‹ Histoire de la vie et des ouvrages de J.-J. Rousseau, composée de documents authentiques (volume 2)Chapitre 31 sur 334 · I. P4KTIE. l']']0^'^Sk · texte numérisé non relu

I. P4KTIE. l']']0^'^Sk

les parôlôs d'un duo. Je lui déclarai mon impuissance ; mais ce fut en vain. Il me le demandait à chacune de mes visites , et d'un ton à me faire comprendre que les cl)ose$ n'en resteraient pas )à. Je fis part de mon embarras à ma femme , quinine dit malignement : Pour le guérir radicaliemem de cette maladie, je n'y sais qu'un remède», mon ami , fais-^lûi promptement des vers , et cours les lui porter; il y a mille à parier qu'il n'y reviendra plus. Tout malicieusement gai que fût ce conseil, je sentis bien moi-même (|u'il ne me restait que ce parti. Je fis donc*un duo entre Tircis^ et Dincé , J'espère que Dieu me le pardonnera. Tout fier de mon succès, et silÉ-tout curieux de voir la mine qu'il me ferait après la lecture , je nie flattais d'en être quitte. Il prend mon duo, le lit , me remercie , le garde et le met en musique. Mais te qu'il y a de plus extraordinaire, c'est que^ malgré l'insignifiance du petit dialogue, la musique de ce duo est chaVmante; il esc .gravé dans lé recueil de ses romances. '

« Loin d'être rebuté, comme ma femme a'y attendait, et eomme je l'arais espéré, il m'annonce qu'il veut faire du récitatif ; il ne ft'agit plus des paroles d'un duo, mais d'une scène qui doit contenir la matière du récitatif, deux airs , et sAerminer , si je le peux , par un duo. Je crus uni moment qu'il voulait me faire devenir fei;. Je crois pourtant, pour lui rendre justice, qu'il était tellement emporté lui-même par cette saillie décomposition , qu'il ne s'apercevait pas de mon embarras, sans quoi, je présume qu'il en aumit eu pitié. Ma femme , toujours rieuse k mes dépens , m'encourageait de toutes ses forces. ^ . • « Très-familiarisé avec le romaâ de Da|>hnis et Cloé , que j'avais lu un grand nombre dé fois dans la traduction d'Amyot, j'espère y trouver ce qu'il me demande. Je relis

%56 HISTOIRE De J.-J. ROVSSEAU y

Fouvrage; mais, au lieu d'une scène, je lui trace le plan d'un opéra en deux actes , avec prologue et divertissement; ce qui composait quatre acte»' bien complets ; je lui porte mon plan. Gomme il n'était pas difficile , il en est onchanté, et frottant ses mains : Allotis, me dit-il, à l'œuvre. Gomment, lui dis-je, vous croyez de boniie foi que je vais vous l'exécuter ! Je vous l'ai présenté pour vous engager à le faire vous-même dans le cas où il vous plairait, mais vous savez bien qu'il n'y a pas de possibilité que j'en puisse venir k boiit. Vous me proposez donc froidement, me .dit -il,, de faire votre besogne ; il me semble que j'ai bien assez de la mienne; allons, allons, à l'œuvre. Pour le coup, je tombai dans le décoiiragemént , et«j'étaisxésolu de li'y plus retourner. Ma femme prit le sage parti de ne plus rire à 'mes dépens. Elle m'encouragea^ et me fit envisager que l'ouvrage, tel qii'iï fit, restant entré lui et moi , je ne contrais aucun risque.

« Nouveau médecin malgré lui ^wje commençai , mais par morceaux détachés. A mesure que je les lui montrais, il les expédiait. Je fis ainsi le premier acte, et pendant qu'il le finissait et travaillait a son ouverture , je fis le prologue et quelques morcesiux du divertissement. Il voulut essayer son ouvi(rage. Il me pria de rassembler , non de$ musiciens de profession, mais des Aiateurs^ pour faire une répétition. Je le satisfis* 11 vint chez moi , chanta lui-même son acte; il fut méconteut du récitatif, et abandonna l'ouvrage. On se doute bien que j'abandonnai le mien. Malgré son état d^impei^ection , la partition en a été gravée après sa mort, et «(rendue , je crois , au profit des enfants trouvés.

a Quelque) personnes me conseillèrent de le finir et de le donner à un habile musicien , qui aurait respecté toute la musique de Jean-Jacque» , en m'assurant que cela

aurait in succès. Le nom de Jean-Jacques lui aurait été sans doute très-favorable; mais, connaissant mieux que ces personnes , et mon ouvrage et le théâtre , j'observai que, comme le dit le Bourgeois gentilhomme , il y a dans tout cet opéra y beaucoup de mouton ^ et que probablement le public jugerait qu'il y en a infiniment trop., lïous n'en avons plus réparlé -ni l'un ni l'autre. J'avais fait, pour entrer dans le divertissement ^ la romance d!Echo ; il Ta mise en chant ; et elle fait f>artie de celles de son recueil. Mes lecteurs peuvent se dire actuellement , qu'après être échappé aux orages de la pleine mer , il s'en es^peu fallu que, pendant la bonace, je ne fisse naufrage au port.

« Je quitte à regret le temps où Rousseau , quoique soumis aux effets de sa maladie, jouissait cependant d'intervalles assez longs , pendant lesquels son caractère primitif n'était point entièrement dénaturé. Nous allons le voir, plus soupçonneux que jamais, chercher et trou-* ver , dans les circonstances qui en paraissaient les moins susceptibles, les. occasions de réaliser les fantômes dont on pouvait le dire obsédé. Sa sagacité , si dans ce sens je puis me servir de cette expression, était telle , qu'elle lui fournissait des arguments réellement capables de lui en imposer. Il partait toujours d'un principe, fruit de son imagination blessée, principe qu'il ne pouvait examiner sensément ; mais les conséquences qu'il en tirait étaient toutes dans les règles de la plus saine logique, de façon qu'on ne pouvait qu'être infiniment étonné de le voir, sur le même fait, si sage ensemble et si fou,

« Je remarquerai que si le nombre de gens avec lesquels cette maladie l'a brouillé a été grand, c'est parce que, de leur côté, ceux qui l'ont recherché, trop occupés d'eux-mêmes et des motifs qui les avaient amenés

1à5B klSTOIRE D£ J.-J. HOUSSE AU,

chez lui y liront ni vu ni voulu voir son véritable état^ ou du moins , qu'ils n'ont pas voulu y avoir égard , parce qu'ils n'avaient pas poiur lui un attachement réel. S'il 91' est permis de me citer , c'est mon attachement pour sa personne y attacheaaeiit quâ s'est' accru à mesure que je me suis aperçu combien il était à plaindre ^ c'est lui qui I machinalement , m'a* fait prendre les moyens de me conserver airec lui. Je n'ai pas été le seul dans ce ca6^ Je sui« lénaSodn qu'ii^ a conservé tente sa vie , pour une mère de famille que sa modestie m^empéche de nomnoer , mais que ses vertus feront recoonaitre aisément de tous ceux qui ont avec elle quelques relations , une bienveillance soutenue, mêlée d'un respect sincère^ et c'est sans doute par la même cause. Il l'avait connue jeune fille , et lui avait donné à cette époque des soinspersonnels* Son mariage n'a rompv ni ses liens ni ses. rapports avec lui. Plus occiiipée de jouir et de profiter de cette connaissance que de s'en prévaloir, elle, le voyait rarement. Elle' étudiait, dans le silence, les maximes qu'elle puisait dans ses ouvrages , pour conr naître ses devoirs et régler sa conduite relativement .à l'éducation de sa nombreux famille. Ses succf ^ dans ce genre ne furent point ignorés de Rousseau, qui ne la perdait point de vue ; ils lui étaient agréables , et sou-« vent il m'entretenait de l'estime qu'il conservait pour eHe.

« Je lui avais présenté duck , après lui avoir demandé si sa visite ne lui serait point désagréable. Long-temps Gluck, qu'il estimait et dont il admirait le génie, fut reçu chez lui comme il méritait de l'être. Un j|Our, cependant, sans que rien pàt faire prévoir à Gluck cette boutade, il lui observa qu'il était, fâché de lui voir monter , à son âge, quatre étages , et insista pour le prier

dlé s'en dispenser k l'avenir. Ce paUvré Gluck en pleurait encore le lendemain. Souft le prétexte que je devais nie ressentir personuellement des procédés de M. Gluck^ puisque je Tarais mtrodtdt chez lui, je lui demandai ses griefs. Croyez-vous, me dit-il^ que M. Gluckyqui toujours a travaille sur la langue italienne, langue si favorable à la musique, Tait alxandonnëé pour la langue française, qui en toTot point lui résiste, uniquemetit pour vaincre une difficulté? Ne voyez-vous pas qutf j'ai avancé qu'il était impossible de faire de bonne musique sur la langue française , et qu'il n'a pris ce parti que pour mé donner un démenti? C'est d'après ces observations , qu'il regardait c6mm« une démonstration, qu'il s'est permis de l'éloigner de chez lui.

« On donna le Devin du village, qui depuis trës-i long-temps n'avaît^pas été représenté. Je vais le lea^é-^ main chez lui ^ et, croyant le flatter , je lui rends colxtpte des applaildissemeiits qu'il a reçus, fit de l'enthousiasme avec lequel il a été écadté. Je vois un homme qui rougit décolère. IVe se lasseront-ils. point , me dit-il, de me persécuter. Je ne pouvalis comprendre pourquoi des applaudissements étaient des pe^sécufiéns, et moins encore par quel raisonnement on pouvait en venir à celte conséquence! I) est tout simple, me dit-il , qu'aVete votre bonne foi, vous ne voyiez dans des applaudis^ments que des applaudissements ^ vous ignorez combien mes ennemis sent adroits et M-dents pour me perdre. D'abord ils ont dit du mal de cet epéra, mais , voyant le public obstiné k s'y plaire, ils ont changé de batteries, ils ont dit que je l'avais volé ; alors vous sentez qu'il leur importait de le louer pour grossir d'autant plus le vol. Ils persévèrent aujourd'hui dans le même esprit.

« On voit que aon-seûlement les soupçons se multi-

a60 HISTOHLE D£ J.-7. ROtJSSEAV,

plient y que tout leur sett d'aliment, jusqu'aut cii:'constances qui en paraissent le plus éloignées ; mais on doit remarquer aussi que les raisonnements sur lesquels ils sont appuyés prennent un caractère de véritable folie ; c'est ce qui me reste à prouver.

« Depuis long-temps je m'apercevais d'un changeaient frappant dans son physique^ je 1« voy ai» souvent dans un état de convulsion qui rendait son visage mécon* naissable j et surtout l'expression de sa figure réellement effrayante. Dans cet état; ses regards semblaient embrasser la totalité de l'espace, et ses yeux paraissaient voir tout à la fois; mais, dans le fait, ils ne voyaient rien. Il se retournait sur sa chaise et payait le bras pardessus le dossier. Ce bras; ainsi suspendu, avait un mouvement accéléré comme celui ilu balancier d'une pendule^ «t je fis cette remarque plus de quatre ans avant sa miort ; àe façon que j'ai eu tout le temps de l'observer. Lorsque je lui voyais prendre cette posture à mon arrivée, j'avais le cœur ulcéré, et je m'attendais aux propos les plus extravagants; jamais je n'ai été trompé dans mon attente. C'est dans une de ces situations afQigeantes qu'il me dit : Savez-vous pourquoi je donne au Tasse une préférence si marquée? Non, lui dis-je, mais je m'en doute. Le Tasse, réunissant à l'imagination la plus léconde et à la richesse de la poésie la plus brillante , l'avantage d'être venu après Homère et Virgile, a profité des beautés de l'un et de l'autre 'de ces deux grands hommes , comme il ,en a évité les défauts. Il y a bien quelque chose de cela, me répondit-il, mais sachez qu'il a prédit mes malheurs. (Lecteurs, comme vous pouvez ïe remarquer , toujours des malheurs.) Je fis un mouvement, il m'arrêta. Je vous entends , d^t-il , le Tasse est venu avant moi ; comment

* 1. »ARÏI£. 1770 — 7?. 2Q1

a-t*il eu connaissance de mes malheurs 7 Je n'en sait rien^ et probablement il n'en savait rien lui-m^ïne; mais enfin il les a prédits. Remarquez que le Tasse a cela de particulier y' 4^e vous ne pouvez pas enlever dé son ouvrage uile strophe, d'une strophe un seul vers,. et du vei^s un seul 'mot> sans que le poème entier ne~ s'écroule, tant il était précis et ne mettait rien que de nécessaire. Eh bien^ 6tez la strophe entière dont je vous parle;, rien n'en souffre, l'ouvrage reste parfait. Elle n'a rapport ni à ce qui précède ni à ce qui suit ; c'est une pièce absolument inutile. Il est ^ présumer que le Tasse l'a faite involontairement et sans^ la comprendre lui-même ; mais elle est claire. Il m'a cité cette strophe miraculeuse ; mais , comme je ne sais pas l'italien, je n'ai .pu être frappé de la place qu'elle occupe dans le poème (i); il m'est resté seulement dans la mémoire^ qu'elle, est dans le chant de la forêt enchantée, dans la bouche de Tancrède, ou à son occasion, car il m'a cité le nom de Tancrède.

• « Comme il a vécu long-temps dans cet état, il a été as3ez généralement reconnu qu'il était devenu fou. Mais ses amis et ses ennemis se sont également trompés sur la cause de sa folie. Ses amis ont prétendu que les per* sécûtions ,que lui ont suscitées ses ennemis réels, tels que les philosophes et tous ceux qui avaient lieu d'être mécontents de lui, avaient fini par mettre le feu dans un cerveau déjà susceptible d'un tel embrasement. Ses ennemis, ont dit que l'orgueil seul lui avait tourné la tête. Je les crois tous dans l'erreur. Les persécutions et les sarcasmes d'un grand nombre de philosophes , propre-» ment dits, et de littérateurs, ont certainement servi k

(i) OestlaLXXVIP du 1»' chant.

:i6t) HISTOIRE BS J.'S. iiOVSSlIAV,

coiiyaincre ce malbeareux que s» cbinacre était une Yç^lïtéf puisqu'il pouvait 6e prouver k lui-^méme que rëellem^Bt il avait des eBnenis ; maÎA très-rcectaiiiemeBt ses ennemi^ rëek, car il en a eu. beaucoup, ne lui ont pas donoë sa obimèrey eUe venait dé plus loins. A. IVgard de ^org^eil ^ je n'eu ai. pas vemarqué ua seul trait dans le cou^s de douze années ; et , si Ton j fait auention > il y; a une mauvaise foi bien camctévisée dans le reproche qu'em lui fait d'avoir deciLandé qu'en lui élevât un0 salues D^uiif je sors, non pas de mon sujet k la vérité , mais de mou plan*

« Après la mort de Jean^^JaGcpies, u^ de ses eousins^ gern»aiii6 , fils du frère de soa père ( i ) , et portant conséquemmeut le même nom , né on Perse , est arrivé à Paris ^ $aq^ avoir jamais communiqué avec lui , puisqu'il, quit- ^it la Perse pour la première fois. Son habit persan et son nom le firent bientôt remarquer. U avait d'atlleuis {^eaucoup d'esprit ^ il savait un grand nombre de langues y et l'on rapporte de lui que', pour répense à quelqu'un qiii le louait sur le nombre de languea qu'il avait apprises , je les dopnerais tji^utes bien volontiers , dit»>ii^ pour lie savoir et ne parler que celle de mon cousin.

«M- Delessert m'invite un jour k dinar avec lui y et nous place k ses deux cotés. Je ne pouvais, coaséquemment le vpir que de profil f mais ce profil était si ressemblant, que mes yeux ne pouvaient s'en détacher. Enfin je demande tout bas à M. D^essert, s'il n'y trouve pas beaucoup de ressemblance. Elle est tell^ à mes yeux,me

(i) Un des parents de Rousseau, portant le même nom, m*a appris, par une lettre postérieure à la publication dé cette notice , que Rousseau et le Persan étaient cousins issus de germains. ( IVote de Corancêz. )

k PARTIS. 1770 — 78. 261

^tril f qa'il m^ fait peur ^ et qms je suis tenté de croire que c'est Rousseau lui-même qui se sera £iii eaterrer pour yeiur ensuite écouter ce. qu'on dit de lui. U ne le croyait paft, sAs doute, p«iaqu'tl était d'ailleurs (dus grand ^etqu'k l'eKamen il y avait des difi^ences sensibles dand la figure; mais ce premier mouvement prouve que i'expreMÎoa des yeox et de ce qu'o« appelle physionomie » était absohimenft la mené ^etc'est cette espèce de ressens blance qui seule en mérite le nom»

< Cet homme resta quelque temps à Paris et repartit pour la Perse ^ chargé d'une missien de la part du gou*vernement.U'^tait, avec sa femme, dans une voiture k quatre roues , traînée par six chevaux de poste. Parvenu kla ia^êt de Footaînehlcan, en plein jour, il «e meta la portière , et crie au postiHoD^ d'arrêter.' Le postiUon , étourdi probablement pur le bruit des roues sur le pavé et dés pieds de ses six chevaux y n'entend pointât con^ tinue sa route. Alors ftousseau s'adresse aux passants, qui font arrêter le postillon. Il pousse de grands cris, et accuse le postillon de s'etitendre avec des brigands pour le faire égorger dans la forêt* Les passants qui n'y voyaient auc«me apparence, puiaqae le postillon suivait iepavédelagranderottte^restaient froids. Vous ne voyez donc pas^ leur disait^il , qu'il m'a déjà détourné du grand chemin, et qu'il veut me faire égorger? Il ne fut pas possible de lui (aire entendre raison. Il fut ramené à Paris , et repartit ensuite, mais sans la mission qui lui avitit été donnée.

« Rousseau eut en Angleterre^ leng-temps avant que je le connusse, une attaque du même genre et de la même force ; c'est de sa propre bouche que je tiens le fait que je vais citer; il est d'ailleurs d'autant plus précieux , que c'est la seule fois que je l'aie vu avoir quelque soup^

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çoa de- sa maladie, et la caractériser hii-méme soûs le nom de- folie.

« Nous avioms fait la partie , lui et moi , d'aller enbatelet à Meudou avec sa femme et la miemie , et d'y dîner. Elle fut exécutée. Ën^causant à table , il nous raconta qu'il avait fui de l'Angleterre phitât qu'il ne l'avait quittée. Il se mit dans la tête que M. de Ghoiseul, alors ministre en France, le faisait chercher, ou pour lui mettre ses ennemis en avant, ou pour quelque autre mauvais tour. Je ne me le rappelle pas bien; mais sa peur fut telle, qu'il partit sans argent et stCns vouloir embarrasser sa marche d'effets ou de paquets qui ne fussent pas de première nécessité. C'est dans cette occasion qu'il brûla la nouvelle édition d'^mi^^ dont )'ai déjà parlé, et qu'il m'avoua regretter beaucoup. Il payait avec un morceau de cuiller ou de fourchette d'argent, qu'il cassait ou fai* sait casser , dans les auberges. Il arrive au port; les vents étaient contraires : il ne voit dans cet événement ^ordinaire qu'un complot et des ordres supérieurs pour retarder le départ , et cela pour un but quelconque , qu'il interprétait toujours dans le sens de sa manie d'enuenoûs ! Quoiqu'il ne parlât pas la langue, il se met cependant sur une élévation et harangue le peuple , qui ne comprenait pas un mot de son discours. Que mes lecteurs ne perdent pas de vue que c'est de Rousseau lui-même que je tiens, tous ces détails. Enfin le vent le permetetl'on part. U m'ajoute qu'il ne peut me dissimuler , ni se dissimuler àlui-méme, que c'était une attaque de folie. Elle était telle , ajoutarVi^ que j'allai jusqu'à soupçonner cette digne femme, en me montrant la sienne, d'être du complot et de s'entendre avec mes ennemis.

« C'est ici le lieu de rendre justice à la mémoire' d'un homme dont les ouvrages feront toujours honneur à la

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