A. Madame de C Paris , le g janvier
« J'ai lu , Madame , dans le numéro 5 , des feuilles que vous avez la bonté de m'envoyer , que Tun de messieurs vos correspondants , qui se nomme le Jardinier d'Auteuil ^ avait élevé des hirondelles. Je désirerais fort de savoir comment il s'y est pris , et quelle contenance ces hirondelles , qu'il a élevées, ont faite chez lui , pendant l'hiver. Après des peines iiiHnies , j'étais par-
54? niSTOlAE DE J.-J. ROUSSEAU y
venu 9 ^ Monquin , à en faire pich^r d^h» m^ chambre. J'ai m4n^^ ^^ souvent le plaisir de les voîp é'y tenir , les fenêtres férmëes , assez tranquilles pour gazouiller , jouer el foUtrer ensemble k leur ai&e y en attendant qu'il me pîAt dq leur ouvrir , bieu sûrc5 (f ) que cela ne tarderait pas d'arrivé?. £u effçt , je me levais même , pour cela 9 tous lei jours avant quatre heures ; mais il ne m'est jamais venu dans Tesprit/je l-avoue, de tenter d'élever aucun de leurs petits , persuade que la chose était non seulemwt inutile, mais impossible. Je suis charmé d'apprendre qu'elle ne l'est pas y et je serai très<obligé , pour ma part , au jardinier d'Autemly s'il veut bien communiquer son secret au public* Afipréez , Madame ^ je vous supplie , mes rem^cîments et mou respect. »
Cette lettre nous a M communiquée pat< M. àe Villéfi«>ré, qui possède un grand «ombfé de lettres autographes de tous nos bommes célèbres , et dont !a collection précieuse en ee genre , reçoit eneore du prix de l'obligeance avec laqiielle son possesseur en lait jouir ceux, qui s'adressent à lui.
On voit quelles furent les occupations de Rousseau sur la En de sn vie , à Tépoque où, livré au plus sombre désespoir, tourttienté 4« ridée qu'il était odieux aux hommes ( idée qui faisait son supplice ] , isolé du monde, il' se concentrait en loi-méme. On voit qu'il eut raison dédire que la haine n'entra jamais dans son cœur, et qu'il
(i) LHiirondelle est naturellement familière et confiante; mais c^est une sottise dont on la punit trop bien pour nd l'en pas corrige. Avec de la patience, on l'accoutume encore à vivre dans des^inpartem«nts fermés, tant qu'elle n'aperçoit par Tintention de Ty tenir captive : mais sitôt qu'on abuse de cette confiance (à quoi l'on ne manque jamais) , elle la perd pour toujours. Dès-lors elle ne- mange pfus , elle ne cesse de se débattre et finit par se tuer. {Note de Jean- Jacques, ) •