‹ Histoire de la vie et de l'épiscopat de S. Charles BorroméeChapitre 5 sur 50 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Le Mint concile de Trente. — Bet tenions sous Paul m. -- Sa translation à Bologne. — Jules m le convoque de nouveau à Trente. -^ Sa suspension en 4652.

Au nombre des plus utiles et des plus ^inents travaux accomplis par le cardinal Borromée , nous placerons la continuation et la conclusion du concile de Trente, œuvre immense, dû en grande partie aux pieuses préoccupations de Charles pour le salut des âmes, la réforme des mœurs, le rétablissement de la discipline ecclésiastique et l'extirpation des nouvelles hérésies. Cette sainte assemblée, commencée sous le pontificat de Paul III dans la cité de Trente, le treizième jour de décembre de l'an 1 545 , transférée depuis à Bologne, rétablie plus tard à Trente, puis interrompue à l'oc/casion des troubles survenus dans la Gei:manie, avait été définitivement suspendue depuis l'an 1 551 , lorsque Pie IV, touché des instances du cardinal neveu , et n'ignorant point d'ailleurs que les doctrines de Luther, de Calvin, de Zv^ngle et de quelques autres réformateurs disciples de ces fléaux de l'Eglise, faisaientde continuels progrès en Allemagne, en France et en Angleterre, prit la sainte résolution de convoquer de nouveau le concile œcuménique et d'opposer ainsi une digue salutaire à la contagion qui déjà avait pénétré dans le pays des Grisons et dans une partie du Piémont.

La multiplicité des travaux du concile de Trente, Tim-

portance des résultats obtenus par l'observation de ses saints décrets ne sauraient être assez proclamées. Nous avons donc cru devoir rappeler succinctement aux lecteurs l'origine, les phases diverses et la conclusion de ce concile célèbre « appelé tridentinum par la Providence divine , dit un écrivain contemporain (1 ), pour ce qu'ainsi comme l'antiquité pleine de fables croyoit que Neptune gouvemoit la mer par son trident j et venoit par icelui à appaiser les ondes ^ les flots, aussi Dieu qui est très-bon et très-puissant a conclu et arresté de ramener en tranquilité par elle comme si c'estoit par un divin trident la mer de ce monde qui estoit trouble et partout agitée et ébranlée par les horribles flots des hérésies et des mœurs dépravées et corrompues, et rendre à toute la chrétienté la vraye foy et les bons préceptes de bien vivre et la paix et le repos désiré. »

Continué sous les pontificats de Jules III et de Pie IV, ce fut sous celui de Paul III, le dimanche troisième de l'avent, le treizième jour de décembre de Tan 1 545 que s'ouvrit la première session.

Les légats du saint-aiége apostolique étaient les cardinaux Jean-Marie de Monte et Marcel Cervin qui devaient plus tard revêtir succ^sivement la tiare et gouverner l'SgUse sous les noms de Jules III et de Marcel U, et Re* gnaut Pôle, diacre de Sainte-Marie et aussi cardinal de l'Eglise romaine.

Le nombre des pères du copcile ne s'élevait point à cette époque au delà de quarante députés, en y comprenant les généraux des ordres mendiants et plusieurs docteurs en théologie, séculiers et réguliers.

Assistaient à cette session les orateurs de Ferdinand,

{4 ) Le saint , sacré , universel et général Concile de Trente. Anvers, 1 566 .

DE SAINT CBÀRLBa BORROMÉE. 37

roi des Romains, Castelalte, capitaine de la cité de Trente, et Antoine Quêta.

La première séance fut consacrée à la célébration des cérémonies accoutumées aux sessions publiques et à la leo^ ture des balles de Tindiction et de la signification du concile, qui fut déclaré ouvert et commencé , puis ajourné au septième jour de janvier de l'an i 546, après la Nativité,

Dans la seconde session, tenue ledit jour septième de janvier, le lendemain de la fête des Rois, le décret sur la manière de vivre au Heu du concile fut exaoainé, discuté et adopté par l'assemblée. Ledit décret exhortait les évêqucs et les autres députés constitués en l'ordre sacerdotal à s'efforcer de donner au peuple l'exemple des bonnes mœurs et d'une piété exemplaire, observant et gardant les commandements du Seigneur, priant pour la paix des pritt* ces chrétiens et pour l'union de l'Eglise, jeûnant au moins tous les vendredis , célébrant le saint sacrifice de la messe au moins tous les dimanches, (( auquel jour Dieu créa la lumière et ressuscita de mort à vie, et espandit le Saint-- Esprit sur ses disciples, priant pour le souverain pontife, pour l'empereur et pour les rois (1)* » Chaque jeudi les pères devaient célébrer ou entendi;^ la messe du Sainte Esprit; « et ce temps, pendant qa'oa die le divin sacrifice qu'on ne parle et qu'on ne devise point ensemble; mais qu'on assiste à celui qui le célèbre et de bouche et de cœur (2). » Le même décret recommande « que les évé^ ques soient irréprochables, sobres, chastes et bien gouvernant leurs maisons ; qu'il n'y ait à leur table ni excès ni superfluité de viandes, et qu'on lise la sainte Ecriture

(4 ) Le saint , sacré, universel et général Concile de Trente. Anvers, 4 566. (t)Iâem.

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pmdant le repas ; qa'ils se montrent honnêtes en habillements et accoutrements et en toutes leurs actions (1 ). »

Lorsque le moment de délibérer sur les matières proposées et soumises aux lumières et à la piété des pères du concile sera arrivé, « qu'on ne vienne point à bruire par voix immodestes, ou troubler par quelque tumulte, débattre par de fausses, vaines et obstinées disputes, mais quelque chose qu'on die que cela soit tempéré par une si douce prolation de paroles, que ni les auditeurs soyent offensés, ni le fil du droit jugement se retourne et se rebrousse, la pensée estant troublée (2). »

La profession de foi fut lue dans la troisième session où si^rent cinq cardinaux, six archevêques et trente évêques, et où assistèrent également les orateurs du roi des Romains.

C'était le texte traditionnel du sacré concile de Nic^. « Je croys en un Dieu, Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre , de toutes choses visibles et invisibles. Et en un Seigneur Jésus-Christ, unique Fils de Dieu, et né du Père devant tous siècles. Dieu de Dieu , lumière de lumière, vray Dieu du vray Dieu, engendré et non fait ou créé, qui est de la même substance que le Père, par lequel toutes choses ont été faites. Qui est descendu des deux pour l'amour de nous qui sommes hommes, et pour l'amour de nostre salut. Et a été incamé par le Saint-Esprit de la Vierge Marie, et a esté fait homme, a esté aussi crucifié pour nous sous Ponce Pilate, a souffert, et a esté ensevely. Et est ressuscité le troisième jour selon les Ecritures. Et est monté aux cieux. Et est assis à la droite de son Père.

(4) Le saint, sacré, aniversel et général Concile de Trente. Anvers, 4666.

(5) Idem.

Et viendra encore avec gloire pour juger les vivants et les morts. Le royaume du ciel n'aura aucune fin. Et au Saint* Esprit Seigneur et vivifiant, qui procède du Père et du Fils. Qui est adoré et glorifié ensemble avec le Père et le Fils ; qui a parlé par prophètes. Et une sainte Eglise catholique et apostolique. Je confesse un baptême pour la rémission des péchés; et j'attends la résurrection des morts et la vie du siècle à advenir. Amen. »

Neuf archevêques et quarante évêques siégèrent dans la quatiîème session qui avait été ajournée au jeudi huitième jour d'avril. On détermina, à l'exemple des conciles précédents, la réception et le nombre des saints livres du Vieux et du Nouveau Testament, et on déclara la version ancienne appelée la P^ulgaie la seule authentique.

La cinquième session se tint le dix-septième jour du mois de juin. Quatre cardinaux, neuf archevêques, cinquante évêques , deux abbé& de l'ordre de Saint-Benoit et deux généraux de l'ordre des mendiants y assistèrent. Le décret sur le péché originel et celui sur la réformation de la discipline furent examinés et adoptés par l'assemblée, qui ajourna la sixième session au treizième jour de janvier de l'an 1547, « à cause des guerres et tumultes suscités en Allema^e par le landgrave et par le duc de Saxe contre le victorieux empereur Charles-Quint , propugnateur et défenseur de la foy et de la rdigion chrétienne (1). »

La lecture de la sainte Ecriture et la prédication de l'Evangile sont enjointes en ces termes par le décret de la réformation publiée dans cette cinquième session.

« Le saint concile a ord<mné et arrêté, qu'aux églises

auxquelles on trouve ou prébende ou presUmonie ou

(I ) Le saint , sacré , unWerael et général Concile de Trente. Anvers, 4 566.

30 HisTomis

quelque autre salaire, comment que ce soit qu'on rappelle : députés pour lés docteurs de la sainte théologie , évesques, archevesques, primats et autres ordinaires des lieux, viennent à contraindre ceux qui ont la prébende, ou prèstimonie, ou aucun tel salaire, même en leur étant les fruits, à exposer et intetpréter la sainte Escriture, par eux-mes-

mes s'ils sont idoines , sinon par un substitut idoine

et que doresnavant la prébende, prestimonie ou semblable salaire ne se baille plus sinon à personnes idoines et capables, et qui puissent d'eux-mesmesexercer la charge, et que ta provision faite autrement soit nulle et de nulle valeur. Aux églises métropolitaines, aux cathédrales, aux collégiales,

qu'on ait également lecture de la sainte Escriture

« Que pareillement aux collèges et universités publiques où cette honorable et plus nécessaire lectare que de toutes autres choses n'a pas jusqu'ici été instituée, qu'elle soit instituée par la piété, dévotion et diarité des princes dévotieux et des républiques , pour la défense et accroissement de là foy catholique, et pour la conservation et avancement de la bonne et sainte doctrine ; et où die avoit été instituée et négligée, qu'elle soit instituée

...... Que ceux qui enseignent la sainte Escriture,

eependanl qu'ils lisent publiquement aux escales , et les esGoliers qui y estudient, viennent à jouir entièrement de tous privilèges, de recevoir les fruits de leurs prébendes et bénéfices en leur absence, qui leur ont été octroyés de droit commun

)) Et pour ce que la prédication de l'Evangile n'est pas d'une moindre nécessité que la lecture, et cela est la charge principale del'évesque, le même saint concile a ordonné et arrâté que tous les évesques , archevesques , primats et

autres prélats d'aises sont tenus de prescher eux-mesmes le saint Evangile de Jésus-Christ, s'ils ne sont empeschés lëgilimeoient . (1). »

Dans la sixième session tenue le dix-septième jour de janvier 1547, et où si^rent cinq cardinaux, dix archevêques , cinquante évêques, deux abbés et cinq généraux des ordres mendiants , la matière de la justification fut résolue en seiœ chapitres et en trente-trois canons. La doctrine, empruntée en grande partie aux livres de saint Augustin contre tes pélagiens , y est traitée avec une lumière admirable et digne des siècles de l'Eglise les plus éclairés.

Dans cette mémorable ^séance, les anciens décrets des conciles relatifs à la résidence des évêques furent renouvelés, et il fut décidé que les prélats absents de leurs diocèses aa delà du terme de six mois , sans Intimes empêchements, seraient privés du quart Je leur revenu ; et que si leur ate^ce se prolongeait Tannée entière, un second quart leur serait retenu pour être consacré à la nourriture des pauvres. En cas de récidive, les absents devaient être sountts À la rigoureuse censure des canons.

La septi^ae sessîon se tint îe jeudi troisième jour du mois de mars. Le décret des sacrements dé VEgUse y fut pu- Wié* Le nombre des pères du concile s'éleva à soixantequînee, les évêques d'Albe, deTrévise et de Narni s'étant réunis aux députés rassemblés à Trente pendant la sixième aession*

La huitième sessîon sWvrit à Trente , le seizième jour de mars 1 54T. Cependant quelques symptômes de pest» s'étant déclarés dans la cité, l'effroi s'empara d'un certain nombre d*évôques qui quittèrent le concile et s'éloi-

i%) ht «liai, «cré, iniiv««el et général Concile de Trente. Anvers, \ 666.

gnèrent. On se décida donc à transférer l'assemblée dans la ville de Bologne, malgré l'opposition des ambassadeurs de l'empereur, qui tentèrent inutilement de retenir les pères du concile à Trente. La majorité souscrivit au décret de translation qui fut soumis à l'assemblée par le révérendi^ sime et illustrissime cardinal de Monte, président et légat du concile.

Les neuvième , dixième et onzième sessions eurent lieu à Bologne, le jeudi vingt et unième jour d'avril, le second jour de mai et le mercredi quatorzième jour du mois de septembre 1 548.

Le concile universel et général légitimement congrégé par le Saint-Esprit (1), vu l'absence d'aucuns pères, lesquels il espéroit qu'ils viendroient de brief , ordonne que l'examen des matières soumises à l'assemblée soit ajourné au jeudi après la fête de la Nativité de la benoîte Vierge Marie , le vingt-cinquième jour du mois de septeml)re suivant.

Et le vinglrquatrième de septembre , veille dudit jour désigné pour la continuation du saint concile , les évêques étant réunis dans le lieu où ils avaient ëoutume de tenir les congrégations générales, décidèrent, sur la proposition du cardinal de Monte , président de l'assemblée , qu'en l'absence d'une partie des députés la session serait prorogée indéfiniment.

Peu de jours après que l'ajournement du concile eut été prononcé, la nouvelle de la mort de Paul III parvint à Bologne. Déjà un grand nombre d'évéques avaient quitté cette ville. Le cardinal de Monte se mit aussitôt en route pour Rome afin de se trouver au conclave, où, étant arrivé, il

(I) U saînt , sacr^, universel et général Coiicile de Trente. Anvers, \ 566.

fiit élu pape le septième jour de février 1 550, et prit le nom de Jules III. L'un des premiers soins du nouveau pontife fut de convoquer les évêques à Trente , où il envoya ses légats, le cardinal de Saint-Marcel, Sébastien Pighin , archevêque de Siponte , et Aloisius Lipomanus, évêque de Vérone.

La première session, ou plutôt la onzième, eut lieu dans Téglise cathédrale de la cité de Trente, le premier jour de mai 4 551.

Après les cérémonies accoutumées on lut la bulle de rétablissement , puis on ajourna la douzième session au premier jour du mois de septembre suivant ; mais ce jour arrivé , les pères du concile , considérant qu'un assez grand nombre d'évêques, tant d'Allemagne que d'autres pays, ne s'étaient point encore rendus à l'appel du souverain pontife , arrêtèrent que la session indiquée serait ajournée de nouveau , afin de laisser aux prélats absents le temps de se réunir aux membres de l'assemblée.

Le 1 1 octobre 1 551 , jour fixé par le décret du l*'*^ septembre de l'année précédente, on tint la treizième session, et le décret du saint sacrement de V eucharistie fut soumis à la sanction des pères du concile, qui définirent contre les sacramentaires la présence réelle de Notre-Seigneur Jésu&-Christ au saint sacrement de l'autel , et contre les luthériens la transsubstantiation, l'adoration de la sainte hostie, et la présence réelle de Notre-Seigneur Jésus- Christ sous les espèces du pain et du vin , même hors de l'usage de ce divin sacrement. En ce qui touchait la communion sous les deux espèces pour les laïques et le saint sacrifice de la messe, l'assemblée déclara par son troisième décret qu'elle ajournait toute discussion jusqu'à l'arrivée des ministres protestantîf , « qui désirent d'eslre onysdu

saint concile sur ces mesmes articles , devant qu'ils soient définis ; et pour ceste cause luy ont demandé foy publique, afin qu'ils puissent venir ici sûrement, et demeurer en ceste ville , et dire et proposer librement devant le concile ce qu'ils sentent , et puis après s'en aller quand il leur plaira : le saint concile , combien qu'il ait déjà attendu leur venue avec un grand désir par plusieurs mois, toutefois comme une bonne mère, qui gémist et est en douleur d'enfants, désirant grandement et se travaillant , qu'entre ceux qui sont appelés chrestiens il n'y ait point de schismes ni divisions, mais ainsi qu'ils recognoissent tous un mesme Dieu et Rédempteur, ils dient et croyent aussi une mesme chose , et aient un mesme sentiment et espèrent qu'ils seront réduits à une sainte et salutaire concorde d'une foy, espérance et charité, en cecy s'accordant volontiers à leur demande, leur a donné et octroyé la sûreté et foy publique, qu'on appelle sauj^onduit^ qu'ils ont demandé ; et pour l'amour d'eux , a différé la définition de ces articles-là jusques à la prochaine session. Laquelle, afin qu'ils y puissent être commodément, il a signifiée et intimée au jour de la fête de la Conversion de saint Paul , qui sera le vingt-cinquième jour du mois de janvier de l'année 1552 (1). » Les légats apostoliques, le cardinal-évêque de Trente, les électeurs et princes du saint-empire, un archevêque, trente-trois évêques, quatre abbés et généraux d'ordres religieux, assistaient à la présente session.

La quatorzième session fut ouverte le vingt-cinquième de novembre, jour de la fête de sainte Catherine. On y exposa la doctrine de l'Eglise romaine touchant les saints sacre-

(4) Le saint, sacré, universel et général Coticile de Trente. Anvers,

ments de la pénitence et de V extrême-onction. Les prélats qui souscrivirent aux décrets et canons portés dans cette séance furent les mêmes que ceux qui avaient siégé dans la session précédente.

On résolut d'accorder et on accorda aux protestants, dans la quinzième session, qui eut lieu le vingt-cinquième jour de janvier 1 552, un nouveau et plus large sauf-conduit que le précédent qui leur avait été adressé, leur réitérant l'invitation de se réunir aux membres de l'assemblée, « le concile ne désirant rien plus que d'oster toutes dissensions et schismes de la religion, de la très-excellente nation d'Allemagne, et de donner ordre à son repos, paix et tranquillité, estant prest de les recevoir humainement, s'ils viennent, et les ouïr gracieusement, et se fiant qu'ils viendront non pas pour affection qu'ils ayent de combattre obstinément la foy catholique, mais pour le désir qu'ils ont de cognoistre la vérité, et qu'à la fin ils acquiesceront aux décrets et à la discipline de la sainte Eglise romaine , le concile a différé la session prochaine au jotir de la feste de* saint Joseph, le dixneuvième du mois de mars, non-seulement pour qu'ils ayent assez de temps et d'espace pour venir, mais aussi pour proposer ce qu'ils voudront devant que ce jour arrive.... (1). »

Le nombre des pères du concile qui siégèrent dans cette session s'éleva au delà de soixante ; plusieurs prélats étant survenus depuis la session précédente.

Trois mois s'étaient écoulés depuis le 25 janvier 1 552, et les pères du concile étaient sur le point de reprendre leurs saints travaux lorsque l'on apprit à Trente que la guerre s'était rallumée en Allemagne, et que les troupes de l'élec-

(4) Le saint» sacré, universel et générai Concile de Trente. Anvers, 4566.

teur de Saxe, réunies à celles du margrave de Brandebourg et du landgrave de Hesse, assiégeaient la ville d'Augsbourg et semblaient menacer la cité de Trente. A cette nouvelle un grand nombre d'évêques se disposèrent à quitter cette ville, et les légats apostoliques se virent dans la nécessité de suspendre les travaux du concile. Cependant une dernière session, la seizième, fut tenue dans l'église de Saint- Vigile le jeudi 28 avril. L'archevêque de Siponte et l'évêque de Vérone, légats et présidents, tant en leur nom qu'au nom du cardinal de Saint^Marçel, « absent à cause de sa trèsgriefve maladie (1 ), » soumirent à la sanction de l'assemblée un décret de suspension, pendant l'espace de deux années, du saint concile de Trente, « convoqué et assemblé dans cette cité par Paul 111 d'heureuse mémoire, et restitué par notre très-saint père Jules III , afin de réduire en son premier état la religion qui est misérablement divisée en diverses opinions, en plusieurs endroits du monde, et principalement en Allemagne, et pour amender les abus et les mœurs fort dépravées des chrestiens. Et comme ainsi fust, que paur ce faire, plusieurs Pères n'aiant eu aucun esgard à leurs labeurs et périls, y fussent venus alègrement de divers pays ; et que la chose allast en avant vaillamment et heureusement, y estant une grande concurrence des fidèles, et qu'il y avoit un espoir assez grand que les Allemands qui avoient esmeu ces nouveautés viendroient au concile, ayant le cœur et ^intention d'acquiescer unanimement aux vraies raisons de l'Eglise; et que finalement il sembloit que quelque lumière vint à reluire au monde, et que la république chrestienne, auparavant abattue et affligée, commenc^oit à lever la tête tout subitement par la cautèle de l'ennemy

(I ) Le saint, sacré, universel et généra! Concile de Trente. Anvers, 4 566 .

du genre humain, se sont enflambés tels tumultes et telles guerres, que le concile estoit contraint quasi de Tarrester et de rompre son cours à non petite incommodité; et tout l'espoir de passer outre lui estoit osté en €e temps*-cy. Et tant il s'en falloit que le saint concile remédiât aux maux et incommodités des chrestiens , que contre son intention il irritoit plutôt les cœurs de plusieurs qu'il ne les apaisoit. Comme ainsi donc fut, que le saint concile vit que tout pays, et principalement Allemagne, estoient enflambés de guerres et discordes, et que presque tous les évesques d'Allemagne, et principalement les princes électeurs, s'en estoient allés du concile pour pourvoir à leurs églises, il a esté d'avis et a esté arrêté de ne s'ahurter point à rencontre d'une si grande nécessité, et de le remettre en un meilleur temps, afin que les pères , puisqu'il ne leur est pas permis maintenant de faire cecy , pussent retourner à leurs églises pour donnei' ordre et pourvoir à leurs brebis (1). »

La presque unanimité des évoques présents sanctionna le décret de suspension proposé par les légats du saint-siége, mais contre lequel protesta énergiquement l'archevêque de Tarente et douze autres évêques demandant « que le saint concile, suivant la voie qu'il a toujours jusques icy tenue et gardée, prolonge à un terme modéré la session qui a esté signifiée au premier jour du mois de mai prochain venant ; et qu'il ne faille point attendre autre convocation, déclaration, ou intimation par quoi tous les prélats ne puissent et ne soient tenus de s'assembler à ce lieu de concile (2). »

Quoi qu'il en soit, et nonobstant cette protestation des prélats dissidents, l'assemblée passa outre, et le concile fut

(1) Le saint, sacré, universel et général Concile de Trente. Anvers, 1566. (S) Idem.

ajourné au commencement de l'an 1 554. Mais un long espace de temps s'écoula avant que cette sainte assemblée pût se réunir de nouveau, et ce ne fut que dix ans plus tard, sous le pontificat de Piè IV, le troisième jour de décembre de l'an 1 563 , que le saint concile de Trente tint sa vingtcinquième et dernière session.

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