Les premières paroisses que le cardinal visita furent les paroisses voisines du lac de Lugano et du lac de Corne. Il pénétra ensuite dans les vallées de Bergame, et ni les chaleurs excessives de la saison , ni la difficulté des chemins n'arrêtèrent le zèle infatigable du saint prélat. A Portezzo il eut la consolation de réconcilier les principaux habitants , esprits fiers et vindicatifs, qui vivaient depuis un grand nombre d'années dans une ammosité continuelle, et qui plusieurs fois avaient été *à la veille d'en venir aux mains. Après avoir parcouru la vallée Cavargne , if se dirigea vers le mont Lugozzone , lieu d'un accès difficile et qu'il n'atteignit qu'après une marche pénible. Il se rendit d'abord à l'église où il demeura en prières jusqu'au soir, et comme il n'existait aucune maison dans le voisinage , il se décida malgré l'obscurité de la nuit à redescendre dans la vallée en suivant « un chemin bordé de précipices et si périlleux qu'il fut jugé pour miracle, et qu'un ange de Dieu le conduisoit avec sa famille sain et sauf, au bas de ces passages effrayans. Le curé de Sonvico auquel on recourut pour se procurer des fascines et des torches, contraignit le saint prélat de demeurer avec luy le reste de la nuit , s'émerveillant , comme par un tems et ténèbres si obscurs il avoit pu descendre cette montagne sans recevoir aucun mal ; mais sa confiance étoit toujours en Dieu , et en tous périls il se tenoit assuré de son secours , puisqu'il n'entreprenoit ces voyages à la volée et inconsidé-

(4) Gio. Batt. Podsevino, Diseorsi delta i)ità et atHoni ai Carlo Bûtromeo.

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rément, mais pour daerdier le salut des pauvres âmes qui estûient éparses par ces montagnes , esquelles difficilement pouvoit habiter un prestre , pour la grande asprêté du pays. Mais c'estoit une chose admirable à voir la feste et réjouissance que menoient ces pauvres montagnards , et ces gens presque sauvages , de la visite et présence de leur sainct archevesque ; tous ces pauvrets couroient pour le voir, Tappellant Saint Père ! Vous eussiez vu ces peuples sortir des bourgs et des villes processionnellement au-devant de luy, tesmoignant la joie et exaltation de leur cœur, par les hymnes, litanies et autres cantiques dé dévotion qu'ils chantoient, l'accompagnant à l'église , ils se communioient souvent de sa main , et à la dérobée faisoient toucher leurs chapelets et couronnes à ses vestements ; quelques-uns consacroient pour reliques les bâtons qu'il portoit en main par ces montagnes, d'austres les couteaux desquels il se servoit ou les choses qui avoient touché à son corps. Et à la vérité ce n'estoit sans raison ni par légèreté qu'ils estoient mus à croire la sainteté qui estoit en luy, car ils en voyoient de leurs yeux propres des argumens très-clairs , comme estoient ces fatigues continuelles et intolérables qu'il avoit tous les jours, cheminant par lieux inaccessibles, sou jeusne exact au pain et à l'eau , ne dormir point la nuit en lits préparés , mais reposer peu d'heures sur la paille ou sur des feuilles d'arbres et bien souvent sur la terre ; faire de grandes aumônes aux pauvres et aux églises et donner quelquefois jusqu'aux parements desquels il se servoit, comme aussi la charité ardente dont il faisoit part à un chacun avec l'ardeur exhalante de sa saincte poictrine pour le zèle du salut des âmes. Ils conjecturoient encores sa sainteté, des cris et hurlemens que faisoient les possédés en sa présence ne le pouvant sup-

porter ni tolérer; ils voyoient aussi que les diables obéi&soient à sa saincte parole pour ce que quand il œmmunioit œux qui estoient travaillés des malins esprits, le diable soudain se retiroit et comme si c'eust esté un commandement qui luy eust esté enjoinct de la part de Dieu il n'ôsoit plus faire aucun mouvement. Ces choses et autres semblables manifestoient à ce$ peuples quelle estoit la sainctelé de ce bienheureux archevesque , et Tenflâmmoient tellement d'amour pour luy, que quand il partoit des villes, il leur sembloit que tout leur bien et bonheur se partoit d'avec eux, et, pour ce, tout le peuple Taccompagnoit avec larmes et soupirs pour la douleur extrême qu'ils ressentoient de son partement, beaucoup plus que si c'eust esté le propre père d'un chacun d'eux (1). » La présence du sainct cardinal dans le pays des Grisons qui dépendait alors pour le spirituel de l'archevêché de Milan , amena des résultats inespérés. Ces vallées peu fréquentées par les étrangers et qui séparent l'Italie de l'Allemagne étaient alors le refuge de prêtres apostats et impies qui étaient venus s'y dérober aux châtiments que leur conduite crimineîle leur avait mérités. Le mauvais exemple de leur vie vagabonde et les pernicieuses doctrines qu'ils ne craignaient point de tenter d'y introduire parmi^ le peuple avaient déjà corrompu une partie considérable des habitants et menaçaient de faire un plus grand mal encore, la foi s'éteignant peu à peu parmi ces gens simples et crédules. A la vue du cardinal accourant pour arracher à l'enfer ces âmes abusées, le repentir et la confiance renaquirent parmi le plus grand nombre. Quelques-uns des

(1) i.-P. Giussano, Histoire de la l'ie, vertu», mort, etc, de saint Charles Borromée.

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moins pervertis , se joignanl aux hommes pieux et craignaBt Dieu, allèrent au-devant du saint prélat et lui dépeignirent Tétat misérable dans lequel ils étaient tombés, (( entourés de sorciers et de maléfices diaboliques qui leur causoient des maux très-grands et intolérables, nuisoient aux ^ans, aux hommes et aux bétes, non seulement par diverses maladies et variété de maux , mais par la mort •encores , à ^elle fois que Ton voyoit les hommes et les troupeaux entiers se précipiter de dessus les hautes montagnes , ce qui estoit d'une infinie affliction et ruine à c^s pauvres gens(1). »

Au nombre des prêtres apostats, propagateurs des doctrines pernicieuses et impies qui avaient failli enlever une foule d'àmes ignorantes et faibles au catholicisme , était le curé de Roveredo, « pasteur devenu loup ravissant et ravageant impitoyablement son propre troupeau ; et comme à toutes les remontrances et raisons du cardinal et de ses assistans qui tentèrent tous à le sauver, ce cœur endurcy ne se put jamais ployer et venir à une vraye recognoissance , pour ce il fut de nécessité , pour obéir aux sacrés canons, d'en venir à sa dégradation publiquement, qui fut accompagnée des larmes et d'une douleur extrême du saint archevesque et d'une exhortation qu'il fit au peuple pleine de condoléance en la personne du criminel . ayant unextresme et infini déplaisir d'estre contraint pour rendre la. justice de faire chose si esloignée de sa piété et clémence (2). »

A Roveredo où le peuple était accouru de toutes parts à

(4) J.-P. Giussano , Histoire de la vie, vertus, mort, etc., de saint Charles Borramée,

(5) Idem.

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la nouvelle de l'arrivée de Charles , le cardinal, après avoir célébré la sainte messe , monta en chaire et prit pour sujet de son exhortation l'histoire de Joseph lorsque son père l'envoya à la recherche de ses frères, qui faisaient paitre leurs troupeaux dans la campagne, et qui répondit à quelqu'un qui lui demandait ce qu'il cherchait : Fratres meos quœro ! Je cherche mes frères ! Il s'appliqua ces paroles , et ajouta que le souverain pontife, vicaire de Jésus-Christ* sur la terre et le père commun de tous les fidèles , l'avait député vers eux comme vers ses enfants bien-aimés,; que lui aussi il les considérait et les chérissait comme ses propres frères, et que l'unique désir qu'il avait, était de leur rendre la paix et de contribuer au salut de leurs âmes et la cause qui l'avait déterminé à s'exposer aux dangers et aux fatigues qu'il avait eus à supporter pour arriver jusqu'à eux.

Les exercices de la visite du pieux métropolitain avaient été réglés ainsi : tous les matins le père Panigarole faisait une conférence pour confirmer les catholiques dans leur foi et démonstrer aux hérétiques la fausseté de leurs doctrines et les vérités de notre sainte religion. Le cardinal célébrait ensuite la messe , à l'issue de laquelle il prêchait, exhortant la multitude à faire pénitence , à changer de vie et à participer , chacun selon ses moyens , à l'ornement des églises et à la splendeur du culte divin. L'après-midi le père Galliardi expliquait le catéchisme au peuple , et des ecclésiastiques zélés et instruits entendaient les confessons des nombreux pénitents, avides de recevoir des mains du bienheureux prélat le saint sacrement de l'eucharistie. Ne se contentant point d'apporter à ces pauvres gens de pieuses instructions et des secours spirituels , le cardinal Borromée distribuait chaque jour aux plus nécessiteux

d'abondantes aumônes , pénétré qu'il était , que la charité des évoques envers les pauvres était le moyen le plus efficace pour gagner les cœurs des peuples et les convertir au Seigneur. La vie austère et Thumilité de Charles ne pouvaient manquer de faire aussi une vive impression sur la multitude, et de la convaincre de la fausseté des discours des prêtres apostats contre la sainteté de la vie des évéques et des cardinaux de l'Eglise romaine.

Convaincu que la perte des âmes et la ruine de la religion catholique provenaient surtout de la vie scandaleuse que menaient certains ecclésiastiques , le prélat s'appliqua avec un soin extrême à remédier à un mal aussi calamiteux. « Il trouva deux moines apostats qui , publiqu^nent en leurs maisons , vivoient avec leurs concubines et enfants , et compatissant k ce misérable estât, il s'employa paternellement à les rendre capables de se recognoistre , et voyant ainsi en lui tant de clémence ils ne se purent tenir de se jetter à ses pieds avec les larmes aux yeux, se commettant en ses pitoyables bras, le suppliant qu'il luy plust de pourvoir à leur salut et de ces pauvres femmes et enfans. Et luy recevant un infini contentement du gain de ces âmes , il moyenna que les religieux fussent reçus en leur religion et rétablis au premier estât d'observance régulière, et fit conduire les femmes et les enfans à Milan, les plaçant es lieux pieux (1). »

Informé également que certains curés négligaient les devoirs du saint ministère et n'observaient aucunement les règles de la discipline commandée par le saint concile de Trente et les conciles et synodes provinciaux , le car-

(1) J.-P. Giussano, Histoire de la vie, vertus, mort, etc., de saint Charles Borromée,

dinal Borromée interdit et bannit ces mauvais prêtres qu'il remplaça par de vertueux ecclésiastiques de la congrégation des oblats de SaintrAmbroise et par les pères de la compagnie de Jésus , qui ne tardèrent point à faire ouMier la criminelle conduite de leurs prédécesseurs , et à déraciner l'impiété et la superstition que ces derniers avaient répandues parmi ces peuples grossiers.

Après avoir ainsi régénéré la population tout entière de cette vaste contrée, le cardinal entra dans la sauvage vallée de Calanca , où il administra le saint sacrement du baptême à un grand nombre de nouveaux convertis. A Bellinzone et dans tout le comté de ce nom, que le pieux métropolitain parcourut avant de retourner à Mijan , sa présence remplit de respect et d'allégresse les catholiques accourus en foule pour ouïr avec avidité ses instructions et ses exhortations paternelles. Encouragé par le succès de cette longue et laborieuse mission qu'il avait entreprise pour la gloire de notre sainte religion et le salut des âmes confiées à sa sollicitude épiscopale, le cardinal-archevêque se disposait à continuer ses travaux évangéliques lorsque la solennité des fêtes de Noël le rappela à Milan. 11 se hâta donc de regagner cette ville afin de faire entendre sa voix à son peuple bien-aimé et de lui distribuer de ses mains le saint sacrement de l'eucharistie.

Le retour du cardinal Borromée dans son palais archiépiscopal causa aux habitants de la cité de Milan une allégresse universelle»

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