‹ Histoire de la vie et des ouvrages de J.-J. Rousseau, composée de documents authentiques (volume 2)Chapitre 9 sur 334 · I. PAATii:. i^iîi · texte numérisé non relu

I. PAATii:. i^iîi

rentré clans la religion de ses pères y .qu'on lui avait fait quitter-ii i6 ans. Il forn^e le projet de se retirer dans cette ville : mais il y renonce, alarme de r.influence^ qu'y exerçait Voltaire, et craignant de retrouver dans sa patrie, le ton, les avis , les mœurs qui le chassaient de Paris, M. de la Harpe a prétendu que Jean-Jacques^ jaloux de l'auteur de Zaïre , ne voulut point habiter son voisinage, parce qu'il y serait éclipsé par lui. Le plus bel hommage qu'on ait rendu aux talents de Voltaire est certainement celui de Rousseau , qui ay oue que son style s'est formé eh lisant ses immortels ouvrages. L'assertion de La Harpe' n'est donc qu'une conjecture gratuite.

On avait représenté en 1755 à Tïanci, devant le roi Stanislas, une comédie intitulée les Originaux, que Pa* lissot avait faite sur la demande du maire de la ville. Il y maltraitait Rousseau. Le roi voulut punir l'auteur et le chasser de son académie : teais Jean-Jacques obtint, sa grâce (i) , et de plus , que ce faât tie serait point inscrit sur les registres, • '

L'usage où l'on est d'interpréter l'action la plus louable et d'en atténuer le mérite ( usage qui a sa source dans le cœur humain) , nous force à nous arrêter un instant sur le parti que prit Jean- Jacques de renoncer à la société, pour vivre dans la retraite. Est-<:e , comipe on l'a prétendu, l'amour de la singularité et up orgueil puéril ? \

Alors les sentiments qu'il exprime dans ses ouvrages étaient feints. De cette hypothèse naît une objection insoluble, c'est l'impossibilité de tenir, sans Isl persuasion , le langage que tient Rousseau, et de communiquer, comme il le fait, l'enthousiasme et de vives lémotions^^

il) Yoy.Vu:i. Palissot, ^•\oU

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sûns rien ressentir,<6ans lien éjM-cmver. Quand on fait des suppositions de cette nature, il faut nécessairement en admettre les conséquences. Ce fut donc par calcul qu'il prit te parti de rompre *en visière à tout le genre humain; mais quand on fait un calcul de cette espèce c'est pour en retirer quelque fruit : on ne refuse pas malhonnêtement, quelquefois même avec brutalité, des cadeaux, des pensions^ de la fortune et des honneurs. Comme '^ sur cet article , on n'a pu le trouver en défaut , et qu'on Ta vu presque toujours dans un état voisin de la détresse, il a fallu recourir k un fol amour de célébrité. N'oublions pas que c'est toujours par esprit de calcul (puisqu'il manque, dans cette supposition, de persiiasion et de bonne foi) , et que nécessairement il a dd vouloir jouir du fruit de ses sacrifices , c'est-k-dire de cette célébrité dont il avait, vivant ses ennemis, une soif si ardente. Alors il faut expliquer pourquoi il s'y dérobe avec tant de soin ; pourquoi il préfère la botanique, des promenades solitaires, à tant d'âVances qui liii sont faites , et l'isolement k sa rentrée dans la société : sur ce théâtre ou il aurait joui , dans tout son éclat, de cette célébrité dont on lé suppose toujours occupé. Enfin il faut expliquer cette idée fixe, cette mahiçi déplorable qui lui faisaient croire^ dans les dix dernières années de sa vie, qu'il était un objet odieux k tout le monde : manie qu'il est impossible de concilier avec l'esprit de calcul et l'absence de la bonne foi.

Ciierchons, pour nous, un autre motif que cdui-lk, puisqu'il n'explique rien; puisque, attribuer la conduite de Jean-Jacques à l'esprit de calcul , c'est énoncer une assertion en contradiction avec les faits et les résultats.

En suivant attentivement Rousseau, k dater de l'jSo, on voit qu'il s'étudie avec là ferme résolution de £e

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