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■lOAN. BAPT. DORfA GUBFRK .
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Marie la Minerve qu'il changea peu après en celui de Sainte-Sabine. Suprême inquisiteur en 1 558, Pie IV l'avait nonunéévêque de Montréal. Le 7 janvier 1566, les cardinaux le déclarèrent unaninoement pape , « avec un si grand et si soudain contentement que si d'aventure quelques-uns doutoient encore pour lors, si les papes estoient créés ou par le jugement des hommes ou bien par la Providence divine, tout ce doute sembla leur estre osté à cette élection, et ce ne furent ny les images de ses ancestres ny la grandeur de ses richesses, ny les recommandations mendiées des princes qui lui préparèrent le chemin du pontificat. La mesme vertu qui l'avoit toujours accompagné depuis sa naissance, servit en ce sujet et à ses mérites, et aux vœux des gens de bien , et le plaça de ses propres mains en ce souverain siège de dignité, laquelle avoisine Dieu parmy les hommes (1 ). »
La nouvelle d'une élection aussi spontanée fut bientôt répandue dans toute la chrétienté, et les catholiques s'en réjouirent. Satisfait d'avoir contribué à procurer à l'Eglise un des plus saints pontifes qui l'aient gouvernée, le cardinal Borromée eut hâte de donner personnellement connaissance de cet heureux événement au cardinal Henri de Portugal. Cette épître confidentielle fait mieux connaître que tout ce qu'on pourrait avancer ici la pureté des vues et les intentions admirables qui guidèrent Charles dans ce choix important. •
Au Cardinal de Portugal.
« Quoique je ressentisse, de la mort du souverain pon-
(4) ffiatoire des papes et souverains chefs de V Eglise. Paris, mdcxyi.
tife mon oncle, toute la douleur dont me pouvait rendre capable le grand attachement que j'avais pour sa personne, et l'amour vraiment paternel qu'il me témoignait, la grandeur néanmoins de cette perte et de mon affliction ne ralentit nullement mes désirs, et ne donna pas la moindre atteinte à l'affection que j'ai toujours eue pour les intérêts du saint-siége apostolique.
» Dans ce fâcheux état je me trouvais encore accablé d'une double inquiétude : car d'un côté je me voyais obligé de faire plusieurs choses conjointement avec les autres cardinaux ; et de l'autre j'estimais qu'il était de mon devoir particulier d'en faire beaucoup d'autres que ce même siège semblait exiger de moi durant sa vacance : car lorsque je faisais réflexion au contre-temps dangereux pour l'Eglise qu'avait apporté la mort de celui dont la sagesse, la vigilance et les rares vertus maintenaient sa puissance et sa dignité , et à tous les maux qui étaient à craindre dans une si grande révolution de la part des hérétiques et des ennemis irréconciliables du nom chrétien, si le saint-siége demeurait longtemps privé de son chef, j'étais dans une peine étrange, et je jugeais bien qu'il n'y avait point à prendre de parti plus assuré, que celui de remplir promptement la place du pape qui venait de mourir, d'un sage et excellent successeur qui suivît ses traces et secondât avec vigueur ses saintes intentions.
» Lor% donc que nous fûmes entrés dans le conclave pour faire l'élection d'un pape, selon les lois et les cérémonies qui nous ont été marquées par nos anciens, quels furent le but , l'objet et la fin de toutes mes pensées , de mes désirs, de mes négociations , de tous mes entretiens pubhcs et secrets ? C'est ce que personne ne peut savoir. Cependant je ne doute point que votre seigneurie illustris-
DE S4INT GHl&LBS BORROMÉE. 75
sime et tous les autres n*aieni pu découvrir la vérité par la suite des choses que ron m*a vu entreprendre. Il est ceptain qu'étant fortement persuadé que la principale chose que j'avais à faire dans cette conjoncture était do veiller avec grande circonspection sur moi-même, et d'empêcher soigneusement que mon cœur ne fût séduit ou prévenu de quelque affection plus puissante que celle que je devais avoir pour le service de la religion , je formai tous mes desseins et je réglai toutes mes démarches, non selon mon propre intérêt et mon goût particulier, mais pour le bien et l'utilité de toute l'Eglise.
(( Gomme il y avait longtemps que je connaissais à fond le cardinal d'Alexandrie, et que j'avais une très-grande estime de sa solide piété, de son intégrité, de son exactitude ainsi que de la pureté et de la droiture de ses maintes intentions, je pensai que Ton ne pouvait confier plus sûrement qu'à lui le gouvernement de la république chrétienne. Dans cette pensée j'employai tous mes efforts pour le faire élever au souverain pontificat : ce qui réussit peu de temps après avec une satisfaction générale et incroyable de tout le sacré collège.
» En mon particulier rien ne pouvait me consoler plus efficacement que le bonheur de voir succéder à mon oncle, de sainte mémoire, un pontife qui, marchant sur ses traces et secondant ses saintes résolutions, fût capable de défendre avec la même grandeur et la même force de courage l'honneur et l'autorité de la religion; et de nous dédommager en même temps de la perte de tous les autres avantages qui peuvent nous avoir été. enlevés , comme votre seigneurie illustrissime le remarque avec tant de piété.
» Je me suis fait encore un singulier plaisir de l'espéranc^e que j'ai, que bien que nous ayons un pontife d'une sagesse
consommée , et que sa prudence égale à son zèle , ne nous laisse rien à désirer en sa personne, votre autorité néanmoins et vos conseils ne lui seront point inutiles; non pour ajouter quelque chose à sa vertu, qui est accomplie en elle-même, mais pour lui donner une belle matière à l'exercer, et des occasions de se répandre avec plus d'éclat. » Je ne dois point taire que ce qui a contribué encore beaucoup à adoucir mes peines dans le malheur qui m'est arrivé, c'est te part que vous avez bien voulu y prendre : je sens, comme je le dois, tout le prix de ces marques d'une solide et véritable affection dont vous m'honorez, et la force des raisons qu'il vous a plu de me représenter avec une bonté si engageante, et une prudence si chrétienne, que l'une a réprimé l'excès de ma douleur, et l'autre m'a rempli d'une consolation toute particulière. Je ne manquerai jamais à ce que la reconnaissance et le respect m'obligent de rendre à votre seigneurie illustrissime : je prie Dieu de la conserver dans une santé parfaite, et de la combler d'un véritable bonheur. A Rome, le vingt-sixième février de l'année mil cinq cent soixante-six (1 ). »
(<) J.-P. Giussano» Histoire de la vie, vertus, mort, etc., de saint Charles Borromée,