‹ Histoire de la vie et des ouvrages de J.-J. Rousseau, composée de documents authentiques (volume 2)Chapitre 22 sur 334 · I. PARTIE. I •^65 — 70. xSg · texte numérisé non relu

I. PARTIE. I •^65 — 70. xSg

H ne resta que dix jours dans la capitale delà Picardie: les honneurs quon vouhU lui rendre, dès qu'on sut qu'il y était et les empressements des citoyens et des militaires ^ le firent sortir de cette ville dans laquelle il avait le projet de séjourner plus long-temps (i). D en partit, le 3 juin , et se rendit à Saint-Denis. L'auteur de If Ami des hommes vint l'y prendre le 5, pour le mener à Fleury , ou il avait^une maison de campagne {i).

Le ai juin 1767, il alla s'établir au château de Trie, où le prince de Conti lui avait fait préparer un appartement» Il y prit le nom de Renou, résolu de ne rien lire désormais de ce qui pourrait réveiller ses idées éteintes (3)^ annonçant qu'il était mort à la littérature ^ sur quelque sujet que ce puisse être.

Pendant son séjour à Trie, il correspond at^c plusieurs personnes , entre autres avec le marquis de Mirabeau, qui lui avait envoyé un de ses ouvrages, dans lequel l'auteur de l'Ami des hommes plai<fe la cause du despotisme. «.Cette lecture, lui écrit- il (4), m'a moins » satisfait que je ne m'y attendais; et je sens que les » traces de mes vieilles idées, racornies dans mon cer- » vea,u , ne permettent plus à des idées si nouvelles d'y » faire de fortes impressions. Je n'ai jamais pu bien en- » tendre ce que c'était que cette évidence qui sert de » base au despotisme légal , et rien ne m'a paru moins

parler un our» q;u'uD perroquet. Nous l'avons rapporlëe de cette manière, mais avec l'expression du doute, dans Tëdidon de madame Ferronneau , tome IV» p. 9i68«

(i) Lettre du 5 juin 1767 , à M. du Peyrou.

(a) Nous ignorons si c'est Fleuiy-sous-Chaumont , dans le voisinage de Trie-le-Ghâteau , ou Fleury , près Meudon.

(3) Correspondance , lettre du 9 juin 1767.

(4) Ihidj lettre du a6 juillet 1767.

l6o HISTOIRE DE J.-J. ROUSSEAU,

» évident que le chapitre qui traite de. toutes ces ëvi- » dences. Ea science du gouvernement n'est qu'une » science de combinaisons, d'applications et d'excep- » tions, selon les temps ^ les lieux, les circonstances. » Jamais le public ne peut voir avec évidence les rap- » ports et le jeu de tout cela. Et , de grâce , qu'arrivera-t- » il, que deviendront vos droits sacrés de propriété » dans de grands dangers, dans des calamités extraor- » dinaires^ quand vos valeurs disponibles ne suffiront ^ » plus , et que le salus populi suprèma lex esto sera pro- » nonce par le despote? Messieurs , permettez-moi de » vous le dire , vous donnez trop de force à vos calculs, » et pas assez aux penchans du cœur humain et au jeu » des passions. Ignorez-vous que chacun se conduit très- » rarerilent par ses luinières, et très-fréquemment par » ses passions. Voici , dans mes vieilles idées , le grand » problême en politique, que je compare à celui de la » quadrature du cercle en géométrie, et à celui des » longitudes en astronomie; trousser une forme de gou" » vemement qui mette la loi au-dessus ae l*homme. Si ' » cette forme est trouvable, cherchons-la , et tâchons de » l'établir. Le conflit des hommes ebdes lois, qui met » dans l'état une guerre intestine continuelle, est le V pire de tous les états politiques ; mais les Caligulk , » les Néron, les Tibère!... Mon Dieu! je me roule » par terre, et je gémis d'être homme. Monsieur , ne » me parlez plus dé votre despotisme légal ^ je ne saurais » le- goûter ni- même Tentendre , et je ne vois là que » deux mots contradictoires. Maintenant , illustre am.i » des hommes et le mien, je me prostçrne à vos pieds » pour vous conjurer d'avoir pitié de mon état et de » mes malheurs , de laisser en paix ma mourante tête , )) de n'y plus réveiller des idées presque éteintes, et qui

» ne peuvent plus renaître que pour m'abimer dans de » nouveaux gouffres de maux, Aimez-^moi toujours; » mais ne m'^envoyez» plus de livres , et n'exigez plus » que f en lise», i

On voit , d'après cette lettre, que Jean- Jacques avait conservé toute la' vigueur de sa tête et Fënergie de sa pensée, quoique par sa fuite, dans le mois d'avrH^ précédeiat, il eut fait craindre pour sa raison (i). On peut encore remarquer qu'aucune considération ne l'empêche de dire la vétité et qu'il combat l'opinion du marquis de Mirabeau ,-<[ui venait de lui rendre service. Ce fut ien vain que celui-^ le pressa d'écrire de nouveau et de s'occuper de littérature. « Ce que vous me demandez, .» lui écrit-il {*x)j est contraire à ma plus inébranlable » résolution ; même à mes engagemens ^ et vous pouvez » être assuré que de n>a vie une ligne de moi ne sera » imprimée de mon aveu». Ce projet de faire écrire un homme dans un pays ou sa personne et ses ouvrages sont condamnés , ne suppose pas l'intention de le laisser jouir de l'obséiirité qu'il cherche. Était-ce un piège?...

n parait qu'il éprouva des tracasseries , de mauvais traitements même de la part des habitans de Trie. Il est probable que Thérèse n'y fut point étrangère, car partout ou elle a séjourné avec Jeàn-Jacques , elle a passé pour une femme d'une humeur difficile et d'un commérage dangereux. La solitude et l'isolement de Rousseau ne lui convenaient pas.

Le 16 août 1767. — Jean-Jao|ues prie madame la ma-

(i) Voyez ci-après la Relation de Corancèz.

(a) Voyez Correspondance , lettre du 13 août 1767 : « Hors VAt- X tn^e y je ne yeux plus que des llVres qui m'enauieat, ou qui d« a parlent que de mon foin> »

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