A: M. i>£ Sartjkss ; ministre de la marine
( Mai ou juin 1774- )
« Je crois remplir un devoir indispensable en vouS envoyant la lettre ci-jointe, qui m'a été adressée Vraisemblablement par quiproquo, puisqu'elle répond à une lettre que je n'ai point eu l'honneur de vous écrire ; non que je n'acquiesce aux félicitations que vous recevez , mais parce que ce n'est pas mon usage d'écrire en pareil cas. Je vous supplie , Monsieur, d'agréer mon respect. »
tA. lettre qtte leà^lâtt^uèÈ renvoyait était une répouie de M. de SarUocj à un Rouaseftu. qui le félicitait de son passage ia la police au minUtère de la indria*» M. de Sartine s^exprime ainû :
« Je suis sensible k la part que vous prettcz à la grâce » dont le Roi vient de itt'hônorer. Recevez!, je vous )> prie, les assurances de ma reconnaissance, et tous les » remercîments que je vous dois. »
La lettre de JeaQ-Jac(|Ues n*a point de date ; mais, à, Paide de révèDement à l'occasion duquel elle fut écrite , et qui eut lieu en mai t774> ^^ P^^^ '"^ ^ dotitter une.
94g. A M. lÉ VRiKCt Bëloâelski. Paris , ^7 mai 1775.
((Je suis vraiment bieaaise^ monsieur le prince, d'avoir votre estime et votre confiance. Les cœurs droits ;se sentent et se répondent ; et j'ai dit en relisant votre lettre de Genève , peu d'hommes m'en inspireront autanU
Vous plaignez mes anciens compatriotes ' de n'avoir pas pria ma défense, quand leurs ministres assassinaient» pour ainsi dire^ nion âme. Les lâches ! je leur pardonne les injustices , c'est à la postérité paut^étreà m'en venger.
54o HISTOIRE D£ J.'J. ROVSSEAIT,
» Â. Theore qu'il est, je suis plus à plaindre qu'eux : ils ont perdu , dites-vous , un citoyen qui faisait leur gloire; mais qu'est-ce que la pette de ce brillant fantôme /en comparaison de celle qu'ils m'ont forcé de faire? Je pleure quand je pense que je n'ai plus ni parents, ni amis, ni patrie libre et florissante.
» O lac sur les bords duquel j'ai passé les douces heures de mon enfance ! Charmant paysage où j'ai vu pour la première fois le majestueux et touchant lever du soleil; où j'ai senti les premières émotions du cœur , les premiers élans d'un génie devenu depuis trop impérieux et trop célèbre, hélas ! je ne vous verrai plus! Ces clochers qui s'élèvent au milieu des chênes et des sapins , ces troupeaux bélans, ces ateliers, ces fabriques bizarrement épars sur des torrents , dans des précipices, au haut des rochers , ces arbres vénérables , ces sources , ces prairies , ces montagnes qui m'ont vu naître , elles ne me reverront plus.
» Brûlez cette lettre, je vous supplie : on pourrait encore mal interpréter mes sentiments.
» Vous me demandez si je copie encore de la musique. Et pourquoi non 7 Serait-il honteux de gagner sa vie en travaillant? Vous voulez que j'écrive encore; non, je ne le ferai plus. J'ai dit des vérités aux hommes ; ils les ont mal prises, je ne dirai plus rien.
» Vous voulez rire en me demandant des nouvelles de Paris. Je ne sors que pour me promener , et toujours du même côté. Quelques beaux esprits me font trop d'honneur en m'envoyant leurs livres : je ne lis plus. On m'a apporté ces jours-ci un nouvel opéra-comique; la musique est de Grétry , que vous aimez tant , et les paroles sont assurément d'un homme d'esprit , mais c'est encore des grands seigneurs qu'on vient de mettre sur la scène ly