‹ Histoire de la vie et des ouvrages de J.-J. Rousseau, composée de documents authentiques (volume 2)Chapitre 23 sur 334 · I. II · texte numérisé non relu

I. II

l6tl HISTOIRE i)Z J.-J. ROUSSEAU^

réchalè de Luxembourg, son ancienne amiie, d'obtebir du prince de Gonti la permission de quitter, sans encourir «à disgrâce, l'asile qu'il lui avait offert, et de savoir s'il peut s'établir avec sécurité dans quelque coin du royaume.

On n'a point de détails certains sur la nature des contrariétés qu'il éprouvait à Trie. Voici ce qu'il dit au marquis de Mirabeau. « le crains bien que vous h'ayez » deviné juste sur la source de ce qui se passe ici , et » dont vous ne sauriez même avoir l'idée ) mais tout » cela, n'étant point' dans l'ordre naltna3*el des choses^ » ne fournit point de conséquence contre le séjour de- la D campagne , et ne m'en rebute assut^mctol; pas. Ce 'qu'il » faut fdir n'est pas lacampa^e, mais les maisons des o grands et des princes, qui ne sont point les maîtres » chez eux et ne savent rien de ce qui s'y lait. Mon » malheur est d'avoir an hôte si élevé , qu'eortre lui et 9 moi il faut nécessairement des intermédiaires i). Dans une autre lettre k son and duPeyrou, il maside qu'on a suscité contre lui toute la fnahàn an prince , (fes prêtres, les paysans. On lui refusait les fruits et les légumes. Quand le prince deConti lui fit une visite, il y avait deux mois qu'on ne lui en avait donné, malgré l'es Ordres de S. A.. On voulait dans le même temps faire imprimer son Dictioritiaire de musique. Il écrivit à M. delSâitine pour empêcher cette impression jusqu'à ce quie l'ouvrage eût été de nouveau soumis à la censure.

M. du Peyrou devant venir passer quelque tomps à Trie , Jean-Jacques lé prie d'apporter des vol^jas^ voulant partager les momeus de la journée entre ce jeu, les promenades et les échecs.

Ne pouvant plus tenir à Trie, il prit le parti de sortir -de cette habitation au mois^e juin 1768; après en avoir

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prévi^Qtt le prince de Goiiii(i):.il se rendit àL^ronle 18, y resta quelques fi^nuftiaesy et fit dans les eAvirons de ceftt» ville plii#ieiirs herliorisatioafi y acçomfiagiië de IVbbé Rosier et de M. de La TiNireUe. De L^on ii alla à Grenoble* Il en fiartic le ^5 juillet pour Chambdry , où. il lie. séjourna que peu dejouirs. Dans sa lettre (2) , ea ftononçont à TJbérèse ee voyage ^ il lui fait des adicaix ' conusua s'ils ned&Vaieat|)lii.s serefoi^re^ £tiui. donne des GOaseils et 4e$ jCOJis^iAtions. On ne sait rien sur le pco jet iïu'il fwuyAÎt 9vmr.

Il vint demeurer k B^r^iu le ii6 août. 1 7^. D'après une lettce nnâ^xt^ du ;» noviembre ( 1 7Ô8) , jil paraît qu'en* nnjé de ^es relations ^ de ,son.exisl£n£e , il avaif demaiidé des paSiSe-perte à M. le duc de Gboi&euil pour sortir du royaume, et qu'il smM. pris hi résolution de retourneir à WopM^n en Aji^k^t^rA; à moins qu'on ne lui permît d'^Uier dans l'Ue de Mii^orfi^ne, qu'il préiGérait à cause du climat..

L'iitSAliibritté deJBouiigpiii lefor]^ d^aqcepter unlogei' me^ daas «oe «mson. appelée Monquin, ûbià»Â demir

io^ "village' XI ;s'y ^t^blit dwks l«s premiers i^urs à» Sévikçr 1769. C'est 4e cç séjoui: qji'is^t .^^. (3) »ne longue lettre à Thérèse Le Vasseur. Jean-J^icques y {ait .^nt€padre pQvir la premÂèré^ {<^is des pl^i^s SkQUXxfi c^tte fc^çijMïie. « Je n'ai dlp^orché ^eipijiiks ^ aiks , lui dit-il, qu'à

(1) Ce prince ay^it dit à son intendaut : Je le mets ici a ma place , et je n'entends pas qu'on lui offre rien , parce que Je le rends maHre de tout.

{1) V.oyez /Correspondance i lettre chi aSjtttUet, à trou litarM du matia, J768.

(3) Du 12 août 1769. .

t64 HISTOIRE DE J.-J. ROUSSÉAIf,

» VOUS rendre heureuse.- Je m'aperçois avec douleur » que le succès né répond 'pas à. mes soins , et qu'ils ne » vous sont pas aussi doux à recevoir qu'il me l'est de » vous les rendre. Non-seulement vous avez cessé de » vous plaire avec moi, mais il faut que vous preniez ]» beaucoup sur vous pour y rester quelques moniens » par complaisance* Tous ceux qui vous entourent sont }> dans vos secrets , excepté ntoi, et votre scail véritable ». ami est exclus de votre confidence. Je ne vous parle » point de beaucoup d'autres choses... Rien ne plaît, » rien n'agrée de la part de qudqu'un qu'on n'aime » pas. Voilà pourquoi y de quelque façon que je m'y » prenne, tous mes soins, tous mes efforts auprès de » vous sont insuffisans, ... Je n'aurais jamais songé à » m'éloigner de vous, si vous notiez été la première à » m en faire la proposition ; vous êtes revenue très^sou- » î^nt à cette idée. . . Tu voulais me quitter et t'éclipser » sans que je susse même où tu voulais aller!... Je vais » m'absenter pour quinze jours. Si quelque accident » doit terminer ma carrière, souvenez- vous en pareil V cas de l'homime dont vous êtes la veuve , et d'honorer » sa mémoire en vous honorant. Qu'aucun moine ne se » mêle de vous ni de vos affaires en quelque façon que » ce soit » (i).

Il la' prie de bien réfléchir pendant son absence au projet qu'elle a de se mettre en pension dans ime communauté 'y la laissant libre dç. choisir un asile et l'assurant qu'elle n'y manquera de rien. Après avoir écrit cette lettre^ il partit pour une herborisation au mont Pilât avec trois messieurs qui faisaient semblant d'aimer

(i) Cette lettre est eilrèmement touchante : Jeao* Jacques n'imaginait pas qu*il fallait mettre Thér^ en garde contre un palfrenier.

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ta hotanique , hd faisaient bien des façons ^ Vont trouvé très-maussade y oubliant que ce sont eux €fui Vont rendu

La séparation entre Thérèse et Jean-Jacques n'eut pas lieu, et il u*en est plus question. Il est permis' de •croire que Thérèse, s'ennuyant de la solitude de Monquin, tâchait d'en dégoûter Rousseau. Elle y fëussit* Bientôt les inquiétudes de Jean-Jacques renaissent : il veut changer d'asile ; il en témoigne l'envie à son ami Moultou dans une lettre du ^ mars 1770. Nous trouvt>ns dans cette lettre un trait de caractère qu'il est hon de faire connaître. M. Moultou avait offert sa bourse à ilousseau : celui-ci lui répond ainsi : « Je ne suis point » dans le cas d'avoir besoin de la bourse d'autrui, du » moins pour le présent ; mais je suis fâché que Toffré » • de vf tre bourse m'ait 6té la ressource d*y recourir au i> besoin 5 ma maxime la plus chérie est de ne jamais » rien demander à ceux quicm'offrent; je les punis de 9 m'avoir 6té un plaisir en les privant d'un autre, cela ^ tient à mon tour d'esprit particulier dont je n'excuse » pas la bizarrerie. Autant je suis touché de tout ce » qu'on m'accorde, autant je le suis peu de ce qu'on me » fait accepter ; aussi je n'accepte rien qu'en rechignant -» et vaincu par la tyrannie' des importunités ; mais l'ami » qui veut bien m'obliger à ma mode, et non pas à la » sienne , sera toujours cobtent de mon cœur. J'avoue » pourtant que l'à-propos de votre offre (le voyage) » mérite une exception j et je la fais en tâchant de » l'oublier, afin de ne pas ôter à notre amitié l'un des

(i) "Voyez Correspondance yUv^ du 16 «eptembre etdtt 10 octobre 1769, dans lesquelles ieaa-Jacques fait un récit très-gai de ceUe course.

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1» droits que l'inëgalité de fortune y doit itiettre »• Cette bizarrerie, comme l'appelle Jean'-Jacques, explique pourquoi il se fâchait quand ayant demandé deux ]>outeilles de vin, on lui en envoyait un plus grand nombre.

Son séjour en Dauphiué n'offre que trois circonstanpes remarquables. Ce sont l'affaire l'hereuin, le mariage de Jcan^Jacques avec Thérèse LeVasseitr^et les rapports ^u'il eut avec M. de Saint'^ermàin»

On trouVe dans la correspondance beaucoup de détaîls(i^ sur la première, sans qu'elle çù. soit plus édaircie. Yoici seulemetit le fait: Un chamoiseur nommé Thevenin , réclame de Jean*Jacques une sonupàe de neuf livras de France y qU'il prétebdàit lui avoir prêtée en 1758,' au village de Vetdièrè , près (ic Ppntarlier. Cette réclamation fut transmise à Rousseau par M. Bo vier, a^cat de Grenoble, c^ui , dans sa lettre dU 3ti août 1 768 , dit que jpar reconnaissance , Eousseau donna des lettres de recommandation au S' Thevenin^ dolit l'une était signée le vqyugeiir perpe'tuei. L'imposture était grossière et facile à Védfier« D'abord en 1^58, Jean-Jacques habitait dans la vallée de Motitmorency , depuis lo 9 avril 1^56 qu'il alla tle Parifi demeurer à la Chevrette, puis auMont'Xiouis ,' enfin au château du Maréchal de Luxembourg, jusqu'au 9 juin 1763 qu'il partit pour éviter le décret de prise de cok*ps lancé contre lui. Il était donc aisé de prouver l'alibi. Ensuite Rousseau ne coniiaissait point les personnes indiquées, pour être cdiles à qui il avait écrit des lettres de recommandation^ jamais il n'eut de rapporte avec ell^s. Ces deux faits 4ont on pouvait acquérir la preuve , Suffisaiept. Mais Jean - Jacques

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(1) Particulièrement dans celle du 18 septembre 1768.

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