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anglais ) a publie dans le mois d'août iSao, à Londreâ , la correspondance inédite de David Hame, et de madame de Bouffler s ( i ).
C'est dans) cet ouvrage que nous prendrons plusieurs détails inconnus avant sa récente publication, et qu'il était cependant essentiel de savoir, pour se faire relativement à la querelle entre David et Jean-Jacques , uue opinion juste et fondée sur des documents certains.
Hoface Walpole fut le principal auteur 3e cette lettre, où toutes les convenances étaient blessées ; puisqu'on prenait le nom d'un roi; pour tourner en ridicule un proscrit. Il raconte lui-même dans ses œuvres (a), « que, » s'étant amusé cbez inadame Geoifrin à plaisanter sur » Rousseau , il avança des propositions qui divertirent » la compagnie. De retour chez lui , il écrivit une lettre » qu'il fit voir à Helvetius, ainsi qu'au duc de Nivernais. » Ceux-ci en furent si contents , qu'après avoir indiqué » plusieurs fautes de langage à corriger, ils engagèrent » l'auteur a la publier ».
On répandit dans le public, que d'Alembert et madame du Deffand avaient eu part à cette lettre, qui n'est cependant pas un chef-d'œuvre pour être l'enfant de tant de gens d* esprit (3).
(1) P rivale Correspondance of David Hume , between ihc years 1^61 and 1776, in-4°, London, 1820. Nous donnons l'analyse de cet ouvrage, au nombre des preuves que nous plaçons à la fin du nôtre. Il n'a point été publié en France ; et nous devons à Tobligeance du savant Depping , la connaissance du seul exemplaire qui existât à Paris , et qu^il a bien voulu mettre à notre disposition.
(2) I^meV, p. 129. Elles n'ont été publiées que depuis quelque» années; en 1817 ou 1818.
(3) Comme elle ne se trouve que dans les dernières éditions des ceuTres de Rousseau , nous la rapportons au chapitre des preuves.
Io8 HISTOIRE DE J.-|. ROUSSEAlT^
Elle circula dans le mois de décembre l'jôS , cons^-» qaemment pendant le séjour que fit Jean-Jacques à Paris avant de passer en Angleterre. Cette date nous est fournie par deux contemporains : le premier est Fauteur des Mémoires secrets^ qui (T. II,pagr 277, 128 décembre 1765) s'exprime ainsi : « Il court une lettre très-singulière » du roi de Prusse , au célèbre Jean-Jacques Rousseau» » Si elle est authentique, elle peut expliquer les motifs » du changement de ce philosophe, sur le lieu de sa )> retraite ». Le second est madame du Deffand (i) qui , le même jour, écrivait à Voltaire une lettre , dans laquelle on lit ce passage : « Savez-vous que Jean- Jacques est ici? » M. Hume lui a ménagé un établissement en "Angleterre: » il doit l'y conduire ces jours-ci. Je vous envoie une p plaisanterie d'un de mes amis »• Cette plaisanterie était la lettre de Frédéric, roi de Prusse, à Jean- Jacques, ou plutôt de Walpole, qui prit le nom de ce roi.
Hume avait si peu ménagé l'établissement, qu'après, l'arrivée de Jean-Jacques k Londres , il employa plus de six semaines à lui trouver un asile. Il est bon de noter , en passant , cette circonstance , pour montrer l'importance que se donnait David, qui voyait souvent la vieille et caustique marquise.
Cette lettre fut donc faite .pendant que David Hume et Jean-Jacques se liaient intimement et se préparaient à partir de la capitale. L'un des deux connut la plaisanterie dont l'autre était Tobjet. On prit des mesures efficaces pour que ce dernier l'ignorât.
Ce serait faire injure au lecteur, que de supposer qu'il faudrait lui prouver combien serait odieux le rôle de- Hume , caressant Rousseau , 6t contribuant en même
(1) Lettres de la marc^uise du. DciÛand ^ iSia> Toni» IV ,, p^afitOK.
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temps k le tourner en ridicule; ce qui résulterait cepen^ dant de la moindre participation à la prétendue lettre de Frédéric. La suite du récit nous fera voir si Thisto* rien anglais fut entièrement étranger aux railleries in^ jurieusés qui servirent à Walpole dans la fabrication de cette lettre*
Nous touchons à l'événement le. plus intéressant de cette période, et celui sur lequel il est important de dis^ siper tous les doutes : c'est la liaison entre Jean- Jacques et David Hume, suivie d'uiiè rupture éclatante. L'enthousiasme du premier pour le second , et la confiance sans bornes qu'il lui témoigne pendant la courte durée de cet enthousiasme , contrastent avec l'idée de méfiance attachée par tant de gens au caractère de Rousseau. De tous côtés il semble y avoir contradiction : voyons si elle peut être expliquée ou si les faits peuvent se concilier. Avant de les suivre dans leur développement (ce qu'il est utile de faire pour découvrir la vérité, qui se cache quelquefois dans les circonstances les plus minutieuses), il importe d'exposer le sommaire de ces faits.
Hume offre un asile en Angleterre à Jean-Jacques, qui,, quoique le plus méfiant des hommes, accepte et lui abandonne aveuglément sa destinée. Ils partent tous les deux et &e rendent à Londres* On trouve à cinquante lieues de cette capitale, une solitude qui convient à Rousseau. Les deux amis se séparent pour ne plus se revoir. Jean- Jacques arrive dans cette solitude avec la triste et fatale compagne qu'il s'est associée. Le voilà dans un pays ennemi, bien séquestré de la société, ainsi que, depuis longtemps, il le désirait. Le seul appui qui lui reste, et sur lequel il semble qu'il doive compter, est David Hume. Tout lui fait un devoir de se ménager cet appui, et même , çn supposant qu'il découvre dans l'historien
tlO &ISTOIR£ DE J.-J. R01T$SEÀT;>
anglais an ami perfide, il est de son intérêt de dis^imul^r^ puisqu'il s'est entièrement mis à sa disposition (i). Tout<« à-coup, au mépris de ces considérations, si paissantes st»* l'esprit des hûmmes, il Kompt avec David Hume, lui exprime un sentiment qui ne se pardonne jamais , le mé* pris; et ne veut plus entendre parler de lui» Unecotterie de gens de lettres , en France , apprend cet événement; jécrit, sans savoir de quoi il est question, condamne Rousseau et le voue au ridicule.
Tels sont , dans la plus rigoureuse exactitude , les faits* Cherchons dans les circonstances ce qui les explique, et tâchons de découvrir pourquoi, d'un c6té, Rousseaur se brouille avec son hôte, et de l'autre, pourquoi les hommes de lettres Français se hâtent de donner gain de cause au littérateur Anglais , avani d'avoir aucutie connaissance de l'événement.
C'est de Strasbourg que Rousseau demanda et obtint un passeport pour l'Angleterre. On a cru, mais sans preuves suffisantes, que le voyage de Londres fut projeté avant son départ de la Suisse (2)* Ce qui paraît cer- .tain, c'est qu'alors il avait ;é té proposé par madame la comtesse de Bonifier s; ajourné par Jean^ Jacques , enfin accoté par une lettre du 4 décembre 1765, écrite de
(i) II faiit toujours voir les choses comme elles sont. Jean-Jacques, en Angleterre, n^a d^autre protecteur, d^autre soutien, que David Hume \ les connaissances qu'il b^j fait , les liaisons qu'il y contracte, le rcpoâ dont il y jouit, Fasile qu'il y trouve, tout. * . il doit tout à David Hume. Je ne dis p«s uu mot de trop. Dans une pareille situation, une rupture ouverte avec David Hume , une déclaration de guerre supposent ou le dernier degré de la folie , ou quelque outrage sanglant.
(2) Voy. dans la Correspondance, la lettre du 19 février 1763 , de Jeau-Jarcques, à David Hume. Ce dernier écriyit à madame d«
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Strasbourg. Hume lui vanta son pays , la liberté dont on y jouissait; lui promit robscurité, le repos, et l'entraîna.
Il est nécessaire de ne pas omettre ane circonstance •dont lui seul a parlé dans le coxapte qu^l a rendu sous le titre ai Exposé {1). La voici : Croyant Rousseau réduit à Tindigence, et sentant combien il était difficile de vaincre sa fierté, David Hume imagina des moyens dé^ tournés pour venir à son secours sans exciter ses soupçons, n convint avec le savant Clairaut de £aire acheter par un libraire, le Dictionnaire de musiqua; de payer cet ouvrage plus qu'il ne valait, et de faire offrir ce prix par le libraire. Dans ce but, on voulait s'adresser aux amis de Jean-Jacques, à se» protecteurs qui devaient concourir par des sacrifices pécuniaires, à l'exécution de ce projet; mais Clairaut mourut (2) , et
Boufflers , une lettre à^xée d'Edimbourgt > le 3. juille* 1763, et dans laquelle il lui dit : a Milord Maréchal et Rousseau ne disent rien D de positif 5ur Fintention de celui-ci , de chercher un asile en » Angleterre. Edimbourg lui conyiendrait mieux que Londres, » parce qu'il y fait moins cher Vivre , et qu'ii y trouverait beau- D coup de gens de IcfUres désireux; de le connaître, mais ils ne » savent pas le français. . . le plus grand obstacle seira toujoui^dans I» notre langue, o
(i) Exposé succinct de la contestation élevée entre M. Hume et M, Rousseau ; traduit et augmenté par M. Suard. Nous y revien. drons ; mais comme ceUe pièce est généralement connue , ayant été comprise dans plusieurs éditions des OEuvres de Rousseau , nous préférons dans le récit de cette fameuse querelle, les lettres de Hume même , et celles de madame de Boufflers , récemment publiées à Londres. Elles 'servent à faire apprécier la franchise de l'historien qui garda dans le temps le silence le plus absolu sur les justes reproches que lui faisait cette dame.
(a) La mort de Clairaut, arrivée le 17 mai 1765, c'est-à-dire sept •mois avant que David et Jean-Jacques ne se connussent^Ja lettre de
iI9 HtSTOiaE DE J.-J. ROUSSEAU,
comme il était chargé des démarche»^ le projet (ut abandonné.
On partit donc pour Londres^ le 3 janvier 1766, san» avoir préparé de ressources. Hume entre dans quelques détails sur les tentatives qu'il fit pour y suppléer. C*é<> tait d^abord une pensiohi à laquelle Rousseau mit des conditions^ et dont ensuite il refusa le paiement, ne voulant point la devoir a David , quand fls furent brouillés ; c'étaient des arrangements pris j par l'intermédiaire de M. Steward^ avec un fermier qui aurait loué a Rous^ seau, pour six cents livres^ une maison de campagne qui en valait quatre mille ^ c'étaient , enfin , des propo* sitions dans le même genre , faites au colonel Webb , chez qui Jean^^Jacques passa deux jours.
Le ptemier soin de David , à son arrivée k Londres^ fut d'écrire à son amie la comtesse de Boufflers , sous les auspices de laquelle s'était faite cette liaison , et qui avait confié Jean-Jacques à David. Voici le langage qu'il tient dans cette lettre, datée du 19 janvier 1766 : « Mon pu- » pille est arrivé eu bonne santé ^ il est très-aimable; » toujours poli; souvent gai } ordinairement sociable (i). » Il ne se connaît pas lui'-méme, quand il se croit fait » jppur la solitude. Son cœur est excellent et plein de » chaleur. Dans nos entretiens, il s'aninie quelquefois
ce dernier , qui s'adressa directemeol; à Clairaut, rendent le Tait douteux : en le supposant vrai , Rousseau dut être aigri , lorsqu'il oounut celte espèce de quête j car tôt ou tard il aurait appri* les démarcbes humiliantes dont il était l'objet.
(1] ... a He is Tery anaiable, alwajs polite , gay often , commonly » sociable. He bas an excellent warm heart. 9 Cette lettre fait partie de celles qu'on a publiées à Londres, en i8aOy sous le titre de: P rivale Correspondance , dont nous avons déjà parlé , et que nous analyserons au cLipitre ùtf preuves.
)» jusqu'à l'inspîratiaii Un propriétaire aisé, nommé
» To^nsend, vivant à seize milles d'ici , dans la re^ 9 traite, grand admirateur de Rousseau, ainsi que sa )» femme, lui propose de vivre avec lui, le laissant » maître des conditions. Jean-Jacques accepte, mais » avec une clause inadmissible : c'est de faire manger » Thérèse à t^able. Cette femme met le plus grand ob- » stacle à tout établissement. M.. de Luze, notre com- » pagnon de route, dit .qu'elle passe pour méchante, » querelleuse, bavarde, et qu'elle est la cause princi- Vt pâle du parti qu'a pris Rousseau de sortir de la » Suisse. Il la dit si bornée, qu'elle ne sait ni l'année, « ni le mois^ ni le jour de la semaine; qu'elle ignore » la valeur de l'argent. Enfin, il assure qu'elle a sur » Jean -Jacques l'empire d'une nourrice sur son en- » fant ....... . •
Peu de temps après, Hume écrivit la lettre suivante à la marquise de Barbantane ; « Vous avez été embar- » rassée par des données contradictoires sur le carac- » tète de M. Rousseau. Ses ennemis ont fait naître des )> doutes sur sa sincérité. Vous m'avez demandé mon » opinion. Après l'avoir examiné sous tous les points » de vue,* je suis maintenant en état de le juger. Je » vous déclare que je ne connus jamais un homme plus 9 aimable ni plus vertvieux. Il est doux, modeste, » aimant, désintéressé, doué d'une sensibilité 'exquise ( i ). » £n lui cherchant des défaut», je n'en trouve point
(i) a He is mild , gentle, modest, affectionate, disinterested , » and above ail , endowed with a sensibility of heart in a suprema » degree. » Cette lettre est du-i6 février 1766. U y avait conséquemment plus de six semaines que David et Jean-Jacques vivaicat dans la plus grande intiniité..
Il4 ttlSTOlRE D£ J.-1. ROUSIEJkU,
» d'autres qu'une extrême impatience ^ de la luscepti* XI biUléy et une di^rasitipo à nourrir, contré ses meil- 0 leurSi amis, d'injustes soupçons. Je iten td cependant » vu aucun exemple , mais ses qiier^les avec d'anciens a amis , me lefotU présumer. Quant à moi , je passe^ a rais ma vie dans sa société, sans qu'il s'élevât aucun* «t nuage enjtre nous. Il a^ dans ses manièves, une sim- » plicité remarquable, et c'est un' véritable enfant tt dans le commerce ordinaiee. Cette qoalité, jointe à > sa grande sensibilité, fait que ceux qui vivent avec » lui,, peuvent le gouverner avec la plus grande faci*** > » lité. £n voi^ une preuve : il m'a montré des lettres » de Corse, dans lesquelles on l'invitait à venir dan$ » ce pays pour y donner des lois. «Il consiUta Thérèse, » et la répugnance de cette femme le fit entièrement » renoncer à ce projet* Son chien le rend esclave. Ce » n'est qu'avec la plus grande peine que je suis parn venu à l'en séparer mofiientaném.eut , pour l'amener a dafis la loge de Garrick, où il a;vait promis de se a rendre pouv être vu du roi et de ]m veine d'Aif^lea terre.
^,Je Pai mU dans un village situé à sifx ndUes de a Londiesf mais il persiste à vouloir un* isolement a plus complet, et il va bientôt partir pour le pays de a Galles, malgré, tous les obst^les ejue j* ai fait nakre a contre reaéciUiea'de ce: psojet. Dites à madaime de » Boufflers , que la' seule plaisanterie que je me soi» a permise relativement à la prétendue lettre du roi de a Puasse, fut faite par moi à la table de lord Osâ sory (i) a.
( i) [1 «Il néoeuaire de prandre date de cet areu qui doit rece- > oir une grande importance des évènemenU dont on va lire le récit.
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: î^dus dev-èns dfe'e un mot de cette lettre. Elle prôfuvè qiiè David Hamé a faiit tout ce qui dépendait de îui pour cçntrarier Rousseau dans le projet qtrtl avait (et qu'il eiécuta^ riUMlgf'é toiti les obstacles) d'aller demeures lôiù de L6t]fdi'<;s : elle prouvé enrôôféqde ITiistoïieti anglais s'est perinis utifé plaisanterie contre Jean- Jacques, an momtent méMe où, lui témoiglnâdit le plus grand intérêt, il se. préparait à ï'èihnieâér èh Angleterre. Ainsi , k l^époque 6à David donnait k .Kouéseau les plus grandes rbtafqtié? d''amti!tïé, il cotitrîbùait d'uh c6té à le rendre un objet dé ridicuïe , par uni bon mot qui fit partie du persiflage d'Horace 'Walpole (i); et de ràùtre, il contifarîaili soutdement ses projets. Quelque m.kiutiéiisés que sotén^t ées deltx cifcdnsrtaiîces, il était nécessaire de les noter eh pa^nt , poiir cônhaître là franchise et la loyauté que David Mome mettait dans sa conduite àVet rhofé qu'il etnmetrait.dâns sori p'aysl
Après avoir ^joiirné peijfdant^deux nïois èûVif'on', tant àliondrêfe <](a'k Chisv^ick (a) , Jean-Jaéqrfes âe réùdif à Woôlîton, Maison dé éàmipagne située à ciûqaaùtè Ifenes dé la èapitalé, à^tsè le cointé de Detby. Efïe Itd était ôfFèi'te par M. Dar^éfifpôTt, distihgué par sa nais- . saUce, sa fortuné éft s^ori Mérité, ïi ù'aiïait que rareYnéht
(#) Ceè«^4.dire, delà lettré i^pptsàé^ àetréûétic ir'Mn-j'àcqa^y. ' Le passage de celte lettre relatif à H fïsA^ànietïé'^ de HlMié , ^st e^Iui-ci : « Si vouls persistet.à. vous crevùter Petpril pour troaTer de X» nouTeaux malheurs, choisissez-levj j ensuis roi.,, je puis vous eo 9 procurer au gré de vos souhaits : je cesserai de vous persécuter , » quaud TOUS cesserez de mettre votre jgloire. à Télre. » *
{^) Il dut rester au moins un mois à Chiswick , d'après deux Celles écrites par lui^ dé ce village', el datées, Tune du 29 janvier, 6t FatUrë du ■^S'Hirièr. Il se reiidit à Wot>tton , vers le ao mars.
tl6 HISTOIRE DE J.-J. ROUSSEAU,.
dans son domaine. Rousseau ne l'accepta qu'après être convenu qu'il payerait, pour sa gouvernante et pour lui , une modique somme*
Il s y installe ; s'y dispose à is'y promener, à botanisèr, à faire de la musique, goût qu^il conservait depuis l'eiifance^ et, suivant son système dé se créer des occupations , il se prépare à la rédaction de ses mémoires, sous le titre de Confessions.
Les deux premières lettrés qu'il écrit de cette retraite^ tont adressées à David Hume, et remplies d'expressions de reconnaissance et d'amitié ; mais dans une autre, écrite à M. d'Ivernois, et datée du 3i mars 1767, il commence à se plaindre amèrement de Hume, qu'il accuse à* être lié avec ses plus dangereux ennemis, et auquel, s*il n* était pas un fourbe , il aura intérieurement beaucoup de réparations à faire.
Cette révolution est arrivée dans l'espace de vingtquatre heures, car la lettre amicale qu'il venait d'écrire à David, porte la date du 29 mars. Il faudrait donc supposer que le 3o, il aurait reçu des renseignements propres à l'éclairer sur le compte de son ami. Mais, d'après l'étude du caractère de Rousseau,- d'après l'obseryation qui prouve que, dans la solitude, l'imagination s'effarouche aisément, il est plus naturel de croire que, tout-à-coup, une multitude de circonstances s'offrirent à la fois à la mémoire de Jean-Jacques, et j quoique minutieuses çn elles-mêmes^ qu'elles devinrent, par leur nombre et leur coïncidence, importantes et graves. Il ne fallait- qu'un incident pour les rendre telles , comme une goutte suffit pour faire déborder un vase plein d'eau.
Ce que l'on considctre dans le commerce ordinaire de la vie, comme indifférent, cesse de l'être entre