‹ Histoire de la vie et de l'épiscopat de S. Charles BorroméeChapitre 6 sur 50 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Continuation du saint concile de Trente. — Ses sessions sous Pie lY. Sa conclusion.

Le zèle et la persévérance du cardinal Borromée obtinrent enfin leur récompense , et Pie FV, obtempérant aux instances de Charles, résolut d'ordonner sans plus de retardement la continuation des saints travaux du concile de Trente. Non moins jaloux de la paix et de la splendeur de TEglise que le cardinal neveu, le saint-père réunit les cardinaux dans un consistoire extraordinaire, où il appela également les ambassadeurs des princes chrétiens qui se trouvaient à Rome. Le pape exposa alors le mal qui menaçait l'Eglise et la désolation qui s'étendait déjà sur les provinces où l'hérésie avait pénétré, ajoutant que des calamités semblables étaient à la veille de frapper d'autres pays voisins des premiers, et exhortant les assistants à réunir leurs efforts aux siens pour exterminer l'hérésie et arracher à l'enfer les âmes que de hardis et pernicieux réformateurs s'efforçaient d'abuser et de perdre à l'aide de leurs doctrines criminelles et diaboliques.

Le discours du souverain pontife, prononcé avec une éloquence persuasive, fit passer dans l'âme des assistants le désir de coopérer à cette œuvre sainte : aussi la proposition papale futr-elle accueillie avec une vive sympathie par l'assemblée entière, et approuvée unanimement.

Dans l'intention d'appeler sur le saint concile les l>énédictions de l'Esprit-Saint, le souverain pontife ordonna que l'on fit des prières publiques dans toutes^ les églises de Rome, et assista accompagné du cardinal Borromée, du sacré collège et des ducs de Florence etd'Urbin , ses parents, aux processions générales et aux cérémoniesqui eurent lieu dans l'église de Saint-Pierre , et qui durèrent plusieurs jours , at^ tirant une foule innombrable de peuple.

Enfin, la bulle de convocation du concile œcuménique parut à Rome le vingt-neuvième jour de novembre, l'an 1 560 de l'incarnation de Notre-Seigneur , a signifiant et dénonçant le saint, universel et général concile en la cité de Trente, au saint jour de la résurrection de Notre-Seigneur, prochainement venant (1 ), ordonnant et décernant qu'il ait à être célébré là quelque suspension que ce soit (2). »

Le jour de Pâques de l'année suivante 1 561 , les cardinaux légats du saint-siége, Hercule de Gonzague, Jérôme Seripant, Stanislas Hosius, Louis Simonetta et Marc d'Altaemps, neveu de Pie IV et cardinal du titre de la basilique des Douze-Apôtres, étaient réunis à Trente.

La foule du peuple accourue de toutes parts était innombrable. Chacun était impatient d'assister à l'ouverture de cette mémorableassemblée. Mais les légats furent contraints d'en ajourner les sessions nouvelles, les démêlés et les guerres qui troublaient l'Allemagne, la tiédeur de quelques prélats et l'éloignement d'un. grand nombre n'ayant permis qu'à neuf évêques seulement de se rendre au temps marqué par la bulle du 29 novembre 1 561 , à la convocation du successeur de saint Pierre.

(1) Le saint, sacré, universel et général Concile de Trente. Anvers, 1566.

(2) Idem.

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Enfiu, la première session ou plutôt la dix-s^tième du concile se tint le 1 8 janvier 1 562.

On lut le premier décret « touchant les choses qui sembleraient aptes et convenables pour soulager les calamités de ce temps, apaiser les différends de la religion , refréner les langues frauduleuses et pleines de déception, corriger les abus et mettre une vraye et chrestienne paix en l'Eglise (1).»

f^ second décret soumis à la sanction des pères du cx)ncile, qui l'approuvèrent, ajournait au jeudi 27 février suivant la session prochaine.

Puis les légats proposèrent à la pieuse assemblée de décider dans cette première séance, « qu'il estoit de fort grande importance pour restituer la doctrine de la foi en sa pureté, que les livres écrits par divers autheurs, après que les hérésies se sont levées, et aussi les censures que les Cvatholiques ont mis en divers lieux soient examinés. Desquelles choses tout ce qu'en aura ordonné le saint concile sera publié en son temps, comme un saint décret, afin qu'il soit gardé de tous sans aucune tergiversation. . . . et également, qu'il ne sera pas hors de propos d'inviter à pénitence tous ceux qui sont tombés en quelques hérésies que ce soit, et y sont encore enveloppés, en leur octroyant un ample saufconduit, et leur promettant une grande et singulière clémence et bénignité, pourvu qu'ils reviennent à leur bon sens et recognoissent la puissance de la sainte Eglise catholique. »

La dix«huitième session, la deuxième sous le pontificat de Pie IV, eut lieu le 26 février 1 562. Dans cette séance, les pères du saint concile invitèrent pour la troisième fois

( « ) Le saint, sacré, nniverîîel et général Concile de Trente. Anvers, 1 566.

les prc^stants à se rendre dans rassemblée œcuménique, « afin de délibérer et ordonner plus commodément ce qui semblera être plus propre pour ester le scrupule des cœurs de plusieurs, et leur tirer dehors certaines causes de comp-

tainte Et afin que tous recognoissant la mère commune,

qui ne peut oublier ceux qu'elle a enfantés, tous d'un cœur et d'une bouche nous venions à glorifier Dieu et Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ, le concile invite et exhorte tous ceux qui n'ont pas communion avec nous, à concorde et reconciliation, et qu'ils viennent, et qu'ils embrassent charité qui est le lien de perfection, et qu'ils montrent qu'ils ont la paix de Jé«us-Christ , tressaillant de joye en leurs cœurs, à laquelle ils ont été appelés en un corps. Oyant donc cette voix qui n'est pas humaine , mais du Saint-Esprit qu'ils n'endurcissent pas leurs cœurs. Mais en ne cheminant point en leur sens, et ne se plaisant point à euxmesmes, qu'ils s'excitent et se convertissent à la bonne et salutaire admonition de leur mère. Et le saint concile ainsi qu'il les invite a ordonné que la foy publique ou sauf-conduit se pourra donner en une congrégation générale, et aura une mesme force et vertu, et fera le mesme effet que si elle avoit esté donnée et ordonnée en une session publique. »

Le second décret, publié dans la même session du 26 février 1 562, ordonna et arrêta que la prochaine séance se tiendrait le lundi après la fête de l'Ascension de Notre-Seigneur, le douzième du mois de mai.

Des différends s'élevèrent dans la dix-neuvième session, entre les ambassadeurs de l'empereur et ceux de France et d'Espagne. Les derniers demandaient que l'assemblée ft\t déclarée convoquée à Trente pour conHnuer le concile ouvert dix-sept ans avant dans cette cilé , tandis que les envoyés de France et d'Allemagne étaient d'avis que Ton considérât

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la présente réunion des évalues comme un concile nouveau et indépendant du premier. Mais le refus des légats de changer quoi que ce soit aux décisions apostoliques et d*indiquer une indiction nouvelle, détermina les ambassadeurs à renoncer à leur prétention.

Et le A juin 1 562 , jour fixé par les pères du concile pour tenir la vingtième session, les mêmes envoyés demandèrent qu'on différât tout examen et décision sur la doctrine de la communion jusqu'à l'arrivée des protestants ; ce que le concile accorda, ajournant la prochaine session au 16 juillet suivant , « afin que toutes choses aillent avecques plus grande délibération, et que la doctrine se traite et se détermine avecques ce qui appartient à la réformation ; ajoutant néanmoins que le saint concile peut, selon son jugement et son bon plaisir, librement restraindre et prolonger ledit terme d'ajournement, ainsi qu'il pensera estre expédient pour le bien des affaires du concile (1 ) . »

La vingt et unième session se tint le seizième jour de juillet 1562.

On publia doctrine de l'administration du saint sacrement de Teucharistie, « prohibant et défendant à tous les fidèles de Jésus-Christ, qu'ils ne soyent si osés ni si hardis d'escrire ou enseigner, ou prescher dorénavant autrement qu'il n'est expliqué et déterminé par les présents décrets (2). » Ainsi le saint concile « déclare et enseigne que les laïques et les clercs, qui ne célèbrent pas, ne sont obHgés par aucun commandement de Dieu, à prendre le sacrement de l'eucharistie sous les deux espèces, et qu'il ne faut aucunement douter, la foy sauve, que la communion d'une seule espèce

(<) Le saint, sacré, universel et général Concile de Trente. Anvers, 4 666. (Sl)ïdem.

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