‹ Histoire de la vie et des ouvrages de J.-J. Rousseau, composée de documents authentiques (volume 2)Chapitre 13 sur 334 · I. PARTIJC. 17 12 — 65. "JÎ · texte numérisé non relu

I. PARTIJC. 17 12 — 65. "JÎ

eonfirme l'opinion qu'en donne Rousseau. Celui-ci refusât les bienfaits de Frédéric , ainsi que l'avait craint niilord. Ce fut à l'occasion de ce refus qu'il écrivit cette seconde lettre à madame de Boufflers. Elle est datée du 28 no^ yembre 1 762 :

« Jean-Jacques est certainement trop obstiné dans 1^' petites choses et assez indifférentes ; mais il l'est aussi dans le bon, dans la probité , dans le désintéressement, ce qui fait bien plus que contrebalancer ses petites opiniâtretés, et le fait aimer et respecter. Il est bien plus sauvage qu'un sauvage de l'Amérique. Si l'un d'eux avait pris plus de poisson qu'il ne pourrait emporter, et s'il en rencontrait un* autre sans poisson^ il lui dirait : tiens, voilà du poisson que je laisse^ prends-le. Le second sauvage le ferait. JeanJacques et moi, nous sommes les deux' sauvages (et nous ne le sommes pas mal); mais Jean-Jacques ne veut pas emporter mon poisson. Il aime mieux le laisser pourrir par terre. A Colombier il serait mieux logé, dans un air plus doux; il serait seul (jen*y suis que l'été); il aurait le fruit et les légumes, dont grande partie se pourrit. Il ne viendra pas; mais comme je trouve juste que chacun vît à sa mode, pourvu qu'il ne fasse rien contre les bonnes mœurs , je ne parle plus à notre ami de quitter sa montagne. Le Roi me dit, en parlant- de lui : ce grand désintéressement est ^ sans contredit ^ le fond essentiel de la vertu. Il le pousse , selon moi, trop loin. Quand j'étais en An^etcrré, bien des gens pensaient que le roi d'Angleterre m'ayant donné ma grâce, devait mé donner de quoi vivre. Madame Auguste, sœur du Roi, me fit dire de demander une peu» sion, et que, si je ne voulais pas faire moi-même cette démarche, je la. fisse demander pour moi par quel-i qvji'autre, s^joutant qu'elle était assurée que je l'aurais.

J'ai rëpooduque je n'avais nulle ptétention par desser-* vices rendus à la famille régnante; que^ si le Roi avait une pension à donner , il devait la donner à quelqu'un qui la méritait mieux, et qui en avait plus de besoin; que si j'étais dans le besoin, ou si je le devenais, j'aurais certainement recours à sa bonté»

» Si Jean-Jacques voulait seulement consentir à re-« cevoir les petits bienfaits du Roi, quand ses ressources seront finies, je serais content, et je le trouverais raisonnable. Je crois, madame, que vous jugerez bien que, si je fis bien de refuser la pension, je ]e fis aussi (je fis bien aussi) en disant que je l'accepterais , si j'en avais besoin; et dans ce cas , je l'aurais demandée. Je crois deviner le secret de notre ami : il espère mourir avant que tout son argent soit mangé. Il pourrait se tromper.

» Votre bonté, et. l'intérêt que vous prenez à cet homme de bien , feront l'excuse de ma longue lettre, que je finis en vous assurant avec vérité du respect avec lequel, etc. Signé le maréchal d'ÉcossE^

» P. S^ Je viens de recevoir une lettre de M. Rousseau, remplie de plaintes de sa santé, de sa situation, et de craintes que vous, madame, ne trouviez mauvais qu'il persiste à ne vouloir pas accepter les bienfaits du Roi. Je crois qu'il faut le laisser sans le gêner, en 'se réservant à faire* ce qu<e nous pourrons , dans la suite , s'il devient plus traitable. Ses persécutions, sa santé, et peut-être aussi son caractère singulier, peuvent bien luj doniier im peu d'humeur : j'y compatis.

» Je lui avais fait un projet (mais en le disant un château en Espagne) d'aller habiter une maison toute meublée, que j'ai en Ecosse; d'engager le bon David Hume de vivre avec nous. Il devait y avoir une salle de compagnie; car personne n'entrerait dans la chambre d'un

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