III. PIKTIZ. felOORlVHIB. 9fco
les travanx du naturaliste suédoû, il faut en lire Ti^buiBération tlans la notice de Guvi^.
Jean- Jacques eut poncor le système sexuel un godt qu'ail voulait inspirer à ses amis. Dans sa oorrespo&daace^vec du Peyrou^arec Malesherhes, M. de la Toorette, il y reyient souvent : « Toumefort y dit-il dans une letlïe à 9 ]ML Dutens j en date du 3 février 1 767 , a la gloire d'à» « voir fait le pfémier de la botanique , une étude vraî* » ment botanique. Mais cette étude encore après lui n'é- » tait qu'une étude d'apothicaire. Il était réiervé à » l'illustre linnseus d'en faire une science philosophique. » Je sais avec quel mépris on affecte en France de traiter » ce grand naturaliste^ mais le reste de l'Europe l'en » dédommage^ et la postérité l'en vengera. » Par ce mépris dont parle^ean-Jacques^ il désignait probableùient le savant Adanson, qui ne voulait point du système de Lînnée. ( V. son article. ) Ce fut dans l'île Saint-Pierre qu'il s'occupa sans telàche de la méthode sexuelle. « Je » pris y dit-il, pour le système de Linnœus une passion » dont jamais je n'ai pu bien me guérir, même après en » avoir senti le vide. Ce grand observateur est à mon gré » le seul avec Ludwig , qui ait vu jusqu'ici la botanique » en naturaliste et en philosophe. Mais il l'a trop étudiée -}» dans des herbiers et dans des jardins, et pas assez D dans la nature elle-même. » Cliv. XII. ( 73o. ) Voyez dans les lettres inédites, une lettre de Jean-Jacques à liinnée, que nous avons -oublié démettre à sa place dans la correspondance.
LioTAïin ( Jeati'-ÉÛefme)^ né à Genève en 170a , mort dans cette vîHe en 1776. Peintre qui acquit de la câébHté dans la miniature, ie dessin, la perspective et la peinture en émail. Emmené successivement àNaples^
ao4 HISTOIRE DE J.-J. ROV8SEA17,
à Rome^ à Gonstantinoplé ^ il resta quatre ans dans cette dernière viUe, adopta le .costume arménien, et se rendit ensuite à Vienne , puis en Hollande , et s'y maria avec la fille d'un négociant français établi k Amsterdam. Il soutint partout sa grande réputation. On lui donna le surnom de peintre turc, probablement à -.cause de son costume qu'il conserva comme étant plus commode que tout autre.' Pendant que Jean-Jacques habitiit Motiers-Tra- •vers, Liotard voulut le visiter et faire son portrait. H est question 'de. ce projet dans plusieurs lettres^ mais on ne sait point s'il fut exécuté. ( 5 18 ^ ôég^ 6ii . )
LoBKOviTZ ( George- Chrétien prince de ) , général autrichien né en 170a, mort en i^SS. Ce prince se distingua dans là guerre d'Italie , et (It surpi^ndre à Yelietri don Carlos, roi de Naples, qui, sans l'alerte quelui donna M. de Lbôpital, ambassadeur de France, aurait été fait prisonnier. C'était sur un avis de Rousseau que M., de. Lhôpital sauva le roi } ce qui lui fait dire : « C'est peut- » être h. ce pauvre Jean- Jacques si bafoué , que la mai- » son de Bourbon doit la conservation du trône de >) Naples. D C, 1. VII, il est question du prince de Lobkovitz dans la lettre inscrite sous le n° 23.
XoBENZA , i^aS , espèce d'intendante employée à l'hospice des catéchumènes de Turin. C. 1. II.
LoRENzi, 1728, Intendant de madame de Vercellis, liomme adroit et vigilant. C. 1. II.
LoRENZi [le chevalier de) , gentilhomme toscan , qui servit dans les armées françaises et se relira du service avec le grade de colonel , peu de temps après la conquête de Minorque* Il vivait dans, les meilleures sociétés de Paris. Son goût po«r les sciences abstraites de la géo«
tlî. PARTIE. BIOGRAPHIE. 2o5
niëtrie et de l'astronomie lui avait donne , dit un de ses contemporains , l'habitude dévaluer lés é^èhemens âè la 'Die et de les réduire à des valeurs géométriques. Il était rêveur, distrait y naïf, simple, toujours vrai, sérieux et grave. Le plaisant de ses traits consistait en' ce que le« ^ opérations de sa tête se faisaient lentement et difEcilement 5 qu'ayant de la peinera assortir l'expression à son idée. , il supprimait ordinaireinent tous les intermédiaires entre deux propositions, et répondait souvent à sa tête , au lieu de répondre à ce qu'on lui disait. On cité de lui des traits de distractions forts plaisants. Ils serviront à le laver du reprocHe que lui fait Jean-Jacques. Un jour , il était chez madame Geoffrin , debout contre une cheminée', et sommeillait, pendant que d'Aiembert et la maîtresse de la maison causaient, a II me semble^ dit ma.- » dame Geoârin , que notre conversation vous amuse » beaucoup, puisqu'elle vous endort tout dd)out; » Oh ! non , répondit-il , c'est que je dors quand je veux !
Etant présenté chez l'intendant M. de la Michodière , et voyant quelqu'un assez lié avec lui pour ne pas mettre en lui parlant monsieur devant son nom , il supposa que cet intendant s'appelait M. Ghodière , et dans cette idée, malgré tout ce qu'on put lui dire, l'intendant et sa femme furent toujours pour lui , M. et madame Ghodière.
Le récit de ses distractions serait fort long. Nous n'en parlons que parce que Rousseau le voyant perdre aux échecs , en jouant contre le P. de Conti , s'imagina que c'était pour faire sa cour à son altesse. Pour avoir une pareille intention il ne fallait pas être, distrait. ' ' -
JeanJacques et le chevalier n'eurent ensemble que des relations amicales , ainsi que le prouvent plusieurs lettrés du premier. Conf.liv. X. (i83 , ai5 , a 1 7.) -
2o6 HISTOIft£ DE ^.-J« BOU6SEAV,
LoKKT {Anne^Charles) ^ docteur réfçent de la fÎBu^ttlté ds médecine de Pam , né en 1726 , mort en 178^^ fat nir des plu& célèbres médecins du XYIU' siècle. Je^- Jacqaes en parle dans une lettre au marécbal de Luxembourg. (37k) .
LoTTisoiTy 1761 y victime 4'^ un bruiâU ^ pour laquelle 7eaix-Jacquea intéresse le maréchal de Luxembourg , sans entrer dan» aucun détail sur l'areiitare de cette femme. (t24o.)
LoTSCAV DX Mauléoit ( Alejciuidre'Jérôme) ^ né en 17^6^ mort en 177 1 , dans la force de l'âge. Avocat célèbre au Parlement de Paris. Il était doué d'un grand talent et de beaucoup de v^tus , mais il arait dans le caractère une indécisicm qui . lui mxisit beaucoup* Elle lui fit quitter de bonne heure le barreau ^ où îl avait eu des succès brillants. Gomme son désintéressement était connu y et qu'il avait prouvé qu'il ne se chargeait que de causes honorables , il triompha de la fausse position dans laquelle il se mit pendant la querelle entre la cour et le Parlement. Son mémoire pour les fils de Galas, et sa défense du comte Déportes sont ce qu'il a fait de mieux. Sdit que la cause de M. Yaldahon^ que lui reconunanda Rousseau^ fût mauvaise , soit que la délicatesse de sa santé influât sur son talent y son plaidoyer est inférieur aux autres. Il avait une maison de campagne à Saint- Brice , dont le .château fut construit par son frère Loyseau de Bérenger y fermier-général. Il a été acheté ea 18 19, et détruit par Fubg de ces sociétés qui vivent de ruines y et qu'on appelle la bande noires Jean-Jacques estimait Mauléon, sur lequel il tient un langage honorable dans le X^ liv. des Conf. (Sâg.)
liVGADOu et Dra&£ f 1 766. Négociants à Londres y chez lesquels Rousseau logea quelque temps. (658«)
LuLLiN {Michel) , de Châteauvîeux , né en lôgS , à Genève. Membre du conseil des Deux-cents , conseiller d'état , et plusieurs fois premier syndic. Mort en 1781.
LiTLLiir ( Amédée) , né en 1695 , mort en 1756. Ministre et professeur. Gonf. liv. YIIL
LuTOLD , 1731. L'un des symphonistes du concert que Kousseau organisa si bien à Lausanne , chqz M. de Treytorens, professeur en droit. Il répandit dans toute la ville le secret que Kousseau lui confia. Conf. liv. IV.
LvxBM BOCRO ( Charles^ FFoncois-Frédéric de Mont-morency)y capitaine des gardes du corps du Roi ^ gouverneur de Normandie , maréchal de France, né en 1 70a y mort en 1764* ^ passa pour avoir la confiance du Roi , et l'eut, dit-on^ autant qu'on pouvait avoir celle de Louis XY . 11 servit avec distinction dans la guerre de 1740. Chargé d'une mission désagréable en- 1756, il se rendit à Rouen, et força le Parlement de biffer de ses registres des arrêts qui déplaisaient au prince.
n fut marié deux fois : la première, à mademoiselle Colbett-Seignelay , dont on ne parle pas, et la seconde à mademoiselle de Villeroy (veuve du duc de Boufilers), dont on a beaucoup parlé.
Il eut -de la première le duc de Montmorency et la princesse de Robeque, à l'occasion 4e laquelle l'abbé Morellet fut misa la Bastille. Pour l'en faire sortir, d'Al^mhert , au nom des philosophes-, s'adressa à Jean- Jacques , qu'il savait bien vu àxi maréchal de Luxem** bourg, père de la princesse. 11 obtint son élargissement. •Le maréchal perdit, en 1761 , son fiJs unique , le duc
!2o8 HI9T0Ifi£ DE J,-J. ROUSSEAtT,
de Montmorency^ et son petit-fils , le duc de Luxembourg. Rousseau prétend c^ue ce delnier mourut de faim } résultat du régime diététique que lui faisait observer Bordeu , qui Vempéchait de manger.
Jean-Jacques, exprime souvent sa reconnaissance pour les bontés du maréchal. Ils se prirent au mot tous les deux, en acceptant sur-le-champ leurs offres mutuelles; l'un conservait son indépendance , et l'autre renonçait à 5on rang. C'était pour Jean-Jacques un marché doublement avantageux. Ce dut être , pour là société ^avec la* quelle il venait de rompre , une grande contrariété que de voir Rousseau lié tout-à-coup avec les familles lés plus illustres et les plus puissantes. U y avait loin des salons de madame d'Épinay et du baron d'Holbach , à ceux du maréchal de Luxembourg et du prince de Conti. Aussi. Grimm exprime son dépit , et tâché de mettre Jean-Jacques en contradiction avec lui-même. H ne s'avise pas de dire qu'il fit des conditions au moyen desquelles ii put jouir de toute sa liberté.
Conf. liv. X, XI, Xn. (i8i, i84, 188, 191 , 196, 199? 269,309, 3ia, 317,369, 37 1 , 397 , 458.)
Luxembourg ( Magàeleine- Angélique de Neufville^ yHlercyy, maréchale de ) , sœur du duc de Villeroy j elle naquit en 1707 , et mourut en 1787. Quand elle épousa le maréchal , elle était veuve du duc de Boufflers, dont elle eut un fils mort à Gènes de la petite vérole.
Voici le portrait qu'en fit Walpole,en 1765: «Elle a été fort jolie, fort adonnée au plaisir ej^fort malicietise. Sa beauté est passée; elle n'a plus d'amants, et craint rapproche du diable. Otte situation a adouci son caractère et Ta rendu plus agréable , car elle' a de l'esprit et de bonnes manières. Mais en voyant son agitatiooi conti-
JII. PARTIE. BIOGRAPHIE. aOQ
nuelle, et les inqaiëtudes qu'elle ne saurait cacher , on serait tenté de croire qu'elle a signé un pacte avec l'esprit malin , et qu'elle s'attend à devoir le remplir dans . une huitaine de jours. »
' Madame duDeffand plus indulgente contre son ordinaire , tient ce langage sur la maréchale qui n'était alors que duchesse de Boiifflers.
« Elle domine partout où elle se trouve , et fait tou- » jours la sorte d'impression qu'elle veut faire. Elle use » de ces avantages presque à la manière de Dieu, et noua » laisse croire que nous avons notre libre arbitre , tandis » qu'elle nous détermine, et qu'elle fait ainsi que lui des » élus et des réprouvés du haut de sa toute-puissance. » Aussi , ceux qu'elle punit de ne la point aimer, pourn raient lui dire, vous l'auriez été (aimée ) si vous aviez » voulu r^tre. Elle est pénétrante à faire trembler, et » plus crainte qu'aimée. Elle le sait et ne daigne pas dë- » sarmer ses ennemis par des ménagements qui seraient » trop contraires à la vérité et à l'impétuosité de son » caractère. »
Elle avait épousé en premières noces le duc de Boufflcrs, à quatorze ans (en 1721 ) , nommée dame du parlais de la reine en 1734? elle eut à la cour un début brillant. Cette cour qui succédait k celle du régent , ne lui cédait guère en licence. C'est là que madame de Boufâers fit parler d'elle. Ayant perdu le duc de BoufQers ea 1747? elle épousa en 1750 le maréchal de Luxembourg veuf lui-même. Ils vécurent ensemble quatorze ans. La mort ayant enlevé le maréchal en 1764, sa veuve qiii avait respecté les goûts simples et tranquilles, de son mari , se livra aux siens ^ c'est-à-dire , à son amour du monde , et reçut les personnes les plus distinguées de la cour et de la ville.
aïO HISTOIRE D£ J.-J. ROUSiEAVy
Elle prit intérêt à Rousseau , et rien ne prouve^ qu'elle ait cessé d'en prendre tant qu'il vécut. On l'a beaucoup louée de ce qu'elle favorisa son évasion, lorsqu'il fut dé* crété de prise de corps. Mais la protection spéciale qu'elle avait donnée à l'impression d'Emile , la sorte de garantie qu'elle assurait et qui triompha de la répugnance de l'auteur à faire entrer son livre en France^ lui faisaient jun devoir de cette protection. Elle avait ^ ainsi que le maréchal et M. deMalesherbes, plutôt provoqué que per^ mis la faute, et sa correspondance prouvait qu'elle était complice. Ils ne firent tous les trois que ce qu'ils devaient rigoureusement faii e , ne se sentant point asse» forts pour être toul4i''faU justes.
Il résulte des mémoires du temps , des lettres de ma^ dame du Deffand et de celles d'Horace Valpole, que la maréchale de Luxembourg était plus crainte qu'aimée. Cette circonstance explique le malaise que Jèan-Jacques éprouvait toujours auprès d'elle^ il est pareillement hors de doute, et d'après les mêmes témoignages, et d'après les vers de M. de Tressan ( i ) , que la maréchale n'étant cncor que duchesse de Boufflers, tint une conduite plus 4Jup légère, pour me servir de l'expression de son bio- ^ graphe (i) , en cédant à l'influence d'une cour plus que galante. Rousseau en disant qu'elle lui fit le sacrifice desaventures de milord Edouard, paraît croire qu^il y eut quelque conformité entre celles de la marquise et de la maréchale. Il n'en reste à notre connaissance aucune tradition. Mais il peut y avoir quelque analogie entre le caractère des deux femmes.
««■Ma.
(i) Quand Bonfâets ]»rat h la cour,
Oa crut Yok la uièrt d'amour.
(a) M. De U Porie.
UU PARTIE» biographie/ ilC
C. m^Xl -- XII. (t8Ê, t«S, 189, 193, aor, 207, »«8, aog, ai i, la, ai, a5, 4t, 4S^ 4^ 5<>, 5t> 5a, 53, 56, 61, 6a, 64» 70, 73, 79, 84, 85, 86, 88, ga, 94, 96, 3 10, a6, 3a, 471, 7^,779.)
Ltn:oNN£, ï')67. Il en est question dans une lettre à M. Davenport , comme d'un homme qui envoya de l'eau de Hongrie k Jean-Jacques , et de petits carrés de savon parfumé, qui lui firent demander si cela servait k faire la barbe aux^puces, ( 784. )
Mably [Bonnoi dé) , d'une famille du parlement de Grenoble, était grand-prévôt de Lyon en 1740. Il eut chez lui , pendant une année , Rousseau comme préc^>* teur de ses deux enfants. Cl. YI. (ao*)
Mablt [Guhnel£(mnùidiê)y frir« du prëeédent et de l'abbé de CottdtUae, né en 1709 , mort «n 1785. Protégé d'abord par le earditial de Tencin dont sa famille était alliée et qm faisait parti^e du ministère, il fet chargé pendant quelquel années de l'e&amen des dépêches diplôBMtîqttes àt plusi^tttB Câbifteiâ. Il devait cette hono« rd^ef<mcti«tt , k êWk P^mliêle des Français ^ des Ro^ mains qu'il avait publié en 1740, après avoir renoncé k ané barrière , oui src^n protecteur lui faisait voir en perspècuvè des dignittfi^ auxquelles il préféra son indépendance. Piqué de tie que le cardinal ne suivait pas ses conseik dam un ttiariag« entre protestants, il se forouilla 5àn$ tdtottf Arec ce pf éiftt auquel il 4evàit des égards et d« la rebonnaissànoe. L^orgiteil et la toidettt de tàractèire furent ainsi tanse d^une rupture qui lui fermt laTérlUÎMë carrière où semblaient l'appeler son goût et sm éttides. Dès4ors il changea de principes. Dans son ParaUèle il est partisan déclaré du gouvernement français, il veut qu*oa donne au Roi une autorité indépen*
àl2 HISTOIRE D£ J. J. aO.USS^AU^
dante des lois; il reconnaît la nécessité du luxe , ainsi que Tutilité des arts et de l'industrie. Du moment où^ par.«a faute y il fut écarté des affaires politiques ^ il prpfesia une doctrine diamétralement opposée à celle qu'il ^avait énoncée. Comme son premier ouvrage, fait à trente-un ans , témoignait contre lui y il aurait voulu l'anéantir ; et l'on raconte qu'un jour chez le comte d'Egmont^ gendre du duc de Richelieu^ trouvant un exemplaire de cet ouvrage, il le mit en pièces.
Les principes épars dans les diverses productions de l'abbé de Mably , et qu'il réunit ensuite dans ses Entre' tiens de Phociony qu'il soigna plus que tous les autres, peuvent se réduire à deux : i°, l'égalité dans la fortune et les conditions , comme fondement de la prospérité des États 'y ^y la nécessité de triompher dés obstacles ( c'està-dire de l'avarice et de l'ambition) , et pour y parvenir, de bannir le commerce et les arts. Regardant la civilisation comme la source de nos vices , il veut ei^ comprimer les progrès; prenant en haine toutes nos institutions, il n'épargne rien , et traite de babioles les statues et les tableaux dont Rome s'est embellie aux dépens des nations.
Jamais Rousseau n'en avait tant dit, et l'on dqit faire remarquer à cette occasion la différence dans les résultats pour deux opinions qui semblaient avoir tant d'analogie. Pourquoi la puissance religieuse et le pouvoir souverain s'arment-ils de foudres , épuisent-ils toutes leurs rigueurs contre l'une, et laissent-ils l'autre dans l'impunité ?Pi>urquoi ne pas frapper celle qu'on poussait à l'excès, et dont l'auteur devait conséquemment passer pour le plus coupable ? C'est que le danger n'était pas tant dans la doctrine même, que dans le talent de celui qui la professait* C'est que Rousseau savait persuader ^ émouvoir , ,en-
m. VAATIE. BIOGRAPHIE. ai 5^
traîner /tandis qae Mably, quoique clair , et quelquefois énergique^ est plus souvent monotone et sec. Jean* Jacques l'accuse y dans ses Confessions , d'avoir pris dans ses écrits la substance des Entretiens de Phocion y qu'il traite de compilation ykeiife sans retenue et sans honte. Mais il ne saurait l'accuser du moins ^ ainsi que le remarque le biographe de Mably {i)y de lui avoir dérobe la séduction du style. Lorsque ces entretiens parurent, Jean-Jacques était à A^otiers. Le prince de Wirtemberg lui en envoya un exemplaire. Rousseau lui écrivit une lettre dans laquelle on trouve ce passage : « Quoique » l'abbé de Mably soit un honnête homme, rempli de » vues très'Saines, je suis pourtant surfn>is de le voir » s'élever à une morale si pure et si sublime. » U n'explique sa peasée que dans ses Confessions.
L'abbé devint entièrement misanthrope, et se montra dans ses jugemei^ts sur ses contemporains injuste ou partial. Voltaire, BufPon, Rohertson furent l'objet de sa haine et de son envie y et il les accabla d'injures* L'hisr torien moderne qui parait avoir le plus de bonne foi , le plus d'amour pour la vérité , le plus d'exactitude , celui qui s'est le mieux servi du flambeau de la critique , Gibhon enfin ^ fut indignement traité par Mably. Il ne se vengea de son détracteur que par ce langage digne et mesuré : a Mably , dit-il, aimait la vertu et la liberté , » mais sa vertu était austère, et sa liberté ne pouvait j»' supporter d'égal » (a).
(i) M. de Saint-Surin dont en général toutes les notices sont très-remarquables. Grimin disait de Mably : « C'est un écrivain un » peu ennuyeux : il est bon et exact raisonneur ; mais , lorsque les » raisonneurs ne sont pas lumineux , ils m*ennuient. » Correspond
dance , at^ril i^GS.
(d) Mémoires de G ihhon , tomel, chap. 19.
Sl4 HISTOI»! 9S l-rl. jiairssEÀtr,
MaUy a'occupa det Polonais ainû qu€ Kousseau j et r«D croit que le comte de Wialliorski , miniitre plénipo-» toatiaire de la confiâdëratioii de Bar, fut chargé de dg<« mander k cea deux publicistes une constitution pour la Poloff^ne. L'abbé se rendit dans ce paya , avantage im*' mente que n'eut point Rousseau; mais il y suppléa par sa profondeur , la force de sa tête et son génie. De son galetas y rue Plâtrière^ il disait aux Polonais ^ sans avoir été SQiT les lieux : a Commencez par resserrer ros limites ] » pcut^tre même voe voisins songent-ils à vous rendre « ce service, a C'était à la fin de 1771 qu^il s'exprimait ainsi, et le 5 août suivsail fut fait le premier démembre» ment. On peut comparer les Cotisidéraiions sur la Pologne , au traité du §au^ememerU el des lois de la Po* logne, pour juger du mérite des deux ouvrages, et de la supériorité de l'un sur l'autre.
Jean^Jacques et l'abbé de Mabiy avaient été liés en-> semble. JjOfrsqae le premier se réfugia dans la Suisse^ les rapports cesièrent entr'eux. On fit eircnler k Genève une lettre centre Rousseau, signée de i^ably. Elle était dar tée du 1 1 janvier r765. Rousseau^ à qui on l'envoya, en fit p9^s«< une copie a l'abbé, le priant de. lui mander , non pas ce qu*il devait croire , mais ce ^*iL en devaà dire, quand on lui en parlerait* Il lemnôsait ainsi sa lettre : (c Si mes malheurs ne vons ont point fait oublier » nos anciennes liaisons et l'amitié dont vous mltemo* » rates, conservez-la, monsieur, à ui^hemmequi n'a 9 point mérité d^ la perdre, et qui vous sera toujours » attaché. »
Mably s'exprimait d'une manière désobligeante et mên;ie injurieuse sur le compte de Jean- Jacques , à propos des lettres de la montagne. « Je le croyais bonnétç » homme ^ dit-il , ^e croyais que sa morale était sérieuse,
lit. PARTIE. BIOGRAPDIE. 2l5
1» qu^elIe ëtait dans son cœur , et non pas au bout de sa « plume .... Cet homme finit par être une espèce de » conjure. Est-ce un Érostrate ? Est-ce un Gracchus ? » etc.» En le consultant pour savoir, non ce qu'il fallait penser, mais dire de cette lettre, Rousseau faisait entendre suffisamment qu'il ne pouvait supposer l'abbé capable d'un pareil trait envers un ancien ami. Mais il ne reçut aucune réponse , et le silence accusateur de Mablj autorisa les conjectures et leur donna de la vraisemblance. G. 1. XÏI. ( 546. )
Mad¥;lon, 1768, , femme qui demeurait à Lyon , et près de laquelle Jean-Jacques exhorte Thérèse de se retirer après sa mort. Il en fait un éloge remarquable. (825.)
Ma IRAN (Jean-Jacques Dortous de) , né à Besiers en 1678, mort à Paris eii 1771 , renommé par l'étendue , ht profondeur et la variété de ses connaissances; il sentit (comme depuis le fit d'Alembert) qu'il fallait que les lettres prêtassent aux sciences IcAr appui pour les répandre, et devint littérateur distingué-. Ayant remporté plusieurs prix aux académies de Paris et de Bordeaux, il décourageait les concurrents par la continuité de ses triomphes , et l'académie les délivrai de cet athlète en i'ad- Hvettant dans son sein. Il publia un grand nombre de mémoires sur des questions d'astronomie , de géométrie -y de physiique et d'histoire naturelle.
Il fut nommé, en 1741 , l'un des commissaires chargés d'examiner le nouveau projet de Rousseau^relatif a la musique. Rousseau se trompe en croyant qu'il était étranger à cet art. Mairan , comme Grand-Jean de Fouchy, jouait de ^usieurs instruments*. Mais tous deux n'étaient qu'ama- . teurs , et il fallait , dans cette question , un compositeur
3l6 HISTOIRE D£ J.*J. ROI^SSEAIT,
consomme. Voilà pourquoi la seule objection plaQsâ}Ie contre le système de Jean-Jacques ne vint ni de Fouchy ^ ni de Mairan, mais de Rameau. C. 1. Y IL
Mairan (M. de) , 1 755 , résident de la république deGenève, qui, dans un diner à Clichy, chez madame Dupin , fit un grand éloge du discours sur ^inégalité des conditions. C. 1. VIII.
Malesuerbes ( Chrétien- Guillaume- Lamoi gnon de) y né à Paris en 1721 , mort, avec sa famille, sur Tcchafaud en 1794» Célèbre par ses vertus, par son amour du bien , par son instruction, par sa tolérance , par la droiture de SCS intentions , par sa philosophie aimante et douce, par la simplicité de ses goûts , par le mépris dès grandeurs qui vinrent deux fois l'arracher de sa retraite, par son dévouement au Roi , par le courage héroïque avec lequel il termina une vie pure et glorieuse, Maiesherbes a trouvé des critiques , tandis qu'il ne devait être l'objet que de la reconnaissance' et de l'admiration. On lui fait, sans preuves suffisafites , reconnaître des erreurs , et l'on fonde ces prétendues erreurs sur le résultat de ses efforts , c'est-à-dire qu'on juge d'après l'événement :. manière inique et commode, qui convient à la paresse comme à la mauvaise foi. Supposez un prince ferme etvoulant ce que proposait le plus vertueux magistrat^ et vous n'aurez plus d'erreurs^ puisqu'aucun des résultats sur lesquels on les appuie n'aura lieu ^ et cependant la conduite de Malesherbes aura, dans cette supposition , toujours été la même... Mais je dois me borner aux relations qui existèrent entre ce magistrat et Rousseau , après avoir cependant fait remarcjuer que, dans l'une desnotices dont je parle , on place Jean-Jacques et Voltaire comme chefs du parti philosophique; ce qui, à propos
. m. BARTIE. BIOGRAPHIE. 217
d'erreur, en est une grande, si l'on ne supposait que le nom de Rousseau se trouve là par distraction.
Ce fut à Montmorency, chez le maréchal de Luxepbourg, que Rousseau vit , pour la première fois ^ M. de Malesherbes , dont il avait reçu cependant , avant cette époque, des preuves d'intérêt, ainsi que Rousseau le rapporte dans le dixième livre de ses Confessions. Il lui fait un reproche dont nous devons parler. « J'ai toujours ». regardé, dit-il, M. Malesherbes comme un homme 9 d'une droiture à toute épreuve. Jamais rien de ce qui » m'est arrivé ne m'a fait douter un moment de sa » probité ^ mai», aussi faible qu'honnête, il nuit qudi- » quefois aux gens pour lesquels il s'intéresse , à force » de vouloir les préserver. » Ce reproche vient à propos de suppressions que M. de Malesherbes fit dans la Nquvelie Héloïse , en permettant à un libraire de Paris de l'imprimeV L'intention du magistrat était bien évidemment d'augmenter les honoraires de l'auteur et de concilier avec ses intérêts l'observation des règlements qu'il était chargé de faire exécuter , en sa qualité de«directeur de la librairie. Ce fut avec la même intention qu'il retrancha de l'exemplaire destiné à madame de Pompadour , le passage dans lequel l'auteur dit que la Jemme â^un charbonnier est plus digne de respect que la maîtresse, d'un roi. Cette suppression , dont madame de.Pompadour fut avertie par des âmes charitables, prouva moins l'adresse de M. de Malesherbes , que sa p<^itesfte, et nous ne prétendons pas qu'il fut adroit; mais elle ne mérite pas Fhumeur qu'en éprouva Jean- Jacques .
Ce fut dans ce qui se passa pour Y Emile que le magistrat eut des torts. Le premier est de n'avoir point assez calculé l'effet que devait produire cet ouvrage } le
3»8 HTSTOIfti: M J.-I. KOVSSZAU,
second , de ne pa» apercevoir les bornes que les lois, 1^ usages , les passions ou la circonstance mettaient à sa protection; le troisiènae est d!!avoir inspiré à T&uteur une sécurité trompeuse en le/orçant , comme la preuve en existe , à. répandre TÉmile en France ; le quatrième enfin , en ne le couvrant point de son égide au moment du danger. Ce dernier tort serait le plus grave si Maies-* herbes avait pu faire autrement. U se crut plus fort qu'il ne Tétait , avec le P. de Gonti , le maréchal ^e Luxem* bourg y et Finfluence que devait exercer sur l'opinion ce triumvirat imposant. Mais on méditait alors la snp« {nression des Jésuites, qu'on ne pouvait obtenir du Par-* lement et du Clergé que par des concessions ^ et le Clergé comme le Parlement frappaient Emile du même ana* thème.
C'est faire injure à M. Malesherbes que de lui savoir gré (comme on l'a fait) d'avoir , ainsi que le maréchal de Luxembourg et le P. de Cônti, facilité l'évasion de Jean- Jacques. Il y aurait eu une iniquité révoltante à retirer de ses m^ins une correspondance qoi lui servait <de ga* rantie, pour le laisser ensuite à la disposition de la justice. C'était le livrer à ses bourreaux. On ne fit que ce qu'on ne pouvait se dispenser rigoureusement de faire.
Il est probable que M. de Malesherbes , qu'on voit correspondre avec Rousseau proscrit , exilé , contribua y lorsqu'il put le faire , à sa tranquillité : c'est-à-dire , à le laisser vivre en France^ et qu'il usa de son crédit pour qu'on fermât les yeux sur sa présence dans nn pap ou il avait été condamné.
Le sujet de leur correspondance fut la botaniqae qua tous les deux aimaient, l'un comme délassement^ l'autre avec passion. Les lettres sur cette partie de Thistoite natnreîl^adressécs à M. de Malesherbes , ne sont point com-
UI. PARTIE. UOGRAYHIB. 31Q
prises dans la correspondance , ainsi qne les quatre dans lesquelles Rousseau donne des deuils «ur ses gouu s<»s occupations , ses penchants , ses travaux.
Con£ liv. X, XI, XII. (-203, ao4, ax8, aiQ, a2o, 326 , 23o, 277 , 282 , 295 , 35i , 5io , 68o,)
Maxouin {Paul-Jacques)^ ne à Caçn en 1701, mort en 1778. Médecin y chimiste ^professeur au collège royal, de Tacadëmie des sciences, avait pour son art la plus profonde vénération. ïl ne doutait point que la mort de Molière ne fût une punition de son irrévérence pour la médecine. Un jour , en voyant avec quelle scrupuleuse exactitude quelqu'un avalait les médecines les plus dégoûtantes, il lui dit avec attendrissement, et pour lui exprimer Tidee qu'il avait de son mérite : « Monsieur, » vous êtes digne d'être malade ! » U était lié avec Jean-Jacques , qui en parle dans fe huitième livre des Confessions.
MiitTras , 1767. Nommé dans une lettre avec quelques circoDstiuices qui finit présumer que c'était un An» glauft. (726.);
Maltor (M.), 1759. Curé de Groslai, près de Saint- Brice ^ à qui Ton aurait donné un diocèse à gouverner , si les talents décidaient des places. Secrétaire du comte Dnluc , il eut après sa mort , par M. de Vintimille, cette cure pour retraite. Jean-Jacques en fait un grand éloge. Conf. liv. X.
MaI'Tïan ^ 1765. Personnage qui visite Rousseau à Motiers-Tr avers , de la part du prince de Wirtemberg. (558).
MAZf&ARi>, 1762. Père de l'Oratoire y qui habitait Montmorency^ et avec lequel Rousseau fit ,.la veille de
920 HISTOIR£ DE J.-J. ROUSSEAU,
sa condamnation par le' Parlement de Paris \ une partie de campagne. G)nf • liv. XL
Manoury {3f) , lieutenant des chasses de M. le P. de Conti y 1767. Pendant son séjour à Trie, il recevait les lettres de Rousseau. (770.)
Marais , 1764* Botaniste dont il est question dans une lettre à du Peyrou. (49'*)
Marcel, 1768, maître à danser célèbre par l'importance qu'il mettait à son airt : c'est de lui ce mot si connu f que de choses dans un menuet ! M. de Malesherbes avait été son élève, et, sous ce rapport, ne faisait pas honneur au maître. Un jour il s'approche dans la galerie de Versailles de Malesherbes qui, toujours attentif et croyant qu'on avait besoin de son crédit , écoute avec complaisance « Monsieur, permettez - moi de solliciter une » grâce , lui dit Marcel : c'est de ne jamais dire k per- » sonne que j'ai été votre maître de danse. » Rousseau se moque de lui dans son Emile et plus d'une fois. Marcel mourut en 1759 , fort vieux et podagre. C'est a son fils ou à un parent qui portait le même nom et qui était employé à la cour de Saxe -Gotha , qu'est adressée la lettre inscrite sous le n** 38i.
Marcet-de-Mezière , 1754, ancien ami du père de Rousseau et de Jean- Jacques qui en parle dans ses Confessions , et prévient qu'il devint ridicule sur la fin de sa vie. Il lui écrivit au sujet du procès de M. Pictet. U n'y a point d'uniformité dans la manière dont son nom est écrit. Tantôt c'est Màrcet , tantôt Marcel , et le surnom est omis. Conf. 1. YIIL (3^7 , 3^8 , 356. )
Mârenahd , 1 765 , va voir Jean-Jacques, avec une compagnie, àMotiers, et n'est pas reçu. (610.)
. in. PARTIE. BioGRAPHTz. aat
Maa^^ei^^^'I ( Adrien QviKET de ), l'jS'j y geatilhomme ordinaire de la chambre du Roi , lié avec Rousseau , dont il était voisin dans le temps que celui-ci habitait THermitage. Il en est souvent question dans les mémoires de madame d'Epinay. Gonf. 1. VIII , IX et X.
AI ARi (le marquis) , .1743 > ambassadeur d'Espagne à Venisej très-lié avec M. de Montaigu. Conf. 1. VIL
Marianhe (de ) , 1 780 ^ attaché au marquis de Bona ambassadeur de France à Soleure ^ succéda au secrétaire d'ambassade. Conf. 1. IV.
Marion, 1728, cuisiniète de madame de Vercellis, accusée calomnieusement par Jean-Jacques de lui avoir donné un ruban : action qui a causé de vifs remords à Rousseau. Gonf. 1. II.
Marivaux {Pierre Garlet de Ghamblain de ) ^ né en 1688 y mort en 1768. Auteur fécond de ron^^nset d'un grand nombre de pièces de théâtre dont quelques-unes se défendent encore contre l'oubli, grâce au jeu -d'une célèbre actrice. On a donné sçn nom à un genre dont il est créateur et qui consiste dans un lapgage entortillé^ plein d'a£féterie, et minutieux. Il était tellement aveugle sur son compte et infatué de son mérite , qu'il ne concevait pas qu'on put admirer Molière. Il traitait de bel esprit , Voltaire, qui le lui rendait bien et disait de lui qu'il passait sa vie àpeser des riens dans des toiles d'araignées. Il perdit de ^a causticité et craignit la critique , n'y répondant jamais et préférant le repos aux disputes littéraires. Il fut élu de l'académie, à l'unanimité , quoiqu'il eût Voltaire pour compétiteur , ce qui ne fait pas l'éloge du goût de cette société. Mais Marivaux exerça sur celui de son siècle une influence inconstestable ; et, pendant assez ^gtemps , le Marivaudage fut un genre à la mode.
aaa HISTOIRE D£ f.-J. R0U4S£jl1T,
Il eut des liaisons avec JeaihJacqués dans lespremilères années du séjour de ce dernier k Paris. Gonf L YU.
Maawontel {Jean'François) y de Tacadëmie française^ né à Bord dans le Limousin^ en 17 19, mort en 1799.
Gomme dans l'objet que nous nous proposons, nous devons particulièrement nous attacher aux traits de caractère qui répandent quelque jour sur la nature des rapports qu'on a eus avec JeanrJacques , nous commencerons par consulter Palissot, suspect qt^quefois dan^ ses jugements littéraires , mais exact dons les faits.
« Ce qu'on pourrait y dit-il , reprocher de plus ^prave à Marmontel, c'est d'avoir été l'un des premiers qui ait. compromis la dignité del'honune de lettres^ en se mettant aux pieds des hommes de finançai chee lesquels il était admis , et en leur pirodiguant des adulations qu'on ne. se serait pas pei*mises dans leur antichambre. Nous Favons 'vu distribuer lui-même des rafraîchissements dans la salle de spectacle du fastueux Lapopeltnière. Ce financier uvait Thabitude de marier tous les ans quelques filles, en les dotant. A Tune de ces fêtes nous avons entendu Marmontd lui adresser cet impromptu fait peutêtre d'avance :
Dieu nous a donné Vklv , £t puis nous planU là.
Si c'est un don de naUre .
Le beau don que Toili !
Uami ohez qui nous soflkBies Est bien plus geuéreus :
SUl fait naître des hommes , Cest pour les rendre heureux. »
On doit convenir qu'il y avait une grande opposition de caractère entre Marmontel, faisant les honneurs de la maison d'un financier, et J.-J. Rousseaufuyant le moode ^
lU. PAftTIS. SIOGRAVHIXi a<l3
vivant dans la retraite. L'homme de lettres qui s'oublie au point de remplir les fonctions de maitre^d'hôtel chei nn parvenu ) devait plutôt craindre qu'aimer celui qui ne prostitua jamais sa plume, et préféra l'indépendance tît la pauvreté k des chaînes dorées et serviles. Mais il fit plus que craindre/ il calomnia , tâchaqt d*appeler le mépris sur la personne de Rousseau y ne pouvant contester «on talent.
On a pu remarquer jusqu'ici que tous ceux qui ont trahi la vérité , en accusant Jean-Jacques , se sont trahis eux-mêmes , sans le vouloir. Voyons s'il en est de même de Mârmontel. Il convient de rappeler d'abord qu'il fit pour le portrait de Rousseau des vers qui prouvaient son «stime et presque son admiration (voy . les articles Grimm et Xa Tour , peintre)* Ils ne valent rien ^ parce qu'ils ex'primaient un sentiment que le poète n'éprouvait pas et qvdy à l'époque oh ce distique fut fait, devait paraître une exagération ^ Rousseau n'ayant encore produit ni la Nouvelle Héloïse, ni l'Emile. L'intimité de Mârmontel avec d'AJembert et Diderot ne laissait aucun doute sur leparti qu'il prendrait si jamais ces deux derniers sebrouillaiait avec Jean- Jacques. Celui-ci t^conte que , sans le vouloir , il choqua Marmotitel/en le distin<guant du rédacteur du Mercure dont il était alors chargé: distinction qu'il ne fit que parce que, n'envoyant jamais ses ouvrages aux journalistes , il ne voulait pas que. Mai^ montel pût s'y mépreadre. Sur l'exemplaire de sa lettre à M. d*Alemhert, il écrivit donc ces mots : pour M. Marmonte! et non pour l'auteur du Môrcuf^^ « Je crus, dit » Kousseau , lui faire un très-beau compliment ^ il crut » j voir une cruelle, offense ». Rousseau se trompait en croyant faire un compliment par cette distinction^ parce que Mârmontel donnait alors beaucoup de. lustre au
2^4 HISTOIRE DE J.-J. ROUSSEAIT,
Mercure. Il y insérait ses contes : il était laborieux , il avait tout ce qu'il fallait en un mot, et plus qu'il ne fallait pour relever use entreprise littéraire de cette espèce et pour assurer son succès. Jean-Jacques eut tort de ne pas expliquer sa pensée et de faire une distinction équivoque et susceptible d'une interprétation désobligeante. Mais je doute que ce soit la cause de l'éloignement de Marmontel , qui écrivit contre cette même lettre sur les spectacles que l'auteur lui avait adressée. Dans la lutte prête k s'engager , il ne pouvait se dispenser de prendre parti pour d'Alembert et Diderot , dont il était l'intime ami, et pour la cause en elle-même pour laquelle, il combattait depuis dix ans et de son mieux, quoique sans succès. Denys le Tyran y Cléàpâtre, les Héraclides, Egyp^ tus y elj peut-être, Numitor{ i ) prouvaient pliuôt l'opimon de l'auteur dans la question de l'utilité des spectacles , que le talent nécessaire pour appuyer cette opinion par de grands exemples.
A. l'occasion de la lettre à d'Alembert , Marmontel prit donc la plume contre Rousseau. Sa réfutation ne produisit pas d'effet , quoiqu'elle ne manque pas d'esprit , mais il fallait de Fàme pour répondre à Jean- Jacques. U ne l'attaqua plus qu'après sa mort et l'on en devine les raisons. C'est dans ses mémoires qu'il dépose son fiel et qu'il montre ou sa passion ou sa mauvaise foi. U ne faut ni discussions , ni commentaires pour en offrir des
(i) JUgnore.répoque précise où Marmontel composa Numitor; je sais seulement que cette tragédie ne fut pas représentée. On prétend que c'est la meilleure qu^il ait faite. Je m^en rapporte i ceux qiii la connaissent. L'aspic de Yaucanson fera vivre long-temps Cléopdtre , si ce n^est au répertoire , ce sera dans nos recueils d^onecdotes.
preuves nombreuses et frappantes ; il suffît de le laisser parler et de rétablir les faits qu'il dénature. Après une sanglante diatribe contre BufFon qu'il n'aimait pas et qu'il, accuse d'orgueil et d'une présomption égale au moins à son me'rite (i), il passe à Rousseau, qu'il aime encore moins. « Rousseau, dit-il, conçut l'ambition de » faire secte. Il avait essayé, pour attirer la foule, de » se donner un air de philosophe antique y d'abord en » vieille redingotte, puis en habit d'Arménien, il s6 » montrait à l'Opéra, dans les cafés, aux promenades^ » mais ni sa petite perruque sale et son bâton de Dio- » gène, ni son bonnet fourré n'arrêtaient -les passants. )» Il lui fallait un coup d'éclat pour avertir les ennemis }> des gens de lettres, que Jean- Jacques avait fait di- » vorce avec eux. Cette rupture lui attirerait une foule » de partisans, et il avait bien calculé que les prêtres' x> seraient du nombre. Ce fut donc peu pour lui de se V séparer de Diderot et de fes amis, il leur dit des ini> jures et, par un trait de calomnie lancé contre Dide- » rot , il donna le signal de la guerre qu'il leur déclarait » en partant »;
Cette description du costume de Rousseau , faite uni« quement pour le tourner en ridicule , serait peu importante en elle-même, si elle n'était une fiction démentie par les témoignages les plus imposants. Nous rejetterons celui de Jean-Jacques parce qu'il ne doit pas être entendu ; qui ne croirait , d'après ce. que^ dit Marmonlel , qu'il avait pris le cafetan et le bonnet fourré avant de rompre
(t) Il me semble, sauf erreur, que la présomption suppose Tabs^ence du mérite. Une présomption égale au mérite n'est plus une présomption, c^est le sentiment de ce mérite. Toutes les fois qu'on écrit sous la dictée de Teoyie, on est au-dessous de son talent. II. l5
a^G Hi»TOinE DE s, "S* hOVsssxVy
avec ses amis? Or, te maréchal de Luxembourg lui fit passer ce rêiement k Motiers^Travers , ou il le mil pour la^ première fois ii la fin de Tété de 17611 ; «'«»i*à-dire plus de ciftq ans après sa rupture (i). On ne le vit à Parité ainsi costumé que dans le» quinze derniers jour» du mois de décembre 1765^ C'est Grimm qui nous l'apprend, en ayant soin d'ajouter que cet accoutrement, qui paraissait bizarre, -faisait que la foule se pressait sur les pas de Jean-Jacques à un tel point que l'autorité fit in* viter celui-ci à quitter l'habit arménien. Il s'en dépotiilla à son grand regret avant'de partir pour^Londres. Ainsi il ne s'est montré dan» Paris en Turc que pendant quinze jours au plus; et, comme les passanlt s'arrêtaient ^urle suivre, n'en déplaise à Marmontel, il fut obligé de quitter an habillemeiiit commode qu'il n'avait pris que pour ce motif et parce que l'infirmité dont il était affligé le lui rendait nécessaire.
Nous ne parions pa»^de l'habileté ducalculpoar «voir les prêtres. Le mandement de l'archevêque de Paris et la censure de la Sorbonne répondent sufi^amment aux inconcevables assertions d'un hoilime qui parle contre des faits publics et qu'on ne pouvait révoquer en doute. Continuons.
Ifarmontei a l'air d'oublier un moment Rousseau pour faire l'éloge le plus complet de Diderot , conduire chez Helvétius, chez le baron d'Holbach, et dans des parties de. campagne son lecteur , en lui disant gravement : « Vous devez comprendre combien il était doux pour » moi de faire deux ou trois fois la semaine d'excellents
(i) Voyez la leftPe du ai juillet 1762 , à madame de Luxem* bourg. Il y est question du prix de ce costume arménien que Théi.èse aj>porta de Montmorency. Elle arriva le ao juillet à Motiers. '
9 dîners w. Cela se comprend en effet facilement. C'est dans une de ces parties de campagne qu'arrivent leà confidences. sur Jean-iàcques : toutiss les précautions sont Lien prises^^ on se retire dams une Allée solitaire pour ëooutêr Diderot confiant ce qu'il ne dépùàe que dans lesein de ses amis, à Marmontel qui Va le confier aux siens y c'est«à-<âire à ses lecitéurs. Tous le^ préparatifs faits, la curiosité bien éveillée ^ l'auteur termine le septième livre de ses mémoires pour ne pas trop fatiguer l'attention.
Le début du huitième est remarquable. « Lorsque 1» Diderot se rit seul avec moi et assez loin de la com- » paf^niepour n'en être pas entendu (i), il commença » sofi^dt en ^es mots t Si vous ne saviez pas utie partie i> de ce que j'ai à vous dire, }e garderais avec vous le » silence ^ comme je te garde oi^ec le public (2). »
On n'a besoin que d'indiquer là série do mensonges dont lé temps a déjà fait justice, «t qui prouvent que Marmontel comptait sur l'irréflexion et la crédulité de son lecteur « Le premier «st relatif k la {lassion de Jean-
(i) Notez bien que cette compagnie dont on ne yèut pag être entendu, était composée de tous. ceux qui savaient ce qu'on va nous dire du baron d'Holbach et de toute sa coterie. Observons le manège de rbistôrien , et voyons quelle peine il se donne pour nous faire ^n âonte moral.
(2) Si Fott. Y«zt TOIT comme Us TraisefnbUntet loat bî<n obser-^ -vées, on peut recourir à l'article Diderot, ainti qu'a sei œuvres. Si Ton veut se faire une idée de la distraction du narrateur , on lira la fin du YII" livre de ses Mémoires, dans lequel il nous peint Diderot en conrersation, ayant le tiaage étincelanï dhi feu de l* inspiration , fsrhixA comme nn ins]^ré (ce qui était réel ), et l'on tâchera de concilier avec cet(e habitude, la réserve et la. dis» crétion qa'on lui donne on ce moment.
2^8 UISTOIAE DE J.-lè ROUSSEAU^
Jacques pour madame d'Houdetot, à qui Ton suppose que Rousseau déclara cette passion de manière à la blesser^ et qu'ensuite il écrivit à Saint-Lambert pour accuser cette dame y afin de les brouiller ensemble. Cette bistoriette se retrouve ( cependant avec des variantes) dans les n^ëmoires de madame d'Épinay. Si Jean-Jacques eût jaipais été capable d'une pareille noirceur, ni Saint- Lambert^ ni madame d'Houdetot ne l'auraient revu de leur vie, depuis cette époque, et n'auraient plus eu de relations avec lui. C'était le moindre des châtiments mérités pour un pareil délit. Or , les relations n'ont point été brusquement interrompues, Jean-Jacques et Saint- Lambert, se sont revus: le premier a continué d'envoyer au second un exemplaire des ouvrages qu'il publia jusqu'à sa proscription. Enfin Saint-Lambert et madame d'Houdetot ont vécu plus de trente ans après Rousseau* Le silence qu'ils ont gardé sur un fait aussi odieux, ne devant que du mépris au coupable qui n'existait plus , prouve et la fausseté du fait et la calomnie.
. Le second mensonge c'est la monstrueuse ingratitude dont Rousseau' paya l* amitié tendre y officieuse^ de ce vertueux David Hume. La bont^, l'excellence et la vertu de David sont réduites à leur juste valeur dans
notre récit (t. I, p. 109 à 1 56), et nous n'y reviendrons plus ( j). Des mensonges accessoires soutiennent le principal } et comme, pour les réfuter, il faudrait répéter ce que nous avons dit dans notre examen de la fameuse
(1) Comme Marmontel parle de l'adresse avec laquelle Jeao- Jacqueg a ourdi sa calomnie oontre Hume (c^eat son expression) , OD croirait qu'il y a quelque pamphlet contre le bon David. Il ne faut pas oublier qu'il est toujours question de cette longue lettre du 10 juillet 1766, écrite par Jean-Jacques à Hume, sur le» instances
III* PARTIE. BIOGRAPHIE. 22g
tftLeretle, il est facile de confronter avec cet examen la tar^live accusation de Marmontel.
On ne sait pas combien d'eflforts pénibles , quelle présence d'esprit , que de calculs et de combinaisons exige un premier mensonge j et , si l'on y songeait sérieusement , on hésiterait peut-être k le faire.
- Il semble qu'un remords secret tourmentât Marmontel et le ramenât sans cesse à Jean-Jacques. Il y revient , et toujours il lui échappe quelque aveu précieux. Il met en scène sa femme, qui devait avoir un grand sens, et qui connaissait bien son mari.
« Ma femme , dit^l , avait du faible pour Rousseau^. Elle lui savait un gré infini d'avoir persuadé aux mères de nouifir leurs enfants , et d'avoir pris soin de rendre heureux ce premier âge. Il faut, disait-elle , pardonner quelque chose à celui qui nous a appris à être mères. Mais moi qui n'avais vu dans la conduite et dans les écrits de Rousseau qu'un contraste perpétuel de beau langage et de vilaines moeurs ; moi qui l'avais vu s'annoncer pour être l'apôtre et. le martyr de la vérité, et s'en jouer sans cesse avec d'adroits sophismes ; se délivrer, par la calomme,dufardeau de la reconnaissance; diffamer ceux des gens de lettres dont il. avait le plus, à se. louer (i) , pour se signaler seul, et les effacer tous, je faisais sentir à ma femme,
réitérées de M. Davenport; lettre que David commenta, et fil imprimer, tl^est une singulière calomnie que celle qui t'adresse à celui qu'elle attaque , sans intermédiaire ^ et sans mettre personne dans la confidence. Voj. l'analyse de la lettre inscrite sous le n^ 69^^.
(i) Comme il n'y a aucune trace de cette prétendue difiàmatiou dans ses écrits ^ comme Saint-Pierre et Corancèz nous attestent qu'ils ne lui ont entendu dire , l'un pendant douxe ans, et l'autre pendant sept, du mal de personne, il faut que Marmontel ait éiél'objet d'une préférence , et le seul confident de Rousseau.
a3o HISTOIRE DE J.-J. R0USS£4U|
par le bien même que Jean-Jacqnes avait &it , tout le mai ^u'il aurait pu s'absteair de faire , si , au Heu d'employer son art à servir ses passions ^ à colorer ses liaines , ses vengeances , ses cruelles ingratitudes y à donner à ses calomnies des apparences spécieuses , il eût travaille sur lui-même à dompter son orgueil , son humeur irascible, ses sombres défiances , ses tristes animosités', et à redevenir ce que l'avait fait la nature , innocemment sensible , équitable , sincère et bon* »
« Ma femme ist'écoutait tristement^ Un jour ell« me dit : « Mon ami y je suis fâchée de vous entendre parler » souvent mal de Rousseau. L'on vous accusera d'être » ému contre lui de quelque inimitié personnelle^ et « peut-être d'un peu d'envie. » (Nous devrions nous ai> ré ter là, et déclarer, quand ce ne serait que par poli^ tésse,. que nous sommes de l'avis de madame; mais la réponse de monsieur mérite d'être connue.) « Pour la » personnalité dans mon aversion , elle serait , lui dis-}e , 9 très-injuste , car il ne m'ê» jamais offensé, et il ne m*a » faut aucun mal. H serait plus possible qu'il y eut de m l'envie , car je l'admire asses dans ses écrits pour en » être envieux , et je m'^uscuserais de l'être ^ si je me » surprenais à médire de lui (i) »• De peur de le surprendre , nous , laissons-le dans cette illusion , et répétons que madame Marmontel avait beaucoup de 6ëa& et d» tact.
Remarquons que, dans les nombreuses déclamations de Marmontel , vous cherchez vainement un fait ^ une particularité. Si vous exceptez la fiction dans laquelle il fait parler Diderot, au fond d'une allée solitaire y. four
(•i) Mémoires de Marmontel, Iît. X. Mais que croit-il done faire?
. lit. tARTIE. BIOGRAPHIE. 23 1
lui mettre dans la bouche une aocusatmi qae les -^vèneïnents postérieurs et les rapprochemenis prouvent être caloxnoieuse , vous ne trouvez rien , vous n'entendez rien qu'un bourdonnement continuel forme par les mots ingratitude ^ atrocité^ noirceur ^ imposture , jalousie ^ or^ gueil , présentés plusieurs fois y seulement dans un autre ordre, et avec accompagnement d'épithètes. S'il échappe un seul fait, la fausseté en est démontrée. Cette tactiqueest suivie par toute la coterieholbachîque. Quel homme, de bonne foi , peut croire que celui qui s'accuse de sa passion pour madame d'Houdetot, qui , dans son récit ,. fait jouer mi si beau rôle k cette dame (i), fût capable d^écrire contre elle à Saint*Lambert , afîo de brouiller lesdeux aajiantfi \ qui peut croire à la discrétion de ces deux amants , qui ont vécu plus d'un demi^iècle après le prétendu fait , sans eu. dire mot à persQ|»ne (2) ? Quelle pitoyable logique ! et la réputation d'un boonétebomm» en dépendrait...
Marteau , 1764- Auteur qui fit passer à Jean-Jacques un ouvrage de sa composition. Rousseau l'engage à ne pas borner l'emploi de son talent à de pareilles baga-^ telles ^T^ous ne supposons pas qu'il est question de Pierre^ Antoine Marteau , tnédecin picard , qui vivait en 1 764 , et avait publié des traités sur son art, et sur l'analyse des eaux minérales (49^)*
Mabt(M£t, 1762 , châteTain du Val-de-Tr avers. Quoi-^
(i) Dims le moment en fiitM grand danger, miidaine d^Houdetot lui dit : mon coeur ne saurait aimer deux fois ,* Saint-Lambert nous écoute : et Von supposerait que Thistorieu aurait rapporté ces^ circonstances s'il eût été capable de la noirceur dont on Taccuse !
(a) Le fait inventé serait arrivé en l'jS']^ et madame d'Houdetdt n^est morte qu^en 184 3^.
^3% HISTOIBZ DEJ.-J. AOUSÇEAir.
• qu'il n'aimât point Jean-Jacques y il en reçut une marque d'estime et de confiance en devenant dépositaire de. son testament, dans un temps ou l'auteur d'Emile s'aban^ donnait au désespoir. Gonf. liv. XII. (^iS.)
Martiniere (de la). Secrétaire d'ambassade à Soleure, en 1731 , pendant que M. de Bonac était ambassadeur. Celui-ci le charge de Rousseau. Conf. liv. IV.
Masseron , 1726. Greffier de la ville à Genève, chea qui Jean Jacques fut placé comme clerc. Mais le dégoût qu'il avait pour V utile métier de grapignan ^ le fit renvoyer de cette maison. Conf. liv. I.
Math AS , i^S^. Procureur fiscaj du prince de Condé. Il tire d'embarras Jean-Jacques , qui voulait sortir brusquement de l'Hermitage , et lui prête une petite maison à Montmorency. Rousseau n'eut qu'à se louer de lui. Conf. liv. IX et X.
Maurepas [Jean-Frédéric- Phi lipeaujc y comte de\ 1 743, né en 1701, mort en 1781. Fils et petit-fils de ministre et de secrétaire d'état , ministre lui-même , renonmié^ par sa légèreté , son esprit superficiel, son indolence, et par une perspicacité qui suppléait à ces défauts , et rendait , dans les conseils , son avis remarquable. M. de Montaigu lui renvoyait lés nouvelles qu'il lui avait fait passer. Conf. liv. VII.
♦ Maty {le docteur) , 1 766. Médecin anglais que Rousseau voyait pendant son séjour à Londres (680).
Mazet (madame). Hôtesse de Jean-Jacques en 1788, à Montpellier. Elle mourut pendant qu'il était cher elle. Embarras que cause cet événement à Jean-Jacques. (i5.)
Mehegan {Guillaume-Alexandre de) , d'une famille irlandaise , passée en France jaCvec Jacques II ^ né en 1 72 1 >
mort en 1766. Il a beaucoup écrit , mais son style; est trop recherché et surchargé de trop d'images. Sa conversation offrait les mêmes défauts : ce qui faisait dire qu'il parlait comme un livre.
Il allait chez Jean-Jacques, et voici une anecdote que rapporte madame de La Tour : « Il y a quelque temps » (en septembre , 1 763) deux anglais de distinction en- » gagèrent M. le chevalier de Mehegan à les accompa- » gner à Montmorency pour leur faire voir la maison » que Jean- Jacques avait occupée. La partie fut exécutée 3» le dimanche 25 septembre. A. peine ces messieurs. » étaient-ils arrivés sur la place , que quelques-uns des » habitants reconnaissant M. de Mehegan pour l'avoir » vu aller chez Rousseau, en appellent d'autres. Le » chevalier fut k l'instant entouré de paysans qui deman- » dèrent des novivelles de Jean-Jacques. Nous sommes » bien malheureux qi£on nous l*ait enlevé : il était si » charitable , disait l'un ; il nous donnait du vin quand » nous en avions besoin, disait l'autre ^ un troisième » ajoutait , c'était notre protecteur auprès de M. le ma- » réchal. Et ces bonnes gens de s'attendrir. M. de Me- '» hegan et les deux anglais furent touchés jusqu'aux » larmes... H ne faut pas s'étonner si l'on a traité comme » ça ce bon M. Rousseqiu , disaient d'autres \ c'est qu'il » prédisait l'avenir. » L'aubergiste assura à M. de Mehegan que tous ceux qui tenaient à Montmorency , et qu'on avait vus aller chez Rousseau , étaient entourés des habitants , et obsédés de questions sur lui.
Mellarede {mademoiselle de). Sœur de l'élève de M. Gaime. Rousseau lui apprend la musique , et fait de cette jeune personne un portrait piquant. Cônf, liv. V.
Mewabs {la marquise dé)^ 1754 , belle-mère de M. de
aS4 ÉISTOI&E DE J.-J. ROUSSEAU 7
Lastic* {Foyez ce nom) y le sujet pour lequel Jean-J«cques écrivit au gendre , ëtant le même que celui qui le fit écrire à madame de Menars. (73.)
Menon {le commandeur Je), 17 7 5. Ami du comte Duprat , qui offrait sps soins h Rousseau. Celui-ci les refusa. (953.)
. MEXfov (Zr. P* D.) y jésuite, 1750. Il critique le premier discours de Jean^Jacques, de conçut av^c le roi Stanislas. Rousseau y faisant la part de chacun , tombe san» ménaiçement sur le jésiiite y dans sa réplique , qui est un chef-d'œuvre» Gonf .* liv. VIIL
Menthon (Mademoiselle de) , 1786. Ecolière de Rousseau. La mère , Tune des femmes les plus méchantes de Ghambérj-, voulait faire faire des satires à Jean-Jacques^^ qui s'y refusa. Gonf. liv. V.
MsRCERETy 1730. Fnbourgeoise assez jolie. Femme de chambre de madame de Warens* A l'absence que fit celle-ci de chez elle , sans motif bien connu , Rousseau se chargea de conduire la Merceret dans sa famille» Çonf. liv. III et IV.
Merveilleux (de), secrétaire interprète de l'ambassade à Soleure. Un autre était officier aux gardes suisses. (Conf. 1. IV .) Jean-Jacques l'a mis en action dans la Nouvelle Héloïse, I" part. let. 40 et 43.
Meuron^ 1764^ procnreur^g^néralàNeoch&tel, qui défendit de son mieux Rousseau dans la querelle que fit à celui-ci le pasteur Montmollin. Jean-Jacques lou» son courage et sa fermeté dans plusieurs lettres. Il était dépositaire de fonds appartenant à milord Maréchal, qui les destinait à Rousseau dans le cas Ob' celui-ci aurait été
oblige de sortir brusquement du pays. Gonf. 1. XIT. (553,56a, 58o, 585.)
MrrcHEL ( M 0 9 1 7^6 , ministre à Berlin , chez lequel D^ivid Hume place le fils du docteur Tronchin (672). Dans une autre lettre son nom est écrit Michel (']8i )•
Mi cnvLi ou Crest ( Jacques^Barthélemy ) , né en 1 690 , mort en 1766, ëtait capitaine dans un régiment suisse au service de France. Il fut renfermé au chiteau d'Ar* bourg par ordre du gouverpement de Berne, parce qu'on lui ayait simplement communiqué le plan d'une conjuration à laquelle il n'avait pris aucune part. Gonf^ 1. y et XIL Dans ce dernier livre Jean-Jacques envie la détention de Micheli dont il ne dit pas la cause*
MicotTD , 1737 , habitant de Grenoble, chargé de la correspondance entre madame de Warens et Rousseau pendant le voyage que fit ce dernier à Montpellier. Xiâ,i3,i4.)
IVIiDY ( Barthélémy ) , 1 767 , négociant d'Amiens , à qui Rousseau , pendant son séjour dans cette ville , fit adresser ses lettres. ( 763. )
MiN^RD, 1759, janséniste y petit, trapu ^ chicaneur^ pointilleux , qui passait à Montmorency pour un prêtre déguisé ejt pour rédiger la guette ecclésiastique. Il logeait à Paris ^vec d'Atembert. Il recherche Rousseau. Conf. 1, X.
MiNUToii, 1728, capitaine genevois qui fermait la porte de la ville où il était de garde, une demi-heure avant les autres. Ce qui fut cause que Jean-Jacques qui se présenta un jour comme on venait de la fermer , aima mieux s'expatrier que d'être frappé par son maître. Ainsi une action indifférente en elle-même eut, a Finsu de
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celui qui là faisait , la plus grande influence sur Rous^B seau. G. liv. I.
Mirabeau ( Victor Riquetiy marquis de ) , né à Marseille dans les premières années du i8c siècle, mort en 1789^ • s'occupa beaucoup d'économie politique et rurale, écrivit sur l'impôt, sur les Etats provinciaux , et parvint à une assez grande célébrité au mbycn de son Ami des hommes, nom qui lui est resté , ce qui ne veut pas dire qu'il l'ait mérita. Le langage qu'on a tenu sur cet auteur se ressent de l'esprit départi. Comme il fut brouillé avec son fils ^ le célèbre Mirabeau, les partisans de celui-ci refusent tout au père , tandis que ce dernier est l'objet des hommages de ceux qui n'accordent au flTs que des vices et de l'ambition. Ne l'ayant étudié particulièrement que duns ses rapports avec Rousseau , je dois ne le considérer que sous ce point de vue» Je vois qu'il recherche beaucoup Jean-Jacques , et comme il se fit l'intermédiaire , entre le prince de Contl et l'auteur d'Emile , à qui son altesse prenait un vif intérêt, je pourrais croire que le désir de plaire au prince fut le motif de la conduite de M. de ])lirabeau. Mais quand sa mission fut remplie , c'est-k-dire quand il eut placé l'illustre proscrit au château de Trie , les relations ne cessèrent point. Il y eut donc en outre un motif personnel : tâchons de. le découvrir. Remarquons d'abord que VAmi des hommes commence par offrir un asile à Jean - Jacques , qui, très-sensible à cette attention , .le remercie sans accepter, et cependant avec effusion de cœur. « Qu'il serait beau » que l'ami des hommes donnât retraite à . l'ami de l'é- » galité. Mais quelque doux qu'il me fut d'être votre » hôte , je vois peu d'espoir à le devenir. » Il le prévient que, si ce souhait se réalisait jamais f, il se livrerait^
sains gène k ses fantaisies. « Si j'allais , dit-il ^ dans une » de vos terres , vous pouvez compter que je n'y pren- » drais pas le plus petit soin en faveur du propriëta ire ' i> je vous verrais voler , piller , dévaliser ^ sans jamais D dire un seul mot , ni à vous ni à personne. Tous me^ y> malheurs me viennent de cette ardente haine àe l'inr » justice que je n'ai jamais pu dompter. Je me le tiens » pour dit. Je suis las de guerres et de querelles. Je » suis bien sûr de n'en avoir jamais avec les honnêtes » gens et je n'en veux plus avec les fripons , car celles-là » sont trop dangereuses. Voyez donc , Monsieur , quel » homme utile vous mettriez dans votre maison ! A Dieu » ne plaise que je veuille éviter votre offre par cette » objection ! Mais c'en est une dans vos mai^imes et il y> faut être conséquent. »
n semblait que Rousseau sentît que l'ami des hommes avait dans ses offres généreuses quelque, motif personnel. Ne pouvant le deviner , il supposait iin projet faisant partie du système général de M. de Mirabeau, et l'intention de le choisir pour l'exécution de ce projet. Mais il n'était question ni à^ avances y ni de produit net , ni de doctrine éconoinique. 11 s'agissait de faire reprendre la plume à Jean-Jacques. Celui-ci passe quelques jours à Fleury chez M. de Mirabeau, en attendant que le château de Trie soit disposé pour le recevoir. Son hôte l'y visite et ne tarde pas à se laisser pénétrer. On le voit dans une lettre du g juin 1767. Après des expressions de reconnaissance, Rousseau lui dit: «Je ne saurais devenir » votre hôte à demeure, sans contracter des obligations » qu'il n'est pas en ma volonté de remplir , et pour » répondre une fois pour toutes à un mot que vous » m avez dit en passant, je vous répète et vous déclare )» que jamais je ne reprendrsii la plume pour le public,
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» sur quelque sttjét que ce ^issé être ; que je ne puis » ni ne veui rien lire désormais , pas même vos propres » écrits^ que, dès à préieni , ]e suis mon à toute littëra- 9 ture, et que jamais rien ne me fera changer de résôïu- » tion sur ce point. Je suis assurément pénétré pour » vous de reconnaissance, mais non pas jusqu'à vouloir 9 ni pouvoir me tirer de mon anéantissement mental ».
Le marquis' revint à la charge et reçut cette réponse plus sévère : « Je suis ajGQigé, monsieur , lui dit Rous- » seau^ que vous me mettiez dans le cas d'avoir un 9 refus à vous faire; mais ce que vous me demandez est V contraire à ma plus inébranlable résolution, même à -^ mes engagements, et vous pouvez être assuré que de » ma vie une ligtie ne sera imprimée de mon aveu ». Il ajoute qu'il renonce à toute autre lecture qu'à celle des livres des plantes , et même à celle des articles dé la correspondance du marquis , qui réveilleraient des idées qu'il doit et veut étouffer. Dans une autre lettre ( 812 ) Rousseau lui dit que sa momie est trop hatae pour lui, et qu'il la trouve plus stoïque que consolante. Vient en- Suite l'absurde question du despotisme légat, car l'ami de^ hommes ne pouvant le faire écrire, le faisait disserter; et je soupçonne qu'à l'instar du baron à^ Holbach il voulait le contrarier pour Ciciter sa V^erve. Nous avons parlé deux fois de ce despotisme légal (t. I, p. i5g el n* 774)> cl il ne reste plus qu'à faire remarquer en passant combien devaient s'exclure les mots A*ami des hoffimes , partisan du despotisme légal!
Dans sa lettre du 24 juin 1 767 , Jean-Jacques qui ne sait point farder la vérité, dit au marquis qu'il a voulu lire et comprendre sa philosophie rurale y mais qu'il n'a pu jamais en venir à bout;
L'ami des hommes ne se tenant point pour battu, se
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creuse la cervelle pour savoir par quels moyens il peut arriver à ses fins ^ et se souvenant que le Dcx^in du village n'était pas un épisode indifférent de la vie de Rousseau ^ lui témoigne l'envie de faire un opéra I Jean- Jacques ^ qui ne s'était pas interdit la musique^ accueille avec joie le projet du marquis et l'encourage. « Il s'en faut peu ^ v lui écrit-il, que ma muse chenue à moi, vieux rado^ » teuTy ne soit prête à se ranimer aux accens de U » vôtre». Mais, comme s'il recevait intérieurement et tout-à-coup un avis salutaire y il ajoute : « Votre pro« » position m'a tout l'air de n'être qu'une vaine amorce, » pour . voir si le vieux fou mordrait encore à rhame* » çon ». Cependant l'idée lui sourit^ il le prie de s'ex* pliquer franchement, et il lui dit ce qu'il croira pouvoir faire. A.insi le piège n'étak pas si maladroit. Je ne sais si le marquis s'était trop avancé et si cet homme aimait la musique , mais il parait que c'est lui qui renonça au projet , et Rousseau lui en témoigna ses regrets.
Il n'est pas aisé de savoir quel motif avait l'ami des hommes pour faire écrire l'auteur d'Emile. Était-ce pour voir s'il tiendrait ses engagements? Était-ce pour mettre son npm à des écrits que l'auteur ne pouvait publier sous le sien? On se perdrait dans des conjectures^ Ce qu'il y a de certain c'est l'acharnement et l'importunité d'un c6té pour faire écrire, et de l'aatre la constance dans le refus.
J'ai dit que l'esprit de parti influait dans les jugements portés sur le père et son illustre fils. Je trouve à cette occasion dans La Harpe une opinion si raisonnable, que je ne puis m'empécher de la rapporter. « L'exagération » en tout, dit-il, a été une des maladies du siècle, et ce » fut celle des écrivains économistes, particulièrement » diu marquis de Mirabeau dont le nom est à-peu^rès » oublié dans l'histoire des lettres, tandis que celui de
Sl4o HISTOIRE DE J.-J* ROUSSEATTy
» son fils appartiendra toujours à Thistoire de France. Le » père fit pourtant beaucoup de truit dans son temps, » comme bien d'autres, par son livre de VA mi des ». hommes, titre qui se sentait déjà (en 17 S»; ) du charla- » tanisme qui remplaçait le sentiment des bienséances. » Ce Mirabeau, l'économiste, n'avait de l'imagination j» méridionale, que le degré d'exaltation qui touche à » la folie. Il possédait assez pour dégrader de très-belles » terres par des expériences et déranger une grande » fortune par des entreprises systématiques. Il se faisait » l'avocat du paysan dans ^e^ livres, et le tourmentait » dans ses domaines par ses prétentions seigneuriales » dont il était extrêmement jaloux. Il le fut encore plus » de son fils, dont il haïssait la supériorité, bien plus }) que les vices , et dont il aigrit le caractère par desper- » sécutions haineuses et continuelles. On sait d'ailleurs » que cet. ami des hommes apparemment ne fliisait pas » entrer sa famille en ligne de compte, car il fut toute »• sa vie en procès avec elle, et obtint contre tous ses » proches quantité de lettres de cachet. Son livre, en » six gros volumes, est un ramas indigeste de choses » bonnes et mauvaises : bonnes quand elles sont à tout 1» le monde, mauvaises quand elles sont a lui; sans plan » ni méthode 5 le tout écrit en style baroque ». • Nous croyons, en y réfléchissant avec attention, avoir approché du motif pour lequel le marquis de Mirabeau voulait que Rousseau reprît la plume. !N'était-ce point pour en faire le chef du parti dans lequel était l'ami des hommes? Car il faut se rappeler que les Economistes étaient divisés en deux partis. Tous les deux révèrent le bonheur du genre humain : projet qui suppose plus d'enthousiasme que de raison , plus .d'esprit que de jugement , et qui n'est entre les mains des fripons , qu'un
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moyen déplus de tromper les hommes. Si les partisans d'une même religion ont rarement été d'accord entr'eux^ on ne doit pas s'étonner de voir les Économistes divisés en deux partis. « Vers i «j 5o, messieurs Quesnay et de Gouri> nay examinèrent s'il ne serait pas possible de trouver dans '» la nature des choses, les principes de l'économie poli- » tique y et de lesilier de manière à en faire une science. » Ils arrivèrent, par deux routes différentes, aux mêmes » résultats qui leur parurent positifs, et quoique chacun » regardât la méthode de l'autre, comme la démonstra- » tion de la même vérité , ils formèrent deux écoles. » M^ de Gournay, négociant, s'attacha au principe de la » liberté et de la concurrence du commerce. M. Quesnay, » cultivateur instruit, s'occupa plus particulièrement de » l'agriculture et de ses produits, qu'il considérait comme » les véritables sources de la richesse et de la prospérité » des nations. Il fît c^t adage : pampres payseins , pauvre » royaume ; pauvre royaume y pauvres paysans^ et p«p- » vint à le faire imprimer à Versailles de la main de » Louis XV)) (i).
On sent, d'après cet exposé,. combien il importait à chaque école d'avoir des hommes célèbres parmi ses disciples. Gournay comptait dans les siens, Malesherbes, Morellet, les Trudaine, Champion de Cicé l'archevêque, le cardinal de Boisgelin , le docteur Price , David Hume^ Beccaria, Filanghieri. Dans l'école de Quesnay figuraient le marquis de Mirabeau , Fourqueux, Dupont de Nemours , Taventi , ministre d'État de Florence , le chancelier de Lithuanie , le margrave de Bade , l'archiduc Léopold, depuis empereur. Le Mercier de la Rivièrç, Roubaud et l'abbé Beaudeau. Un tiers-parti ne voulant
(i) OËuYreA de Tocgot.