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qu'il avait rapporté des plantes , qu'il ks ftTait préparée» et infusées dans la tasse de café qall avait prise.
« Madame Rousseau me raconta qu'il conserra sa télé jusqu'au dernier moment. Il fit ouvxir sa fenêtre , le temps était beau , et, jetant les yeux sur les jardins, il proféra des parole» qui prouvaient la- ûtuatioa de son âme calme et pure cc^aime l'air qu'il respirait, se jetant avec confiance dans le aein de l'éternité. J'ofaterve que ce moment a été dessiné et gravé avec les pareles. qu'il a proférées.
« Madame Girardin, de son cété ,. n»e raconta qu'effrayée de la situation de Rousseau , elle se présenta chez lui , et y entra. Que venez- vous faire ici ^ lui dU Rous** seau ? votre sensibilité doit-elle être à l'épreuve d^nne scène pareille^ et de la catastrophe qui doit la terminer? Il la conjura de le laisser seul, et de se retirer. Elle sortit en effet. A peine avait-elle le pied hws de la chambre-, qu elle entendit fermer ks verrous , ce qui Tempêtha de s'y représenter.
« y oska les Ssiits principaux que »a mémoire peut me fournir , mai& tous sont «le la |4ws grande exactittide. Je remarque et je n'ai pu m'empécker de remarquier que le makre de poste Payen, le lendemain ou le- snpleademain de sa mort, m'a dit que Rousseau s'était tué d'us coup de pistolet. Il est difficile de supposer que ce- feit est inventé, Payen étaât sans inté^tét; c'est dans te premier moment , et le premi'er moanent est toajo«trs sans précautions , c'est alors-, au contraire , que la vérité se Fait jour, elle perce par cela seul qu'elle est la vérité. La blessure que le pistolet suppose est coi^rmée par. M. Girardin , qui l'attribue à une chute. Cette blessm-e importante est omise dans le procès-verbal dçs cbirtir-* giens, qu<i^^ disent-Us 1^ ont exasainé le corps dans sen
2^a HISTOIRE DE J.-J. ROUSSEAU,
entier. Le proçèsryerbal porte qu'il est mort d'une apo-» plexie séreuse. Une apoplexie ôtc^ à ce qu'il me semble, au corps la faculté d'aller et venir , et à l'esprit celle de raisonner. S'il a été à la garde-robe, y a-t-il été seul? n pouvait donc marcher , l'y a-t-on conduit ? il ne devait pas tomber. Pour être malade accidentellement , on ne se persuade pas ainsi une mort certaine. Les paroles* gravées prouvent que Rousseau ne doutait point de sa •mort. Le renvoi de madame Girardin , dont la sensibilité devait être trop éprouvée par la catastrophe de la scène, atteste de nouveau que Rousseau attendait toujours sa fin ,'mais une fin certaine et prochaine , ce qui ne peut , à ce qu'il me semble, s'accorder avec une apoplexie séreuse. Tpctt. me porte à croire que Rousseau s'est débarrassé lui-même d'une vie qui lui était devenue insupportable. Ajoutez les fantômes ennemis qui, pendant le cours de six semaines que dura son séjour , le tourmentaient jour et nUit; fantômes qui naissaient tout naturellement du dérangement de son cerveau , mais auxquels les circonstances de son départ précipité et visiblement arrangé d'avance donnaient plus de réalité. Observez l'impatience et la volonté bien déterminées de sortir de ce séjour , prouvées par la confidence faite au jeune chevalier de Malte; l'impossibilité d'en sortir faute de moyens péctmiaires , faute d'un autre asile, et ne voulant point se faire entourer de tous les habitans de la maison, qui s'y opposeraient, ni surtout s'exposer a répondre à tous leurs raisonnements avec la connaissance qu'il avait de sa timidité j et je crois que non-seulement sa mort a été volontaire , mais que par les circonstances elle était forcée.
. « M. Girardin la. nie! Qu'on se mette à sa place. U n'avait cherché à. attirer chez lui Rousseau que pouc
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son bonheur et celui de sa fomme ;' il avait bien certai-* nemcnt, et sans (|u'il puisse raisonnablement s'élever le moindre doute à cet égard y employé tous les moyens pour parvenir'à ce but; n'était-il pas bien fâcheux , non-i seulement de n'avoir pas réussi ^ mais de pouvoir être accusé d'être la cause première de ce malheureux événement ? N'est-il pas dans l'homme et bien pardonnable de chercher à couvrir une vérité de cette nature, de l'envelopper de voiles , puisque enfin elle ne peut apporter au mal aucun adoucissement? Sa dénégation et son silence sont donc dans l'ordre naturel.
« Me trouvant aujourd'hui dans d'autres circonstances que celles où se -trouvait M. Girardin, j'aurais à me reprocher y et les autres me reprocheraient , connaissant la vérité y de ne pas la faire sortir toute entière. Rousseau n'appartient ni à ses amis particuliers, ni même aux hommes de son temps. 11 appartient au monde littéraire, aux philosophes et aux moralistes; il appartient Il la postérité. C'est par elle qu'il doit être jugé , et jugé sur toutes les actions de. sa vie. Or , la mort , comnie dit Montaigne , est un ofite de la vie, et cet acte est le dernier, Rousseau était assez extraordinaire en tout sens , ' et ses* ouvrages jetteAt assez d'éclat sur sa personne, pomdevoir servir d'objet aux méditations des philosophes et des moralistes , dont les travaux tendent toujours à sonder et connaître les profondeurs du cœur humain , pour en expliquer les contradictions. ]Elousscaa, dans sa conduite, offre iin second livre à étudier, dont peut-être on pourra tirer autant d'avantages que de ses autres ouvrages.
«A.ctuellement,, lecteurs, sirous me demandez^ enfin Rousseau s'est-il défait volontairement ? je vous répondrai-que je n'en -sais rien, mais je le crois. Je voûtai
^•^4 HISTÔIKE DE J.-J. ROUSSEAU. y
donné tous les faits , je vous ai détaillé toutes les circonstanceé, je n'ai point voulu aller au-delà , formez vous- ' mêmes votre opinion. Vous connaissez actuellement Rous* seau aussi bien que je le connais moi-ménfe.
« Je crains bien, avec Fintention d'intéresser mes lecteurs, d'avoir manqué, mon but, car je suis devenu bien long. Si j'en ai trop dit, jie n'ai' cependant pas tout dit*, je me suis restreint à ce que j'ai cru absolument né-» cessaire. Je craignais, souvent de n'en pas dire assez, parce que, sur un homme tel que Rousseau, il vaut mieux ^ du moins je le crois ^ aller au-delà que de rester en-deçà; Rappelé d'ailleurs à des temps où je communiquais avec lui, je nie ressaisissais , peur ainsi dire, de sù personne , et je me plaisais à m'y arrêter \ c'est pour cette considération que je les prie d'avoir pour moi un peu d'indulgence. »
Ne voulant négliger aucun moyen de connaître la vé-^' rite, M. Corancèz écrivit à la veuve de Rousseau, dont il reçut la réponse suivante :
Du Flessis-Belleville , le on prairial an 6.
<( GfTOYEK, je suis justement affligée des détails que vous donnez sur la mort de mon mari^ d'après de$ propos que V0U& dites, avoir entendus dans une auberge. Cette mort est encore «t ser<a présente à ma mémoire tant que je vivrai, et je puis en tracer tous les accidents; maisj auparavant, re<cevez delà veuve de- votre ami le double reproche d'^avoir eu pour elle un oubli trop long-temps prolongé ^ et de ne l'avoir point consultée avant d^rire.
a Le 3 juillet 1778, et non le a juillet, mon mari se leva à son heure ordinaire, il ne sortit pmnt le matin; il devait aller donner une première leçon de musique à mademoiselle de Girardin l'aînée. Il fit apprêter par mgi
et la servante les choses nécessaires à sa (oilette., Nous âë}eùnàmq^; il ne déjeûna point ^ il ayait dîné ht veille au château d'Ermenonville : soit qu'il eût trop mangé , il se sentait indisposé. Mon déjeuner fait ^il médit que le serrurier qui avait fait notre emménagement demandait son paiement. J'allai lui porter son argent. A mon retour, il n'était pas dix heures, j'entendis, ei^ n^ontànt l'escalier > les cris plaintifs de mon mari. J'entrai précipitamment ^ et je le vis couché sur le carreau; j'appelai du secours , il me dit de me contenir , qu'il n'avait besoin depersonne , puisque j'étais revenue; il me dit encore de fermer la porte et d'ouvrir les fenêtres; ce que j'ai fait; ensuite j'aidai mon mari , de toutes mes forces, à se mettre sur son lit ; je lui fis prendre des gouttes de l'eau des Carmes; lui-même versa les gouttes; je lui proposai un lavement^ il le refusa; j'insistai^ il consentit à le prendre; je le lui donnai le mieux que je pus; majis^ pour le rendre, il descendit lui-même, et sans mon aide, çlu lit, et alla se plar cer sur la garde-robe. J'allai à lui , en lui tenant les mains; il rendit le remède; et au moment ou je le croyais bien soulagé , il tomba le visage contre.terre aVec une telle force, qu'il me renversa; je me relevai, je jetai des cris perçants ; la porte était fermée. M. de Girardin ^ qui avait une double clef de notre appartement, entra, et non madame de Girardin ; j'étais couverte du sang qui coulait du front de mon mari. Il est mort en me tenant les mains serrées dans les siennes, sans prononcer une seule parole.
« Je vous atteste, j'atteste k mes concitoyens^ j'atteste à la postérité , que mon mari est mort dans mes bras de la manière que je viens de vous décrire; il ne s'est point empoisonné dans Une tasse de café ; il ne s'est point brûlé la cervelle d'un coup de pistolet.
a-jÔ HISTOIRE 1)E J.-J. ROUSSEAU,
a P«u de temps après l'arrivée de mon mari à Erme>- •nonville, ce séjoiuslà lui inspira des craintes: il m'en fit ' .part, pour me convaincre de la nécessité de son retour à Paris. Toutes peu fondées qu'elles lae parurent ( jç verse des larmes lorsque j'y pense), non, je ne:me pardonnerai jamais dem'être opiniâtrée à i-ester àErnxenon- .ville, et les instances de M. de Girardin, qui s'est plusieurs.fois agenouillé devant moi, pour que je ne consentisse pas à levenir à Paris, ni la dépense . énorme que notre déplacemeht nous avait coûtée , et qu'il fallait recommencer, n'ont été à mes yeux depuis sa mort que de faibles excuses.
« Mon mari mort, oubliant tout ce qu'il m'avait dit , je me suis jetée dans les bras de l'Homme qui s'était prosterné devant moi. Je lui ai remis tout l'argent comp^ tant qui était dans la maison. Je l'ai laissé s^einparer des n^anuscrits de l'herbier, dé la musique, et de tous les objets qui composaient notre avoir.
a Aussi rapide dans sa course que l'aigle. dans son vol, cet homme a été à Genève', et, sans me consulter, sans .me donner le temps de me reconnaître, il a vendu tous mes effets, moyennant des lettres de change qui p'ont pas été payées, et sur lesquelles j'ai depuis transigé en acceptant une rente viagère.
« Jene dois pas oublier de vous dire que .l'argent que je lui avais donné pour avoir, soin de moi pendant ma .vie, il me l'a remboursé en assignats.
a II ne reste pour vivre à la veuve de votre ami, à la .veuve de J.-J* Rousseau, presque octogénaire, qu'une .modique rente viagère sur des particuliers de.Genève, difficilement payée, et une pension de i,5oo livres que la nation lui a accordée, dont l'an -Y est du, et qui est assimilée aux rentes et pensions ^ du grand livre. Aussi
habite-t-elle une chaumière/ qjl elle manque. presque de tout*
« Je finis eh vous priant de me 'rappeler ati souvenir de* votre épouse»
Marie- Thérèse "Le Y Asszvvi, ■ ' veuve de J,-J. Rousseau^
M. Corancez fait sur cette lettre les observations suivantes : • - * .
« Je me suis abstenu dé répondre publiquement à cette lettre, parce que je n'ai point voulu compromettre ■ la veuve de ce grand homme. Voici les observations, que j'aurais pu y joindre.
a Cçtte lettre, tout «q me contredisant, est précieuse^ en ce qu'elle confirme, d'une manière positive,, tout ce que je n'avais donné que comme.probabilités»
« Madame Kousseau ne me conteste qu'un seul fait, c'est le genre de mort de son. mari. Rappelez-vous que mon opinion à cet égard est fondée, i^, sur ce qu'il n'a-^ vait réellement point choisi Ermenonville comme le' lieu de sa retraite^ 2®, sur ce qu'il n'y avait point été heureux ; 3**, sur ce qu'il avait fait de véritables efiForts pour en sortir, et que, n'ayant pu réussir , il n'avait trouvé que ce moyen de se soustraire à une situation que. chaque jour rendait plus pénible.
« Madame Rousseau confirme tous ces faits de la manière la plus énergique. .Elle fait un récit des circonstances de sa mort, mais ce récit est en contradiction et avec lui-même, et avec ce qui m'a été dit en arrivant, et surtout avec le discours annoncé'par elle-même avoir été tenu par Rousseau au moment de sa mort ; discours qui a été gravé comme monument authentique. /
« M. Girardin , madame Rousseau et M. Hoadon ,
a«^ô HISTOIRE DE J.-J. ROUSSEAtT,'
sculpteur, qui a moulé» sa tête après sa mort, attestent tous un trou au front, occasionné par une chute à la garde-robe; Ce trou était si profond, que M. Houdon m'a dit, 'à moi, avQir été embarrassé pour en remplir ' le vide. Une chute de la iiaïuteùr de Rousseau , retenu par 6a femme qu'il a entraînée avec lui, peut-elle oc- ^ casionner un trou aussi profond? Lô$uicide, sous l'ancien gouvernement, était puni et déshonorait. On pouvait donc et on devait même- le nier ; c'est ce qui a eu lieu, et les motifs en sont louables. Mais moi, qui ne crois point à ce déshonneur, je dis franchement ce que je crois la vérité ; et , ne pouvant concilier avec les faits incontestables les mensonges officieux débités à cet égard, je me confirme de nouveau dans c^tte opinion que Rousseau s'est donné la inort ».
Au témoignage ^e M. de Gorancèz ajoutons celui de .madame la baronne de Staël (r).
« ,f . .Vouis qui Faccusie/i de jouer un rôle, de feindre D le malheur , qu'avez-voiis dit quand vous avez appris '» qu'il, s'est donné la mort?. c'est k ce prix que les » hommes , «lents k plaindre les autres , croient à l'in* » fprtune.'Mais qui put inspirer à Rousseau un dessein » ^i funeste? c'est, m'a-t-on^dit, lacertitude d'avoir été ; » trompé par la femme qui avait seule conservé sa con-
9 fiance , et s'était rendue nécessaire en le détachant de
» tous ses autres liens » (a)«
(i) Lettres sur les ouvragés et le caractère de J.-J» Rousseau f ddiiioo dé i^^g^p. io8.
(a) La conduite de Thërèae , -laprèt la mort de Rousseau , donne an poids à celle conjecture ; et si le mallieureux Jean-Jacques s'était aperçu du penchant de cette femm.e pour un Talet d^écurie plus jeuue qu^elIe , tout sertiit expliqué.
Madame de Staël, sentant qu'il ne fallait pas s'en tenir à des conjectures, a donné les motifs sur lesquels elle fondait cette opinion. « On sera peut- être étonné , » dit-elle, de ce que je regarde comme cenain que » Rousseau s'est donné la çiort. Mais un Genevois q\ii n a Vécu avec lui dans l'intimité pendant les derhières ' » années de sa vie, m'a^ moiitré une lettre que Jean* » Jacques lui écrivit quelque tenips avant sa mort , et o dans laquelle il seinblait lui annoncer ce dessein. De-
» puis, s'étant informé. avec un soin extrême de ses » derniers moments , il a su que le matin du jour ou » Rousseau mourut , il se leva en parfaite santé ; mais » que cependant il dit qu'il allait voir le soleil pour la » dernière fois y et prit , avant de sortir , du café qu'il » fit lui-même. Il rentra quelques heures après , et com-r 9 mençant alors à souffrii; horriblement , il défendit » constamment qu'on appelât du secours et qu'on avertit 9 personne. Peu avant ce triste pur,, il s'était aperçu 0 des viles inclinations de s'a femme pour un homme de » l'état le plus bas : il parut accablé de cette décou- » verte, et resta huit heures de suite sur le bord de l'eau » dans une méditation pr6fond.e. U me semble que si » l'on réunit ces détail^ à sa tristesse habituelle , à l'ac* » croissement extraordinaire ^de ses terreurs et de ses » méfiances^ il n'est plus possible de douter que cç. » grand et malheureux homme n'ait terminé volontai- » rement sa vie ». .
Madame là comtesse de Vassi, fille de M. de Girardin, écrivit à madame de Staël, pour l'assurer, que Jean- Jacques n'avait point avancé ses jours.- Elle dit, dans cette lettre, que Rousseau ne pouvait pas être instruit de l'infidélité de sa femme, ou du moins de la personne à laquelle il avait accordé la grâce d'en porter le nom,
iSd HISTOIRE DE J.-;. ROUSSEAU ^
■puisque ce n'est qiie plus d'un an après la niort de Jéan-^ Jaccfues y qiCelle a eu des torts assez graves (i ) pour ne poussoir plus restera Ermenonville, Les preuves qu'elle offre pour détromper madame de Staël , sont le procèsverbal et le témoignage àç M. Le Bègue de Presle ;
'preuves que M. de Corancèz a examinées , et sur les- ' quelles nous reviendrons. Madame de Staël ^ dans sa réponse, cite ses autorités. « Un Genevois , dit-elle, secré- » taire de mon père , et qui a passé une partie de sa vie » avec Rousseau^ un autre, nommé Moultou, homme » de beaucoup d'esprit , et confident de ses dernières » pensées, m'ont assuré ce que j'ai écrit j et des lettres » que j'ai vues de lui , peu de temps avant sa mort , an- » nonçaient le dessein de terminer sa viej voila ce qui » peut excuser mon erreur, cat c'est ainsi que j'appelle » une opinion que vous combattez. »
Il y a peut-être mioins de sincérité que de politesse dans ce langage 3 nous, dont le devoir est de rechercher la vérité et de la dire, nous partageons X erreur àc madame de Staël, qui n'en est jamais revenue, et nous croyons que Jean-Jacques avança le terme que la nature avait mis à sa triste existence. L'opinion d'une auteur -qui , très-jeune encore , assurait que Jeân-Jacques avait abrégé ses jours , nous ^arut avoir d'autant plus de poids, que, dans les nombreux ouvrages qu'elle a publiés, elle a toujours librement exprinié sa pensée , et qu'on ne l'a jamais accusée d'avoir trahi la vérité (a).
(i) Madame de Vassi ne s^explique pas sur la nature de ces tdrts: mais il est possible qu'elle ne sut pas le commerce de Thérèse et de John y du vivant de Jean-^Jacques y d'autant plus qu'elle devait être très-jeune.
(a) Madame dé Staël ; quoique critiquée et méritant quelquefois
Cette opinion , que nous avons dû rapporter y est appuyée du témoignage imposant d'un ami de Housseau, qui se rendit le jour même de sa mort à Ermenonville.
Nous croyons que , pour accélérer le moment fatal , Jean-Jacques employa les deux moyens; c'est-à-dire, qu'il se prépara lui-même et pi*it le poison , et que , pour abréger la 'lenteur des effets, la durée des souffrances , il les termina par un coup de pistolet.
Aux détails donnés par M. de Gorancèz et madame de Staël^ on oppose et l'on opposera toujours le procès-verbal des médecins qui certifient que Jean- Jacques est mort d'une attaque d'apoplexie. Un pareil procès - verbal serait certainement reçu en justice' et aurait toute la validité possible. Aussi ne plaiderions- ' nous pas une pareille c^usé devant cette espèce de tribunal (i). C'est à tort que M. de G. craignit q^e sa
âe rétre , mftlgré la supériorité de soa talent , n'a point été l'objet d*an semblable reproche.
(1) Nous ayons vu le procès- vçrbal fait sur la mort d'un jeune homme , par le médecin y légalement envoyé. Au moment de sa visite, il ne put recevoir aucun renseignement de la famille désolée : il n'entendait que des sanglots et des gémissements. Il examine et verbalise. La maladie qu^il crut reconnaître n'avait aucune espèce de rapport avec celle qui enleva le jeune homme. Par un autre procès- verbal , une dame est morte d'une maladie nerveuse. £IIé avait pris un poison tellement actif, qu'elle passa en quelques heures. Mais Ton peut, pour juger, se rappeler l'histoire de madame dé Douhault, histoire dans laquelle les procès-verbaux jouent un grand rôle. Madame de Douhault meurt à Orléans \ tous les actes exigés pour constater sa mort existent. Par d'autres actes ^ également revêtus de toutes les formalités, on prouve qu'elle est pleine de vie , qu'elle a été renfermée à la Salpétrièrc , sous un autre nom que le sien. Elle se rappelle son véritable noift, prétend' qu'on a enterré une bûche à sa place , qu'on l'a plongée , elle , '
aSa HIStOIRE DE J.-J. ROUSSEAU,
réputation ne fut compromise, si Ton savait que Jean- Jacques s'était tué' dans Tasile qu'il lui avait offert. Jean-Jacques était alors et devait être dégoûté de la vie. Il fut blessé dans ses affections les plus vives, dans ce qu'il avait de plus cher. Il s'aperçut de l'intrigue de Thérèse , et de son goût pour un valet. Elle s'oppo» sait au projet qu'il avait de quitter Enkienonyille. Gqfut un trait de lumière qui l'éclaira sur les motifs secrets de la i^ésistance de Thérèse. Dès ce moment, le seul lien qui l'attachait à la vie fut rompu } en proie au plus sombre désespoir , ih se délivra du tourment d'exister < ainsi. Voilà ce que nous croyons , malgré le procès-^enbal. Il fallait à Rousseau la retraite offerte par M. de Flamainville : c'est-k-dire, un vieux château inhabité, et dans lequel le propriétaire ne se serait jamais présenté, que sur l'invitation de Jean-Jacques (i).
dans une profonde lëthargie , au moyen d'un narcotique. £11,e sort de sa prison, et plaide. Beaucoup de témoins attestent que cVst celle qu'on croyait morte, beaucoup d^autres que ce n'est point elle. Dans l'ordre de la société , on n'enterre pas impunément une bûche ; dans celui de la nature, ou n'ôte pas pour un terttps donnff la mémoire, à un indiyidu , on ne le rend pas méconnaissable à luimême. On a donc, commis un attentat par lequel les lois de la nature et de la société sont également outragées. L'un des deux faits a dû nécessairement avoir lieu ; c'est-à-dire , madame Doubault ebt morte à Orléans , ou bien c'est elle qui a perdu 9on . nom » sa ' mémoire, sa considération. Il n'y a point de milieu, et, quelque croyance que l'on adopte , on est obligé de convenir que le fait '• auquel on la refuse est appuyé de témoignages et de procès'^ver' baux bien et i2umera( légalisés , et constatant cependant une iVnposture I
(i) La précipitation avec laquelle Thérèse fit partir Jean-Jacques . pour Eriflenonville , sans lui donner le temps de se reconnaître,donne lieu de présumer, sans invraisemblance , qu'elle avait des