‹ Histoire de la vie et des ouvrages de J.-J. Rousseau, composée de documents authentiquesChapitre 14 sur 108 · II · texte numérisé non relu

II

Ce sont des témoins non suspects qui vont nous en fournir les matériaux; c'est-à-dire ^ le baron lui-mém^ et Grimin. Il s'agit do la cause immédiate de la rupture entre Jean-Jacques et le baron d'Holbach. Le jpremier raconte que; sans sujet et sans motif , il fut un jour traité brutalement par le second ; qu'il ne revint chez cehii-ci qu'à l'occasion de la mort de sa femme ; que Diderot l'y entraîna de force ; qu'il fut reçu froidement par sa se^ conde femme , sœur de la première, et très-bien par le baron. Us continuèrent de se voir , quoique rarement , jusqu'à la rupture de Jean-Jacques avec madame d'Epi*nay, Grimm et Diderot , sur laquelle nous avons donné des détails , T. I*', p. 67 et 60.

M. d'Holbach^ lui , prétend que Rousseau se brouilla avec lui, à l'occasion de la mystification du curé de Mont« chauvet , si plaisamment racontée par Grimm dans une lettre àSaint-Lambert(i). Jean-Jacques.ne peraiflapmnt

(i) Correspondance, août 1735, tomel*^ page 4o4 et suivantes. Nous avons exprime, à P-article de Grimm , Tembarras où l'on doit être pour faire sa part dans la Correspondance qui porte son nom ; puisque MM. Diderot, Raynal et Siiard ont fait un granil nombre d'articles et tenu la plume à leur tour. Au moins di®vrait-on supposer que ces messieurs avaient pris connaissance des antécédents j c^est-à-dire , de ce qu^écrivait Grimm , afin d'éviter les répétitions. Mais la mystification du curé de Montchauvet nous prouve qu'on n'a pas toujours pris ce soin. Racontée avec esprit dans le 1^' Yolume ^eTouvrage, elltf'se retrouve, dépouillée de tout ornement, dam le dernier ou cinquième de la troisième partie, à Tannée 1790. C'est le baron d'Holbach qui parle , ou qu'on fait parler , et qui dit que Jean-Jacques, indigné de ce qu'on persiflait ce curé , fit un* scène» sortit plein d'une rage qui n'a fait que croître depuis, qu'on a vai^ iiement tenté de le ramener chez le baron , etc. Remarquons que* ^ans cette, nouvelle narration du même fait (vaconté, trente-cinq ans auparavant, et*ftans le premier des seize ydames d« cette cor-

m. PA&TIE. BIOGAAPBIE. l3l

le curé. « Le seul citoyen de Genève (dit Grimm) , avec I» sa probilé à toute épreuve, était résolu de faire le rôle » d'honnête homme, et a en effet si bien réussi, que lé cu- » ré Ta pris dans une haiae inexprimable. » Seul dans cette troupe joyeuse, qui conservât sa gravité, Rousseau critiqua impitoyablement les vers du pasteur deMont^ idiauvet : ib eurent une discussion assez vive, mais l'historien ne dit point que Rousseau fit une seine au baron, ni qu'il avertit le curé qu'on se moquait de lui. Plus de trente ans après , M. d'Holbach raconta cette aven* 4;ure*' Son récit se retrouve dans le dernier volume du même ouvrage. U prétend que Jean*Jacques , apostro» phant ce poete^ lui dit que son discours était une extrava§Eince , qu il ferait mieux de sortit et d'uiler^vicatier ■dans Son village. Le baron ajoute que Rousseau s'en alla furieuKetque, depuis ce Qioment, il a toujours évité sa présence. Il me paraît évident que M. d'Holbach a lui-même arrangé cette histoire comme il convenait à ses intérêts. La date donnée par Grimm le prouve sans réplique. Le fait arriva dans le mois d'août 1755 au plus tard, puisque la lettre dans laquelle on le raconte est datée dti i5 de ce mois. S^il s'était passé comme longtemps après lé baroii voulut le faire croire, il en faudrait conclure que Jean-Jacques et lui ne se sont plus revus depuis 1755. Or, ils ont eu des rapports ensemble postérieurement à cette époque. En 1757, le baron vint à la Chevrette pour voir Rousseau ,• moins , il est vrai , par

respondatice) , on met Saint-Lambert au nombre des cont ivei et '^moia cotMéqncmment de l'aventure, Undu qu'il était à Lanévilifi lorsqu'elle arrÎTa , et qu'elle fait le sujet de la lettre de Grimm , datée du i5 août 1755 ; et puis , croyont à l'exactitude et à la «inccrilé du baron d'Holbach !

lia^x HISTOIRE DE J.-J. ROUSSEAU,

plaisii^que par curiosité , puisque c'était pourvoir Jean- Jacques amoureux; mais madame d'Epinay aurait évité de les fiire trouver ensemble s'ils eussent été brouillés à l'occasion du curé de Montchauvet ( i). Les lettres de madame d'Ej^inay à Jean-Jacques et celles de ce dernier, datées de la Chevrette et de 1767, prouvent que tous les deux allèrent chez le baron d'Holback; enfin Diderot y mena Rousseau diner dans le même temps. J'ai fait remarquer dans la note précédente une autre inexactitude relative k Saint-Lambert, à qui Grimm envoya le récit de la mystification-, dont le baron le fait témoin dans le sien. Ce mensonge, bien démontré, suffit , je pense, pour faire réduire le témoignage de M. d'Holbach à sa juste valeur , et me donne l'occasion de répéter une remarque déjà faite : c'est que toutes les fois qu'on vérifie une accusation contre Jean-Jacques (lorsqu'il existe des matériaux pour le faire ) on arrive au même résultat : c'est-à-dire à une imputation calomnieuse : et ce fait est sans exception , ainsi qu'on le prouve dans les articles d'Alembert^ d'Epinay , Grimm, Hume , Keilh^ Marmontel.

Dans le temps où Jean-Jacques avait à se plaindre de la brutalité du baron, il oubliait si bien les torts de celui-ci , que , livré , dans sa solitude de l'Hermitage, à la

(i) Voyez dans la Correspondance , n^ 97 9 le refus qu'il îkity parce quUl dtnait chez M. d'Holbach. C'était en mars 1756; c'està-diie , près d'un an après la mystification , et FéTèuement depuis lequel > suivant le baron , ils ne se seraient plus revus. Cependant cet infidèle historien est cru. Gingùené , le vëridique Ginguené admet sa version , parce qu'il n*a point compare le rëcit fait dans le premier volume de Grimm , avec celui qu'on retrouve dans le seizième du même fait.

. III. PARTIE. BIOGEAPanS. l33

cpin{ik>sition de la Nouvelle Hëloïse, il forma le projet de rendre un athée intéressant et dessina le rôle du baron de Wolmar. D'Holbach, connu par son athéisme (opinion que même il affichait) j aurait du savoir gré à son ancien ami de ce procédé qui prouvait combien Kousseau était incapable de haïr. Nous ignorons quelefifet produisit sur le baron la lecture de la Nouvelle Héloïse, qui parut deux, ans après . la sortie de l'Hermitage. Les deux auteurs ne se virent plus depuis cette époque , et nous sayons seulement que l'un , en parlant de l'autre , le traitait'de. petit cuistre, tandis que Rousseau se taisait, ou ne tenait qu'un langage honorable siur le compte du baron* Nous rendons compte, dans l'histoire de la Nouvelle Héloïse, de l'effet quts produisit le projet qu'avait eu l'auteur en mettant sur la scène un athée. C. 1. VIII,. IX et X. (128,903.)

HouD£TOT ( M. le comte d' ), d'une ancienne famille de Normandie, n'aurait point été connu sans sa femme. Madame d'Epinay , dans ses mémoires , le représente comme un joueur de profession , laid comme le diable ignoré, et^ suivant toute apparence ^fait pour l'être. Ce langage désobligeant i^e prouve que les injustes préventions et la jalousie de l'historienne. Lorsqu'elle s'exprimait ainsi , M. d'Houdetot n'avait que vingt-deux ans; comment 'prononcer qu'à cet âge on soit fait pour être ignoré ? Il était d'une très-belle taille et d'une figure qu'on ne remarquait point, ce qu'onî eût fait, s'il eût été laid comme le diable. Ce qu'il y a de singulier^ c'est que Saint-Lambert était d'une taille petite , en comparaison de celle de M. d'Houdetot j que son cou était court et sa tête enfoncée dans ses épaules; mais il avait beaucoup d'esprit, et, quand il le voulait^ l'amabi-

l34 HISTOIRE DE J.-J. ROrSSEâV,

lité la plus séduisante , mais il . était loin de lé ydnloir souvent.

Lorsque M. d'Houdetot épousa mademoiselle de La Live, il aimait passionnément une femme qui ne pouvait devenir la sienne et il n'apporta que de l'estime à celle-<:i qui n'eut pour son mari que le même sentiment. Madame de "^^ ne mourut qu'en 1798 , quarantehuit ans aprè^ le mariage de M. d'Houdetot , qui reçut son dernier soupir. Il était trop tard pour aimer sa femme* Il vit naître l'attachement de celle-ci , sans humeur* et^ faisant un retour sur lui'-méme j il se dit probablement qu'il n'avait pas droit d'exiger un sentiment qu'il ne pouvait plus lui-même éprouver. L^ trait suivant permet cette conjecture. La maréchale d'Aubeterr^ ^ amie de madame d'Houdetot , s'aperçut de la liaison naissante entre elle et Saint-Lambert. Elle lui*rfit des repi'ësentations. Madame d'Houdetot promit j et mit seule* nient ^lus dé mystère dans sa conduite. Madame d'Aubeterre , trop clairvoyante pour être long-temps trompée/crut devoir tout dévoiler au mari qui répondit: <c Je n'ai droit, madame , de n'exiger de madame d'Hou- )» detot que delà décence dans sa conduite. »

M. d'Houdetot y sa femme et 'M. de Saint-Lambert , $ont morb tous les trois dans un âge très-avancé. L'axhant avait souvent de l'humeur et grondait beaucoup dans sa vieillesse. Le mari était plein d'attentions pour sa femme. A. voir celle-ci recevoir des soins de l'un , en prodiguer à l'autre, tout étranger eut fait une méprise, et pris l'amant pour le mari. C, 1. Vïl et IX.

HoTOETOT (Sophie La Live deBelIcgarde, comtesse

d'), née en 1780, morte en i8i5* Elle avait assez d'es-

' prit et de. talents pour acquérir par elle-même de la ce-

ni. PARTIE. BIOGRAPHIE. l35

liH^ritë y au lieu de la devoir à la passion de Rousseau pour elle ^ ainsi qu'à la sienne pour Saint-Lambert.

L'amour de Jean-Jacques , pour madame d'Houdetot, . date du printemps 1757. Ils se virent souvent dans l'été et l'automne de la même année ^ et les visites d'Eaubonne à l'Hermitage , de i'Uermitage à Eaubonne farcnt fréquentes. Rousseau s'étant brouillé , dans le mois de novembre^ avec madame d'Epinay, abandonna brusque* ment l'Hermitage, le i5 décembre, et ne vit plus madame d'Hou<}etot , depuis cette époque , qu'une ou deux fois. U y a dans sa passion une singularité qu'il n'est pas inutile de faire remarquer. L'amour embellit ordi* nairementy et^ d'après le portrait que Jean«Jacques fait de madame d'Houdetot, il parait qu'il là voyait à^peu-près telle qu'elle était. Son visage ( dit^il , Confessions , liv.IX) était marqué de la petite vérole , soh teint manquait de finesse ; elle avait la vue basse et tes yeux un peu ronds, n semble, quand on voit ainsi , qu'en est loin d'éprouver une passion violente. Celle de Rousseau l'était cependant^ ce qui donnerait lieu de conclure que ce n'éfait point pour* sa i>eauté qu'il aimait Sophie. Mais, d'un autre coté, au lieu d'exagérer l'éloge qu'il fait de son esprit, il reste au-dessous delà réalité, et n'est exact et fidèle que dans ce qui concerne les qualités du cœur. Elle avait, dit-il, l'esprit très-naturel et très*agréable. Elle abondait en saillies charmantes quelle ne recherchait point , et qui lui venaient quelquefois malgré elle.

L'esprit , chez madame d'Houdetpt, était dans un degré éminent et très-orné. Elle ne le laissait voir, il est vrai , que dans l'intimité , ce qui est un motif pour croire qu'il ne devait pas échapper à Jean-Jacques. Elle écrivait mieux que sa belle^-sosur^ mais , comme elle avait un sens exquis, qui lai faisait préférer le bonheur à la celé-

|36 RISTOIHE DE J.-J. ROUISEAir,

brité , elle fit avec d'autaùt plus de facilité' le sacrifice âé son talent^ qu'elle voulait conserver l'union qui régnait entre elle et madame d'Épinay, dont elle aurait excité l'envie en se conduisant autrement.

Nous allons donner des preuves incontestables, de l'esprit et du talent de madame d'Houdetot , parce que madame d'Épinay, dans ses Mémoires , en répétant sans cesse qu'elle était bonne , très-bonne (qualité qu'elle ne pouvait lui refuser), laisse au lecteur le soin de deviner si elle avait autre chose que de la bonté.

Madame d'Houdetot a fait de très-jolis vers ; mais elle n'a jamais voulu les donner par écrit, ce qui est. cause que quelques-un^ ne sont connus que des personnes qui vivaient dans son intimité , et qui , pour les conserver ^ n'avaient d'autre ressource que leur mémoire.

Elle était à Four^ueux, situé près de Marli, et dont le parc est arrosé par un ruisseau qui en entretient la fraîcheur. La source en est au pied d'un chêne. Du château, l'on entend le bruit de la machine; bruit confus, formé de sons discordans, de cliquetis, de frottements d'un effet incpmmode et désagréable. Madame d'Houdetot fit, à cette occasion, les vers suivants :

Ces efforts redoublés et ces gémissements ,

Cet appurcil de fer et ces grands mouTemsnts

Offrent partout aux sens la nature offensée.

Elle semble gémir d^avoir été forcée ^

Et, cédant à regret aux entraves de Tart,

Au capiîce des rois se plaint d^avoir eu part.

Ah ! que f aime bien mieux la modeste iTontaine

Qui, dams ces prés fleuris, s'enfuit du pied d'un chêne,

£t qui, formant le cours d*nn paisible ruisseau,

Arrose des gazons aussi frais que son eau.

Saint-Lambert trouva que ces vers méritaient d'être envoyés au patriarche de Ferney. Lorsque Voltaire vint

.^ ÏII. PÂlftlE. Btt»GRAPSIE. i37

\ Paris en 1778 > madame d*Hoaâetot alla le voir. Dès qu'elle fut annoncée, Voltaire lui récita ces vers faits depuis long^temps et auxquds Tauteur ne songeait

plas. ^

En voici sur la vieillesse , faiu par madame d'Houdetot, à une époque oh elle pouvait en paCrler par expérilonce:

Oh! le bon temps que la TÎeiUesie!

Ce qui fut plaisir est tristesse , Ce qui fut rond devient pointu :

L'esprit même est cogne-fètn. On entend mal , on n'y voit guère j On a cent moyens de déplaire.

• Ce qui charma nous semble laid ; On voit le monde comme il est.

Qui vous cherchait vous abandonne :

La bon sens , la froide vertu Chez vous n^attirent plus pertonae.

On se plaint d'avoir trop vécu.

Mais f dans ma retraite profonde y Qu'un seul ami me reste au monde , Je croirai n'avoir rien perdu.

Madame de la Briçhe, belle-sœur de madame d*Houdeiot, désirait d'avoir un chat. Madame d'Houdetot lui en choisit ^n qu'elle lui offrit vreç les vers suivants :

Jeune Églé , vous aimez les chats :

On les accuse d'être iiigraU, ' Très-volages et peu. sincères.

Maisy des gens avec qui l'on vit,

On prend beaucoup , à ce qu'on dit.

Jeune Églé , s'il peut vous plaire ,

Ce chat , auprès de vous , gardera son esprit

£t changera de cataclère.

Dans les d^mièjes années de sa vie, madame d!IIoudetat^ quoiqtuB très-âgée (elle est morte à 83 ans)^ était toujoors. recherchée pour son esprit et son ama* bilité. M. de Sommariva, ayant acheté la terre d'£pi« naf.; qu'il a considérablement augmentée (i), et se trouvant dans le voisinage de madame d'Houdetoty* fit connaissance avec elle et se plut dans sa société. Il lui demanda son portrait. Elle le lui envoya avec des vers que nous n'avons pas et dont le sens était , bientôt l^ original n'existera plus , mais vous aurez, les traits de celle qui vous aima comme une mère, U a fallu une étrangère pour (tï) dénaturer ce sentiment, trouver du ridicule dans les attentions affectueuses de madame d'Houdetot, et ne pas comprendre que , quand une femme aimable , obligeante et bonne , av^t, pendant soixante ans^ fait consister son existence à donner des soins ^ ce devait être un besoin pour elle que de les continuer (3). Pour comprendre ces choses-là^ il faut soi-même en être capable y ne pas courir après le bel esprit, et, comme madame XHoudetot, qui n'a jamais dit de mal de personne^ savoir plaire sans avoir recours à la méchanceté.

Madame' d'Houdetot était donc dédommagée du peu d'agrément de sa -figure par son esprit et son amabilité; encore y comme le disait Saint-Lambert, elle n avait de laid que le visage; sa taille était gi:acieusey et elle

i ■ I ■ I I !■ ■ ! ...Il I ■ I n .1 II .

(i) Il y a téwpx laBriche, Ormèfson, où il a éubli im« filature de coton j il a, par des travaux utiles^ des plantations, le dessèchement des marais, de Tétang de Coquenard, assaini ce canton , <}ui était humide et malsain.

(2) Lady Morgan dans son ouvrage sar la France.

^] La liaison de madame d^Houdetot et de Saiotf-Lambert date de i.^Si j elle était mariée en 174S.

m. PAaric. biographie. tS^

passait pour une des meilleures danseuses de S4Hi temps» Un jour elle était, chez le prince de Gonti , chaussée en mule. Le prince, qui désirait de la voir danser , de^ vinant l'excuse qu'elle pouvait alléguer pour s'en dis-^ penser, envoya chercher du ruhan qu'il attacha lui^iâérne pour fixer le pied dans la chaussure, ^le eéda et recueillit lesL applaudissements d'un cercle nombreux et connaisseur.

Jean-Jacques , en rendant à madame . d'Houdelot les lettres- qu'il en avait reçues, redemanda les siennes* Elle lui répondit qu'elle les avait brûlées. Uùn ne mei point au feu de pareilles lettres y s'écria-t-il , on a troussé brûlantes celles de Julie. Eh dieu! qu^aumit'On dit de cellesrlà? 'M.SiàaLme Broutain, qui demeurait à Gemay, dans le voisinage d'Ëaubonne, voidant coiinattre la vérité, et désirant sans doute que ces lettres eussent été conservées, interrogea un jour à ce sujet madame d'Houdetot , qui répondit qu'effectivement elle les avait brûlées, à l'exception d'une seule, qu'elle n'eut pas le courage de détruire , parce que c* était un chef -d* œuvre d^ éloquence et de passion, et qu'elle l'avait • remise k M. de Saint" Lambert.

Madame Broutain saisit la première occasion pour /

s'informer auprès du poète du sort de cette lettre : elle s'était égarée dans un déménagement , il ne savait pas ce qu'elle était devenue; telles furent ses réponses: Elle ne pouvait tomber en de plus mauvaises mains que dans celles d'un rival. On doit regretter ces lettres. On sait, par la Nouvelle Héloïse , comment Jean-Jacques exprimait une passion factice, on auraic su quel langage lui inspirait uiie passion réelle.

Pour compléter , autant que peuvent nous le permettre les bornes que nous avons d|i nous prescrire.

l40 HISTOIHE DE J.-J. ^OVSStXV j

ce qui concerne niadame d'Houdetot, nous allons terminer son article par l'extrait d'une lettre de madaâae la vicomtesse d'AUard, qui a vécu long-temps dans sa société.

^ a Rousseau , dans ses Confessions , a dévoué le nom de madame la comtesse^ d'Houdetot à l'immortalité. Lady Morgan, dans un ouvrage qui a été beaucoup lu, en a parlé d'une manière très-erronée et très-inconvenante. Enfin, les mémoires de madame d'Epinay, qui resteront , parce qu'ils sont amusants et parce qu'elle se .don^e* une célébrité peu digne d'envie, viennent encore d'exciter l'attention, du public, sur madame d'Houdetot. Rousseau est le plus vrai de ceux qui ont parlé d'elle. Il n*est pourtant pas tout-à-fait exact. . Madame d'Epinay l'est encore moins. U faut faire connaître pourquoi je suis bien instruite.. Mon père a babité trois ans la maison de madame la marquise de Yerdelin, à l'époque où la société de madame d'Epinay et ^e ses belles sœurs était une des plus brillantes de Paris. Il avait rencontré, cbez cette dame, plusieurs de ceux qui la composaient et avait fort entendu parler des autres. U m'en a souvent entretenue. J'ai connu plusieurs personnes qui avaient été liées avec ces dames., entre autres M. Saurin, de l'académie française. Enfin, ayant babité une campagne voisine de celle de madame d'Houdetot, j'ai, l'espace de treize ans, vécu' habituellement dans sa société, et même, pendant deux de ces années , je l'ai vue presque tous les jours. »

« Tout ce que Rousseau a dit de son caractère et de son amabilité est parfaitement vrai^ je crois qu'il n'a pas rendu tout-à-fait justice à son esprit. Il avait assurément le dr^it d'être fort difficile,, et de peu admirer à cet égard; mais, en comparant madame d'Houdetot à

lU. PARTIE. BIOGRAPHIE* l4t

d*autre8 femmes, il aurait pu là louer' davantage. Plus va;iae et moins {paresseuse elle se serait f ait uii nom dans là littérature; elle était tout-à*£edt sans prétention^ Je citerai des traits qui le prouveront. »

« Quoique Rousseau avoue qu'elle n^était point beUe, il a vu sa figure avec illusion. Ge sera uife consolation pour les femmes laides , d^apprendre que madame d'Houdetot, qui l'était beaucoup , a du à son esprit, et surtout à son charmant caractère, d'être si passiounémeot et si constamment aimée. Elle avait non-seulement Ift vue basse et les yeux ronds , comme le dit Rousseau , mais elle était excessivement louche, ce qui empêchait que son âme se peignit dans sa physionomie. Son front était très-bas, son nez gros; la petite vérole avait laissé une teinte jaune dans tous ses creux , et les pores étaient marqués de brun. Gela donnait un air sale à son teint qui y je crois, était beau avant cette maladie. Gomme le dit Rousseau , ses mouv.emens avaient de la gaucherie et de la grâce ; sa vue , très-basse , leur donnait de l'incertitude ; mais comme elle était bien faite ; qu'elle avait eu pour maître à danser le fameux Marcel, elle avait de la grâce. Sa gorge était belle ^ ses mains et ses Was jolis , ses pieds mignons.»

<( Madame d*Houdetot avait l'imagination vive, le cœur tendre et une bonté parfaite. Je crois que^ dans sa jeunesse, elle a dû. très-souvent agir sans réflexion , et peutêtre même n'a-t-elle jamais été tout-k-fait corrigée de ce défaut. Mais son cœur était droit et son esprit juste; il était rare, lorsqu'il s'élevait une discussion, qu'elle ne la terminât par un aperçu juste et fin qtli ne laissait plus rien à dire. J'ai vu des gens qui étaient blessés de cette qualité de son esprit. Elle nous réduit au silence , disaient-ils. Avec la laideur dont j'ai fait une description

t4^ UIBTOIIUe: ]>£ J.-J. BOirsSEAU,

vraie, jamais elle n'a éprouvé la moindre envie contre les belles femmes^ elle les louait avec plaisir et de bonne foi : tendre et point vaine , étant aimée, elle ne désirait rien de plus.»

. « L'attachement de madame d'Houdetot pour Saint- Lambert a toujours conservé les illusions, la pensée habituelle, le -dévouement et tous les petits soins de l'amour; mais riea n'a pu me doniier l'idée qu'il ne fût pas, depuis long-temps, aussi pur que l'amitié. C'est pour lui qu'elle fit ces joUs vers ( i ) :

Jeune, f atmM.Xe temps de mon bel Age, C« temps fti cowtf Famour seul le remplit. Quand ratteiguis la MÎson d'être. sage, Toujours j'aimai^ la raison, me le dit* Mais l'âge vient et le plaisir s'envole j Biais mon bonheur ne s'envole aujourd'hui, Car j'aime encor et Pamour me console ; Hien n^àurait pu me consoler de lui.

a Je lui ai entendu dire ces vers en 1788, comme les ayant faits depuis long-temps pour imiter la manière

(i) Madame d'Houdetot , avant d'être mariée ( elle le fut à dixhuit ans ), était particulièrement confiée aux soins de madame d'Esclavelles , sa tante^ qui ne s'était point séparée de sa fiUe , madame d'Epinaj. Madame d'Esdavelles avait une dévotion minutieuse : remarquant que sa nièce faisait des vers facilement , elle voulut l'en empêcher. Voyant que ses défenses étaient inutiles , elle confisqua le papier. Désirant que mademoiselle de La Live devînt une femme de ménage , elle lui prescrivit de recevoir et vérifier les comptes des dépenses de la maison. Un jour , apercevant des interligues dans le compte du cocher , la jeune personne les remplit par des vers : la tante arrive , la surprend , la gronde et va chercher M. de Bellegarde ; celui-ci commence k gronder un peu , se saisit du papier, lit les vers, les trouve jolis, et, voyant une correction à faire , prend la plume : sa fille lui saute au cou, l'embrasie, bien sûre qu'une faute ainsi corrigée n'éuit pas inexcusable.

. III. PiATIE. -DIOGftAMI». 14s

de Marol; car elle avait* trop ée âéeeùcù pour avouer qu'elle les edt faits {M>ur son axn^at. Ladjr.Morgœ a .défibré ces vers «t renda l'anecdote fort ridicule, en .leur donnant pour date les dernières années de madame d'Houdetot, et les adressant à ttn homme qu'elle ne /^dnnaissaii que depuis peu de temps. 9 . « Je dois dire qu'il n'est pas étonnant que matfaone 4'Houdetot y ayant eu pendant cinquante ans Tliabitude de soins et d'attentions ^trémes, qni ne ^dian^rent point quand l'amour fut devenu amitié, elle crut qu'ils jetaient inséparables de l'attachement,, et c'e^t ce qui a causé les formes extraordinaires et inusitées de son amitié pour M. de Saint-Lambert (i).» G. LYIil, iX, X ( i5t, j54^i55,i57,i6a, 169.)

(i) M. Choderlos de Laclos , fort avare d'éloges , a fait un portraittle madanra d^oudetdt dont Yoici qadqaes passages : a Ma- :» dame d'Hoodetot , Traiit^ boDoe , généreuse , commença par •» aimer avec teudresac et finit par tomber dans Tadmicabon , sen- ». liment qu^exigeait son philosophe ami j il ne se contentait pas à » moins«. . . Son amant fit son bonheur , sçs amis firent sa gloire. » Jamais on ne connut mieux la délicatesse de ce sentiment si doux ; j» jjsimaia on n'en fit plus ainier les devoirs. Des nombreuses qna- » litéft de Pesprit , la simplicité est celle qui rend la plws heureuse »• ceHe qui la possède > et les moins malheureux ceux qui la voient » dans les' autre». CeUe simplicité précieuse est le grand trait câ^ i> raciénsttque de madame d*Hondetot; elle n*a jamais fkit de li- 31 vresj elle ne s'cét point exposée à Forage des chutes, ni à Ti- '9 vresse des succèis, et cependant la littérature a été sa constante » occupation : entourée de beaux-esprits, d'amateurr, éPartistes « D'elle a dû prendre part à cette foule de productions qui se mu!-

» tiplient à Paris plus qu^aîlleurs Uamour fut- pour elle ce

V qu'il doit être , l'occupation elle bonheur de la vie. Ce sentiment D est une faU>lesse quand il ne s'explique que par les sens , quand J» il ne flatte que la vanité, quand il ne remplit que les vides des » journée»; mais , lorsqu'il nous assnjétit un second être, quand

t/|4 HIStOlKE DE J.-J; AO^SSEAir^

HirBERT {Michel) , né «i 17^^79 dans la Bavière , nKmrut en i8o4 9 ^ Leipzick) ou raniyersitë- Parait fait venir en 1766 y pour y enseigner la langue française. Il passa toute sa jeunesse à Paris ^ j fit connaissance avec les hommes de lettres de ce temps ^ fut employé aa Joumid étranger, et rendis des services à la littérature, puis* que c'est à lui c qu'on doit les premières connaissances 1^' littéraires qui aient existé entre la Fvance et l'Aile^- » mafpe. » IL a fait beaucoup d'ouvragei estimés, mais il est plus particulièrement connu par sfi traduction de ceux de Gessner. U envoya celle des Idylles en 176 1 k Jean- Jacques , qui , dans une lettre datée du 24 décembre de .cette .année , lui exprime tout le plaisir que lui a causé cette lecture. Il y fait un grand, éloge de l'auteur allemand et de son traducteur (278).

Hubert {Jean)^ né à Genève en 1722, membre" du conseil des 200* Il y mourut en 1790. Il s'attacha à' Voltaire , avec lequel il vécut dans la plus intime familiarité. Il l'a représenté sous tous les costumes. Il avait ^our les découpures un talent extraordinaire (748}*

» il eit la source de toute notre existence , alors il est pour nous » ce que ie soleil est à la terre, ce que la rosée est  la végétation, :^ ce que l'électricité est à tous les corps. , • . Elle eut la passion « des voyages, sans presque jamais la satisfaire. Tout plaisir la » flattait , s'il s^accordait avec la paresse : non pas cette apathie 9 destructive de tonte espèce de jouissance , mais cette infou- » ciance combinée qui préfère la privation de toutes ses peines aux 9 soins qui accompagnent tous les projets.

» Madame d'Houdetot vécut avec des athées , avec des dévots , » avec des prudes , avec des étourdis , et vécut avec tous sans » jamais leur sacrifier rien de son caractère primitif : tous n'eurent 2> pas également à s'en louer « aucun n'eut k s^en plaipdre. 9

lU. VARTlS. BIM^EAPBIX. i4S

' livvKRT (taifbd) ^ fj/iS* Ami de la Popeiihiire; qu'il voiilat .inutilemeat empêcher d'épouser la femme & laquelle il se mam. C 1. VU.

Hume (Da^id.) ^ né à Edimbourg en 17 1 1 , mort dans cette ville eu 1776. Il eut de bonne heuire un goût prononcé pour la littérature et la philosophie : t;omme on le voyait sans ces^e à Pétude , on le crut propre au barreau ^ ensuite 00 lui persuada de se destiner au commence y et Jbientôt on le fit partir pour Bristol ^ en le recommandant à de riches négociants de cette ville. Mais, se sentant pour cette carrière une aversion qu'il n# pouvait surmonter., il résolut de suivre son penchant, de conserver son indépendance, et,, passant en France pà la vie était moins chère que dans son pays , il se rendit à Bheims , puis à La Flèche. Ce fut dans cette jolie petite ville et sur les bords frais du Loir qu'il composa son Traité de la Nature humaine, dans* lequel, se montrant incrédule et sceptique, il sappait toutes les religions. N'étant point découragé par le peu de succès de cet ouvrage ^ il fit la première partie de ses Essais moraux , politiques et littéraires , qui valaient mieux , et dont la seconde lui fit dans la suite une grande réputation. Forcé de sacrifier son indépendance au besoin , il fut successivement précepteur du marquis d'Annaldail, secrétaire du général Saint-Clair , qui devait l'emmener au Canada , et n'y passa point } candidat pour une chaire de philosophie morale , qui lui fut refusée à cause de ses principes. Le général Saint-Clair s'en fit ac-, çompagner en qualité d'aide-de-camp dans ses ambassades de Vienne et de Turin. Il fut ensuite nommé bibliothécaire à Edimbourg. Ce fut là qu'il conçut le plan de son Histoire d^. Angleterre, qui l'occupa le reste II. 10

ié^6 HisaroiRS dï j*-^. 9i0iissM.Av,

de 9a rie. La rëracité et l'iiapartialité sont deux qualités essentielles dans un historien. Noaa ne pouvons guère être bons jttges lorsque nous lisons rhistoire d!ua peuple étranger , à moins que nous n'ayons la patience de vérifier si routeur a puise à la source , ce qui ■ nous arrive raremeoit. C'est peut-être la cause du grand succès de l'histoire de Hume en France , du. moins s'il fant -s'en rapporter k son ami Horace. Wa\pole« Celui^i vint à Paris en i^65 y et séjourna dana cette oapitale depuis le i4 septembre jusqu'au 17 avril de l'amiée savante. Il correspondit (i) avec Georges Montagu pendant ces sept mois j et Ton trouve dans ses lettres des observations piquantes sur nos mœurs, nos usages ^ notre littérature» La traduction de l'histoire d'Angleterre de David Hume, par madame Belot et Tabbé Prévost , était publiée , et cette, histoire avait eu beau^up- de succès* Voici ce qu'écrivait Horace Walpole à ce sujet : a Le goût des » Français est oh ne peut plus mauvais. Croiriez-vous » que Hume est un de leurs auteurs favoris? son fais^ » toire, %\ falsifiée en maint endroit, si partiale en )i d'autres , si incohérente dans ses parties, passe à Paris » pour un. modèle. »

Lorsque je ebnnus pour la première fois ce jngemebt^ f en fus frappé, et j'étudiai les rapports qu'il y avait eu entre Horace et David : je vis que , paraissant s'estimer mutuellement, ils étaient lié^ ensemble, et cette circonstance, augmenta ma surprise. Walpole tenait ce langage dans le momçnt ou il voyait fréquemmtent Hume , tous deux étaient éloignés de leurs pays. La société dont il* parle était celle de l'hiKorien : ils se retrouvaient chez*

(i) Lettréf à* Horace fKulpoU , à Georgc-Montagu , i&iS ^

mesdames ^e Boja£Eierf y <T<& Deffaud, chez l'ambaâsadeul' d'Aagkcerre y cti^z les grands 6eignear6 anglais , qaà f T^oai«nt se disuaire à Paris; et c'est chez lord Oesery que David Huma fit contre R^imeau une plaisanterie qae Wâlp<^e recueillit pour mettre dans sa lettre de Frédéric. Je ne veis donc aucune trace de préventioa étm Walpole contre son compatxiote , et rien qui puisse Caire soupçonner sa sincérité. U le regardait donc firaïk* chement comme partial et menteur. Une anecdote anlérieureà ce fait ne doit pà3 être omise puisqu'elle a trait à la sincérité <le Thiftprien. En 17^ , quelque temps après la prise de la Guadeloupe, David H'uikie rendit compte de cet événement , et , voulant devancer )«s autres qUi attendaient deis renseignemehts certains , il'fit un réeit daof lequ>el addptant tous les bruits popu« ^ laires et to arrangeant k m façon , Il s'éloigna de la ""'vérité da05 tous les points/ M. le général Barrîngton fiât obligé de Ini dooiPMer un démenti , et d'adresser k M. Smolet une relation authentique de la conquête de nie , afiu de déttremper le publia: que David avait in* duit en erreur. Cette anecdote prouve que l'historien se souciait peu de lu vérité.

Dans un autre passage , Walpole fait cette singulière émimération : « Les jésuites, les méthodistes/ les phi- 9 lesopfaes, les politiques, Eous»eau l'hypocrite, Yol* » taire le railleur , les encyclopédistes , les Hume y les » Frédéric, tous^nesont, à mes jreùx, quedesimpos- TU teurs. L'espèce en varie , voilà tout* Os n'ont pour « but qne la renommée on l'intérêt. » ,

Son amie; madniae di| Peffand , la Confidente de toutes ses pensées, partageait son opinion sur David. Elle l'appelait f'oi^^an du Danube^ parce que, souis une enveloppe miatérielle , il avait de l'esprit ^et du sens.

lO.

l48 SISTOTBï: DE l.-J. TiOVSS^liVy

Voici les' termes dans lesquels elle lui en' parlait. ^ « Vous me faites grand plaisir de'm'apprehdre que David Hume va en Ecosse. Je suis bien aise que' vous ne soyez plus à portée de le vbir , et moi ravie de l'assurance de ne le revoir jamais. Vous me demanderez ce qu'il m'a fait? 11 m'a déplu, haïssant les iWofej ; je 'déteste leurs prêtres et leurs adorateurs; n Par ce mot idole ', madame du Deffand entend la société du prince de Conti.

• Lorsque t Exposé succinct de David Hume parut, elïe en instruisit Walpole de cette manière : v Je compte » faire partir ce soir cette lettre avec l'histoire de » M. Hume et de Jean- Jacques. Les éditeurs' passent » pour être le baron d'Holback et M. Suard, mais tout » le monde y reconnaît d'Âlembert. Pour madame de » Luxembourg, elle ne doute pas que la préface ne soit^ îî de M. Hume. Gela serait bien ridicule de $e louer âoî- » même dé cette force : ce qui n'est pas douteux, c'est » qu'il a fourni des faits et qu'elle lui a été communi- » quée. Tous ces gens4k sont bien modestes et bien phi- » losophes(i), ».

La liaison de Hume et de Rousseau ne dura guère plus de trois mois. On remarqua dans le temps, avec raison, que jamais deux personnages ne se convinrent moins. Ils auraient pu cesser de' se voir sans mettre le public dans leur confidence. On a vu que, s'il en fut autremeftt, la feute n'en est pas à Rousseau. Qui forçait Hume à publier les explications qu'il eu reçut , qu'il avait provoquées et fait provoquer par M. Davenport , l'hôte d« Jean-Jacques ? Celui-^i ne lui disait-il pas qu'il ne coni-

' (i) Lettres de la marquise du Deifand, k Horace Walpole » tome î, p. 77« •

muttiqoAit à personne les reproches qu'il croyait avoir à lui Caire ? Ne Ls sommait-il pas d'y répondre et de se jus-r tifi«r ? La pubUcitë vint donc de Hume , et de Hume seul, ainsi que nous l'avons démontre (t. I, p. 117 et suiv. ) par la propr^e correspondance de l'historien. Il est présumable que, plus tard ^ il se repentit de cette faute, puisque dans ses- mémoires y il ne dit pas un mot de cette querelle. Ce silence est d'autant plus étonnant qu'il craignait que , dans les siens , Rousseau n'en parlât. • Je dois revenir sur une accusation de David Hume^ parce que. je n'ai fait .qu'en parler en passant (t. I^ p. i^^)y et comme je la trouve répétée dans l'Exposé succinct , il importe d'en faire justice. Hume , dans pluûeurs de ses lettres^ laisse entendre que Rousseau se faisait plus pauvre qu'il n'était. Il parle de la décou^ verte de. très^petites ressources , qui prouvent que Jean» Jacques ne lui aurait pas donné un budget exact de sa fcH*tune. n a soin, et pour cause, d'annoncer cette découverte comme yàzVe par hasard. Enfin il presse madame dé Bqufflers de prendre des informations chez le banquier Rougemont. Madame de Boufflers, qui connaissait trop bien Rousseau pour croire que, s'il eut pu se passer des. autres, il ne l'eût point fait, néglige cette invitation, et se fait presque . gronder du bon Pavid. Ce dernier , constant clans ses recherches, revient à la charge dans son exposé y et, sans donner de preuves parce qu'il n'en avait point, change ses soupçons. en accusation positive. « Je;$uîs forcé de le dire (c'est M. Hume qui parle); -je » sais aujourd'hui avec certitude que l'affectation de » misère et de pauvreté , n'est qu'une petite charlatan- » nerieqae.M. Rousseau emploie avec succès pour se. » rendre plus intéressant et pour exciter la commiséra- » tion du public.» C'est ainsi g[ue s'expriment Suard

x56 HISTOIRE D£ 7.-i. KetÈSEXt,

qui tradaisait, et d'Alembert qui eomgeait^ tevisaif, dirigeait; et leur traduction est fidèle : je l'ai vériiiëé.

L'on a su depuis avec certitude que Hume en impo-* sait. L'existence de Rousseaa h Trie, à Bourgoing, à Paris lui donne un démenti continuel; et^ s'il était riche à Wootton^ il a eu la malice, pour joner un tour au cha** vitable David, d'être pauvre le reste de sa rie. En 1770 et années suivantes, logé dans un qnatrième,ruePiatrière^ il copiait de la musique à quarante sols par jour; en 1 776, par un billet qu'il fit circuler et dont la lecture est affligeante^ il demandait qu'on le reçût, ainsi que Thérèse, dans un hôpital. £n 1778 il est mort sous un toit bospi* talier« Corancèz et Saint-Pierre et même Dnsaulx , nous font voir Tintérieur de ce riche qui , ne pouvant avoir la quantité de vin suffisante pour sa santé, était obligé de boire de l'eau k l'un de ses repas. Le tont, sans doute, par affectation.

Hume , sur la fin de sa carrière , se vit dépérir avec un courage remarquable. Il annonce, dans une lettre à madame de Boufflers, sa fin comme prochaine , décrivant les symptômes de la maladie sons laquelle il sentait qu'il allait succomber, et montrant une philosophie qai était à la vérité en harmonie avec les sentinients qu'il avait toujours exprimés, mais que n'ont pas toujours eus ceux qui s'étaient fait remarquer par les mêmes opinions. CL l.Xn( 375, 659,663, 663,687 et 698).

Nous n'indiquons que les lettres que lui écrivit Rousseau; celles. dans lesquelles il en parla sont en grand nombre et toutes de 1766 et des premiers mois de 1767. Les principales sont citées dans la première partie de cette histoire ( ^^ période ) , pages io3 à i55.

HussoN , 1 743 , grand joueur d'échecs , avec leq^nel Rousseau faisait sa partie. C. 1. VII.

nu VAAVIE. BIOGIBAVHU. . l5l

Ibbabiv, esclave turc de milord Macéchal..Sûigiiliire formule dont il se servait dan& ses lettres, à sod maître , n* 352. '

Jacqvs». C'est le nom que prit Rousse^ en arrivant àS.-Denys le 3 juin 17679 pour rester incounu. Une le garda qu'environ quinze jours, parce que ce nom déplaisait au prince de Cionti , et pri| celui de Eenou pour aller à Trie le 2 1 du même moi&. (7 71)*

Jalabert {Jean), né à Genève en 1713, professeur de philosophie, membre des académies savantes, etc., mort en 1 768. Rousseau lui lut son discours sur l'inégalité des conditions. G. 1. VIII. '

Janin et Jeannet, cabâretiers, ou h6tes du bourg de y erdiere-de-Jonc , près de Neuchàtel. Il en est question dans l'affaire Thévenin (834, 85o).

Jau COURT (fe chevalier de) , né à Paris en 1704, mort à Compiègne en 1779. Il était d'une ancienne famille* lilevé à Genève, il alla en Angleterre achever son instruction, passa ensuite en Hollande , suivit les cours de Boerhave , et se lia étroitement avec le docteur Tconchin. Il n'exerça la médecine que pour les pauvres. M. Je Jaucourt est un des plus utiles collaborateurs de l*Encyclopédie. Il aimait à rendre service, et le prouvait à tous ceux aui s'adressaient à lui , et qui n'éprouvaient jamais un refus. Il fut ce qu'il voulut être; c'est-k-dire saos besoins , sans désirs ,'sans ambition et sans intrigue; aussi se côncilia-t-il l'estime et Rattachement de tous le* gens de lettres dont il fut connu , et dont, par la sagesse de ses écrits, il n'excita jamais l'envie. Il alla voir Jean- Jacques accompagné de Tronchin. C. 1. VlII.

Jeaw Jaquet, 1768, greffier des Verrières, dont il est question dans l'affaire Thévenin. (85o). .

1^2 HISTOIRE D£ J.-i. ROUSSE AIT ,

: jEAiYNiiTy 176^7 secrëuire . de M* .du Peyroa dont il avait la conB ance. (6 1 4 , 620 , 685 ) .

Jelyotte {Pierre), né dans le Béarn, était au rapport de ses contemporains, le plus parfait haùte-contre qu'on eût encore vu sur le théâtre de l'Opéra r personne n'avait poussé aussi loin que lui le talent et le goût du chant. Il quitta le théâtre en 1 755* Il avait fait la musique de- Zélicà , pièce de Lanoue. Lorsqu'il jouait , il y avait foule. On lui fit ce couplet :

Au dieu du chant éleTOns nn trophée.

Jelyotte fait aujourd'hui Par ses talents , ç.e que faisait Orphée ,

Il fait tout courir après lui.

n eut du succès dans plus d'un genre ^ et madame d'Epinay donne , dans ses mémoires, quelques détails curieux à ce sujet. Il joua dans les Muses galantes et le Devin du village^ G. 1. YII et YIII.

JoDEJiH ( l'abbé ) , l'jôi. Du fond de son séminaire^ cet abbé s'adressa à- Rousseau pour avoir des renseigne» ments sur un écrit des pasteurs de Genève. Jean-Jacques lui fit sentir l'indiscrétion de sa demande. ( 267. )

Joli de Fleuri (Josepk-Omer), 1 762 , fils et petit-fils de magistrats, procureur-général au parlement^ auteur du réquisitoire contre Emile , dont Grimm fait une critique sanglante dans sa correspondance. En Suisse on jugea l'cruvrage sans le lire, et d'après le réquisitoire. Voyez les effets de cette pièce dans la lettre inscrite sous le no 326.

JoN VILLE , 1763, envoyé de France à Genève^ rendit service à Jean-Jacques dont il abrégea la quarantaine. Us se virent ensuite beaucoup à Montmorency. Rousseau

. Ifl. PARTIE. BIOGRAPHIE. i53

donne sur lui, sur. son caractère et sur ses goûts y dçs détails intéressants dans le Xe liy. des Confessions : à la suite d'une partie fine à laquelle il ne prit aucune part, Jean- Jacques^ voy.ant les. manières de M. de Jonville envers lui, changées , cessa de le voir. C. 1. VII, X. { 23. )

JuNET, 1763, directeur des postes à Pontarlier. Il faisait tous les samedis un paquet des lettres venues pendant la semaine pour Jean-Jacques , qui lui renvoyait le diii]uinclie toutes celles qu'il avait écrites dans la même semaine. Lettre du 2 octobre 1763 , à madame de La Tour. ( 4^3 , 933. )

Ketster, 1745, nom de l'un des nombreux charlatans dont madame de Warens était dupe , et que Rousseau traitait XarchUâne. ( 3i. )

Keit, 1763, jeune suisse à qui Jean-Jacques écrit une lettre touchante, k l'occasion de son mariage. ( 383. )

Keith ( George ), connu sous le nom de milord Maréchaly d'une ancienne famille d'Ecosse , naquit dans ce pays, en i685, et mourut le aS mai 1778, près de Potzdam, dans une maison que lui avait fait bâtir Frédésic.

A l'occasion de milord Maréchal , nous allons offrir une nouvelle preuve de la légèreté avec laquelle on se forme une opinion ; de l'erreur qu'on met dans les jugements qui en sont les résultats; de la difficulté qu'on éprouve à rectifier l'erreur , parce que , rapidement propagée , facilement admise , elle semble acquérir tous les caractères de la vérité.

Il s'agit de l'article consacré dans la Biographie uni" ivrselle à George Keith; article très-bien fait, plein d'intérêt (i) et par cela même d'autant plus dangereux, qu'il

(1) Il est signé det lettres D. Z. S , qui indiquent pour autenr

t54 HISTOlBZ OX l.-J. BOirSSXAV,

inspicela confiance, et la mériiey excepte sur un point qui acctlédita une vieille calomnie^ parce que^ pour ladéoouYf ir , l'auteur n'a paâ fait des recherches roffisantes* 4vant.de le lui prouver, nous allons canunencer, confor* H^émeQt au plan que nou» nous sommes traeë y par faire connaître George Keith^ nous servant des renseignements donnés par son biographe.

Georges Keith ^dévoué à la cause des Stuart, souleva i Ecosse en 1 7 1 5 y en faveur du prétendant à qui il écrivit pour le faire sortir de sa retraite y^a'un souverain privé de ses Etats devait partager leS périls de ceux qui exposaient leur vie pour les lui rendre. Il futcondanmé a mort , erra pendant six mois en Ecosse y parcourut plu** sieurs cours de IHEurope , voulant les intéresser au. sort du prétendant : mais il ne tarda pas à se convaincre qu'un roi sans forte et sans "Etats fCa rien à espérer de ses au* gustes confrères. Le prétendant lui -donna l'ordre de la jarretière dont il ne se parait que devant ce f»ince^ parce qvCilJallait renoncer, selon lui , sous peine de ridicule^ à ce» vains ornements y lorsque celui de qui on les tient n est plus en état de les Jaire' respecter. Jean-Jacques, qui vécut pendant trois ans dans l'intimité de milord.Maré^ chai y dit qu'il se dégoûta de la maison de Stuart (i)^ par V esprit injuste et tynmnique qu'il y remarqua ^ et qui enjit toujours le caractère dominant»

Keixh servit en Espagne, pendant la guerre contre l'Empereur, après laquelle il se retira, dans le royaume de Valence, où, disait-il, il trouvait de bons amis y. à commencer par le soleil. Son frère, le maréchal Keith, au

M. Detos de la Roquette , que noas n'aTons pas rafvaàta^e àê connahre.

(i) Confessions ) Ht. XÎI.-

servies àa roi àe Pta»se , réassit à* Tatlirer k Berlin.

U ne tarda pas d'y devenir Tami de Frédéric ^ qui le

Bomma iticcessivement envoyé en France, gouTemear

deJ^enchâtel, ambassadear en Espagne. U échoua dans

ses négociations, pouf lesquelles , disait^l, Ufaui une

finesse que je rCai pas, que je ne me soucie pas d* avoir»

Frédéric^ k son insu, obtint, après avoir contracté une

alliance avec l'Angleterre, la réhabilitation de Keith,

qui partit poar l'Ecosse | et rentra dans une partie de ses

biens. U y comptait finir ses jours,: mais Tâpreté du

climat et les' défiances du cabinet de Sâint-James le dé-

terminèrent à quitter ce pays« La reconnaissance et

l'amitié le ramenèrent à Berlin, Frédéric le logea près

de Sans'Sonci. Milord Maréchal , pour qui le palais

était une espèce de couvent, disait de ce Roi : «Kotre

T» père abbé est l'homme le plus aisé à vivre : cependant,

» si j'étais en Espagne, je me croirais obligé de le

9 dénoncer à la sàiziie inquisition, comme coupable de

» sortilège; car, s'il ne m'avait pas ensorcelé, resterais-

» (je ici, où* je ne vois qu^ l'image du soleil, pendant

» que je pourrais aller vivre et mourir dans le beau

» cHmat de Valence? »

Dev^ jours ftvant sa mort, il fit prier M. EUiot , en-* v<^é <J' Angleterre à Beriin, de venir le voir. «Je vous » ai fait appeler, parce que je trouve plaisant qu'un mi- » nistredu roi George reçoive les derniers soupirs d'un 1^ vieux jacobite. D'ailleurs, vous avez peut-être quelques » commissions à me donner pour milord Chatham » ( mort (quinze jottrs auparavant \ que je compte voir » demain ou apr^s. »

' Il \ ordonna qu'on lui rendit les derniers devoirs sans eérémoni^^liitant, pour être obéi, les frais de son enterrement à trois louis, ne voulant pas consacrera une

l56 HISTOIRE DC l.-J. ROUSSE Atr,

pompe vaine eiJnutHe^ un argent <fuiserak bien mieux employé au soulagement des pauvres*

Georges Keith avait l-âme noble et gënéreuse. Pour bien connaître son caractère , il faut lire les détJails .que donne Jean-Jacques .dans le Xli^ livre de ses Gm•^ fessions.

C'était un véritable philosophe , faisant le bien sans ostentation, et l'oubliant aussitôt après. A la tolérance , * k ^ simplicité des manières , il joignait beaucoup d'eS' prit et dé. gaieté : mais il avait l'abord froid, rhumeuc stnigulière, et quelquefois- bizarre. Son défaut était d'être accessible aux préventions. ;

Parmi ceux qui lé servaient, il j avait des gens de toutes les religions, entre autres , un tartare qui prétendait idescendre du grand Lama, ce qui faisait que milord l'appelait 50/1 gramitaumémer.

. Passons à l'erreur dont noùà avons parlé , et qui mé* titerait d'être traitée» plutôt d'assertion calomnieuse., si l'auteur n'avait pas été de .bonne fpi. Mais son tort est de répéter , sans le vérifier , ce cpi'on avait dit avant lui.

Voici ce qu'on lit dans l'article cité : « Milord Mare- » chai a toujours cherché à faire du bien à Rousseau , » quoique celui-ci ne l'ait payé que d'ingratitude. •. •• » Oubliant les injures dont Jean-Jacques l'avait accablé » dans une de ses dernières lettres, Milord qui le regarr » dait comme un malade que le malheur rendait injuste, » lui pardonna sincèrement et lui légua par son testa? » ment la montre qu'il avait toujours portée».

Cette manière de parler , en passant , d'un fait comme connu.de tout le monde, comme généralement admis, incontestable et n'ayant besoin d'aucune prenîfHii, manque rarement de produire son efi'et. L'auteur ne cite poiflt

• - !«• PjIRTIE. bi^oravbie* ' iS^t

les autôritës sur lésqadles il devrait s^appuyer. Nous ftUons réparer son omission. •

î 'C'est d'Alembcrt qui, le premier, a parlé deFingratîtade de Jean-Jacques envers milord Maréchal. L'au-^ teur aurait -du le dire.

M. Ginguené qui, au lieu de croire sur parole, avait le bon esprit de n'admettre une accusation que lorsqu'elle était pârouVée, a fait des recherches pour décou- ;mr la vérité. Si l'auteur de l'article avait suivi cette marche prescrite par l'équité, il serait parvenu à con<naître le résultat de ces recherches : ce qui l'aurait probablement engagé à modifier son jugement. • Voici donc et l'accusation de d'Aleinbert et la réfuta* tion'de Ginguené (i).

' «^ La vérité nous oblige dé dire (c'est d'Alembért qui parle), et ce n^ed piis sans un regret bien sincère, que le bienfaiteur eut depuis beaucoup à se plaindre de celui qu'il avait si ndblément et si promptement obligé. Mais la mort du coupable, les justes raisons que nous avont eiies de nous' eii plaindre nous-méme (2) , nous obligent de tirer le rideau sur ce détail affligeant , dont les preuves sont malheureusement consignées dans des lettres authentiques ». M.^ Ginguené dit que cette calomnie avait été assaisonnée d'une bénignité per^de, « de quelle autre ex-

(1) Voyez d! abord V£loge de milord Marchai , ijSg, in-ia j ensuite, Lettres sur les Confessions . de J.-J. Rousseau , p€a' M, Ginguené, in-^^, Paris, Barois , 1791' L'extrait que nous rapportons est ai la page 137.

(a) Arec quelle adresse d'Alembert se met dé la partie , et veut fiiire cause commune avec le bienfaiteur de Rousseau j le tout pour rendre «on accusation mwA invraisemblable , et paraltw induti^nt et bon iiomme I ...

t^rerïioa, ajaiHe^t^il^ puU-je meeervit, quand' nm fâift' lement il n'y- a ni preuves, ni Itfttres atttbepi;iqa:e« j maii quand il est autlientiquemeni prouvé que îûiqu'à la fin d^ Ba vie, Rousseau, conserva e% professa pour milord Maréchal la même vénération et la même tendresse? On en trouve miUe preuves dans se» lettres et dani ses ouvrages postlnum^s» On y peut joindre cet extraie d'une lettre de M. du Peyrou: « Je sais de milord Maréchal » qu'en ralentissant sa. correspondance par des raisons » pleines de sagesse et fondées sur son âge, i) désirait et » demandait des nouvdles de son Jean/^Jaùquoê'^ J'ai Va V celui-ci ^ Paris, e» i7';5, m'eiprimer avec plënifude » dfi cœur, les sentimiefUs detend^es^ et de v'énémlUoH » pour Vhomme quil aimait et respe&tait €airde$iaa dû » tous les hommeg. Je Tai vu s^attendrir aux preuves » multipliées que j'avais eues à ¥alesbe du souVétiir » qu^l'on y conservait pour sa personpeetses vèrtds>J

Si jamais une louange fut sincère de la part d'nii ào* teur, c'est lorsqu'elle est exprîiiée dans un ouvragé destiné par cet auteur à ne paraître' qi^^ès sa' ukutL Voici le langage que tient Rousseau sur George Keithy à la 6n de ses Confessions:

r « O bon milord! ô mon digne pèrel que mon eœw s'émeut encore en pensant à vousï AJil les^barbAresl quels coups ils m'ont portés en vous détachant de moi ! Mais non, non^ grand homme, vous êtes et serez toujours le même pour moi, qui suis le même toujours. Ils vous ont trompé : mais ils ne vous ont pas ehàngé ts. De quelle expression se servira la reconnaissaiice, si ce sont là celles de l'ingratitude !

Là paresse et l'insouciance de la plupart des lecteurs sont inconcevables, et lorsque l'envie et la méchanceté comptent sur leur secours, elles ne fmit jamais un matt^

|If. VARTIE. BIOGRAPRIS. ' tSg

V8Û calcula Rien lî'étftit si simple et surloat. 6i )ttste que 4e vérifier les preuves doot parlait d'Alembert. Personne ne le fàiu L'assertion calomnieuse s'accrédite et ^devient ^n fait incontestaUe. Vingt-nn ans après, un homme de lettries.que ses talents et sa franchbe rendaient égalemeat recoBDUxiandabley M. Gmgnené prouve que l'accusation n'a point de fondement. Mais le mal est fait , la prérentipa enracinée et je ne doute pas qu'ellîe ne résiste à nos efforts*

S'il était &cile de vérifier l'assertion de d'A^Iembert, ij Q^ l'est pas moins, et c'est un devoir pour nous de le faire, relativement & celle de l'auteur de ^article qui est allé plus loin que l'académicien. D'ajboxâ il dit que ftoussean ne paya Kâith que d^ingnuitude. Comme ils ont vécu dans Tintimité pendant quelque temps ^ il faut si}]^posec au moins <pie i'a£tion de cette ingratitude fut alors suspendue^ Ensuite il parle comme* i'un/ak des Injure^ contenues dans les lettres de Jean- Jacques à milord Marédial. Os y il n'en est aucune où l'on ne trouve l'expression de la tendresse la pins vraie et la plus respec*tiieusei

JDans celle du 8 février 1767 , il se plaint de son silence etilui 4itx « Craindre à la fois pour votre amitié et pour « votre vie , ah ! c'en est trop 2 Mon protecteur , mon 9 hienfaitenr , mon ami , mon père , aucun de ces titres i> ne.pourra^il donc vous émouvoir? Je me prosterne ^^9 à vos pîeds pçmr vous demamfer un seul mot v. La dernière lettre k /George S.eith est du 39 mars 1 767 : on. y voit- les mâmes regrets sur le silence de milord et i'ex* pression des mêmes sentiments. Si l'auteur eu connaît d'autres, il est prié de les indiquer. Quand on accuse il faut citer, ses preuves et surtout être exact. X'auteur est loin de l'être dans le trait de bienfaisance qu'il rap-

l6o SISTOIRE DE J.-l. ROUSSEAU,

porte de G/Kêith. Il dit que Jean-Jftcques âyani; écrit à milàrd Maréchal ifu^il était content de son sort, mais quil gAnissàit sur les malheurs dont sa femme était wtenacée ^ s'il venait à mourir > qu*il voudraà seulement hd procurer, par son travail, 600 fr. de rente ; il fut paifaitement entendu , et ôqofn de rente furent assurés au mari et à lafemmcm .

'Voici le fait et les circonstances qu'il est nécessaire de jétalïlir. Nous consultons^ pour les connaître, les pièces originales , c^est»à-dire les lettres de George Keith et les réponses de Rousseau. Le biographe n'a consulté que le prétendu éloge de milord Maréchal par d'Alemhert qui a été convaàmeu depuis longtemps de calomnie, comme nous le prouvons à son article. Il est de toutfe justice d'écoiiter les accusés et devérifier'les pièces d'un procès. L'historien ne l'a point fait et se contente de copier d'Alembert : c'est-à-dire de répéter, sans le savoir, une imposture..

' Milord Maréchal rentré dans une partie de ses biens , grâces à Frédéric , écrivit d'Edimbourg à J.^J.Rousseau^ une lettre datée du 6 mars 1764, dans laquelle, û s'exprime ainsi : « L'unique profit qui. me revient (de ma • fortune) est de pouvoir faire quelque bien à des gens » qae j'estime et que faime. Mon bon et respectable » amii , vous pourriez me faire un grand plaisir en me » permettaet-de donner , soit à présent , ou par testa- » ment, cent Joui^^ mademoiselle Le Vasseur : cela lui » ferait une petite rente viagère pour lui aider à Vivre. 1» Je n'ai pas de parents : je pe puis emporter dans l'autre » monde mon argent. J'ai encore un fils chéri, c'est » mon bon sauvage ; s'il était un peu traitable, il rendrait » un grand sçrvice à son ami et serviteur ».

m. PARTIE^ BlOCRAFBtE* . l6f

. Yoici maîn^eaaQt la réponse de.Jean-Jaeqties, datée du 3 1 mars 1 764 :

. « Sur vos oâres qui regardent mademoiselle Le Vas? v seur et moi, je commencerai par vous dire, milord , v que loin de mettre de l'amour propre à me refuser à » vos dons, j'en mettrais un très^noble à les recevoir. » Mais j'ai du pain quant à préseot, et, au mojen des •» arrangements que je médite, j'en ai^raiâ pour le rçste » de mes jours: que me servirait le surplus? rien ne. me 9 manque de ce qi;e je désire et qu'on peut avoir avec de » l'argent. Milord, il faut préférer ceux qui ont besoin » à ceux qui n'ont pas besoin,. et je suis dans ce dernier 9 cas. Vous savez ^ milord, que mademoiselle Le Vas- » seur a une petite pension de mou libraire avec laquelle 9 elle peut vivre quand elle ne m'aura plus. Cependant fft j'avoue que le bien que vous voulez lui faire , m'e^ » plus précieux que s'il me regardait directement^ et » je suis extrêmement touché de ce moyen trouvé par » votre cœur de cmutenter la bienveillance dont vous

» m'honorez. Mais s'il se pouvait que vous lui assi- » gnassiez plutôt la rente de la somme, que la somme » mémç, cela m'éviterait l'embarras de la placer, sorte » d'affaire ou je n'entends rien. » Milord, avant de recevoir cette lettr-e , en avait écrit à Jean-Jacques une se- €Otide,datéede Keith-hally le i3 avril 17 64, dans laquelle, après avoir parlé du plan de vie qu'il compte adopter quand. il sera de retour \^ Berlin , il lui dit: « Je n'aurai » que deux choses à regretter, le soleil de la Benedittor 9 V^alencia et monjils le sauvage. Dans ma dernière , 9 je lui fais une proposition très raisonnable. Je ne sais 9 ce qu'il me répondi'^; rien qui vaille, j'ai peur. Bon- 9 jour, je vous embrasse de la plus tendre amitié. » Il est bon de remarquer que J.-J. n avait point écrit II. ijf

pour gémir sur les malheurs de Thérèse (expression de d'Alembert littéralement répétée) , mais que Milord avait prévalu sou fils le sauyage, comme on vient de le

voir»

Georges Keith^ enchanté de la réponse de Rousseau ,

le remercie dans une lettre datée de Londres le 6 juin

in64. Il lui dit, /e ne puis vous exprimer le plaisir qUe

votre indulgence en ma faiseur, m* a .donné* J*en Sens

vivement la valeur. ,

Devenu le comméhsal du grandFrédéric, Keith,quje J.-J. consultait sur le choix d'une retraite, lui répondit de Postdam, le 8 février 1765 : « Si vous n'étifez plus y> sauvage que les ss^uvàges du Canada , il y aurait re- 5> mède. Parmi eux , si j'avais tué plus de gibier qu'il ne » m'en faudrait, je dirais au premier passant, Tiens, » voilà du gibier. Il l'emporterait. Mais Jeàn-Jacques » le laisserait. Ainsi j'ai raison de dire qu'il est trop » sauvage. »

Le *xi mai suivant (1765) milord lui dit dans une lettre : « Ce qui me fâche c'est la crainte qtte l'impres^ » sion de Vos ouvrages ne se faisant pas, il ne vous man-" i> que un secours nécessaire^ cai;item ii faut manger^ i> et Ton ne vit pas de glands daHs ce siècle de fer. Vous i> pourriez me rendre plus à mon aise que je ne suis , » et il me semble que vous le devriez. Vous m'appelez » votre père , vous êtes homme vrai : ne puis-je exiger, » par l'autorité que ce titre me donne , que vous per* » mettiez que je donne à mon fils lïipof. de rente via* » gère ? Si mon fils chéri avait quelque éhose assioré D pour sa vie , je n'aurais plus rien à désirer dans 1© » m.ohde , ni aucune inquiétude à le quitter : il ne )) tient qu'à vous d'ajouter infiniment à mon bonheur. » Seriez-vous à l'aise si vous étiez en doute que j'eusse

UI* PABTIE. BIOGIUPBIE. i63

V da paia dans mes yieaiç joars? Mettez-vous à ma » place, faites aux autres comme roui* voudriez qu'on y .vous fît. I^t^e^croye^-vous pas que la liaison d'amitié » ^est plus forte que celle d'une -^parente éloignée et 9 souvent chimérique? Moi, )e le sens bietu.. Je voui> draift sur ma terre vous assurer cinquante livres » sterling ( ladofr.'); rien n'est sûr que sur les terres. p Soyez bon, indulgent, généreux : rendez votre ami » heureux. Adieu. » Ecrit-on ainsi , prend-oja tant de précautions avec celui qui prévient l'offre par une demande? Milord remit en 1766, à M. duPeyrou, une somme d'argent pour Jean-Jacques Rousseau. Ce' der« nier, dans* une lettre du 12a juillet 1766, à George Keith, le remercie en ces termes : «M. du Peyrou me marque ï) qu'il a reçu les trois cents louis. Us viennent d'un ]> bon père qui, non plus que celui dont il est l'image, » n'attend pas que ses enfants lui demandent leur pain » quotidien» (i).

Il est donc évident que milord Maréchal avait préivenu; que Jean- Jacques ne sollicita point le bienfaiteur^ qttè'd'AJembert en a impoèé; mais il est fâcheux que nnkposture s^accrédite^sous la plume d'un écrivain estimaÛe, qui, en accordant au témoignage du. géomètre une confiance qu'il ne mérite pas, en répétant ce témoi-

(ï) Oa lit ce passage dans les Lettres (écrites de la montagne (lettre V ) : c Doift-)e me plaindre du dïoU de ma retraite ? Non , malgré tant d'acharnement et d'outrages , j'ai plos gagné que perdttV fù <roay4*un homme. Ame noble et grande ! oh ! Georga Kei^ .! pooQ protecteur , mon ami , mon père ! où que vous soyea , où que j'achève mes tristes jours, et dussé-je ne vous revoir de ma vie , non, je ne reprocherai point au ciel mes misères : je leur dois votre amitié.» L'ingratitude, il faut en convenir, tient là un bien singulier langage !

l64 HISTOIEE DE J.-J. RQlQfSSEAlT,

gnage sans le. citer, deviei)t à son tour une autorité et donne ainsi plus de certitude à un fak controuvë.

Pour se faire une idée juste du caractère de d'^àlem* bert et de sa sincérité dans cette affaire, il faut lire 9on article dans ce volume ; on y verra des détails donnés par M. de Corancèz. Us prouvent la flexibilité du géomètre. G. 1. XII, lettres de la montagne Y. (3!2i, 334 , ^^o^ 35a, 385, 452, 453> 455, 481, 5i5, 539, 553, SÔo, 700, 705, 7 12;, 721, 738, 749.) '■

KiRREBERGHER , 1 765 , bcmois qui visite Rousseau dans rîlè Saint-Pierre et le trouve perché sur un arbre. C ,

i.xn. -

Kliogg ou Petit- Jacques , surnom du cultivateur suisse

dont Hirzel peignit , sous le titre de Socrate rustique\

les mœurs et la sage conduite. ( V. Hirzel. ) Cest lui que

Jean-Jacques appelle sublime Kliogg , dans une lettre

au prince de Wirtemberg. ( 457- )

* Klijpffell, 1749? chapelain du prince de Saxe-Gotha.

Jean- Jacques était très-lié avec lui. Ç. 1. VIIL (596.)

Labat , 1756. Ce n*est ni du missionnaire voyagfmr mort en 1738, ni du bénédictin de. ce nom, mort en. iôa3^ qu'il est question dans une lettre de Rousseau ^ mais d'un écrivain que M. Vemes devait employer à la rédaction de son journal littéraire. ( 96. )

La Borde {Jean-Benjamin àe) y né à Paris en 17841 mort victime de la révolution en 1794* I^ valet-rde* chambre de Louis XV , il devint , à la mort cle ce m ^ fermier-général ; ce qui fait que beaucoup de gens le confondent avec M. de la Borde , banquier de la cour , qui périt comme le premier , en 1 794 y sur l'échafaud. C'est du premier qu'il est question. Sa fortune immense lui permit de se livrer à son goût pour les lettres et le^

. m. PAATIK. BIOGltAPniS. t65

beaux-arts , et de faire imprimer avec beaucoup Ae luxe plusieurs ouvrages. Il paraîtrait que ce luxe d'impres sion &t le seul mérite de quelques-uns, à juger par les leUres sur la Suisse , sur desquelles la critique a prononce cette rigoureuse sentence. « Elles sont remédies d'er* » reurs , de. faussetés, de tk-aits de la plus crasse igno- » rancé , accompagnés de la plus ridicule présomption , » jnàis eUes soùt bien imprimées. » U paraît que ce que fit de mieux M. de }a Bordé, ce fut des cartel* géographiques 'qu'il dessina ppur le Dauphin. Peut-être les fit-il dessiner : ce qui permet le doute, c'est qu'il se donnait pour l'auteur d'un ouvrage considérable dont il n'a fait qu'une très-petite partie , et c'est la plus faible. £ Essai sur la Musique ancienne et moderne en' 4 1*0/. i«-4**, 1 780, est de l'abbé il'oussier. Dans ce livre très-volumineux pour ne porter que le titre d'Essai, Jean Jacques 'est fort maltraité. Gomme il était mort depuis deux ans , le fermier-général ( à qui l'auteur du Devin du village aurait pu dire encore, Quy a-t-il de commun entre vous et. moi?) comptait sur le silence , c'est-à-dire sur la victoire. Mais il se trompait. Le ^o aoàt 1780, parut une réfutation sous le titre de : Errata de l* Essai, sur la Musique ancienne et moderne y ou lettre à hauteur de cet Essaie par madame ***. L'auteur est madame La Tour de Franqueville. Elle faisait voir xl'une manière neuve et piquante , les nombreuses erreurs «t les caloninies du fermier-général. Celui-ci se rendait honteusement l'écho de tous ceux q^i avaient prétendu que le Devin n'était pas de Jean-Jacques. Le financier répliqua par des injures , traitant son antagoniste de pauvre imhécille, pauvre vieille, d'une ignorance crasse, €Uâteur femelle , eto* Madame de La Tour , dans sonZ>ernier mot ,' reproduisit textuellement ces injures qui lui

l(>g HISTOIRE DE J.-J. ROUSSEAtJ,

auraient donné gain de cause , quand bien même eUc n'aurait pas eu soin d'exposer une série de faits auxquels la meilleure réponse était le silence. Pour se procurer ces faits, elle s'était adressée à du Pcyrou, dont elle inséra dans ce Dernier moi la réponse et le commentaire. M. de la Borde se tut. Il aurait du le foire plus tôt. Du Peyrou lui prouva sde son côté qu'il avait trafiqué les citations , ccfrfoncbi lés dates et déguisé les faits. C'est en général la marcHe qu'on a «uivie en attaquant Rousseau. On en voit des preuves aux articles d'Âlembert , Grimm , La Harpe 7 etc. Les pièces relatives à la discussion musicale entre M. de la Borde et liiadame de La Tour, font partie de l'édition de Poinçou

La Brighe (La Live de), 1757, introducteur des

ambassadeurs, frère de madame d'Houdetot, nommé

dans les Confessions , 1. IX.

La Chetabdie {Joachim-Jaajues Trottiy marquis de )^ né en 1705, mort en 17589 ambassadeur de France en Russie en 1 739. Il fut envoyé deux fois dans cette couc» Sa première ambassade eut des succès inquiétants pour l'Angleterre. Elle fut l'époque de la révolution qui mît ^r le trône de Pierre P' la princesse Elizabetb, sa se* conde ûlle. L'ambassadeur de France contribua beaucoup à la réussite de cet événement. M* de la Gbetardie revint comblé de présents et de décorations de l'impératrice. Après la mort du cardinal de Fleury, le ministère renvoya M. de la Cbetardie à Pétersbourg , avec des ins- Hructions toutes contraires à sa première mission. Sacjbant qu'il avait été calomnié près d'Élizabeth par Bestttchef, il fit, mais inutilement, tout ce qu'il put pour ne pas accepter. Obligé de partir , il se rendit à sa destination par le Danemarck et la Suède en 1743, et s'ac*-

IU« PARTIE. BIOGRAJPBIE. lg<^

quitta 4e commissioas particulières , dont le roi l'avait chargé. Mais j soit qu'il coçimit quelques iadiscrétions qui déplurent à la princesse Elisabeth, dont il avait passé pour éti^e l'amant dans sonjpremier séjour, soit qu'on le calomniât dans l'esprit de cette impératrice , il reçut , à la fia de t744 » l'ordre de sortir de ses états da^^s vingtquatre heures. Il ue se le fit pas répéter et partit aussi-i tôt. Arrivé en Livonie, à 1^ poste de Nennal sur le lac. PeypuSy il iut arrêté par cinquante dr^ons. russes , qui ie retiorent huit jours au^ sqrréts en attendant les. ordres d-'Élizabeth. '^H^ ordonna qu'on n'attentât point aux jours de M. de la Ghetardie , mais qu'on le dépouillât des cordons de Sainte-Anne et dç Saint-André , et qu'on le conduisît à Revel y ou cet ajubassadeur s'embarqua pour revenir en France. Cette façon de renvoyer un ministre plénipotentiaire ne fut pas approuvée, mais le ca-^ binet de Yersa^les se concentra dans son système pacifique. {1 fit plus , il envoya M* de la Che^rdie passer quelques mois à la citadelle de Montpellier. Il fu^ ensuite employé à l'armée d'Italie , puis envoyé en 1749 ambas* sadeur en Sardaigne;. Rentré dans l'arméç iji coiubattit à Rosback et mourut à Hanau dont il avait le commande-, ment. Ce que dit Rousseau se rapporte à la seconde ambassade de 14. de la Chetardie. C. 1. Yll.

La Glost7R£ (M. de), résident de France à Genève en 1712. U eut pour la mère de Jean-Jacques une passion vive dojit il ne se guérit jamais. C. 1. 1 et Y.

La Garde, chanteur, 1745, maître de musique dès enfants de France , auteur de la musique d^tlglé et de la Journée galante, C. 1. Yll.

Lagere, 1737, ami de madame de Warens, chez qui

|68 HISTOIRE DE J.-J. liaU8SEAT7,

Rousseau est reçu dans son voyage de Grenoble, eomnie il 80 rendait à Montpellier, (i^.) .

La Habpb {Jean-François de), né à Paris en 17^9 , mort en i8o3. On n'est pas d'accord sur sa naissance : elle lui fut très-injustement reprochée, parce qu'ayant été nourri, pendant six mois , par les soçurs de la charité de Saint-Audré-des-Âxcs , on le crut enfant illégitime. Cette opinion ne nous paraît ni assez prouvée , ni assez réfutée pour motiver une décision. L'auteur de son article dans la Biographie universelle ÉÊtmhle le reconnaître comme appartenant k la famille noble des La Harpe établie en Suisse. Celui de sa vie, M. Mely-Janin, penche pour l'opinion contraire et la fonde sur le silence de La Harpe et sur le voile dont il voulut envelopper ses premières années. Le sentiment le plus gén<$ral était qu'il avait pris le nom de la rue dans laquelle il aurait été exposé. Gilbert en parle dans une de ses satires, et ses vers faisaient des blessures difficiles à guérir. Mais un vers sanglant n'est pas une preuve, quoiqu'il fasse ' quelquefois plus d'effet. Que la naissance de La Harpe soit ou non semblable à celle de d'Alembert qui le valait bien j qu'il ait reçu son nom d'une rue ou d'une famille suisse^ peu nous importe ; c'est un avantage ou une défaveur dont il ne fut pas responsable, et la distinction qu'il obtint , il ne la dut qu'à lui-même. Ses titres littéraires sont trop connus pour que nous nous en occupions :.son vrai mérite , celui qui paraît devoir être durable , est comme critique, et nous ne devons examiner que son opinion sur Rousseau.

Bappelon8,*comme une chose qui n'est point étrangère à l'objet de nos recherches, que La Harpe, après avoir longtemps combattu sous les drapeaux de la philosophie,

les dëserta; qa'il se canvertit; et, quoique Tidëe d'une conversion emporte avec soi celle de la douceur ^ de la • charité , de la tolérance, qu'il ne fut ni tolératit ni charitable; et qu'^ifin, conservant toute râp:etë de son caractère, il ne changea point d'armes, mais fit seulement |nrendre à ses coups uae autre direction.

La. Harpe eut, dans sa jeunesse , une de ces aventures qui laissent dès impressions ineffaçables et souvent ont une grande influence sur toute la vie. Admis au collège d'HarcouTt en- qualité de boursier, par une suite de la bie&faisauice de M. Asselin, principal de ce collège, il &t contre un professeur une satire et fut accusé d'en avoir fait une seconde contre son bienfaiteur. Il nia la seconde, avoua la première, et passa , malgré ses protestations , pour être l'auteur dé toutes les deux. Aucun des châtiments en usage - dans les collèges né parut probablement assez sévère pour punir un tel délit; ce qui fait présumer qu'outre l'ingratitude, il y avait'rdanscette pièce d'autres motifs pour provoquer la rigueur des lois, puisqu'on crut devoir s'adresser à M. de Sartine qui mit La Harpe d'abord àBiçétre, ensuite an fort l'Ëvéque. Quoique l'ingratitude soit iin vice odieux , on le poursuit rarement et le grand nombre de coupables explique cette impunité. Nous ignorons si La Harpe reconnut, par une satire , les bienfaits de M. Asselin ; nous dirons seulement avec son biographe^ qu'il se trouve dans sa vie quelques faits que Inexactitude ne permet pas de passer sous silence y parce qu'ils ont quelque liaison avec celui-là. ...»

On sait que Voltaire aida de sa bourse ,'de son crédit , de ses conseils le jeune La Harpe qui n'avait pour res- 6ource que son talent. Il alla plusieurs fois à Ferney, et même , au second voyagé , il y mena sa femme, fille d'un

170 HISTOIILE BE J.-J. ROUSSEAU,

limonadier, qu'il- venait d'épouser* Us passèrent tr^ze mois chez le patriarche. « La Harpe , dit rauteiBr de sa I) vie , DCf se ressouvint pas toujours des égards qu'il de- » vait à son protecteur : il avait dans ses opinions un » despotisnle dont il ne pouvait jamais se corriger , et » ce despotisme il retendait quelquefois sur des ou** » vrages de son maîti^e ». «

à. son retour il* fut accusé d'avoir payé la générosité de Voltaire en enlevant de sa bibliothèque plusieurs pa* piers importants. Vohaire démentit cette accusation in-r sérée dans une gazette étrangère^ mais, dans sa correspondance publiée long-temps après, il s'exprime de ma*nière à faire voir qu'il croyait La Harpe réellement coupable et ^^il asfait étépimi de son trop-deconfianœ*

Un fait incontestable c'est la conduite de l'accusé à la mort de Voltaire;. Si quelqu'un était forcé d'étendre. un nuage épais sur les faiblesses du grand h&msai» , ce de-* vait être celui pour lequel il avait employé son crédit , ses amis, seâ connaissances, ses protecteurs, son argent^ La Harpe en un mot. a A peine Voltaire eut-il fermé » les yeux, qu'il fit ea quelque sorte parade de sonin^ )> sensibilité ( i ). A. l'entendre , il y avait long-temps que » Voltaire était mort pour les lettres. Son goût était » tout-à-fait perdu et les plus belles choses le laissaient i> insensible. ABn de dissiper toute incertitude , La i> Harpe mit Iç public dans sa confidence , il fit dans les

(i) Fie de La Harpe , ^atv M, Mely-Janin, «n tête de Téditioa in- 12, du Cours de Littérature. La plupart des biographes modernes sonl en général plutôt panégyristes qu'historiens : celui de La Harpe para)t impartial et véridique, deux qualités essentielles à l'histoire qui, sans elles, change de nature et devient fabîe ou fiction.

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