CHAPITRE XXVI
Dernières actions de la fie du cardinal Borromée. — Sa maladie.
Sa mort.
En vain le zèle et la charité de Charles semblaient augmenter de jour en jour, en vain le saint prélat redoublaitil de ferveur dans ses exerciœs pieux et de rigueur dans ses austérités , Tidée d'une fin prochaine s'était emparée de son esprit , et son corps qui s'affaibUssait visiblement ne lui permettait plus de se livrer, qu'avec de pénibles efforts, aux travaux et aux devoirs de l'épiscopat. Quoi qu'il en soit , son courage l'emportant sur les souffrances dont il ressentait déjà les premières atteintes , il résolut de s'occuper sans délai de compléter et de consolider les institutions et les réformes auxquelles il avait déjà consacré tant de journées. Dans cette pensée il appela dans son palais archiépiscopal tous les curés , les confesseurs et les prêtres de la cité et du diocèse de Milan , afin de s'occuper avec eux d'aviser aux mesures les plus efficîaces pour assurer l'entière exécution des constitutions , ordonnances et décrets relatifs à la discipline ecclésiastique et à la réforme des mœurs publiques. Ces assemblées durèrent au delà de trois semaines , et quoique pendant cet espace de temps le mal qui menaçait les jours du prélat augmentât au point de le contraindre à faire placer un lit dans sa chambre d'audience , et à se tenir dessus tout habillé, il ne cessa de
présider les conférences et de prendre une part active aux discussions provoquées par la divergence des opinions des assistants. La parole des hommes religieux est puissante. Elle éclaire , elle émeut , elle convainc les esprits et les cœurs. Celle du cardinal , austère mais persuasive , produisit une admiration universelle parmi la docte congre* gation et réunit les avis les plus opposés ; aussi , lorsque le moment de se séparer fut venu , chacun se retira édifié de la piété et de la charité du saint prélat , et s'engageant à observer et à faire observer les ordonnances , décrets et constitutions que sa vigilance épiscopale avait jugés indispensables à la gloire et aux intérêts de TËglise de Milan et au salut des Milanais.
Une réforme à laquelle le saint prélat attachait un prix inestimable et qu'il avait en vain tenté plusieurs fois de réaliser dans son diocèse , était Tabolition des profanations et des divertissements scandaleux du carnaval, « qu'il avoit défendu et osté es jour des festes principales et qu'il n'avoit rien tant à cœur que de déraciner tout à faict , afin d'induire le peuple à se délecter des choses divines, et s'entretenir en œuvres spirituelles dignes du nom et profession chrétienne (1). » 11 résolut donc d'essayer encore une fois d'arracher son troupeau bien-aimé à ces plaisirs abominables, à ces embûches , à ces tentatives du démon, et ordonna c< que les trois semaines avant caresme on feroit les suivants exercices pieux. Il institua qu'en l'église métropoUtaine et en toutes les autres églises collégiales , on feroit tous les dimanches et festes oraison publique où se chanteroient les litanies et autres prières , et se proposeroient
(4) Gio. Batt. PossevinOy Diseorsi délia vità et attioni di Carlo Botromeo*
quelques points spirituels pour matière de Toraison mentale, qu'un chacun feroit immédiatement après, avec beaucoup de dévotion et non sans un fruict notable. Puis toute la semaine de la Septuagésime , de chacune porte ou quartier, faisoit tous les jours une procession de tout le clergé et peuple aux sept églises; commençant le lundy par la porte orientale où il assista luy-mesme et fit une prédication de grande efficace contre les vanités et passe-tems mondains. Ces processions furent fort célébrées et assistées du peuple. ... Il invita également le peuple de chacune desdites portes à communier de sa main es églises pour cet effet destinées, en jours distincts, un pour chaque port6, outre la communion générale qui se fit par après le dimanche de la Quinquagésime . qui luy fut un extresme travail, malingre qu'il estoit, pour le nombre incroyable des personnes qu'il communia en toutes ces journées ; car ce fut presque comme une solennité de Pasques.
» Il ordonna encores , pour donner l'après-dîné un entretien utile à cette cité, que l'oratoire du saint sépulcre se feroit tous les jours durant ces trois semaines, auquel deux des plus excellens et éloquens prédicateurs qui fus^sent, prescheroient; ce qui attiroit un grand nombre de gens s'y trouvant , particulièrement les principaux magistrats , et la noblesse , ayant le sainct archevesque par son zèle et force d'esprit , changé ces passe-tems mondains en entretiens et exercices saints et spirituels. Et désirant qu'il en vint un plus grand fruict il preschoit lui-même avec une pieuse onction , pleine d'amour pastoral et de paternelle charité, monstrant cx)mbien estoit desplaisant à Dieu les griefs péchés qui par suggestion diabolique se commettoient en ces spectacles prophanes faicts en ces jours saincts et sacrés ; les exhortant tous à les fuyr et s'exercer
DE SAiM CHARLES BORROMÉK. ^385
è«' ïBiivres de vrais chrétiens, qui pussent leur ayder à sauver leurs âmes et acquérir les biens de vie éternelle. Pui^ il fit mandement à chacun curé, leur commandant qYi-iIs|)ubliassent au peuple, à la messe parochiale, ses ordoimances, et lussent par un mesme moyen la lettre pastorale par luy faicte 'sur le mystère de la Septuagésime et de ces jours célébrés par la saincte Eglise d'une vénération particulière, et qu'ils tâchassent à les exciter par vives et fortes exhortations d'embrasser les movens si utiles et convenables pour servir Dieu sainctement en ces jours tant précieux. Ce ne fut donc merveilles si par après ce peuple fidèle s'occupa en ce tems , avec une si grande fréquence et concours, aux susdites dévotions, puisqu'avec tant d'efficace leur sainct pasteur les y appelloit et stimuloit (1). »
Les discours prononcés par saint Charles dans le onzième synode diocésain que le prélat titît peu de jours après les fêtes de Pâques de l'an 1 584 sont les dernières paroles qu'il adressa au clergé de Milan. Dans une de ces éloquentes allocutions il prophétisa sa fin prochaine , annonçant que « son cœur l'avertissait qu'il ne devait bientôt plus se retrouver au milieu de ses frères , » mots fatals qùr remplirent d'épouvante et d'affli<;tion tous ceux qui furent témoins de l'émotion et de la résignation du pieux prélat en tes prononçant.
Quoi qu'il ^» soit , malgré les souffrances incessantes qui l'assiégeaient et les appréhensions de son troupeau , Charles disposa tout pour acccanplir un piojet qu'il avait conçu dans ces derniers tempB. Accompagné du père Adomo, de la compagnie de Jésus , homme de Vie exem-
(1) J.-P. Giussano, Histoire de la vie, vertus, mort, etc. , de sairtt Charles Borrornée,
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plaire, d'admirabte doctrine, et qu'ii ay^itomitiMad^d'eiomener avec lui toutes les fois qfjCil se retirait d«9S (p^qioe JÎOT saint pour s'y livi^ à la prière et à ^ portifiçatitm^ il sç.mit en route pour le moi^t Varalle (yar^iyp),» jp^eri*nage situé dans le diocèse de Noyare et en grao^.Yiéiiôr ration dans toute Tltalie^ Parvenu ^u l^Qurg de q^cnoot^le cardinal Borromée congédia les gens de sa. inaison ^ ne ^rdant ayeç lui que deux prêtres, et deux ciomgstipieg :fp\xr veiller à leurs besoins. Pour lui il alla éemmé^ rbospitalité ^ des religieux de Tordre d^e Sainlrf^rajisipis, càoisissant la cellule la plus ih^mble, s'y. étabUsswt sur des ais de bois, sans matelas ni paW^sse, et ne ae liwant au repos dans cet étroit çt grqssjler réduit qu^ trois pu quatre heures de la nuit.
Le matin , après une exhortation patern^Ue du çaint prélat et une conférence du père Ador^o sur, les mystère de la vie et de la mort de Notrar^Sedgneur JésusrChrist, le cardinal se retirait à l'écart pour se livrer à la médite-^ tion ou s'inappser les traitements les p^§. rigoureux, eomme la discipline , les cilices^ etc. Souvent daas le silence de la nuit on r^ercevait, guidé par la. lueur vapiUante d'une petite lanterne , gravir pé^ible^^e^t la mputagne ^ attendre ^ sommet, s'agenouiller sur le. ^u^l d'upe dje^ plus hautes chapelles et y demeurer des h^^ure^ entières en oraisoii, malgré le froid glacial qui r^^t dans ces régions élevées et solitaires. Durait pes loQgues staUoiid le cardinal Borromée se prépiarait surtout à la confes-^ gpion générale qu'il fit le cii^quièine jpur de novembre avec tant de pQmppnçtion el; d^ ^^nglpts.si aboodante^que le père Adorno ne put être témoin de cette pieuse affliction sans verser lui-même un torrrent de larmes amères.
Maïs déjà depuis plusieurs jours Charles $èiil.^jtt (Jim.H
uuer s^ fi^fj^^f ^^jh une fièvre acdenti^ le juiçait et .p,résageait me jcatastrpphe peu éioignée. Dans la crainte ^m'on n'exigeât de lui qji'il jabandonnât sa solitude chérie, il ayail tii c^ ij^dîces précurseurs d^ la fij^ dé ses S;Oufrançes terrestres. Toutefois, un nouvel accès él^ant su^yeiiu.daps la. journée du 36 octobre, il déclara, son état au jére 44DmPî qwi parvwt aie p^rsiiadar de se relâcher, un peu de J'austérité du régime xju'il suivait ^e^^ perxnettre qulpn apportât quelque soulagement k son inal- Ij,e sa;iu^ archevêque obéit, et souffrit << qu'onfît cuire sou p^dji dans de ji'ew, ^s sel ni,a\utre, assaisonnen^ent , adjçus-r taut pour son dormir un P)9U de paille étendue sur Içs planches où il cQuchojt. II ne tesa point de., cèlé^^^ messç tous les jours, mesme en ceux de la fièvre, nie luy yenant point d'accès durant ce tems-là (jl ), » ./ [
te 28 Qctobre, un troisième accès se déclara plus vio^eut. (jup ceux des jours précédants ; néanmoins l^ yiguQurde son esprii,§qu(^enaj^^^ la faiblesse de souporpç^ abattu par Jja. maladie, les privations et les fatigues^ il|-é-^ soïut de cesser ses exercices spirituels ,.,et de retourner a Milan pour y célébrer ppntificalement la fête de tous les ^stints, Avant de se rendre, dans cette cité, il témoigna Iç désir de s'arrêter à jAscona, petite ville située sur les bords du lac M^eur/ à une lieue de Locarno, où sa présence éjait nécessaire, à cause de Ja fondation du collège que le souverain pontife venait de placer sous sa protection. Tout le monde étant prêt à partir, on fut surpris de l'absence de^ Charles, et on se hâta de regagner le sommet de la mon-, tfi^e, c( où après l'avpjr cherché tautost ça, tentost la
(4) J.tP. Giussano, Histoire de la vie, vertUf^, mort, etc. ^ de sajmt Charles Ibôrrornéèy . -^ • .
par les chapelles, on le i encontra dans la grotte du saint sépulcre, les yeux baignés de larmes, et priant avec une telle contrition et ferveur , qu'il ne s'aperçut de la présence de ses compagnons qu'après avoir terminé sa dévote oraison (0- ^^
Lorsqu'on eut regagné le bourg de Varalle, le père Adorno contraignit Charles à monter sur une mule ; on atteignit le soir Arona, où lé cardinal s'embarqua sur le lac, quoique la nuit fut fort avancée, pressé qu'il était d'arriver à Ascona de bonne heure, afin d'être de retour à Milan le surlendemain, veille de la fôte de la Toussaint. « La barque partie, il se mit à genouils, et récita avec les siens Vltûiéraire , les Litanies et autres prières pour les trépassés ; puis se tournant vers les barquerols , il les interrogea s'ils prioient Dieu quand ils entroieat en barque, et leur fit promettre que dorénavant, quand ils con^menceroient à voguer, ilsdiroient toujours V Oraison dominicale^ la Salutation angélique et \e Sjmbole des a/?d/re^y*et voulut qu'à l'heure mesme, pour un heureux commencement de cette dévotion, ils récitassent avec luy à haute voix distinctement, et paroles pour paroles, les dites prières. Après lesquels effects de charité il commença à faire un discours spirituel à toute la compagnie, auquel comme en tous les autres discohrs familiers qu'il fit en ce voyage , il monstra comme il estoit nécessaire d'estre toujours préparé à suivre la volonté de Dieu en toutes choses, et à n*estimer que chestivement les choses humaines. Et entre ces discours il parloit fort de la mort, et de la disposition qu'on doit avoir pour estre toujours prêt à la
(4) J.-P. Giussano, Histoire de la vie, vertus, mort, etc , de saint Charles Éorromée.
DE SAINT GIURLfiS BORROMÉE. 389
recevoir, moiiatrant ouvetrlement coifibien volontiers il partirQÎt.pour l'autre vie, disant que ses ancêtres avaient fort peu vécu; desquelles paroles coitjectura-tron depuis qu'il prévoyoit toujours estre proche de sa fin, bien que pour lors pes discours ne fussent pénétrés ni bien entendus des siens ; d'autant que personne n'eust pensé que Dieu eust voulu priver alors son Eglise d'un tel îlomme , en un tems spécialement que l'on croyoit qu'il devoit faire un fruict grandement signalé en la conversion des hérétiques et avancement de nostre foy (1). »
Vaincu par le mal opiniâtre qui le consumait , Charles consentit à prendre quelques heures de repos. Il est plus (difficile d'imaginer que de rendre la douloureuse émotion des assistants à la vue du saint archevêque, étendu au fond de cette rustique barque, pâle, abattu et comme frappé déjà d'une mort contre laquelle lep secours humains étaient devenus impuissants. L'obscurité de la i^ijit, le silence que nul bruit n'interrompait, tout contribuait à jeter sur cette scène imposante un voile funèbre. A quatre heures du matin, le cardinal s'éveilla et entra en oraison jusqu'à six heures. On était arrivé à Canobbio où on débarqua. Après avoir visité l'église ^ où Charles dit prime et tierce, se confessa et célébra la sainte messe, on se reimbarqua malgré le mauvais temps qui était survenu, Qt on se dirigea vers Asçona. « La pestilence estoit alors qn cèste terre; mais cela n'empêcha le cardinal d'y entrer, àUant droict à l'église , où après sa prière il fit un bref disjcours aux assistans, puis il érigea. le colléj^. et y étabUtun recteur avec la manière de gouverner, et or-
(4) J.-P. Giussano, Histoire de la vie, mrtus, mort, etc, de saint, Charles Borromèo.
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donnlâ «ncon^ que cpTelqries jeunes etdAm Atiâétit édtMtif^ nés, afin que soudain on donnât un bon cominéâdeâiénf à renseignement^ qnoy qu'alors ce dien diarîtabîê désir ne se peust effectuer , a cause dé la contagion (1).^ Cependant un nouvel accès de fièvre étant survenu , il résolut de retourner incontinent à Canobbio, où il passa la nuit, tantôt en oraison, tantôt en pieux entretiens avec les frères capucins du lieu. Le mal ayant un- peu diminué, le cardinal exprima le lendemain un vif désir de célébrer la sainte messe; mais on fut contraint, ai^x génuflexions, de raidei" à se rdever. Néanmoins, comme c'était la veille de la Toussaint , il voulut jeûner, et ne prit qu'une cùîlle!^ d'aigre de cèdre, que les médecins avaient ordonné: On' partit pour Arona, où Ton débarqua dans la soirée. Lé comte René Borromée, qui était allé âu-Klevant de Charles jusque sur le port, avait fait préparer dans son palais dé ^lendides appartements destinés au cardinal et à sa suitey mais eelui-*ci s'excusa et reftisa ces honfieurs, préferiâiltaller logôr chez lespères jésuites, assuré qu'il était de trouver daez eux ie réconfort et les secours spirituels dont il sèn^ tait intérieurement avoir prochainement besoin. Toutefois* la nuit se passa sans accidents fâcheux, et le matin le saifit archevêque cèlera solennellement la messe à laquelle communièrent tous les noviœs et une multitude considêi*able 'de peuple. Le lendemain l'état de feiblesse du prêlàt lui interdisant la consolation d'offrir une dernière feis â Dieu le saint sacrifice , il se fit transporter* à l'église où il se confessa et cbnmiunia avec une dévotion et un recueillementquiédiftèreat et émurent tous les assistants. Enfin son
,(iKGj^ . B^U. Po8si#vino v< Discorsi délia vità êPutpiimi di CatlQ'Bôr-
DE SAINT GI^Alitfià BORROMÉE.
état '■ ^mv^nm 'à& -plus en pihiâ àlariiianl , Chkrïes quitta ' Arbiô';Jcèitè'Séi*réqiii' avait été son befôeau, et rentra à' Mflan,5Ù il n'allait WéntÔt pilûs trouver qu'un sépùfcre. ' L'état d-ëlMfiéiiiént du saint archevêque * et la difficulté déiScîiemîns ne Mi ^ètoettàtit point de téiitër, sans lin danger îtominént, îe thljèt d'Aronà à Mfilàn ; soit en voiture j' soït ïrionté sti? ûnè nitilè, il s'embarqua sûr le ïëssfrr aveô le côàifeUèhé; qui tie devait pliis lé quitter qu'à'sonîit dé mèrt. Ils descéndiï'èùt ensuite le grand canal (kawg-feo gtàfide) jusqu^â déiftïûîllés eriVîrôri dVlà cité, ou ils trouvèrent titie lilîèrè qui lès attendait la depuis lé matin.' La^ nuit' était ôbsfcùt^ et gkciâlë.' A l'arrivée du cardinal dans' sbtt palàiè arcMépisôopiàl, il y ifiit reçu par le comte Aniii-" bal Àltaetnps, le coûi tie Gaspard son fils , et ïé seigneur Fa-' briciô Coregêib. Akriiiés de là pâleur et de l'abattement du saint ptélatj ses parenté le conjurèrenî, lés larmes aux yeux, de Se Uiettrè sans délai au lit. Mais; après les avoîF embrassés avec effusion, il les remercia, èl se hâta , autant que ses forces le iui permettaient, de se rendre dans son oratoire particulier*, Où SI passa quelque temps éïi bi'aison;' pui^ âyaUt appris qu'Un dé ses geUs , qui râvàit suivi au* montVaralle, était tombé la veille dângèreùsemeht nàalade ,'il ne Votilut prendre de repos qu'après qu'il eut fait appëlei*1éf préfet de sa màîèon pour lui recoihmander d'àl-' 1er trôtfv^^ ce pàttvrè garçon , dé s'assurer de son état et' de \tX âfuttôncèr qu'il le visiterait lui-tnéme le lendemain matin. Aluëi Tainour de Dieu et l'amour dés hommes devaient émbfager rame du cardinal Borroméè et diriger ses saintes afctïdiife jusqu'aux derniét^s jours de sa vie bienheureuse. La nuit qui suivit cette journée fatale fut plus fatale mçm^.-> liÇi^inal^ugjçafiotaflLl; ^ivoç unie^.opimâUefc^teJ le qu'il fit présager dès lors aux médecins une m^rt mëvitaMé
et prochaine. Quoi qu'il en soit, dès que lejoor parut, le cardinal appela ses aumôniers, et témoigna un désir extrême de réciter à haute voix avec eux, selon sa coutume , Toflice du matin. Mais les médecins s'étant opposés à un exercice qui ne pouvait que hûtei' Tagonie du saint prélat, celui-ci , sur l'invitation et la défense même du père Adorno , obéit et demanda à ouïr les prières des morts que son camérier, Jérôme Gastani, vint réciter devant son lit, en présence de ses parents consternés et de ses serviteurs avides de contempler encore les traits chéris et vénérés du bienheureux mourant. « Et comme il avoit délibéré d'entendre la messe en sa chapelle et de communier, le sieur Louis Moneta l'en ayant dissuadé, luy disant qu'il pourroit communier en sa chambre, se levant du 4101, le père Adorno s'offrit de célébrer les saints mystères sur un autel qui estoit là préparé et de le communier. Pour n'estre le lieu sacré, il ne le voulut pas. Et le père répliquant qu'il se pouvoit bien faire, toute la maison de l'évesque estant sacrée, il respondit qu'ores qu'il fust ainsi, qu'il ne vouloit pourtant donner cet exemple aux autres, et conclut d'aller à la chapelle si lagrièveté du mal puis après ne s'y fust opposée ( 1 ) . »
Les médecins, étant revenus vers deux heures de l'après-midi, trouvèrent le saint cardinal sans fièvre et en conçurent un bon augure. Mais ce calme passager fut de courte dui-ée, et Charles retomba bientôt dans un assoupissement général. A la vue de la recrudescence du inal, les médecins déclarèrent que la mort étaitimminente. Cet arrêt causa une stupeur et une consternation générale. « Le père
(4) J.-P. Giussano, Histoire de la vie, vertus, mort, etc., de saint Charles Borromée.
Adorao en avisa incôntineal; le cardinal , et luy dit avec beanoûup de larmes, que soii heure de partir de ceste vie estoit arrivée, et que Nostre Seigneur l'appelloit à soy, et s'il se vouloit pas munir du très-saint viatique ; à qiioy il respondit qu'il le demandoit instamment : et interrogé qui le devoit communier il nomma l'archiprestre du D6rae qui estoit le sieur Jean Fontana, aujourd'hui evesque de Ferrare. A cette heure-là mesme arrivèrent pour le visiter les chanoines de la grande église, ne sachant qu'il fust si malade ; et le voyant en tel estât, tous prosternés en terre avec une grande abondance de larmes, luy demandèrent sa bénédiction ; mais it estoit ja réduit à tels termes qu'il ne pust dire une seule parole : quoy voyant, ils s'en allèrent droict au Dôme pour accompagner letrès-sainct sacrement, qu'ils exposèrent premièrement sur le grand autel afin de prier Dieu pour la santé de leur saint archevesque. J)urant ce tems-là le comte Annibal Altaemps, son fils le comte René Borromée et toute la famille, tous fondant en larmes, s'agenouillèrent devant luy pour luy demai^der sa bénédiction. On vit ce bon et amoureux père mouvoir les doigts et vouloir lever les bras pour les bénir ; mais il n'avoit plus de force pour le pouvoir faire seul, et aydé qu'il fust, il lés bénit.
f> Puis arrivant le chapitre de la grande église avec le trèssaiuct sacrement, il tascha et monstra clairement de la teste qu'il fust volontiers sorty du lict parrevérence ores qu'il ne pust, faisant voir par ces mouvements extérieurs , qu'il se souvei^oit de tout ce qui avmt esté condu au matin sur la manière de se communier. Ils luy vestirent son rochet et l'estoleau col, laquelle il voulut premièrement baiser ; et toutes les cérémonies accoustmnées faictes, il reçut le trèssainct viatique^ monstranten l'extérieur, autantque ses foi-