‹ Histoire de la vie et des ouvrages de J.-J. Rousseau, composée de documents authentiques (volume 2)Chapitre 16 sur 334 · PARTIE. Î765— «JÔ. lOf · texte numérisé non relu

PARTIE. Î765— «JÔ. lOf

pour avoir des moyens d'existence ( i ). D'ailleurs , comme il le dit lui-méine, il n'avait plus de confession à faire, se croyant exempt de reproche.

U partit de Bieone le 29 octobre 1765, et se rendit par Bâle à Strasbourg , ou il arriva le 4 novembre. On voit par sa Correspondance (a) qu'il avait le projet d'aller en Prusse; projet auquel l'accueil qu'il reçut à Strasbourg^ et d'autres circonstances^ le firent renoncer. M. le maréchal de Gontades, qui. commandait en Alsace^ n omit rien pour lui fendre agréable le- séjour qu'il ferait dans la capitale de cette province.

Il paraissait se plaire à Strasbourg^ sortait souvent^ se montrait au spectacle y lorsqu'on y publia un jour*»^ nal qui dut le contrarier , et dont nous, allons donne» un extrait..

Du 9 novembre 176?. — «Jea»- Jacques s'est rendu » aujourd'hui à deux heures après-midi àr la salle du » spectacle pour y voir la répétition générale de so» 1» opéra. Ses ajustemens sont fort simples; il est habillé » en Arménien, excepté un bonnet de drap petit-gris » avec une bordure de* poil- de quatre k cinq doigts de m hauteur. Je ne sais si le bonnet en est doublé, cas » il ne Tôte jamais à personne.

Du 10.. — « Le Devin du village a été exécuté au- » jourd'hui avec tout l'applaudissement possible; le » spectacle était rempli dès quatre heures et demie; on » a été obligé de rendre l'argent à beaucoup de monde » qui n'a pu trouver place. Jean-Jacques avait loué une

(i) Le XII* lirrè des GoafessioDi fut acBeT^ en 1770. Cette «Qoëe , il yiat a Paris , et reprit ses occupations de copiste.

{tlJ Voy. LeUns à M\ du. Peyrou, des^^S^et 1 j noTembre i^BSi^

» loge 'grillée sur le théâtre , ainsi que pour les per** V soiuies dont il a payé les. places et la sienne, et il n^a » pas été possible au directeur de refuser son argent.

Du. la. — « M. Angar lui a rendu visite et lui a » dit: Tous voyez, monsieur, un homme qui a élevé » son; fils suivant les principes qu'il a eu le bonheur » de puiser dans votre Emile, Tant pis, monsieur, lui « répondit Jean-Jacques, tant pis pour vous et pour » votre fils, tant pis (i).

Du i3. — « ly a été présenté à M. de Blair de Bol-» » semont, par M. de Saint-Victor, lieutenant de roi » de la place; il avait été quelques jours auparavant chez » M. le maréchal de G>ntades, dont il a été très-bien » reçu.

Du 14. — « Présenté à M. le préteur.

Du i5, — « A la comédie.

Du i6«<>— « Au concert qui se donne tous les samedis » chez M. de Chas tel, trésorier de la province : il avait » été à celui de la ville le onze de ce mois. Il paraît » s'amuser ici et être content.

Du i7.-^« Il ne sort pas aujourd'hui, et est un peu . » indisposé.

Du 18.— « Il va aujourd'hui au concert de la ville, p où mademoiselle de Barbesan doit chanter: J'aip^rdu * mon serviteur.

m Jean- Jacques a plusieurs lettres de crédit (2) chez

(1) Ce mol, que je suppose vrai, fait Toir que Jean-Jacquea n^avait pas touIu faire un traité d^ëducation qu'on dût suivre littéralement j il le répète assez souvent dans Emile. Yoy. la notice sur cet ouvrage.

(a) Ces lettres lui avaient été données par MM. de Luxe et da Peyrou, ses amis.

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» différents banquiers dont il ne fait pas grand usage ; » entre autres sur M. Sollikof^ qui lui a ouvert sa caisse : » il en a pris troiç. louis, d'or^ disant qu'il n'avait besoin » que de cela.

« Le bruit court que des personnes en place ont écrit 1» au ministre pour savoir si Ton pouvait le garder ici » sans inconvénient; c'est par l'envie qu'on a qu'il reste ^ » que l'on prend cette précaution. Il est bien accueilli^ » mais il le serait bien davantage , si l'on pouvait avoir B cette permission pour lui. »

Pendant qu'il était à Strasbourg^ Jean-Jacques reçut de M. Hume les invitations les plus tendres de se livrer à lui , et de le suivre en Angleterre , où il se chargeait de lui procurer une retraite agréable et tranquille (i). r^ous donnerons des particularités qui pourront jeter quelque jour sur la sincérité de ces offres^ et qui étaient jusqu'^ présent ignorées.

Le projet de David était de revenir en France après avoir conduit soja hôte à Londres. Grimm, qui voyait beaucoup l'historien anglais j annonce ainsi ses intentions au prince avec lequel il correspondait. « M. Rousseau , » dit-il y partira pour Londres , accompagné de M. David » Hume, qui repasse en Angleterre , mais qui se propose^ » s'il, faut l'en croire, de revenir passer beaucoup de » temps à Paris (2).. Toutes les jolies femmes se le sont » arraché , et le gros philosophe écossais s'est plu dans » leur société. Il entend finement et dit quelquefois^

(i) Expression de Rousseau, dans s» lettre à M. de Malesherbcs, datée de Woottou , le 10 mai 1766.

(a) Plusieurs raisons devaient déterminer Hume à séjourner a Paris. D^abord il j fut pendant quelque temps chargé de fonctions diplomatiques du cabinet de Saint-James; ensuite , ii s'y plaisait ^ étant ^oùté dans la haute société , dant^ celle dos gens de Icttrcir^

lo4 HISTOIRE DE J.-J. RÔTJSSËATf ,

» avec sel, mais il est lourd : il n'a ni chaleur, ni grâcc^ » ni agrément dans rcfspritî>.

La manière dont Grimm parle de David donne lieu de penser qu'il lui savait fort mauvais gré de sa conduite : mais il change ensuite de langage, et quand le& deux amis sont hrouillés , il appelle Hume le bon David et dit que sa droiture et sa bonhomie étaient bien étahlies (f ). Il n'est plus question de finesse.

Rousseau partit le 9 décembre de Strasbourg : il arriva le 16 à Paris chez la veuve Duchesne. Il y resta jusqu'au 20 , qu'ail alla loger chez M. le prince de Gonti, qui lui avait fait préparer un appartement à l"hôtel Saint-Simon, dans l'enceinte du Temple, dont ce prince était grandprieur. Cette enceinte privilégiée offrait un asile inviolable où les lettres de cachet ne pouvaient atteindre l'illustre proscrit. Il y reçut un grand nombre de visites. Sa présence dans la capitale , sa réputation , et peut-être plus encore, son costume d'Arménien qu'il avait conservé , causèrent quelque sensation. Lorsqu'il se promenait, la foule se pressait sur ses pas. «L'affectation de se » montrer , a dit un de ses ennemis (a) , a choqué le- » ministère ^ on lui ^ fait dire par la police de partir « sans délai».

Pour voir à quel point le reproche d^affectatîon est fondé , cherchons dans les lettres de Jean- Jacques à ses amis , quelques indices sur l'effet que produisaient en lui les hommages qu'on lui rendait : « J*ài l'honneur , écrit-il

enfin , à l'époque de son départ pour mener Jean - Jacques s^ Londres , il avait fait des arrangements qui prouvaient Tiatentipi^ de se fixer dans cette ville. Yoy. soa article.

(i) Tome V, de la Correspondance littéraire , p* 33^^ . (a) Grtmni , id. , ihi(H.

» & du Peyrou, en attendant mon départ arrangé pour » le commencement de janvier j d'être l'hote de ]V|. le » prince de Gonti. Il a voulu que je fusse logé et servi 9 avec une magnificence qu'il sait bien n'être pas selon » mon goàt ; mais ]e comprends que, dans la circonstance^ » il veut donner en cela un témoignage public de l'estime » dont il m'honore (i)«

Le a6 décembre il pressait son compagnon de voyage, M. de Luze, de se préparer à partir. « Je ne saurais, lui » disait-il, durer plus long-temps sur ce théâtre public. » Pourriei-vous , par charité , accélérer un peu votre » départ? M. Hume consent à partir le jeudi a à midi, » pour aller coucher àSenlis. Si vous pouvez vous prêter B à cet arrangement , vous me ferez le plus grand B plaisir » (a).

Enfin ^ le % janvier , il exprimait à du Peyrou l'ennui que lui causait le tourbillon de Paris : « Je suis ici dans B mon hôtel Saint-Simon, comme Sancho dans son île » de Barataria , en représentation toute la journée. J'ai » du monde de tous états, depuis Tinstant où \t me » lève jusqu'à celui où je me couche, et je suis forcé » de m'habiller en public. Je n'ai jamais tant souffert ^ » mais heureusement cela va finir».

Le départ ayant été arrangé pour le commencement de janvier y nous pourrions avoir des doutes sur l'avertissement que Grimm prétend avoir été donné par la police, puisque Rousseau se mit en route le jour indiqué. Cependant nous trouvons dans la correspondance de Hume des motifs de croire que , non la police, mais le duc de Ghoiseul donna des ordres pour accclérei le

(0 lettre du a4 dëoembre 1765.

(3) Lettre du a6 décembre 1766.

)06 HISTOIRE DE l.-J. ROUSSBAV,

départ (i). L'arrêt du parlement qui n'était point révoqué et les ménagements que ce ministre était obligé de garder envers cette comipagnie^ expliquent cette me* sure et la motivent.

Rousseau s'embarqua dans les preniiiers jours de )an* vier (1766), accompagné de David Hume et de M. de Luze^ Genevois, ami de Jean- Jacques. U quittait sa patrie, ses amis, pour aller vivre dans un pays dont il ignorait la langue , ou il ne connaissait personne à l'exception de celui qui l'y menait pour lui chercher un asile, et revenir en France dès qu'il l'aurait trouvé. E» partant de Paris , Jean-Jacques y laissait une cause qui devait contribuer à le brouiller avec ce nouveau bienfaiteur. Nous voulons parler de la lettre qu'Horace Walpolc répandit sous le nom du roi de Prusse.

Il est important de connaître avec une précision rigoureuse , et l'époque où cette prétendue lettre de Frédéric à Rousseau fut composée , et la part qu^ prit David Hume. Pour établir cette précision ,. il fallait connaître des particularités qui , jusqu'à présent , sont restées ignorées ou douteuses. Elles cessent de l'être, grâces à l'éditeur qui , plus ami- de la vérité que de l'historiea

(1) Dans une lettré da a février 1767, datée d^Edimbourg , et adressée à la comtesse de Boufflers, David Hume dit : a Qu^ayant 9 eu le projet de s^établir à Paris , il avait loué deux maisons , l'une 3» dans le faubourg Saint- Germain , que madame GeofTrin s'était » chargée d'arranger ; n^ais la trouvant trop petite,, il en loua une V autre dans le quaiaier du Palais-Royal. Le bail pour celle-ci fut » nul, parce que, pendant qu'ille passait avec Finteiidant du pro- 9 priétaire , celui-ci en passait un autre de son côté. Ceci , ajoure- » t-il, arriva deux jours avant mon départ de Paris, et étant jf pressé par les ordres du duc de Choiseul à M, Rousseau y je 9 n'eus pas le temps de chercher une autre maison, a PrÎT. Cojtcespond. ^ p. aS^

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