‹ Histoire de la vie et de l'épiscopat de S. Charles BorroméeChapitre 40 sur 50 · JOS., II · texte numérisé non relu

JOS., II

blée nous auronsdonc toujours à la main et sous les yeux, les statuts , les ordonnances et les décrets déjà portés dans les précéd^iis conciles. Nous ne ferons en cela que ce qui est en usage dans tous les synodes : nous reconnaîtrons , et ce que nous avons déjà mis en pratique, et ce qu'il nous reste à exécuter, soit que cela nous regarde en particulier . ou que cela c(mcerne le clergé ou le peuple , les églises ou toute autre matière.

» Mais nous sentons renouveler ici notre douleur. Que de maux à la fois ne nous présente point cette léthargie dont on ne saurait dire que nous soyons exempts ni que nous travaillions autant qu'il le faudrait pour en délivrer les autres ? La négligence , la langueur, la paresse semblent s'être emparées de tous les cœurs. Nou&-mémes , pasteurs et médecins, nous qui devrions exciter ceux qui s'abandonnent à un funeste sommeil, ne languissonsnous pas quelquefois dans une espèce d'engourdissement ? Pouvons-nous dire que les saints déci*ets ont été exécutés par nos soins vigilants, que les scandales publics ont été abolis, le libertinage réprimé et les semences du vice arrachées ? En quel lieu a-t-on eu la satisfaction de voir la véritable discipline rétablie? Où a-t-on fermé ces lieux publics de jeux et de débauche ? Où a-t-on arrêté la pétulance d'une jeunesse effrénée ? Les spectacles et le concours des peuples aux profanes divertissements, ne sontils pas toujours les mêmes ? Des chrétiens sans retenue ne continuent-ils pas encore à imiter les païens sans pudeur? Le déluge des péchés n'a point de fin, et nous paraissons tous comme ensevelis dans un sommeil léthargique.

» Tout cela, dit-on, est difficile à exécuter. Oui, nous le reconnaissons et nous l'avouons. La difficulté est grande, mais ce n'est jamais le travail ni le nombre des difficultés

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quMl faut opposer au devoir. Nous n'ignorons pas à quoi nous engage notre ministère ; et ce n*ést point ici le lieu d'exagérer les soins, les peines, les sollicitudes et les embarras où nous nous trouvons continuellement exposés. Permettez-moi de vous demander si c'est par nos propres forces ou par le secours divin que nous pouvons espérer de remplir comme il faut les fonctions épiscopales ?Si nous ne nous appuyons que sur nos propres forces, confessonshle, le fardeau est au-dessus de nous. Mais, si c'est la main du Tout-Puissant qui nous aide à le porter, nous ne devons ni le fuir ni en craindre la pesanteur. « Ceux qui espèrent dans le Seigneur, dit Isaïe , trouveront des forces toujours nouvelles ; ils prendront des ailes et voleront comme l'aigle ; ils courront sans se fatiguer, et ils marcheront sans qu'ils se lassent (1). »

» S'il est nécessaire de combattre pour procurer à la province*un bien dont elle a un si grand besoin, armons-nous donc de toute la force épiscopale ; et, soutenus de la droite du Très-Haut, remplissons les devoirs de notre ministère. Rappelons-nouâ ce que saint Paul écrivait à son disrciple Timothée, pour lui inspirer ou pour soutenir toujours en lui cet esprit de constance et de fermeté qui convient à un évêque : « Il viendra un temps , lui disait-il , où les hommes ne pourront plus souffrir la saine doctrine; ayant au contraire un extrême désir d'entendre ce qui les flatte , ils auront recours à une foule de docteurs propres à satisfaire leurs souhaits (2). »

» Après cet avertissement que lui commande-t-il ? que lui conseille-t-il ? Est-ce de se taire , de dissimuler , de

(4) Isaïe, XI..

(t) Tim., IV.

céder au temps , de laisser ou d'abandonner ce qu'il avait commencé et de ne penser qu'à son repos ? Il l'exhorte au contraire et il le presse vivement de remplir toujours avec courage toutes les fonctions d'un évêque : a Pour vous, veillez continuellement, et supportez constamment toutes sortes de travaux : faites la charge d'un évangéliste, remplissez tous les devoirs de votre ministère (1 ) » {mini" sterium tuum impie). Ces trois mots disent tout; c'est à nous qu'ils s'adressent.

» Laisserions-nous refroidir notre zèle , parce qu'il déplaît à quelques-uns, à qui on entend dire tous les jours que la discipline primitive et les anciens canons ne sont point faits pour notre temps? Mais ces plaintes mêmes ne doivent^lles pas au contraire nous faire redoubler de zèle, en nous rendant toujours plus sensible la nécessité du remède ? Oui, pour rétablir et affermir la discipline, nous devons nous servir aujourd'hui des mêmes moyens qui servirent naguère à son établissement. Vous comprenez parfaitement, très-révérends pères, avec quel surcroît de charité et de zèle il nous convient de coopérer à la grâce pour travailler selon notre devoir à la réforme si nécessaire de nos peuples. C'est ce que nous ne saurions faire que par l'entière exécution des saints décrets déjà publiés et de ceux qu'il faudra peut^tr^ y ajouter encore. Il y va de notre souverain intérêt , il y va de notre propre saîut. 11 n'est point de motif ni plus légitime ni plus pressant que cette considération pour nous élever au-dessus de toute autre. Le salut de cette province nous est confié, malheur à nous si elle périt par notre faute!

» Vous êtes les anciens du peuple de Dieu ; leurs âmes

(<)Tim.,iv.

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et leur vie sont entre vos mains (1 ) . » On vous en demandera compte. C'est le Saintr-Esprit qui l'assure. Vous savez ce que nous avons promis , et à quoi nous nous sommes engagés, en nous chargeant du redoutable fardeau de l'épiscopat. Lorsqu'on nous a confié le soin du troupeau, nous avons répondu de lui et pour lui, nous avons voué à cela tout ce qui peut dépendre de la vigilance et de la sollicitude pastorale. Nous sommes engagés par nos propres paroles; il ne nous reste donc qu'à remplir nos promesses , et gardons-nous bien de nous faire illusion, en nous tranquillisant là-dessus, puisque c'est Dieu même qui a reçu nos serments.

« Mon fils , nous dit le Sage , si vous avez promis pour votre ami , si vous avez engagé votre foi , vous vous êtes mis dans le filet par votre propre bouche, et vous vous trouvez pris par vos paroles. Faites donc ce que je vous dis, délivrez-vous vous-même, courez de tous côtés; hâtez-vous et réveillez votre ami ; ne laissez point aller vos yeux au sommeil , et que vos paupières ne se ferment pas (2). »

» Il n'est point possible de ne pas sentir à quelle vigilance nous oblige le saint engagement que nous avons contracté. Mais quelle nouvelle ardeur ne doivent pas exciter encore en nous les désirs et les vœux mêmes du troupeau ! Représentons-nous cette grande piscine toute remplie dé malades, d'aveugles, de boiteux, de ceux qui ayant les membres desséchés soupirèrent après l'eau salutaire. Cette multitude de malades ne révèle- t-elle pas l'état de notre province : comme ceux-là attendaient avec impa-

(4) Judith, vin.

(î) Prov. , VI.

tience la venue de Teau , d'où dépendait leur guérison, nos malades spirituels , je parle de ceux à qui il est donné de désirer la santé, n'attendent pas moins que nous la leur procurions par l'activité de notre zèle, par la sagesse de nos délibérations et de nos conseils. Ne nous disent-ils pas, par leurs besoins mêmes, ce que les Israélites disaient à Esdras en implorant son secours : « Levez-vous , Esdras, c'est à vous à ordonner, nous serons avec vous, revêtez-vous de force et agissez (1). » Nous sentons nos maux, c'est à vous, ministres du Seigneur, à en connaître la nature et à y appliquer le remède : nous ne pouvons que le demander et l'attendre de la charité pastorale. » Ovous, mes chers enfants, consolez-vous; je le répète, consolez-vous. Espérez, chère province de Milan ; voicf vos pères et vos médecins déjà appliqués à guérir vos plaies : levez vos yeux , et regardez autour de vous ; tous ceux que vous voyez ici assemblés y sont venus pour vous. Quel autre objet pourrait avoir le but de nos travaux ? Que nous sommes-nous proposé dans nos conciles précédents? et que nous proposons-nous encore dans celui-ci ? N'est-ce point de vous fournir des moyens de sanctification ? Que votre salut soit le fruit de nos travaux, ils seront tous amplement récompensés. Excitez donc votre foi , ayez recours à la prière*, exercez-vous dans les œuvres de charité et de miséricorde; et aidez ainsi la sollicitude continuelle de ceux qui vous ont engendrés en Jésus-Christ. Amen. »

(I) Esdras, i.

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