‹ Histoire de la vie et des ouvrages de J.-J. Rousseau, composée de documents authentiques (volume 2)Chapitre 8 sur 334 · I. PARTIE, l^ia — 65. 3g · texte numérisé non relu

I. PARTIE, l^ia — 65. 3g

Sttj^ortei^ r^splication du cabinet ^ il s'occupait, sans gen^ et'presque safis règle, 4 lire. sans, étudier. Gc qu'il suiyaiiill^, pluS' exaçten^eot était, l'histoire, de la géographie* Ij youl^t. étudier le P. Pétau, et s'enfonça dans 1^ ténèbres de la chronologie; mais il se. dégoûta de la ^];tie critiqujç qui n'a ni fond ni rive, et pï:éféra l'exacte viesurq des temps et la marche d«s corps célestes. Il fut obligé^ fautif d'i^8trumalt^, de se contenter de quelques élén^ents d'a^Vooomie pris dans les livr,es.

GèsL diversi^s.étudesse fjaisaien^ dans sa vingt-cinquième année. N'ayant, pas. de. ipén^oire , il s* était mis dans la tête d/s s* en dQnrper pqr force. IJ voulut apprendre par cceur Yirgile , i^econin^pi^ça vingt fpis sans pouvoir rcte* nir un seuJL vers.

Dans l'hiver de 1737, on lui apporte d'Italie des ouvrages sur la musique , qui lui. donnèrent da goût ppur rhisjlioijçe et pour les rechercB|bs théoriques d^ c& bel ai:t*

Ay^nt fait entrer un peu de physiologie dans sa lecture, il veut étudier ra\,natomie et la médecine. II croyait avpir tput^' les- maladies, et connaissant le jeu dç. toutes l.çs. pièces qui composent notre machine, et les risques qu'elles conrei^t dans, l^es ^oii^dres mouyeHiens, il croyait à chaque instant qu'elles, allaient se détraquei', tant^on içds^ination, &e frappât vivement de l'objet dont il s'occupait* Le résultat de ses études en médecine fut de lui faire ciboire qu^l avait un polype au çoeuc, pour la guérison duquel il se rendit à Montpellier. C^est au retour de ce voya^ge qu'il remporta sur lui-même une victoire dont il s^ttribuf? la cause k V^^udç qui Itdjit préfér^wsQti devoir \ son plaisir. Il s'agit de la promesse qu'il cuvait faite à n;iadam,e de Larnage d'aller la retrouver.. Il passa tout droit, non sans quelques soupirs y mais ave^

/JO HISTOIRE DE J.-J. ROtJSSÎATT,

cette satisfaction qu'il goûtait pour la première /ois ^ en se disant quil méritait sa propre estime. Cest la première obligation, dit-il, que j'aie h V étude, qui m avait appris h réfléchir , h comparer. Sitôt qu*il eut pris cette résolution , il devint un autre homme, ne pensant quh régler désormais sa conduite sur les lois de là vertu. Le sacrifice qu'il faisait de madame de Larnagé à madame de Warens méritait d'être reconnu par cette dernière j mais il trouve un rival qui avait pris sûr cette femme l'empire et les droits de Rousseau. Qu'on juge dé l'état de celui-ci par l'étendue du sacrifice qu'il croyait avoir fait. Cet événement est une époque intéressante de sa vie par la résolution qu'il prit de se vaincre encore. Laissons-le rendre compte lui-même de cette circonstance î •

« Réduit à me chercher un sort indépendant d'elle , et i n'en pouvant même imaginer , je le cherchai tout en » elle; et l'y cherchai si parfaitement que je parvins )? presque à m'oublier moi-même. L'ardent désir de4a » voir heureuse absorbait toutes mes affections. Elle » avait beau séparer son bonheur du mien y je le voyais » mien en dépit d'elle. Ainsi commencèrent à germer » avec mes malheurs les vertus dont la semence était au » fond de mon âme, que l'étude avait cultivées, et qui » n'attendaient pour éclore que le ferment de l'adver- « site. Le premier fruit de cette disposition si désinté- ^ ressée fut d'écarter de mon cœur tout sentiment dé TO haine et d'envie contre celui qui m'avait supplanté ».

H poussa la générosité au point de vouloir former son rival et l^ravailler à son éducation , mais ce fut sans succès. Navré du changement de madame de Warens, il s'enferme avec ses livres. Ne pouvant ni se consoler pi 5e distraire, il forme le projet de quitter la maison

pT«Î€l; que madame de Warenï favorise.' Il part pour faire k Liyon l'éducation des enfants de M. de Mabli, y reste un an, et revient à Chambëry. A peine eut-il resté une demi-heure près de sa mamariy qu'il sentit son ' ancien bonheur mort pour toujours. Il venait rechercher le passé qui n^ était plus ^ et' ne pouvait renaître. U appelle à son secours la lecture et l'étude : son cabinet était sa seule distraction. Prévoyant la ruine prochaine de madame de Wafens, il rêve aux moyens de venir à son, secours. Ne se sentant pas assez savant , et ne se croyant pas assez d'esprit pour briller dans la république des lettres et faire fortune par cette voie, il cfoit pouvoir yparvenir par la musique, dont il avait fait une étude particulière* Trouvant les signes défectueux , il imagine de les simplifier, croit réussir, et se met en route pour Paris avec son nouveau «ystême : c'était en 1741- U avait vingt-neuf ans. Il devait rester encore dix ans dans l'obscurité.

Telles sont les études que fît Jean- Jacques dans les trente premières années de sa vie. Dans cet espace de temps, il ne compose qu'une satire contre M. Godard^ la seule qu'il ait jamais faite 5 Narcisse, ou* V Amant de

luirmémà; les Prisonniers de guerre; quelques autres pièces jnoins importantes, une Note pour l'éducation des* enfants de M. de Mabli. Il y a loin de là à Emile', aux Discours sur les sciences, sur 1^ inégalité des condï" tiens ,k la Nouvelle Héloïse, , ' Apprenti greffier , graveur , laquais, valet de chambre^ séminariste, interprète d'un archimandrite, secrétaire du cadastre , maître de musique, précepteur : telles sont' les professions qu'exerça tour à tour, en les séparant par des intervalles consacrés à des occupations de son choix I à des courses^ à la^ paresse, à des promeuades.

i^ HISXaiRE DE J..-J. R0I7S«Ei^V,

à des leciures, cehii qui devait ua jour ^ sanscesser d'étve le JQuet dis la fortiua^, forceç les mères k rempli» le ptu& saint de Uurs devoirs ^ appve^dife 4 l'hjomme à no compter quie sur «on travail et sont iaditôtsief se voir demander dea lois po«ar une.na^io» Iwraye,. givreuse, viçtin>e du plus fort^ doi»t eUe a swfci \^ joug^ kwmiJtwmt ; . d^wner à là morale hq clwjfifte in^çpwu-; taix^ enfin uae révolution dans l'éducation, à^m les mcçuws , d^ns les arts, daipiS la politiqu(e.

Lj,v. vu : depuis V^uiUmm <fe ij^i /us^fu à 1749. Il *'a»r4le quelque ten^ps ^ Lye^, où il fait GoxKnaissaii>ce avw Yahhé de 9labli^ il avait, Taiwée pïécédente^ ( 1740 ) fait celle de l'atO^é de GondiUae, tfuâ dew^' frères du gçawd-prévdt. ï^ri&de M^^' Scffre,qui.le payait d^ r^touF, il %'arra«lie d'auprès d'ielle, et «e sacrifice faii à son doveir lui laisse de dem souvenirs.

Ce fut dans TautonAue de ^74* qu'il arriva à Paris. Il logea dans une des plus sales rues, ceUje de& Gordiera près la SorbcAne, k Vkôtel SvQumtin^Gre^set, Makli , GondiUae y avaient demeure, .

Les personnes au:((|ud(le9. il était r^^numand^ lui font faire des connaissances, Il &oujnet sa* nouvelle mé^. thode de i^ter la suu^que à V4ç^^^ie> d<p& sciences, et lit son projet, le 1^^ aQut i/ji^. On lui donn^ ^r$i» ei^aT piinateurs dontaucuA ne ^^Y9^\ la n^usique, Q rési^k^et des conférence» qui se tinrent, e( de leur rapportai que 1«! système jn'était ni neuf ni ipiépie utikl. L^ seule Q^jeçUo^ lolidelui fut faite par Rame^u^ Ge q^ le poi^tç ^conclure que, peur bien juge* d'ufte çl^ose, il vaut ©i^uit 1^ connaître à fond el même exclus^venae^t^ que d'avoii: toutes les lumièreNS que donne la culture des science^, lorsqu'on n'y a pa&joint l'étude particulière de celle dont il s'agit. Il appela au public du jugement de l'Académie^

f* -PARTIE, i-jn— 65. • 43

pAT une Di&ertaiion sur la musitjue moderne ^ pabllëé au commencenuia^ de 17 43; et dans laquelle il refondit le mémoire qu'il avait lit k l'Acadcmiè. Cesft son premier ouvrage (i). *

Obligé de renoncer k ce projet qu'il avait tant caressé, comme moyen infaillible de fortune, il ne se désespère pas, quoique sans ressources; mais il n'agit pas pour s'en procurer et partage son temps entre Fétude et les échecs. Le P. Gastel lui conseille devoir les femmes, parceq^àn ne fait rien à . Paris que par elles^ Cest & ce jésuite qu'il dut la connaissance dç madame de'Besenva), de madame Dupin, de M. de Francueil et parce dernier de madame d'Épinay et def madaMe d'Houdetot , qui eurent une grande influence sur sa destinée. Il trouve chez madame Dupin, une société nombreuse et brillante, parce qu'elle aimait à voir tous, les gens qui jetaient de rédàl.

Il suit avec M, de Francueil, un cours de chimie. Il tombe dangereusement malade; et, dans le transport de la fièvre , compose des chants , des chœurs. Ces idées lui reviennent dans sa convalescence: il qiéditê un pla^, et £siit l'opéra des Muses gfilantes.

Vers le mois d'avril ou de mai, fj^^yH part en qu»« lité de secrétaire pour aller rejoindre M. de Montaiga, ambassadeur dé France k Venise. H passe dix*-huit mois dans cette ville. C'est une époque ren^arquable €^ns sa vie. Une fermeté de caractère, un esprit de conduite, des talents pour la diplomatie, un grand sentiment des convenances lui concilièrent tous les suffrages. C'était un autre homme, différent de ce qu'il avait été et de ce qu'il

(1) (Test-k-dire le premier publié ; car il avait déjà fait des estais qu'oi^ aconservëi^ et qui n'ont d'autre mérite que d^lte deRonisean.

fut depuis. Il 4^it des dëmarches hardies , et réclame â^ sënat de Venise l'exécution d'un engagement pris par ce .corps envers la France; fait rendre la justice, supprime des abus y protège ouvertement les Français négliges .par l'ambassadeur, trouvé enfin, au milieu des plaisirs^et des travaux, le temps de faire une étude particulière du Gouvernement Vénitien; étude qui lui donna pour l'éco- .nomie politique, le goût auquel il se livra depuis. La sottise et l'injustice de M. de Montaigu lui fermèrent une carrière dans. laquelle , à en juger par sa conduite., il aurait obtenu des succès, mais qui nous aurait privé d*Émile, etc. (i).

L'occasion de se montrer tel qu'il avait été à Venise., ne s'est plus présentée ; aussi fait-il remarquer sa conr duitè,'en s'exprimant ainsi : « H était temps que jejfw^ie une J'ois y ce que le ciel, qui m'avait doué d'un heureux naturel , ce que l'éducation que j'avais reçue de la meilleure des femmes, ce que celle que je m'étais donnée à moi-même, m'avait fait être, et je le fus. Livré à moi 'seul, sans ami, sans conseil, sans expérience, en pays étranger ; servant une nation étrangère , au milieu d'une foule de fripong^quij pour leur int^ét, et pour écarter le scandale du bon exemple , me tentaient de les imiter : loin d'en rien faire , je servis bien la France à qui je ne' devais rien, et mieux l'ambassadeur , comme il était jiiste en tout ce qui dépendit de moi. Irréprochable dans' un poste assez en vue, je méritai, j'obtins l'estime dé la République ^ celle de tous les ambassadeurs avec

' {i) Pour compléter , autant quUl est possible , les particularités relalives à son séjour à Venise , lisez dans une note de la lettre III , des Lettres de La Montagne , un^ tour de sorcellerie qu'il fit étant premier secrétaire d'ambassade ^ et la lettre •. inédite que noua rapportons dans la concordance , en date du 33 novembre i ^4^

î. PARTIE, iijia— 65; 4^

qui nous étions en corres][k)ndance^ et Taffection de tous les Français établis à Venise. »

Pendant son séjour dans cette ville ^ Rousseau rendit un service essentiel à la maison régnant aujourd'hui à Naples. Il reçut l'avis qu'un agent de l'Autriche allait furtivement dans l'Abruzze y faire soulever lé peuplé à l'approche 'des Autrichiens. Il avertit le inaarquis dé l'Hôpital,- et c'est peut-être, dit-il en parlant de lui, à ce pauvre homme si bafoué ^ que la maison de Bourbon doit la conservation du Royaume de Naples. Pour l'intelligehce de ce fait, il faut se rappeler qu'eu 174^^ don Carlos, fils de Philippe V, bien loin d'être affermi sur le trône d'Espagne ^ n'était pas reconnu de tous les souverains de l'Europe^ que les Autrichiens marchaient à Naples pour l'en chasser, et que si les habitans de ce royaume se fussent soulevés en leur faveur, la cause de la maison d'Espagne edt été perdue. £n s'emparant de cet agent de l'Autriche, on maintint la tranquilh'té*

Dé retour à Paris , il demande inutilement justice de son an&bassadeur , qui ne lui avait même pas payé son traitement. Lés refus qu'il éprouva, laissèrent dans son ame un germe d'indignation contre nos sottes institutions civiles y où le vrai bien public et la vc'ritahle juHice sont toujours sacrifiés à je ne sais quel ordre apparent, destructifen effet de tout ordre, et gui ne fait qu'ajouter la sanction de l'autorité publique , à V oppression du faible et à l'iniquité du fort,

174^. C'est de cette année que date sa liaison avec Thérèse LeVasseur : liaison indigne de lui, et qui eut la plus triste influence sur sa destinée.

n achève, et fait jouer son Opéra des Muses galantes, qui lui valut de la part de ^Rameau un traitemeni; brutal.

46 HfSXÔIES DE $t'J, ^qUS$£jkU,

G est klaJ&adt cette même auaée^ que coimxiebiceiit entre Voltaire et «Rousseau des rdatiotis qui deTaieat bientôt finir par être orageuses* Il s'agissait dès fêtes qu'on devait donner à Toccasion de la l>ftUil]e de Fonténoy. On voulait représenter les /êtes de Bamire, mais il j fallait des diang^ments^ et Y^tairô était occupé du llempie de. lot Gloire (i). On s'adresse à KousMaifc^ qut y du consentement de l'aucenr, traraillâ à son ouvrage ( ^ ). Les désagréments qiL'il épreuve de la pfirt; de madame La Piqielinièno , . et de fiameau^ le font tomber malade* H ne retire rien de son travail.

Tlnricft le ramiae cbea madame Dupin^ dont ii r»> çeit 90Q fr. ^r an , en qualité de secrétaire» U raccompagnedans le voyage qu'ielle fit à Chenoticeaux^ on 174?* Ce iiit dans œ diâteau qu'il composa rj^/tgage/Tiertf <^mémine et V jédiée de t^^fte. \ .,.. ..

< n met ses enfants aux Enfants trouva. J^ont examineroBS les motifs qui le détermimirent , et les excuses qu'il donne pnur une faute qwe ltti-»méme trouvait kiexcnsabie (3)*

C'«silpendafft eetteannée, ou en t ^j 43^n'il est introduit dies madame d'Ëpinay^ par Fn^ncneiL Elle avait .«a tbéâtro an diâtean de la Chevrette (qui a été détruit). On y )otea VEnpigement témémire^ U parle des confidenocsquelni fit M. deFrancneil ^ sar madame d'Epinay^

(i) RepréseDtéa Yersailles, le vj novembre 1^ 4^- Ti»ltàire de»' aittidiitt k Vi^é de Vw^enon, »>it «mit ta I» T^mpie dé U ùloire : « Tf «uw «lié , i^pottditl*«bbé., elle n'y ëtait fM : je aie luts fait inscrire. »

(a) Y07. dans la G>rrespondance, la lettre de Jean-Tacques à Voltaire , en date du 1 1 décembre 174^*

(3) Cet ex.amen nous parait mieux placé dans le récit des rapports entre Jean-Jacques et Dusaux.

T. piftTit. 1 71a— 65. 4«J

ti d'tm secret dont il ri'ouvnl la. h^uche à 'personne. Qe «ecret si Ineo ^rdé, ii'«i estpHisiiii, gr Aces aux «iëmoires de tnadaate d'Ëpinay*. 11 s'agit d'une imaladie transmise du mari^ par l'intermédiaire dé aa feiome , 'kM. de Frati- •cneil y qui fut auK portes dutonubeau.

Dans Fespaoe que comprend ce 'S^ttème livi», il te

iiaôntimement avec Condillac et Diderot. Celuinsi venait

'dWtrepreiidre avec d'Alembert l'Enc^lepëdie. Jean-

'lâcques^fttpliisieiïrs aitich» pour cette collectiott. Diderot

«jant été mis à Vinceues pour sa lettre jur les ^ti^eugles,

fNibâiëe bu 1749 C')? Jean- Jacques épronvc un mortel

^agrin^^rit à madame de Pompadaar en faveur de

son âmi, ^demande d'être «nfienné avec kd^ fait ^ernSu

de fréquents voyages au -donjon» C'est dans i'iin ^de ces

voyagea y qu'il éprouve une révolution dont il vn noos

Tendre canapie. Arrêtons -nous ^anrec hii. Aousseau 'vsl

• devenir >un autre homme^ et ifUMser ambitement de l'ob-

ficadrité dans un jour ^éGIataat.

Oftewnons sur deux ciiconstanoes., porte qu'elles se

'^téteiit-à.des «^sérvatioas qui auraient interrompu le

iécit..]ua*premiire «st^«>n aventisn^e' avtec Zulietta* Les

'séfleKÎoa» qu'il £ait sur Favilissement de-cette courtisane

. («an lieu d'en i jouir), celles qqe lui kiapire une légère dif-

Ibrmké., ont pavu à M. de LaUaJBpey une preuve de

folie. « Le voilà, dit-il, persuadé qu'on a voulu le livrer

» à une espèce de monstre , et il. fond en larmes. Si ce

» n'est pas là un trait de folie., qu'on me dise ce que

» c'ek (^))>;Qui no -croirait que la chose s'est ainsi passée?

(i) Voyez dans le •econd yolume les articles Dupré de Saint» dtûure et itéaumur.

(1) ^ouv. Suppl. au Conrs ôe Llttër«tt\re de M. de La H^rpe, p. 144, Vol. in-»8»,i8^8.: Ce »Ottt dés moroeairx ittsfrés dans le Mercure y cl recueillis par M/Barticr.

48 HISTOIRE DE J.-J. KOUSSEAf ,

D faut confronter l'extrait infidèle et tronqué, aveï le* Confessions. Jean -Jacques arrive près de Zulietta; sa beauté^ sa jeunesse , sa fraîcheur, son esprit lui font faire des rëllexions. Il déplore J'usage avilissant qu'elle fait de ces dons de la nature^ et il en est agité au point d^en pleurer* ce sont ses propres expressions. Ce moment passé, il trouve une difformité dans Zulietta. Il est facile . de deviner l'effet que cette découverte produit sur lui , mais il ne Jbnd pa^ en larmes. Celles qu'il venait de répandre un instant auparavant, avaient une cause plus morale et plus désintéressée. Si M. de La Harpe n'a pas mis de mauvaise foi dans la manière de présenter le fait, qu'on nous dise ce que c'est (i)* Jean- Jacques se reproche son extravagance, et ne s'épargne aucun ridicule. Il mérite tous les reproches qu'il se fait; m.ais voir dans cette aventure les progrès delà. de'mence, de cette maladie trop réelle, qui tenait à son organisation^ s'étonner que personne n'hait fait attention à cette anecdote très-singulière, qui prouve que le germe du mal existait (^2); c'est être soi-même abusé par la passion. On est plutôt en droit àe s'étonner .{{{le quelqu'un ait fait attention à la très-singulière anecdote ^ pour l'interpréter conime le fait La Harpe (3). Plus tard, c'est-à-dire dans le neuvième livre des Confessions, Rousseau dit en par-

(i) La Harpe dit que la dissemblance entre deux tétons n^est pas à beaucoup près , sans exemple. Cela peut être , et ne proiiTe rien dans le fait dont il est que&tion , ainon que M. de La Harpe avait plus d'expérience que Rousseau.

(a) La Harpe , ibid.

(3) Il est bon de rappeler que M. Le Blond ( Voj. son article ), ayant mis Jean-Jacques d'une partie faite avec des Juliettes parisiennes y Rousseau passa son temps à nMiUr sur le sort malheureux de ces créatures, Gouf. Ut. X.

î. ^ARtie. 171Î — 65. 49

laét de madame d'Epinay ; « de la gorge coinme sur ma 9 main. Ce défaut seul eut suffi pour me glacer. Jamais ut mon cœur ni mes sens n'ont su trouver une femme » dans quelqu'un qui n'eut pas de tétons. » C'était biea pis de n'en avoir qu'un.

La seconde circonstance est relative k madame de Bèzenval , qui voulut l'envoyer dîner à l'office. Il en avait depuis trop long-temps oul'^lié le chemin pour le reprendre, et malgré la détresse dans laquelle il se trouvait , il allait sortir, lorsque madame de Broglie fit expliquer sa mère. À. son retour de Venise , il fut très-mal reçu de madame de Bèzenval , qui ne put jamais se mettre dans la tête, qu'il fût possible qu'un ambassadeur eût tort avec son secrétaire. Jean-Jacques fut tellement piqué de cet accueil, qu'eu sortant de chez elle, il lui écrivit une des fortes et vives lettres qu'il ait peut-être écrites. C'eût été une pièce de comparaison fort curieuse, mais pour la conserver, il aurait fallu porter à notre littérature un intérêt que ne pouvait avoir une étrangère, qui ne trouvait rien de beau dans ce monde, que des parchemins , et rien de méritoire, que le mérite des aïeu:^.

Nous" avons dû noter ce trait de caractère, parce qu'il n'est point' étranger à la conduite de Jean- Jacques. Il fait partie du très-petit nombre de faits, qui , établissanl des rapports entre le Rousseau que nous connaissons , et celui que nous allons connaître, conservent la liaison entre Tun et l'autre.

n est question dans ce livre d'une pièce dans laquelle Rousseau joue un rôle qu*on fut^ dit-il, obligé de lui souffler d^un bout à Vautre de la représentation. Cette pièce était V Engagement téméraire dont il est l'auteur. «Elle eut, dit madame d'Epinay daiis ses » m:émoires, un grand succès. Je doute , ajoute-t-elle,

So HISTOIRE DE 1.-^ ROUSSEAU,

» qu'e]Le^4t réussir au: théâtre^ mais c'est l'ouvrage d^uH » ' lioinm« de beaucoup d'esprit^ et peut-être d'un homme » singulier». Il est probable que Jean-Jacques eacagère sa gaucl^erie; car mademoiselle à^Eue, qui était fort méchante, dit au chevalier deVatori (auquel elleren» dait compte des plaisir» de la Chevrette), en parlant de la manière dont la pièce fut jouée, ies hommes ne sont pas au^i excellents que les femmes , mais ils ne gâtent rien,

Liv. VIIÏ: dfi l* été de l'j^au ^anfril 1756; Supposons nn dépôt de matières infkmamables qui n'attendent, pour Caire explosion , que l'étincelle électrique , que le* frottement même, et tfous aurons une idée dé la révolution qui v£i s'opérer dans Rousseau. La question proposée par VAcàdémie de Dijon fut cette étincelle. Jeanr Jacques rend compte des incroyables effets que la lecture du programme lui &l éprouver^ il» tiezmenft en quelque sort^du délire. II en reproduit la description avec plus de détails dans ses lettres k M. de Malesherbes.

1749* Qi quilNte If hôtel Saint-Qnentin et se loge à celui d^ Languedoc ^ rue de GrenelIe-Saint-Hottoi;é(i) dont il ne sortit que le 9 avril L756 , pour aller habiter VHermitage. Pendant ces six h sept annéeè^ il aurait goûté le i^Xms parfait bonheur domestique , sans les tra« causeries de madame- le Yasseur. Il est entraîné par le c^pelain du prince de Saxe-Gotha et par Grimm dan» un mauvais lieu. C'est la seule fois de SR'Vie qu'il? y soit entré : la honte qu'il en. eat et le remords qu'il en conserva ont été décrits par lui dans la Nouvelle Hé* loïse (a).

^1) II existe encore.

(a) Deuxième pariie^ lettré XXVI*, ou U XGI* du Becneit

%l5^. Ia c^ttPOMie que lui; déoarna FAcâd^ie de Di)Oa réyeiUe tonne» les klee» el renouvelle yemtibei^ siasiBe qui l^û i^aieni dicté son &€ours: il ve«t» dis cet instant, se B^etCfe au-^eesus de I> fevtuneet de Fopt^ zHon', çt fte suffire à- ^i-méj»^. Lft «MmviHse bonté le retient et l'eiuf^cke d'exéeuter'stt Féselutieo «titaiit de temps qu'il en fallait aux contradictien» p^eur irrilév sa volonté et là' rendre ttviomfihailte;

M. de Francueil lut offre rem{doi de caÎASter ; il Yexterce pendant quelque ten^p»^^ ttifti^ iea souisk q«le lut cause cette refltpoasaihiiité le rendeti: makideL H re«* nonce à^ tout pro^iet de Car tune; il ^'appliqixe k briser lesfess de Vopinipn : les effi^Hs ifiLilfak pour y pan^enir sont incroyables* Il se met à copier de* la mmique h tant la pa§s; réibrme sou* costume, et refisse M. de Francueil^ qui- le voyant inéluvinlable dan» le projet de renoncer à . la fortune ,, le croit et le dédave

On attaque son di^ours : il répond^ et 9es répliques ont te plus gitand saceès. Le libraire Ptssoi^ suivant la Gotitume, ne lui donne rien dit discours , malgré la vente rapide de cet ouvrage*

IV est visité,. recherché , importnaé : il sent qu'il n'est pa& aussi aisé' qiv'en s<e rimagine, d'être pauvre et indépendant.

Thérèse et sa^ famille, à <|ai de pareilles idées pafftis-« sàient fort étrangles , lef contrariaient et lui donnaient de Thumeur. Sa- sotte timidité ayant pour principe de manquer aux bienséances,. il, prit le parti de les fouler aux pieds , affectant de mépriser la politesse qu'il ne savait pas pratiquer.

Il fait, en peu de jours, \ Pàssy, les paroles et une partie de la musique du Devin du P^illage , qui eut le

S'A HIStOIftE DE J.-Jr. R0V6S£Atr,

plus grand succès (i). On veut le présenter à la couf, on lui fait espérer une pension : il refuse, parce qu'en la recevant, ilfallait flatter ou se taire; et qiieny renonçant y il crut prendre un parti très-conséquent à ses principes, et sacrifier t apparence à la réalité. L* accuser d^un sot orgueil^ c* était, dit-il , bien plutôt Jait : et c'est ce qu'on fit.

1753. L'occasion (a) de développer entièrement ses principes se présente dans la question sur V origine de V inégalité parmi les hommes mise au concours par TAca^ demie de Dijon. Il s'enfonce dans la foret de Saint-Germain pour méditer ce sujet, et compose son discours.

1754. Le premier juin il part pour Genève avec son ami Gauffecourt, qui lui propose ce voyage. Ce Gauffecourt âgé de plus de soixante ans, vieux libertin, fait pendant la route d'inutiles tentatives pour séduire Thérèse : offr« d'argent, livres et gravures obscènes, tout est vainement employé. Jean-Jacques , qui avait la plus grande confiance en lui , apprit cette conduite avec un serrement de cœur tout nouveau» A.yant cru jusqu'alors l'amitié inséparable des sentiments nobles, il se voit forcé, pour la première fois de sa vie, de l'allier au dédain et d'oter son estime à un homme qu'il aime et dont il se croit aimé. «De l'impression très-vive qu'il ressent, naît » cette disposition à la méfiance que d|autres trahisons » développèrent par la suite. » Il va voir madame de Warens, qu'il trouve au dernier degré d'avilissement , et qui résiste aux efforts qu'il fait pour la déterminer à venir vivre avec lui. Pendant son séjour à Genève, il

(t) Yoy. Ili Notice sur cet oavrage.

- (a) Peu de temps auparavant , il les avait exposes dans la préface de Narcisse , imprimée au comn^cement de 17 53.

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