‹ Histoire de la vie et des ouvrages de J.-J. Rousseau, composée de documents authentiques (volume 2)Chapitre 24 sur 334 · I. FAtlTIE · texte numérisé non relu

I. FAtlTIE

s*affeclâ vivement, et beaucoup trop de cette accusation. H se crut déshonoré j^i^ en proie h mille idées cruelles, inciigne, navré de se voir compromis après soixante ans d'konmeur (i).

Voulant découvrir la vérité, il s'adresse à M. lecamte de Tonnerre qui conpiniandait la province ^ soUicite une audience pqur confonde l'imposteur, l'obtient et se rend à Grenoble le jour ind[i<|ué pour cette audience. Mais le coWiïiandai^t ne s'y trouva point. Non content de de* mander justice, Jean-Jacques avait écrit de tous côtés pour avoir des renseignement» sur ce Thevenin. Il apprit qu'il avait été, en 1 76.1, ''condamné aux galères, après exposition en place de Grève, avec cet écriteau : calom*^ nialeur et imposteur insigne^ 11 envoie les preuves à M; de Tonnerre, qui ne lui répond pas, et dit seulement qu'il imposera silence h. Thevenin. Jean~Jacqùes,au cont traire, voulait qu'il le fît parler pour connaître la source de cette obscure intrigue. L'absence du commandant ^ le jour ou il donnait l'ordre de comparaître devant lui ; son silence et l'impunité qu'il accorde à l'imposteur, étaient, il en faut convenir, inexplicables et propres k faire naître beaucoup de conjectures.

Jean-Jacques, quoique plus intéressé que tout autre à recueillir des renseignements, ne put y parvenir. Les seuls qu'on ait eus , viennent de son ami M. du Peyrou. Voici la note qu'il a faite, soit suV TafiFaire en elle-même, soit sur la dénomination du voyageur perpétuel , donnée à Rousseau. « Toute grossière, dit- il, qu'était cette farcç, elle tendait à compromettre la sûreté de Jean-» Jacques en le mettant dans l'obligation de sa produire

(1) Lettre du 18 septembre.

l68 HISTOIRE DE J.-J. ROUSSEAU,

SOUS le nom de Rousseau , que par des considëratioii9

jnajeureSy il avait quitté pour prendre celui de Renan».

Il est possible que ce fut lé but de cette intrigue; car le prêt des neuf francs qu'on suppose fait longtemps avant cette époque, ne pouvait être cru de personne. Ce prêt était par-là même assez indifférent , et Jean-Jacques y mit beaucoup trop d'importance. Mais la réclamation, en le forçant de reprendre son nom, le mettait dans une position où il courait le risque de faire exécuter l'arrêt du parlement et d'être privé de sa liberté.

-Quant à la dénomination de vc^ageur perpétuel donnée par Thevenin à Rousseau , M. du Peyrou a publié une lettre qu'on lui avait écrite et dans laquelle se trouve une anecdote assez singulière.

« J'étais un jour (est-il dit dans cette lettre) à me promener au jardin des Tuileries : apercevant quelquesuns de nos lettrés, et sachant l'endroit où ils tenaient ordinairement leurs assises , j'allai les y devancer plutôt par désœuvrement que par curiosité. La lettre de M* Rousseau a M. Tarchevêque de Paris paraissait depuis peu. Ce fut sur c.et ouvrage que roula la conversation. On en parla diversement : on critiqua : la critique fut plutôt injuste que sévère : on attaqua l'auteur et l'on ne fut ni modéré , ni même honnête. M. Duclos en parla seul comme un admirateur de M. Rousseau , pénétré de ses malheurs et paraissant les partager : il me parut dé7 placé dans ce cercle. M. de Sainte-Foix parla en inquisiteur. Un abbé dont ma mémoire ne me permet pas d'appliquer le nom sur sa figure fraîche , brilla. M. D * * était vis-à-vis de lui et souriait de temps en temps à l'abbé en forme d'approbation. Je ne tardai pas d'entendre utie voix de fausset qui disait : ce pauvre Rousseau veut à tout prix occuper le public. Cette gloriole

'est bien permis sans doute quand elle ne dégénère pas en fotîe. Que dites-vous de ses allées *et venues? Il n'est bien nulle part. C'est un voyageur perpétuel. Ce n'est pas sur le discours que j'appuie. Je ne m'arrête qu'à ces mots : un voyageur perpétuel. Il est bien singulier que le maraud de Thevenin ait eu la même idée et bien long-tem^s après, et que M. Rousseau l'ait fait naître, lui qui depuis son retour d'Italie à Paris jusqu'à son départ pour la Suisse, n'avait fait qu'un voyage en dix-huit ans » (i). •

Passons au mariage de Thérèse Le Vasseur. Beaucoup de personnes nient ce mariage. Le comte d'Escherny en parle en ces termes : « Je sais très-positivement qu'ils » n'étaient point mariés. U n'avait contracté avec elle ni » civilement, ni religieusement 2 il n'y avait eu ni con- ]» trat ni bénédiction nuptiale. Il l'avait simplement » nommée sa femme en sortant* de table et en présence » de deux convives » (2).

Rousseau confirme cette version en donnant seulement à cet acte plus d'importance et toute la valeur d*un contrat de mariage. « Cet honnête et saint engagement, » dit-il^ a été contracté dans toute sa simplicité, inais » aussi dans toute la vérité de la nature , en présence 1» de deux hommes de mérite et d'honneur». C'étaient MM. de Champagneux, maire de Bourgoin, et de Rosières , tous deux officiers d'artillerie. Du Peyrou à qui. Rousseau fit part de ce mariage, Supposant qu'il avait repris son nom et lui ayant écrit d'après cette supposition, Jean- Jacques lui dit dans sa réponse : « Je ne sais

(i) Celui de Genèye, en 1754.

(a) OBuTres philosophiques et littéraires du comte d'Escherny , tome ni, p. 166. Toy. la Correspondance , lettre du 3t août 1768^

I^O . HISTOIRE DE J.-J. AOUSSEAU^

» pourquoi veus vous imaginez qu'il a fàUu ^ pour me » marier , quitter le nom que )e porte (celui de Renou), M Ce ne sont pas les noms qui.se marient^ ce sont les y personnes ». Ainsi. Rousseau. ne se maria point. sous son vërilaLle nom , et ne remplit aucune des formalités rigoureusement exigées. Du veste il pouvait croire que l'engagement qu'il contractait 4eYant àévtj. témoins en présence du ci^/^ était suffisant; , lui dont les actes rçlir gieux se faisaient ^ujours au ii\ilieu du spectacle de la nature. Il résulte de ces détails que , dans la question relative à ce mariagei^ on peut également le reeonnaitre ou le nier suivant le point de vue sous lequel on l'envi* sage.' Quelle que soit l'opinion qu'on s'en forme , il ^t bien reconnu que Thérèse Le Yasseur n'était pas digne de porter le nom de.Roasseau.

Quant aux rapport$ qui existèrent entre Jeaurji^ques et M. de SaintrGermain , on varie sur leur origine. Dans la notice qui a été faite et mise à la tête, de la correspondance manuscrite et suivie par M< Petitain (t), il est dit que M» de Saint-Germaiq ^ loin de rechercher la société de Rousseau, \$a/7i^iai< éviten 4^ le voir; cir^ constance, ajoute-t*ony ({ui porta lé philosophe à recher* cher le militaire.

Voulant avoir des renseignements plus précis et surtout plus authentiques (2) je me suis adressé à l'un djBS

(i) Appendice aux ConfeçsioDS, p. a4-

(3) Les lettres de Jean- Jacques et de M* de Saint- Gerroain ont été long-temps entre les mains de M. Royez , libraire, rue du Pont de Lodi , qui cherchait à les vendre. C'est dans la notice qui les précède , qu'on dit que M. de Saint-Germain évita de rencontrer M, Rousseau , que tout le monde courait. Ce sont les ex{>ressions de Fauteur. On a dit , et qn^me imprimé , que cette

plus savants professeurs de la capitale, dotit la patrie était leDauphiné,où. il avait conservé de fréqucfntes relations. Lui-même a fait des recherches à Bourgoin, ayant recours aux personnes les plus âgiées ^ par un hasard heureux, il a trouvé celle que Jcan*Jacq#ts avait chargée de recevoir ses lettres, pendant son s^our dans cette ville. Voici la note qu'il en a reçue et qu'il m'a transmisé: « Rousseau vint àBourgoin, en 1768, sous le nom » de Renou, Il logea à l'auberge de la Fontaine d'or, » chez Botivier. Il y fut visité par les notables de la » ville. M, Anglaricier de Saint-Germain, capitaine de » dragons , du régiment de Languedoc , fut de cenombre. » Jean-Jacques qui était ombrageux, ayant laissé en- » tendre qu'il ne se souciait pas d'avoir compagnie chez » lui , n'admit datis sa société que le médecin Meynier » et M. de Ghatnpagnetix de Rosières , avec lesquels il ]> faisait des coursés pour herboriser. M. de Saint-Ger^ v main ne fit plus de visites à Jean- Jacques chez lui , 1» mais il eut occasion de le revoir plusieurs fois et de » s'entretenir avec lui. M. de Saint-Oermain s'étant rc- » tiré du service avec une pension de six cents francs, » n'a jamais habité que Bourgoin. Sa femme était de 9 Grenoble, née Ponnac / ce qui l'e mettait dans le cas » d'aller quelquefois dans cette ville. Madame de Saint* » Germain vit encore et demeure à Lyon avec son fils V aine , qui était conseiller au parlement de Grenoble. Il

notice était de M. de Saiat'Gertnain ,'en avouant cependant, quVIIe nWait par tlle^méme aucan caractère éC authenticité. Il ne faut que la lire attentivement pouf être convaincu qu^un militaire loyal et plein d^lionneur ne parlerait pas de soi , comme on suppose que M. de Saint^GetTuain Faurait fait , et surtout qu'il serait e^act i tandis que Fauteur de la notice est loin de Fétre.

17^ HISTOIRE DE J.-J. AOtTSSEiU,

» a eu ensuite une charge au tribunal de Lyon^ \e le » crois même retiré et retraité. M. de Saint-Germain » pratiquait tous les devoirs de sa religion , tous les » jours assistait à la messe, et, en sortant de l'église, » était suivi d'an grand nombre de pauvres auxquels il » faisait l'aumône. On dit que Rousseau lui remit des » manuscrits ; mais les* curés des environs que M. de » Saint-Germain recevait chez lui, le décidèrent à les » brûler ».

« Avant de partir pour Paris , Rousseau alla au mont » Pilât (i) herboriser avec MM. Borin de Serezin et » M.Meynier. Il a habité un vieux château du marquis » de Gezarges,- situé dans la commune de Maubec à » demi-lieue de. Bourgoin. Là, il ne recevait pas de » visites. On croit qu'il s'y nxaria (a). Les lettres qui » lui venaient de Genève étaient adressées chez moi D pour M. RoUfSseau» Voilà ce que je sais. Tous ceux )> qui vivaient de ce temps-là sont morts ».

Le vieux château de M. de Gezarges s'appelait Monquin. Jean-Jacques alla s*y établir dans les premiers jours du mois de février 176g. Il y demeura jusqu'au mois de mai de l'année suivante. On voit, dans une lettre de la fin de ce mois , datée de Monquin et adressée à M. de Gezarges , des plaintes amères sur les outrages faits à Thérèse par les gens de la maison. Si ce fut l'un des principaux motifs pour lequel il quitta ce séjour , on ne

(1) Dans le mois d'août 1769. Ainsi c'était dix mois avant de quitter le Dauphioé. Voj. les lettres du 16 septembre et du 10 oc-^ tobre , dans lesquelles il décrit cette excursion.

(a) On a tu que ce devait être à Bourgoin , Tannée précédente. Le doute est remarquable, dans celui qui , recevant les lettres pour Rousseau , devait avoir des rapports babituelt avec lui. ,

connaît point avec certitude ceux qu'il avait pour préférer Paris à tout autre. H partit de Monquin dans le mois de mai pour se rendre à Lyon^ où, sans M. de Saint- Germain, une aventuré, semblable à celle de Thevenin, lui serait probablement arrivée.. Il va nous en donner lui-même les détails dans une lettre qu'il écrivit à M. de Saint-Germain , le 3 j uin 1770:

a Après avoir prolongé mon séj^our dans Lyon, plus^ que je ne m'y étais attendu, je n'en veux point partir sans vous réitérer mes. adieux et .mexeconoimander à votre souvenir. Je prends aussi la liberté de vous envoyer tme lettre et un. curieux mémoire que m'a envoyé par la poste, le granger de Monquin, par lequel il prétend que je suis parti de-là sans lui payer les dernières fournitures que sa femme m'afaitps en denrées : comme je ne me sens pas le bras assez bon pour lui payer œ mémoire dans la monnaie qu'il mérite, je veux au moins que vous connaissiez la pianière dont on a dressé et stylé cethomme par rapport à moi; et, pour cet effet , j'ai joint à ce mémoire une feuille contisaant des observations sur chaque article, par lesquelles vous pourrez, juger de sa bonne foi et de ceux qui le mettent en œuvre. Tous êtes à portée, monsieur, de vérifier tous ces faits; j'ai. cru , sur votre amour pour l'équité, que vous ne dédaigneriez pas d'«n prendre la peine. Je comprends qu'on a voulu re» non vêler la scène de... . • mais il n'est plus temps, et j'ai trop bien pris mon parti sur tout le reste pour m'affecter encore de ces choses là. Ainsi je mets désormais au pis ^ les fourbes, les fripons, les méchants et tous les gens qui pour me décrier les emploient. J'espère avant de partir d'ici , y recevoir encore^ des nouvelles de vôtre santé et de cale de madame de St.-Germain, à qui je vous supplie de faire agréer mon respect. Ma femme vous prie ,

monsiieur, d'a^éer le sien^ et non» emportons Ton et l'autirelepltts tendre et durable gourenir des bontés dont vous 1WUS aveu bonorës ' ( i ).

. Voici la réponse de M. de 6aint«G«rmatD) datée de Boufgoin ie^ juin f^rjo:

a Sur ce que TOUB'm'avet fait rhonneur de in« man* der, monsieur, j'ai pris le parti d'aller yis-à-^is des maîtres de ce ^ranger , manifester sa mauvaise foi , après lui avok. £ait lecture et à sa feiaine de leur lettre et du mémoÎT&qu'ilsvoiM^i^nt envoyé : je les lai interrogés sur diaqne article : «¥ surtout, voire réponse à leur m^émoiré que vous m'aves adressée^ les a con6mdu&an peint de confessm leur fiip^nnerie^ et<qn ils ont ëté ^^mlAës eux et leurs .enfagits de vos bieiifajts «t de vos générosités : leur ayaaot rcpmché leur ingratitude «t leur coqninerie ^ la femasM et l'iaonime m'^ont rappelé l'histoire -du péché d'A^dam; l'iiomme a reproché à sa femme de l'avoir contre son gré^ engagé à cette mauvaise action. La femme pour s'excuser a répondu,. èe M. Housseau était m bon , si générettx,^e j'aâ cru qu'il enverrait «ans eiianien et san8'.)rieQ''appna£ondir le montant de notre mémoipe. L'on et FantPB', d'iapnès cet aveu, ottt été chassés^ la maâson^dè leoxBfliakres, *qiii voulaient -absotenent que leur Ranger V4Misf it^es excusés , ce que je n'ai pas jugé convienable^paffoe que des excuses ne sbalt dues que d'égal k é^,et d'hœmétes ^ens à honnêtes igens.

» Madame de StinGermain vous remercie, prenant , autant quemoi^ipaot à. tout oequivous intéressé , elle a droit d'en mériter «me jdans 'l^honneurde votre souvenir;

. (i) G«Ue lettre Q^a éjté ûnpisbnée j|ti'eii i%qû, pour ia première fois.

celui de mdKlame Râusseaunous est ^gaiement clier, et nous l'agstirotis de nos devers ». '

Ueurevfôeiftent JeattJacques «''était adressé à un militaire filem d'ii^nfieur «t de prd^té, ëont l'aspect fit tremMer. les âripoqols «t les liécbltoetta. Siiq^sons le grangetr mis ^^i action |>afe: ceint 1^ fit OMdiVMr Tbeveain ; -un :|i^d6at etédale, quawd son itttépét ie demanJle ; sttppriDM^s M. de âsÀnt^-C^ermaiâ, ^ tioàs veiiretis une nouvelle itttrigne; JoMirJacqfttes-aûi^sé de ne pas payer ses dettes^ tDu« ses enyiet^ l'aiiKrinaiit av«c df^ntam plus de feffce, qu'ils n'<en auraieult rien^m-éii^lè plus exact des homieaLes à reinplir 8«s ^ngagefiiuents^ métamorphosé enunbàs et viliescrcc.

Le même M. jde Saint-^G^rmain a laissé le récit -de plusieurs traits 'de la viiK de J^eaiHiadipies pendant i^'il habitait Hanq^iin. Nous nous ibotttierbns aii sniyant : « accottQ{>agiié d'u»e -auti^e fuersonne^ )^i3iai vi^ter M« » Rousseau qui s'était retiré à la <»i4ii^agne : quelques » inoments affres notre arrivée ^ un Iromme vint .frap* » perk la porte. M. Rousseau se- lève , Imi ouvre et hii »• dit de reveoi»* L'iiomme iosiste^ ten "disant qu'il ve- » naît de loin let qu'il avait besi»in dessontargent. Alors il n le fitieistrer.«tjn0Bs.V)în9esiiept k kuit yiêtèminsts de ». diffiÉreatesxaiMes qcfr^sctiicnfKme apportait» MvAons- V -seau lui dfimittitâa ce qu'il lui ^dlait : il réolama dix- » huit franc» «qui lui ^furent fiayés. Voyant que nous » nous é^oas^8p6rçus de ce qu'il voulait nous cacher, il » nous dit i c^estune^anrillequin^estpafs vêtue; car il » ne «faut- pas oroîpe que de donner vingt^quaitre solsiou ». unpetit'écuà l'importunité d'un pauvre, ce soit rem- » plir les oblÎEgations de la -cliarité. Il faut chercher ie »^ besoin où il est, réchauffer ceux qui ont froid, ^donner ». du pain à ceux qui en manquent, et soulager les ma-

1^6 BISTOIAE DE J.-J* ROUSSEAU,

» lades ». Pourrait-on croire , ajoute M. de St.-Germaio, qu'avec de tels sentiments, soutenus par une pratique habituelle , M. Rousseau , à Foccasion de son goût pour la recherche des plantes , fut accusé d'y chercher du poison , parce qu'il £t hoîre une infusion à un ouvrier qui mourut dans un accès de colique néphrëtiquel

Ce fut pendant son séjour à Lyon que Rousseau sous* crivit pour la statue de Voltaire , en disant : que/ puisque tous les auteurs avaient le droit de souscrire, il avait payé ce droit assez cher pour oler y prétendre. La lettre qu'il écrivit à ce sujet à M. de La Tourette , fut insérée dans un journal. Voltaire inquiet, s'adrçsse aussitôt àM. de La Tourette , pour savoir si cette nouvelle était vraie. « J'ai peur, lui écrit-il, que les gens de lettres de Pai^is »'ne veuillent point admettre d'étranger: c'est une ga- » lanterie toute française ; ceux qui l'ont imaginée sont V tous ou artistes ou amateurs. M. le duc de Choiseul » est à la tête, et trouverait peut-être mauvais que l'ar- » ticle de la gazette fut vrai »• Voltaire voulait que Rousseau fût considéré comme étranger aux gens de lettres de Paris, quoiqu'il n'eût écrite que dans leur langue, et des ouvrages qui valaient hien les leurs : illui refusait le titre d'artiste et d'amateur. L'auteur du Devin du Village n'était pas même un amateur ! hâtons* nous de jeter un voile sur cette faiblesse du grand homme que la passion rendait quelquefois si petit, et gémissons de ce qu'au lieu d'imiter la généreuse vengeance de son rival, il n'en éprouvait que du dépit et del'humi-' liation. Mais pourquoi le duc de Choiseul aurait-il trouvé mauvais de voir inscrit paioni les souscripteurs de la statue de Voltaire, celui qui lui avait rendu le plus bel hom« mage, en disant qu'il devait à la lecture de ses immortelles productions, son style et son talent? l'ombrageux

. I. PAETJE. 1765 — 70. 177

Jean-Jacques aurait donc eu raison de compter ce ministre au nombre de ses ennemis.

A.près être reste quelque temps à Lyon dans la famille de M. Boy de La Tour^ il se rendit à Paris par Dijon, où la fatigue et le désir de faire un pèlerinage à Montbard , l'obligèrent de se reposer plusieurs jours. U arriva dans la capitale à la fin de fuin ( i ). ' Suivons-le sur ce théâtre mobile où , malgré l'envie, sa gloire n'avait rien perdu de son éclat.

(1) Voyez lettre V, sur la Botanique , adressée à M. De la Tourette, avec lequel il avait herborisé à Lyon ; il lui rçnd compte de son voyage.

j. la

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