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Voas ne serez pas son délateur , après, avoir été son {«'otecteur. De semblables examens doivent précéder les liaisons et< non suiyr# les rapturet. An nom de c^ que vous vons devez ^ au nom d^une amitié dont l'estime futia base, prenez garde à ce que vous allez faire. Que craindriez-vous ? Ki Rousseau , ni personne ne peut vous mûre. Vous êtes invulnérable si vous ne vous blessez pas vous-même.
a J'ai fait prier votre ami y M. Smith, de venir chez moi. Il me quitte à l'instant, je lui ai lu ma lettre. Il appréhende aussi bien que moi, que vous ne soyez trompé dans la chaleur d'un si juste ressentiment. Il vous prie de relire la lettre de Rousseau à M. Convifoy. U ne nous paraît pas qu'il refuse la pension, ni qu'il désire qu'elle soit publique. Il demande qu'elle soit différée, jusqu'à ce que la tranquillité de son âme, alté* rée par un violent chagrin, soit rétablie, et qu'il puisse $e livrer tout entier à sa reconnaissance* Dans la mauvaise humeur ou il était, votre méprise qu'il aura crue volontaire, aura achevé de l'aigrir et de lui renverser , la raison ».
— Cette lettre contient tout ce qu'on pourrait dire en faveur de Rousseau, et madame de Boufflers, en exposant les torts des deux amis, rend le lecteur juge, mieux que nous ne pourrions le faire. Tout le tort de Jean-Jacques serait d'avoir cru avec trop de facilité , nçus ne disons * pas légèrement, parce qu'il avait des motifs raisonnables de croire. En lisant attentivement cette lettre , ou est persuadé que David n'était étranger ni au persifflage que Walpole eut l'insolence de mettre sur le compte de
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tide Rougemont , dans U Biographie des contemporains de Jeanr Jacques. U parait que Pami David ëtatC Pespion de sou ami
l4o HISTOIRE DE J.-J. ROUSSEÀV^
Frédéric; ni au bruit calomnieux qui faisait, de Jean- Jacques, en le supposant dans le parti de l'opposition , un ingrat, un tsacassier^ un» intrigant , un homme en contradiction avec les principes hautement professés par lui (obéissance passive aux lois du payé qu'il habite et silence sur le gouverpetaent de ce pays).
Deux causes expliquent donc là conduite de Rousseau, la motivent suffisamment d'après la connaissance que nous avons de son caractère , et rendent son indignation légitime: la lettte du roi de Prusse et un bruit injurieux k l'honneur de Jean- Jacques. Et celui qui lui donna l'hospitalité a pris à l'une comme à l'autre une part active ! Si ce double rôle était aussi bien démontré pour nous qu'il le parut aux yeux de Rousseau ; s'il était aussi bien prouvé qu'il est probable, on conviendra que, mieux vaut un ennemi déclaré qu'un ami de l'étoffé de David Hume. Madame de Boufflers devait commencer par Hume, parce qu'il fallait , s'il en était encore temps , arrêter le mal; ce qui dépendaif'plus de David , vivant dans le monde, que de Jean- Jacques , enseveli dans la solitude. D'ailleurs elle connaissait les torts de l'historien , c'est-à-dire ' son indiscrétion , mais elle ignorait ceux de son rival.
Elle écrit donc ensuite à Rousseau une lettre datée de Paris, le 27 juillet 1766 (i). «M. Hume m'a envoyé, monsieur , la lettre outrageante que vous lui avez écrite^ je n'en vis jamais de semblable : tous vos amis sont dans la consternation et réduits au silence. Eh ! que peut-on dire pour vous, monsieur, après une lettre si peu digne de votre plume , qu'il vous est impossible de vous eu justifier, quelque offensé que vous puissiez vous croire?
(1) La réponse à cette lettre est du 3o août.
Mais quelles sont donc ces injures dont vous vous plaignez? quel est le fondement de ces horribles reproches que vous vous permettez? Ajoutez-vous foi si facilement aux trahisons?. Votre esprit", par ses lumières, votre cœur, par sa droiture^ ne devaient-ils pas vous garantir des soupçons odieux que vous avez conçus? Vous vous y livrez contre toute raison , vous qui eussiez dû vous refuser à l'évidence même , et démentir jusqu'au témoi* gnage de vos sens. M. Hume, un lâche] un traître! Orand Dieul mais quelle apparence qu'il eût vécu cinquante ans aimé, respecté, au milieu de ses compatriotes, sans en être connu? A.ttendait-il votre arrivée pour lever le masque? Et pour quel intérêt? Ce ne peut être ni jalousie, ni rivalité. Vos génies sont différents, ainsi que vos langages , ainsi que les matières que vous avez traitées. Il n'envie pas non plus votre bonne fortune, puisque de ce côté, il a toutes sortes d'avantages sur vous; ce serait donc seu^ment le plaisir de faire le mal et de se déshonorer gratuitement, qui lui aurait inspiré les noirceurs dont voi^s l'accusez. Qui connut jamais de pareils scélérats? de pareils insensés ? Ne sontce pas des êtres de raison? Je veux néanmoins supposer , un moment, qu'il en existe : je veux, de plus, supposer que M. Hume soit un de ces affreux prodiges. Vous n'êtes pas justifié pour cela, monsieur; vous l'avez cru trop ■tôt; vous navez pas pris des mesures suâisantes, pour .vous garantir de l'erreur. Vous avez en France des amis et des protecteurs; vous n'en avez consulté aucun : et quand bien même vous eussiez fait tout ce que vous avez omis; quand vous auriez acquis toutes les preuves imaginables de l'attentat le plus noir , vous eussiez dû modérer votre emportement contre un homme qui vous a réellement servi. Les liens de l'amitié sont res-
tH^ HISTOIRE DE J.-J* ROrSSEiAV,
pectables, même après qu'ils sont rompus , et les seules apparences de ce sentiment le sont aussi. M. le prince de Gonti , madame la marëcliale de Luxembourg et moi, nous attendons impatiemment vos explications sur cette incompréhensible' conduite. De grâce , monsieur^ ne les dififërez pas^ que nous sachions au moins comment TOUS excuser, si l'on ne peut vous disculper entièrement. Le silence auquel nous sommes forcés^ vous nuit plus que toute chose ».
Cette lettre et la précédente mettent dans tout son jour le beau caractère de madame de Boufflers. Placée entre deux amis qui cessent de l'être pour devenir en* nemis irréconciliabes; ne voulant perdre aucun des deux, juge, et bon juge de leur différent qu'elle voit sous son véritable point de vue ; elle détermine les ' torts de chacun, les lui désigne, non seulement sans aucun palliatif, mais en les aggravant même pour le mieux disposer à l'indulgence , en lui faisant ainsi sentir qu'il eli à besoin pour lui-même; elle nous donne enfin une leçon qu'il est plus facile d'admirer que d'imiter.. . Genus iiritahUe vatum.
Passons à la réponse que lui jSt David Hume, dont la conduite passionnée,- haineuse et maladroite, allait donner gain de cause- à Rousseau, qui ne cherchait point d'ennemis à son ennemi ; qui, se croyant trahi (i),
(i) Quand ce aérait à tort, il croyait Fétre, et nous devons» pour le ju§^r , admettre cette supposition , parce que dans l'erreur et dans la persuasion d'un fait qui n'existe pas » nous agissons comme s'il existait , et nous nous montrons tels que nous sommes , quoique la clause soit imaginaire. Blâmables dans le principe , pour n'ayoir pas fait tout ce qu'il fallait pour découvrir l'erreur , nous pouvons ensuite ne mériter que des^ louanges par notre «ondaite, et Rousseitn va nous en ofiric la preuve.
ne se vengeait que par un silence dédaigneux^ et que même il aurait garde toujours, si David ne Teùt force de le rompre. n
La lettre de David Hume porte la date du i^ août 1766(1 ) ; elle commence par des remercîments pour les avis qu'on lui donne^ même pour les reproches qu'on lui fait, et par des excuses qui sont fort mauvaises. « Il eût ëtë, dit*il , fort inconvenant que vous et M. le prince de Conti, fussiez instruits de ma querelle avec Jean-Jacques, par d'autres que par- moi. Je vous savais à cent lieues de i^ris. J'écrivis à la vérité au baron d'Holbach , mais sans lui recomimander ni en attendre le secret. Je croyais que cette histoire serait racontée à huit ou dix personnes; dans une semaine ou deux, vingt ou trente pouvaient en entendre parler, et il fallait trois mois avant qu'elle vous parvînt à Fougues. Je m'imaginais peu qu'un iait particulier raconté à un seul homme, serait porté d'un bout du royaume à l'autre en ui^ moment. Si le roi «l'Angleterre avait déclaré la guerre à celui de France , cette nouvelle n'eût pas fait plus de bruit, que ma rup» . ture avec Rousseau. J'avoue que cela m'inquiéta. Je différai de vous écrire, attendant de jour en jour de nouveaux renseignements pour vous les communiquer, afin <[u'il vous fût possible de me donner des conseils avec plus de connaissance de cause. Vous voyez que mon erreur vient de ce que j'ai mal calculé (a). Je vous prie de m'accorder laooL pardon et de l'obtenir du prince de
(t) C« «[tii suffît pour fixer 1« date de la lettre de madame de Boufflers , qui s'était contentée de mettre celle, du post-acriptum , c^efttrà-dire le qnaDti^me , «ans déstgper le mois ni l'année.
(p.) « Von aee my error proceeded only irom a biunder in mf 9 reaioaiiig ».
l44 HISTOIRE DE S.-J, R0V8SEA.ir»
Gonti. Quant à l'article bien plus important que Teubli des devoirs de la politesse, c'est-à-dire mon emportement et ma précipitation envers Rousseau , je vous soumets les considérations suivantes sur lesquelles j'appelle toujte votre attention. Songez, i*", à l'effet d'une lettre aussi outrageante que celle qu'il m'écrivit subitement après tant de services rendus par moi et au moment où il n'en avait plus besoin^ 2°, à la découverte que je fis sur-lechamp que sa fureur, si elle était réelle, n'était point le résultat d'unç passion soudaine , mais bien d'un talcul fait de sang froid pendant plusieurs mois et dans le temps même que je lui rendais les plus grands services 5 3**, au mensonge prémédité qu'il fit (i) dans le détail qu'il vous a donné d'une conversation que nous eûmes ensemble. Mais ce qui m'a déterminé à ne garder aucune mesure avec cet homme , c'est la certitude qu'il écrivait ses mémoires et qu'il m'y faisait faire une belle figure. J'ai reçu de lui un énorme volume , contenant beaucoup de mensonges et d'injures (2)... J'ai, donné quelques dé* tails à M. d'Alembèrt,qui vous les communiquera. J'aurais dû vous écrire, mais j'ignorais votre adresse et savais seulement que vous n'étiez point à Paris. J'ai fait un récit de cette histoire que j'ai envoyée au général Conwai pour le faire passer à M. d'Alembert. Toutes les conjectures qu'on a faites à Paris, et dont vous m'informez (3)
(1) V07. lettre du 9 avril 1766. Tous les deux «^accordaient sur le fait en lui-même, mais Jean- Jacques faisait des interprétations qui» bien ou mal fondées , ne constituent pas un mensonge prémédité.
(a) Cest la lettre du 10 juillet 1766, provoquée par Hume, ^ qui ne le dit point.
(3) La question n^est pas tant de connaître jusqu'à quel point elles étaient fondées , que de savoir si Jean-Jacques eu avait con* naissance , et s'il y croyait j ce qui ne peut guère être mis en doute»
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sont fausses; il les. invente : jamais on ne l'instruisit delà plaisanterie dont vous me parlez , quand même elle aurait eu lieu ( i ) d.
Le 29 août M. Hume écrivit a madame de Barbantane, toujours occupée de Rousseau^ qu'il traite d'homme dangereux, ayant le caractère le plus noir et le plus atroce : ofthe blakest and most atrocious mind. U mande à cette dame qu'il a communiqué le récit de cette querelle au roi ainsi qu'à la reine d'Angleterre , qui l'ont lu avec a^dité et lui ont conseillé de ne rien publier sur cette affaire , à moins qu'il n'y soit forcé par Rousseau. Or ce fut ce dernier dont Hume provoqua les explications. C'était à David Hume qu'il les avait données : au lieu de prendre, comme David Hume, les trompettes de la renommée, il ne confia ses cliagrins qu'à madame de Boufflers et à M. de Malesherbes.
A. vaut de terminer le récit de cette querelle, mettons encore sous les yeux du lecteur une lettre de Hume, àmlidame de Boufflers. Elle est .datée d'Edimbourg, le 2 décembre 1766: « Grâce à Dieu, mon affaire avec » Rousseau est entièrement finie, du moins de mon » côté, car bien certainement il ne m'arrivera plus
Une simple dénégation né suffit point de la part de quelqu'un qui manque de franchise , et prend , comme on Ta vu , des détours, avec madame de Boufflers, à qui d^abord il devait compte de cette querelle, au lieu d^en faire part à d^autres. Rousseau avait les mêmes obligations envers celle dame qui Pavait lié avec Hume \ son premier soin "fut de les remplir. \
(1) Ifsuch a thing ever existed. Ce passage est remarquable. Hume savait bien la part qu^il avait à la lettre de Walpole : mais il ne pouvait savoir , avec autant de certitude , ce qu^on avait dit k Jean Jacques. Il prononce sur ce qui devait âtre douteux, et glisse sur ce qui ue pouvait Tétre à ses yeux.
l46 BISTOIR£ DE J.-X. ROVSSEiV,
» d'écrire une seule ligne sur ce sujet* Ce fut avec une » extrême répugnance que j'ai publié le dernier récit (i)« » Entre deux partis désagréables j'ai dû. choisir celui » qui avait le moins d'inconvénienL Toute publication » me faisait accuser d'être indiscret, et le silence me fai- » sait traiter de calomniateur et de faux ami : j'ai dû le » romprew . . Une chose me contrarie : c'est que votre » nom se trouve dans le dernier écrit publié à Londres* » Je l'avais effacé^ mais pas assez jpour qu'on ne pût le » lire. C'est la faute de l'imprimeur (2). "
» J'ai reçu il y a quelque temps une lettre vraiment » curieuse d'un Suisse qui demeure à Londres. Il s'ap« D pelle Deyverdun, et se dit de Lausanne. Il me mande y> qu'il est très-surpris d'apprendre que Rousseau m'aci> cuse d'être auteur ou complice de deux libelles pu- » bliés contre lui ; il ajoute que ces deux libelles sont » de lui et me permet de le faire connaître au public ; » mais je ne veux rien faire imprimer. J'ai seulement » envoyé copie de cette lettre à M.Davenport, afin qu'il » la communiquât à Rousseau. S'il lui reste le moindre » sentiment d'honneur, il se prosternera devant moi 0.
Jean - Jacques ne se prosterna point etf crut que M. Deyverdun n'était qu'im préte-nom : sa lettre du mois de janvier 1767 ne laisse aucun doute à cet égard.
(1) Exposé de aa conduite , elc. L'empressement avec lequel il arait communiqué au baron d'Holbach , à d'Alembert , etc. , les premiers détails de sa rupture, et l'invitation de les répandre permettent de douter de la réalité de cette répugnance.
(a) Nous ne rapportons cette circonstance que pour faire voir la franchise de David et la nature de ses excuses : \:elle-ci est tout aussi valable que celle qu'il a donnée précédemment à madame de Boufflers , en lui disant qu^il ne savait pas son adresse aux eaux de Fougues.
Si les soupçons qU'il y exprime étaient fondés, il en faudrait conclure que Hume était un fourbe consommé et qu'il en imposait à madame de BoufQers. Il est toujours constant, d'après les fragments que nous avons rapportés de sa correspondance avec cette dame, qu'il ne lui disait pas toute la vérité ; qu'il craignait son attachement pour Rousseau ; qu'il lui donnait enfin de pitoyables excuses pour se justifier de ne l'avoir pas prise, comme il le devait, pour sa première confidente dans cette querelle.
D'après les détails dans lesquels nous venons d'entrer, on peut juger si Jean-Jacques crut qu'il était le jouet de David Hunie, ^'il eut de^ motifs suffisants pour le croire; si l'historien anglais fut étranger à la lettre d'Horace Walpole. Daiis plusieurs lettres de Rousseau , l'on trouve des plaintes sur la manière dont on le traitait à Londres, très-peu de temps après avoir reçu, dstns cette capitale^ la plus flatteuse hospitalité. Nous savons seulement qu'on y traduisait tous les pamphlets publiés en France, contre l'auteur d'Emile; entr 'autres celui de Voltaire, sous le nom du doctenT Pansophe, Mais, à défaut de renseignements particuliers , nous pouvons reproduire un témoignage irrécusable ; C*est celui de M. de Magellan , membre de la société royale de Londres, et collègue de David Hume (i). '-
«^ J'avais vu ici , à Londres , dit-il , l'eflFet des cabales » des ennemis de M. Rousseau. Sous l'apparence de 1) se rendre ses bienfaiteurs , ils ne manquèrent pas » d'exciter sa délicatesse de sentiments , afin de le faire » passer pour un fou, un misanthrope^ et même pour
(i) Addition à la relation du docteur Le Bègue de Preale^ par M. d»? Magellan , in-8'' , Londres et Paris, 1778.
l48 HISTOIRE DE J,-J.. ROUSSEAU,
» un ingrat, ëpithète la plus injurieuse et insuppor- » table dont on puisse flétrir une âme honnête. Ce fut » en maniant adroitement cette mécanique obscure et » méchante, qu'ils l'obligèrent enfin d'abandonner l'a- » sile qu'il avait trouvé au centre de la liberté, au » «ein d'une nation qu^on appelle philosophique^ à » juste titre , mais dont il serait fort ridicule de croire » que tous les individus sont philosophes. J'avoue » franchement que je fus alors vivement touché de » ces procédés indignes ^ car tout honnête homme mal- » heureux a droit à ma compassion; et, quelle que » soit sa fortune , quelle que soît sa situation à l'égard » du public, à qui on en impose presque toujours, » et qui ne juge que d'après les opinions ^u'on a le » talent de lui suggérer, je ne saurais m'empêcher de » partager Tamertume de son cœur ».
On comprend ce que M. de Magellan a voulu dire, et son témoignage prouve que les plaintes de Jean- Jacques n'étaient pas dénuées de fondement.
On a vu que , par la faute de Hume (i), cette rup- ' ture acquit le plus grand éclat. Ce n'est que, réduit à la dernière extrémité, que Rousseau, qui voulait, suivant sa coutume, tout ensevelir dans un méprisant oubli, rompit le silence, ii Je croyais (lui écrit-il en- » fin, le 23 juin i'^(j6) que mon silence, interprété par
(i) Il faut relever, en passant , plusieurs erreurs commises *par - M. Petitain , dans l'édition des œuvres de Rousseau, par M. Lefevre ^ Appendice aux Confessions ; i°, il dit ( p. 8 ) : que la lettre de Walpole circulait à Paris , pendant que Jean-Jacques y était encore avec Hume , el à Vinsu de tous les. deux : on a vu que non-seuleipent Hume le savait , mais qu'il avait fourni l'une des plaisante^ ries les plus piquantes contre Rousseau ; a°, il représente Hume en butte aux outrages de Rousseau , el ce dernier, écrivant à tous ses
» votre conscience, en dirait assez; mais^ puisqu'il entre » dans vos vues de ne pas l'entendre, je parlerai ». Et dans sa lettre du 10 juillet suivant, il lui dit : « Vous voulez une explication, il faut vous la don- » ner. Il n'a tenu qu'à vous de l'avoir depuis long- » temps • vous n'en voulûtes point alors, je me tus : » vous la voulez aujourd'hui, je vous l'envoie. Elle » sera longue, j*en suis fâché; mais -j^ai beaucoup à » dire, et je n'y veux pas revenir à deux fois ». Il termine ainsi cette explication,* très-volumineuse en effet : a II ne me reste qu'un mot à vous dire. Si vou« » êtes coupable, ne m'écrivez plus; cela "ser ait inutile, » et sûrement vous ne me tromperez pas. Si vous êtes » innocent, daignez vous justifier. Je connais mon de- » voir, je Taime et l'aimerai toujours, quelque rude » qu'il puisse être. Il n'y a point d'abjection dont un » cœur qui n'est pas né pour 'elle, ne puisse revenir. » Encore un coup, si vous êtes innocent, daignez vous » justifier : si vous ne l'êtes pas, adieu pour jamais». David Hume se le .tint pour dit, reçut cet adieu , n'écrivit plus, et se conforma dans tous les points aux intentions de Jean-Jacques. Mais , au lieu de suivre son exemple, et de rester dans l'inaction, laissant le temps, qui appaise à la longue les haines les plus invétérées , produire son effet; il envenime sa querelle par une correspondance active , dans laquelle il prodigue à Rous-
umis , et prétendant que I)avLd Fa conduit en Angleterre y exprès pour le déshonorer. Ce fut , au contraire , après plusieurs sommations de la part de l'historien anglais , et sur les instances de M. Dav«inporl, qu'il dépêchait, à cet eflet, que Jean Jacques rompit le silence. La lettre du i3 juin 1766 est positive. Quant à tous ses «mû, ils se bornent à madame de Boufflers et à M. de Malesherbes^ à qui il ne pouvait se dispenser d'appiendve ce qui se passait.
l5o HISTOIRE DE J.-J. ROUSSEiU,
seau des injures sanglantes , le traitant de scélérat atroce y comme si des, torts envers Hume (en les supposant réels ) étaient un erime au-dessus de tous les autres.
Les deux traducteurs de son /actuçi, qui certes n'avaienx pour Jeanr Jacques aucun sentiment de bienveiU lance, crurent devoir supprimer une partie de ces injures ^ tant elles étaient grossière», même à leurs yeux;. C'étaient MM. Suard et d'Alembert , qui n'avaient , ni l'un ni l'tutre, aucuxv sujet de plainte- contre Rousseau. Celui-ci avait eu. cependant 4^ rapports avec d'Alemr bert, et même uue discussion littéraire, à l'occasion de l'article Genève, dans l'Encyclopédie.* Une lutte s'était engagée. D'Alembert, dont les preuves dé talent, d'esprit, et de logique, n'étaient plus à faire, mesura ses forces une fois diVec l'auteur d'Emile, et n'y revint plus (i). Mais M. Suard, timide en raison de l'intervalle immense qui le séparait de Jean Jacques; M. Suard, ayant avec la conscience de son talent, trop d'adresse pour le compromettre, traduisit clandestinement le plaidoyer de David. Il aurait pu se dispenser de garder l'anonyme;. Rousseau^ parmi ses critiques, comptait un roi et un archevêque. U leur avait répondu, bornant là ses répliques. U eût laissé le nouvel aggresseur dans sa tranquille obscurité, comme il avait laissé dans la leur, l'abbé Gervaise, le P. Griffet, don Déforis, don Cajot, bénédictins oubarnabites, et MM. Comparet, Cliiniac, André, François Xaupi , Marin , et d'autres personnages aussi célèbres (a).
(i) Sa réponse a la lettre sur les apectacleg. (a) Voyez la Notice des principaux (écrits relatifs à J.-J. Rousseau , pi^r M. Barbier , Ujbliotbecaire du GonseU-d'état.