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deux amis. Pope a bien exprimé cette pensée, en disant que la négligence dans les petites choses, ren* dait l'amitié suspecte {i)* II, n'y avait pas de négligence de la part de Hume, quant aux attentions; mais c'é- • tait bien pis , si ces attentions parurent à celui qui en était l'objet, fairef partie d* un plan combiné.
Vous sommes maintenant au vrai point de vue pour juger. Nous voyons agir les deux acteurs. L*un s'abandonne sans réserve à l'autre , qui le fait mouvoir et dispose entièrement de lui. Chacun des deux nous rend con^pte, par sa correspondance, de ses pensées et de ses fctions. Rousseau, confiant envers Hume jusqu'à manquer de prévoyance, va rompre tout-à-coup, et tout-à-coup le regarder comme son espion, comme dévoué à ses ennemis, et en quelque sorte comme leur agent. Il n'en donne pas de preuves incontestables, et, jusqu'à ce que nous les ayons acquises, nous pouvons,, nous devons même récuser son témoignage, comme entaché de prévention; mais si, d'après les lettres de Hume, récemment publiées , nous découvrons ce qui, penàant plus d'un demi-siècle, est resté ignoré, ou sans preuves, nous serons forcés de reconnaître la justesse du tact de Rousseau , et la justice de ses plaintes. . Voyons si le récit des faits nous mène à ce résultat , et continuons leur examen.
D'abord, une particularité relative au départ de Rousseau ^Jour se rendre de Londres à Woott^n, doit
(1) QiLitiU things negleoted make Jriendskip suspected. Pope'i » E.»ay.» Madame Geoffrin a dit qu'il ne fallait pas laisser croître^ rherbe dans le chemin de Famitiié. Ce mot , qui n'est peut-être pas exempt d'affectation , a quelque rapport avec la pensée d« Pope.
Il8 HISTOHIE DE J.-^ AOUSSKJ^V,
ù^pT m pkqjxf.ent cotre ,at|t(^lipp. David Hiime et M* Dar. venport louèrent mie toiture pour }e voyageur, et le tfpmpçreifl $ur )e prh^. U $'en aperçut, et tëni^igaa .beaucoi^p de j^jBQ9|i|,eiiteii^pQt po^r cette supercherie. }fui|ie r^c^ote d'^^e lyif^pièi'^ }ê fait; et dans uoe ^etltre que nous .avipi^s, Rpiisseau parj^ d^ce {a,i% à David, comme s'il ^'^tait pas^é d'une toute .autre maQière. G^mparoiis les- d0u:( récits. ' ' *
Dfuas sa lettre du 3 avril 1766, à madamiB d^ Boufflers (i), Hume s- exprima ainsi i « J'ai placé Rousseau à ma satisfaction (a) et; à la sienne. Il y a un M. Dav<9aport, l^omme de lettrés, bon, sensible, veuf, 0t r|ciaLe d'environ sept nif lie louis' de revenu. Parmi sesnomr breux domaines, il en est un dans le comté deDèrby, au. milieu des rochers, de^ foriêts et des ruisseaux. II a gffert cette retraite, et consenti, en riant, à prendre une pension de trente louis , pour Jean-Jacques et sa cpnipagne. Tous les deux m'ont quitté depuis quinze jours; mais je crains qu'il ne soit pas heureux loi^Hemps i^ Woptton* Son Impatience , ses attaques de mélancplie en sont cause. Quand il est dç bonne humeur, son imagination embellit tout', et c'est le contrarier que de t^-oubler sa solitude , de manière qu'il n'^st pas fait pour la société. G^endant, quand il y veut allor, c'est l'homme
^ (1) Pritfote Correipt^ndance , p. 147.
(2) N'o^blioiis pas que àvos là iéUre qH« pons avoils rapporlée , du 16 février ^1766 » Hume a dit à madame de Barbantane , qn^il a fait nahrt tous les obstacles , pour empêcher Rouseeau d'aller à Wootton : remarquons que c'est à madame de BarbanUoe , et non à la comtesse de Boufflers , qu'il tient ce langage ; et tâchons de comprendre pourquoi le même homme dit à Pune de ces dames f qu'il a Toulu/mais inutilement, contrarier ce projet; eti l'autre , qu'il s'exécule à sa grande satisfaction.
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4e Ja BoeiUeiU'e compagnie. Tous cei^ qui Vont vu id ont admiré la siinplicitë de ses manières > sa politesse aisée sans affectation, et la fipesse ainsi que la gaîtë de sa conver^tion. Quant à ijaoi, Je ne connaft jamais dans notre sexe, et très-peu dans le vôtre > personne d^utt plus agréable commerce (.i).-
« Void un .trait qui preuve la bonté de son cœur. M. Dayeaport lui avait fait accroir^qw la voiture qu'il lui procurait pour aller à Wootton en venait , et , comme elle y retournait, que les frais seraient peu de chose. Rousseau fut d'abord dupe de cette ruse innocente^ mais un propos, indiscret de M. Davesport ayant fait naître ses soupçons, il m'adressa de violents reproches. Après une heure -environ de mauvaise humeur , il s'approcha de moi, m'embrassa en pleurant , et me demanda pardon de .sa folie. Je mêlai mes lanAes aux siennes. RflOcontéz,^ je vous prie , ce trait k mesdames de Luxembourg , de Barbantaue, et à tous ceux qui seront dignes de Ten-
tendre. » •
Ce fait , qa^n recommande de raconter , ne serait rien moins qu'exact, d'après la lettre. que Jean-JFacques ëcri* vit à. David, le ^i mars 1766^ lettre que David reçut, puisqu'il en dta un fragment dans la sienne à madame de Boufi^ers. « L'affaire de ma voiture n'est pas arrangée, » parce que.j,e sais qu'on m'en a imposé : c^est une pe- » tite faute qui peut n'être que l'ouvrage d'une vanité » obligeantes^ quand elle ne revient pas det^x fois. Si » vous y avea trempé, je vous consdlie de quitter une » fois pour toutes, ces petites ruses, qui ne peuvent
» avoir un bon principe, quand elles se tournent en
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(i) « For my part , I newer saw a man , ând very few women ^ » of a more agréable comcperce d. Privât, Corre$p.
120 HISTOIRE DE .J.-l. ROVSSEAV, '
» pièces contxe la simplicité. Je tous embrasse , mon 3* cher patron, avec le même cœur que j^espère «t dé- » sire trouver en vous ». .
' Ainsi ^ Jean-Jacques ignorait la part quç David pouvait avoir dans la supercherie de M. Qavenport; conséquemment, la scène serait inventée par le patron, qui, ayant sous les yeux la lettre de Rousseau , puisqu'il en transcrit une.p^tie dans celle qu'il écrit à madame de Souffler s , en imposait sciemment à c«tte dame. Mais cette scène n'était pas de son invention y et cette 'circonstance ajoute aux soupçons qu'inspire là conduite équivoque de David. II. en (ait seulement une autre application y en la dénaturant. Elle se retrouve dans les explications, datées du lo juillet 1*766, et que Jean«Jacques donne. enfin, à la sollicitation de M. Davenport (1). Dans la scène telle qu'elle eut heu, et qui eut pour cause une manœuvre de lettres et des regards scrutateurs de Hume, celui-ci resta froid à l'émotion de son ami , et ne mêla foint ses larmes aux siennes. îïotons que ces explications sont adreâsi^es à David Hume, qui n'a pdlnt contredit le .récit de c6tte scène, que )ui-méme avait autrement racontée.
Cette même scène se lit encore. dans les lettres de Rousseau, datées du 9 avril et- du 10 mai^ la première adressée à madame de BouiOers, et la seconde à M. de Malesherbes. Il donne dans celle-ci plus de détails que dans celle-là, qu'il avait écrite au moment .où il était le plus agité. La peine de cceur qu'il éprou-
(i) Voyez y dans la «ecoode partie , la note que nous mettons à cette lettre. Nous devons glisser rapidement sur ce qui se trouva dans les œuvres de Rousseau. Nous en « avons dit les raison^.