‹ Histoire de la vie et des ouvrages de J.-J. Rousseau, composée de documents authentiques (volume 2)Chapitre 30 sur 334 · I. I^ÂKTIE · texte numérisé non relu

I. I^ÂKTIE

VOUS en ai parlé , qa'ëcouter les propos qui vous sont venus depuis par des étrangers. Il faiH que .vous conveniez d'une chose : Si }'aï tenu ce propos , j'ai menti ; car vous savez bien vous , que, ne connaissant la correspondance ~ que par vous , ce pr(^os serait de ma part non pas une ' indiscrétion , mais un mensonge. Or, pour faire un mensonge, il faut un but , celui^à serait contre' vous en fa- * veurde Dusaulx. Observez que je ne connais point Due» saulx, je ne l'ai vu qu'une seule fois aux Tuileries,' et c'est vous qui me l'avez montré; il faut donc que vous alliez jusqu'à supposes^ que j'invente un fait en faveur d'un homme , que j'estinie à la vérité sur sa réputation , mais que ye ne connais point, contre vous , que J'aime, et respecte, et qui me recevez avec bonté : vous, voyez que cette supposition est impossible.

« Si vous m'interrogiez ensuite sur le fond de votre querelle avec Dusaulx , et surtout sur l'accusation d'être du nombre, de vos ennemis, je vous dirais branchement qu'il n'est pas plus coupable (i) que moi des vues que vous lui prêtez j tout y répugne.'

CL Rousseau ne répliqua pas; et après quelques mots sur la nécessité de ma sortie , je partis sans que depuis î'aie eu lieu de m'apercevoir qu'il conservât sur mon compte aucun ressentiment. Mes lecteurs peuvent commenter eux-mêmes les deux faits précédens , ils en tireront de grandes lumières sur le véritable caractère de Rousseau, et sur la facilité qu'il laissait quelquefois dans, son commerce.

« J'ai dit qu'il ^tait simple , et qu'il tenait du caractère de l'enfance. J'entre un jour chez lui, je le voix hila-.

(1) Mai& il Test cTinexadtitude au moins, danft le compta qu^il à. rendu de ses rapports avec Jcan-Jacques,

TÎ^ux, se promenant à grands pas dans sa chambre^ et re» gardant fièrenient tapit ce qu'elle contenait : Tout ceci est à moi ^ me dit*il; il faut noter que ce tout consistait dans un lit de siamoise ^ quelques chaises de paille , une lahle commune ,* et un secrétaire de bois de noyer. Commenty lui dis- je , cela ne vous appartenait pas hier ? il y a long-temps que je vous ai vu en possession de tout ce qui ^^t ici. Oui f monsieur, mais je devais au tapissier, et j'ai fini de le payer ce matin. Il jouissait dé ce petit mobilier avec beaucoup plus de joie réelle que ne fait le riche, qui le plus souvent ignore la moitié, des objets qu'il . possède*

<' Une autre fois je le vois encore visage riant et une certaine fierté que je ne lui connaissais pas. .11 se lève, se promène , et frappant des doigts de sa main droite sûr son gousset , il en fit sonner lesécus : vous voyez, me dit-il, que j'ai une hernie cruraJ^ , mais dont je ne cherche poiùt à me débarrasser. Il m'apprit ensuite qu'il avait reçu vingt écus pour une partie de copie de musique.

a J'ai dit qu'il était bon. Une amie de ma femme,' jeune Anglaise, fort jolie, avait depuis long-temps désiré de voir Rousseau. Gomme je m'étais fait une loi de ne lui présenter personne , cette envie ne pouvait se satisfaire. Uu )our cependant que je devais mener chez lui un de mes enfants , trop jeune pour qu'il le connut encore, car il me les demandait tous les uns après les autres, pour jouir , me disait-il , des vertus de leur mère , la jeune Anglaise était chez moi : je lui propose de prendre le costume de la bonne , et de se charger' de l'enfant; elle adopte l'idée avec une joie immodérée ^ elle prend le ta- blier , et s'empare de l'enfant : nou^ arrivons. J'ai dit que cette bonne était jolie , et je dois ajouter que son es:^

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tdricur anfionçait peu de force; je voulus profiter de la circonstance pour m'amuser à mon tour. Je commandai» k labonne détenir l'enfant de telle manière, de mar-» chet , de s'asseoir, bien assure de son obéissance. Rous* seau causa avec elle, et la plaignait d'être obligée de prendre uil état dont les fatigues paraissaient devoir sur^ passer ses forces. Il engagea madame Rousseau à là faire goûter; elle fut très-bien régalée, et rdadame Rousseau me dit le lendemain qu'il avait remarqué avec peine , et surtout avec beaucoup dé surprise, que je ne ménageais pas assez la délicatesse de la bopne, et que je lui parlais avec trop de dureté.

9 Je vois plusieurs de mes lecteurs sourire à ce trait de bonté , et me faire remarquer que là bonne était jolie* Cette circonstance, pour un homme du genre et de l'âge

de Rousseau , ne me parait pas devoir rien changer sur le motif de sa 9ensibilif,é^ mais jevais y joindre un autre trait.

« Bourru à l'éxoès , lorsqu'il avait sur quelqt^'un de ces préventions qui tenaient à la malheureuse corde de les ennemis, il était extrêmement attentif à ne pas blesser ceux avec lesquels il croyait, du moins pour le moment, pouvoir , sans danger pour lui , suivre le» mouvements de son cœur. 11 avait .cessé, depuis loâg-^emps, de m'ai*^ ré ter à dtner^ il craignait que je n^en tirasse dé fausses conséquences. Je né vous prie plus à dîner, me dit^il un jour, parce que ma fortune ne nie le permet plus. Quel* que peu de dépense que je fisse pour vous, je serais forcé de la prendre sur notre nécessaire. Je voulus lui répondre , il continua : Si je vous fais part de ma situation , c'est afin que vous n'attribuiez pas le changement de ma conduite à votre égard, à quelque changement dans mes sentiments. Souriant ensuite : J'aime , mé dit«

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il , à boire à mes repas une certaine dose de vin pur^ J'avais d'abord imaginé de partager également la quantité que je puis me permettre de boire entre Inon dioer et mon souper, mais il en résultait que se trouvant trop modique , aucun .de mes deux repas ne m'offrait ce qui me convient. J'ai pris mon parti , je bois de l'eau à l'on des deux , et je réserve la totalité de mon vin pour l'autre.

« Combien de. cboses découvriront dans ce dernier trait mes lecteurs attentifs ! Quelle bonté , quelle candeur et quelle supériorité sur les autres hommes, soit pour prendre son parti sur le^ événements de la fortune , soit pour savoir les apprécier , en n'y voyant rien qui doive être caché ! Le blâme universel qu'il a encouru en se refusant aux dons qu'on voulait lui faire , prouve seulement que peu de personnes sont en état d'envisager la fortune comme il le faisait, .Sachez composer avec elle, et boirede.reauàFundevosrepas, pour boire votre vin à l'autre , et ce refus ne vous paraîtra plus ni si extravagant , ni si orgueilleux , ni même si hjéroïque. Joignez à cela la réponse qu'il faisait lorsqu'on allait jusqu'à l'interroger sur ce point : Je suis pcaivre , à la vérité, mais je n'ai pas le cou ptslé»

« J'ai 4it qu'il était gai. J'ai vingt fois eu l'occasion de remarquer en lui cette qualité qui seule pouvait faire le bonheur de sa vie , mais que la maladie , dont il avait apporté le germe en naissant , détruisit presque entièrement pour le rendre le plus malheureux diss hommes. Si je n'envisageais, dans ce récit, que. ma satisfaction personnelle, avec quelle complaisancf je m'arrêterais sur ces anecdotes qui me le retracent dans un état heureux! mais, outre que le cadre que j'ai choisi me force de me restreindre, mes lecteurs trouveraient que je les en-

tretiens » trop long-temps de puérilitës. Je né parlerai donc ni de la gaieté de plusieurs de nos petits repas, ni de traits isolés de nos conversations ^ je me borne à un seul fait.

« Tous mes lecteurs* ont entendu parler de l'abominable aventure dont il a été si cruellement la victime à la butte de Mesnil-Montant. Il fut reticontré par le chien danois de M. de Saint- Fargeau, qui, voulant rejoindre le carrosse de son maître > avait dans sa coursé la vitesse d'une balle de fusil. Il passe entre les jambes du malheureux Rousseau , qui tomba le visage sur le pavé , sans avoir eu le temps de se garantir avec ses mains. La chute fut d'autant plus malheureuse, qu'il descendait la butte, et conséquemment qu'il tomba de plus que de sa hauteur. Je cours chez lui le lendemain matin. En entrant, je fus saisi d'une odeur de fièvre véritablement effrayante. Il était dans son lit. Je l'aborde; jamais- sa 'figure ne sortira de ma mémoire. Outre l'enfiure de toutes les parties de sol» visage, qui , comme l'on sait, en change si fort le caractère, il avait fait coller de petites bandes de papier sur les blessures dé ses lèvres ; ces blessures étaient .en long , de façon que ces bandeà allaient du nez au menton. Mon effroi fat proportioùné à l'horreur de ce spectacle. Après m'a voir reiidu compte de l'accident, je vis avec grand plaisir qu'il excusait le chien; ce qu'il n'eut pas fait , sans doute , s'il eût été question d'un homme : il aurait vu 'infailliblement dans cet homme un ennemi qui depuis long-temps méditait ce mauvais coup ^ il ne vit dans le chien qu'un chien qui , me dit-il, a cherché à prendre la direction propre à m'«yiter; m^is^ voulant aussi agir de mon coté, je l'ai contrarié ; il faisait mieux que moi, et j'en suis puni. J'observerai , car cela est nécessaire pour le but que je me propose,

a5o HISTOIRE DZ J.-l. ROUSSEAU;

qu'il a'étaitpas posiiblede se trouver dam ua état plus affligeant et plus dangereux , puisque la fièvre attestait que la chute avait causé , dans toute la machine y un .ébranlement général; mais l'accident était; comiUe je l'ai dit; occasionné .par un chien; il n'y avait pas moyen de lui prêter des vues malfaisantes et de^ projets médités : dans cet état; Rousseau restait ce que daturellement il était lorsque la corde de ses ennemis n'était. point en vibratiofié Jamais ; de mon c6té; je ne fus moins disposé h. rire. Jamais Rousseau n'avait eu plus de raison de s'af^

fliger ; cependant le cours de la conversation nous amena tous deux à des propos si gais^ que le malheureux ; dont le rire rouvrait toutes les plaies couvertes par les petites bandes de papier;, mé demanda grâce, mais .avec des insitancés réitérées. J'en sentis moi-même et l'importance et la nécessité ; et tout cessa par ma retraite.

« Sa timidité était excessive ; et je l'ai vu souvent dans ce cas avec des enfants.de neuf à dix ans ; qui timides euxmêmes ; se tenaient devant lui dans un état de réserve^ Je ne me livrerai point au plaisir que j'aurais d'eu citer quelques traits ; car mes lecteur» ; qui n'ont pas vécu avec lui; ne* peuvent y mettre le même intérêt que j'y mets. Il faut pourtant citer ; car il ne s'agit pas ici de mou opinion sur soû sujet ; mais de mettre le lecteur à portée de déterminer la sienne. Sa timidité était infiniment plus marquante, lorsqu'il s'agissait d'être seul .en ayant; et de chanter ; par exemple ^ les morceaux de sa composition qu'il voulait faire entendre-

« On a déjà, été à portée de remarquer qu'il mettait unpgratide importance à ses déterminations, lorsqu'il les avait manifestées» Quelque peu de conséquence qu'elles eussent dans leur objet, il y voyait toujours un engagement pris avec lui-même; auquel il ne devait pas

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plus manquer, que s'il Tavaupris avec un autre : cela me parait devoir étne considéré che2 lui comme un trait de caractère. * *

« B s'était engagé volontairement et de lui'^méme à itiéltre en musique toutes les parole» qui' lui seraient envoyées par msl femme. Je lui apporte un jour de sa part le Volume des OEw^re$ de Shakeâpear, traduction deLetourneur, où se trouve la tragédie d'Or/^tfV/o^ et lui montre l'endroit où sont les paroles : Au pied d'un saule, etCf en l'invitant, de la part de ma femme, de. .les mettre en musique. Je lui observai que , pour pouvoir donner à ces, paroles le caractère qui leur convient , il (filait qu'il prît là peine de lire la pièce. J'en suis fâché, me dit-il, mais je me suis promis de ne plus lire. Comme je connaissais ses scrupules sur cet article , je lui dis que, lorsqu'on tenait à remplir ses engagements , il fallait n'en prendre que le moins possible, attendu que l'on s'exposait à ce qu'il y ea eût de contradictoil'es, et qu'alors on se mettait dans la nécessité de mahqner bu k l'pn ou à l'autre. Vous vous êtes promis de ne point lire , et vous avez promis k ma femme àe lùettre en musique tout ce qu'elle vous présenterait ^ elle vous présente des paroles qui exigent la lecture d'une tragédie } vous voilà dam la nécessité ou de vous manquer à vous-même, ou de manquer à ma femme ; vous n'avez que l'option. Je savais d'avance combien cet argument aurait de force sur son esprit. Il réfléchit im moment, et prenfllit le livre , donnez, me dit-il, je le lirai.

? J'ai reinarqué dans Rousseau une (|uâlité bien rare , et qu'on ne serait pas disposé k lui supposer , d'après l'aigreur que souvent il versait autour de lui. Pendant le cours des douze années que j'ai vécu avec lui , je ne lui 'ai entendu dire du mal de qui que ce s'oit. Souvent,

aSa HISTOIRZ DE l.-l. ROU&SEAV^

eu me pariant des personnes, il lui arrivait dé les classer dans le nombre de ses ennemis , et sur ce point, que dans la suite de cette notice je me propose d'approfondir^ il n'y avait nulle possibilité de le contrarier 5 mais* dans ce cas-là même, jamais, du' moins devant moi, il ne s'est permis de s'expliquer sur leur compte , soit en leur imputant des faits particuliers , soit en se peritfettani à leur égard des qualifications injurieuses. Ce qui prouve, jusqu'à l'évidence, que, lorsqu'il ne voyait point àtra* vers ce prisme fatal, son véritable caractère reprenait le dessus, c'est que , lorsqu'il envisageait ces mêmes hommes sous le seul rapport de îeur mérite intrinsèque et réel , Qon-seulement il leur rendait justice , mais U faisait valoir ses opinions à leur égard avec beaucoup de chaleur. Je ne citerai pour preuve que deux faits qui^ ayant rapport à deux de ses détracteurs les plus déclarés, feront aisément supposer tous les autres.

« Je louais un jour devant lui Diderot , et l'on sait la haine que Diderot lui portait; j'ajoutai : je lui trouve cependant un défaut bien emportant , c'est de n'être pas toujours clair pour les autres,' et je crois même que souvent on pourrait dire qu'il ne l'e&t pas pour lui-même. Prenez-y garde, me dit Rousseau^ lorsqu'il s'agit de matières traitées par Diderot, si quelque ch»se n'est pas compris , ce n'est pas toujours la faute de l'auteur. C'est la seule expression, dure qu'il ait jamais employée contre moi. IVfes lecteurs, verront, je l'espère, que je ne suis bien réellement que ce que je veux être, histo^ rien fidèle. Ce mot, qui pouvait me blesser^ l'avoueraije? ine fit un bien infini. Je vis Rousseau tel que j'aftrais voulu qu'il fût toujours.

$( Le lendemain du jour où Voltaire fut- cooromié au Théâtre-Français, ce jour précédait de bien près le der-

nier de ces deux grands hommes^ un de Ces personnages qni ont le secret de se glisser partoat , croyant sans doatelui faire la cour, lui en rendit compte devant moi, et se permit sur ce couronnement des plaisanteries telles qu^on peut se IdlNîgurer de ce genre de personnage. Gomment, dit Rousseau avec chaleur , on se permet de blâmer les honneurs rendus à Voltaire dans le temple dont il est le dieu, et par les prêtres qui, depuis cinquante ans, y vivent de »es chefs-d'œuvre : qui voulez- vous donc qui y soit couronné? Ce trait n'a pas besoin de rapprochement*pour être senti.

« J'ajouterai que, juste envers ses ennemis, il était di la plus grande indulgence pour tous les écrivains ; il me répétait souvent qu'il ne fallait s'arrêter que sur ce que l'on trouvait de bon dans un livre. Si Fauteur Vous a donné deux pages seulement dans lesquelles vous trouvez ou du plaisir, ou de l'instruction, ne devezrvous pas lui en. savoir grë ? passez , sans mot dire, ce que vous rencontrez qui vous déplaît.

a II ne parlait que très-rarement de ses ouvrages , et jamais le premier. Je ne lui vis mettre de chaleur à leur

: occasion qu'en regrettant la perte volontaire qu'il fit , dans une circonstance qui trouvera sa place dans mon récit , du manuscrit d'une nouvelle édition i^ Emile. Il y avait fait entrer une. partie des idées qu'il ij^avait pu mettre -dans la première , à cause de leur abondance , dottt alors son imagination , me dit-il , était surchargée Sans les rejeter , il les avait écrites sur des cartes qu'il réservait pour une nouvelle édition, ^le contenait aussi le. parallèle de l'éducation publique et de l'éducation particulière ; morceau qu'il me .disait .être essentiel au traité de l'éducation , et qui manque à Emile. Il était

. quelquefois , sur son propre tompte , d'une ingé?iuité

^54 HISTOIRE D9 J.-l* KOVUtAV^

qui y en me causant de')a surprise , me jetait dans le ravissement. Il me dit un .jour qu'après avoir publie son discours sur les sciences^ , etc« , madame Dupin de Francueil , chez laqiieille il demeurait , lui parlait un âoir, au coin <lu feu y cfe l'effet qu'avait prodilit cet ouvrage? maifi f dites-moi clone,. M. Rousseau, qui aurait pu devi*ner cela de vous ? Lecteurs, notez que c'est de lui que je tiens cette anecdote.

« Il m'apprit aussi que le cardinal die Bernis fit cher* cher avec grand soin ^ tant dans les bureaux des affinités étrangères qu'en Italie, la correspondance quf eut lieu pendant que lui, Rousseau, était secrétaire d'ambassade* Il n'y trouva rien, me dit-il , et je l'en aurais bien 9$" sure d'avance» • • * .

« Avant de faire arriver mes lecteurs au temps oh je serai forcé de leur montrer Roiisseau trop différent de ce qu^il est dans ce moment, je les prie de me pardonner de m'arrêter un peu ^ et deleu^r faire tpir que cet homme extraordinaire ne faisait rien que lorsqu'il était commandé par un besoin irrésistible. Depuis long-temps mes lecteurs le voient copiste de musique ^ maisril fut bientôt attaqué de la fièvre de la composition. On sait ^^ c'est ainsi qu'il fut en littérature et en philosophie, homme très-médiocre jusqu'à l'âge de quarante ans^ et que dix années àinfg^e fièvre continue et sans sommeil , comme il me l'a dit plusieurs fois., l'ont mis , par ses productions , au rang des écrivains les plus éloquents, des moralistes les plus épurés , et des philosophe^ les plus éclairés. Il exerça sur moi , à l'époque de ce besoin de compoâer. de la musique, une espèce de despotisme curieux à faire connaître. Je puis* en parler sans inconvénient , attendu que je n'y joue pas le plus beau rôle.

a Altéré de composition , il me demanda de lui faire

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