uiÀToint DE j.-i. KmjsszAVf
a été comilhuiiquëe par madame la marquise de Rufficux , fille de madame de Vernà. (866.)
Vernes [Jiicob), né à> Genève «en 1728, ministre ft pasteur en 1761 ,'a^ublié de» lettres et des dialogues sur le Christianisme de Rousseau 'et les r^onses aux lettres de ce dernier avec lequel il avait été lié. C. 1. VIII et Xn. Jean- Jacques l'accusa d'être l'auteur du libelle intiulé: Sentiments des citoyens, ( 71, 76 , ^i^.^'Vojez^ au sujet de l'injuste accusation de Rousseau , le n^ 529.
Vernet ( Jacob) y 1754 , né eu 16^ à Genève , où il fut nommé pasteur de la ville, en 1780; professeur de belles-lettres en 1789, et de théologie en 1756. Â.yaiit exigé de Rousseau une rétractation authentique et pu* blique de la Profession de foi du Vicaire sw^oyard
( 345 ) , ils se brouillèrent. G. 1. VHI. (170, aaa. )
.* Veronese , 1743 , artiste vénitien engagé pour la
France y ne voulait pas tenir son engagement , mais
Rousseau Vy for|a. C. 1. VIL
Verrat , graveur. Il faisait voler des asperges à sa mère par Rousseau. C. 1. 1.
Vertier. Nom d'une femme qui pfi^teiidaît que Rousseau l'avait violée. Peut-être le nom et la femme sont* ils imaginaires y et l'accusation a-t-elle été faite par une tierce personne. Jean-Jacques n'en parle qu'en passant dans sa lettre à M. de Saint-^rermain ; et nou& n'avons trouvé ni dans sa correspondance ni dans les écrits publiés contre lui, rien qui eût ra^ort à ce fait* Seulement dans une lettre de Jeau4aGqueft à M. de Gésarges/ il est question en passant d'un capitcdtie Vertier; mais c'était dérisoirement qu'il appelait ainsi la femme de ce nom. i[ 903 et 91 J.)
m. PARTIE. BIOGRAPHIE. 3ln
ViDONHiE (l'abbé de), 1730, chantre du chapitre d'Annecy , est cause par sa hauteur de la désertion de M. Le Maître. C. 1. III. '
VlEssiEux , 1765, nommé dans une lettre à M. d'Ivernois. ( 589. )
YiLLERoi ( duc de ) , frère de madame la maréchale de Luxembourg, avait de Tamitié pour Rousseau, mais il n'en étaif^ pas de même de son neveu , le marquis de Villeroi , qui était son héritier. G. J. XI.
Vincent (N0> chargé des fiffaires de France à Vienne , 1743 9 donne un avis intéressant qui , sans la vigilanc<e de Jean-Jacques , eût été inutile. C. 1. VII. * j|^
ViNTiMiLLE (le comte de j, nommé à l'occasion de M. Maltor quyil fit placer curé de Groslay* C. 1. X.
. ViNTZENRiED , qui prît ensuite le nom de Courtille. Il était perruquier et fils du concierge du château de Ghillon. Il arriva chez madame de Warens pendant le voyage que fit Jean -Jacques à Montpellier en I738, et le supplanta. G. 1. VI.
Y nA.iA{ Dominique), deuxième gentilhomme d'ambassade , ennemi de Jean- Jacques , qu'il brouille avec M. de Montaigu. G. 1. VII.
Voltaire ( Marie-Fmnçois Aaouet de ) , né en 1694 , mort en 1778.
n me semble être devant la statue pour laquelle souscrivit Rousseau ; devant la statiie dëcelui qui devait apprendre , h tout ce qui Rapprochait , le chemin de^ la gloire (i)} de cet homme illustre > qui pouvait être , s'il Savait voulu , l'admiration de tunivers (a) ; et terminer ,
(\\ Lettre de Xean- Jacques da 10 septembre 1^55. (a; Lettre à M. d^Iveraois, du 3o déceinbre 1^65.
par un bienfait au genre humçin , la plus brillcf.nte à arrière que jamais hbmme de lettres ait parcourue (i) ; do cet homme <J^e Jean - Jacques honorait comme son maître (a); à qui même il croyait devoir son propre talent. Je voudrais passer rapidement..... mais la ve'rité m'arrête , et ce n'est pas au moment où la tâche est plus difficile qu'il y faut renoncer.
Quoique Voltaire ait , dans ses écrits , beaucoup plus maltraité Rousseau que ne l'ont fait , dans le^ leurs , les d'Alembert , les Diderot , les Grimm , les Marmontel ; quoiqu'il y revienne souvent , c'est toujours et partout l'efifet de cette irritabilité nerveuse dont il subissait le joug'; c'est tantôt le dépit, tantôt la colère , quelque- ^fois une fureur que son excès et sa cause rendaient puéi:ite. Mais jamais^ on ne remarque de combinaSsons lentement méditées et suivies avec soin ; jainais de tf aiâe ourdie dans les ténèbres y froidement calculée et conduite avec art. Voltaire ne fut point lié avec Rousseau ; il ne le connut point (3) , et y dans les torts qu'il eut y l'amitié n'eut point à se plaindre , et la confiance ne fut point trahie. Les impressions qu'il reçiK , elles lui furent données par des intermédiaires (4)«
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(i) Lettre du i8 août 1756. Etlorsqu^il lui déclare qu'il ne Faime poii^t;^ il lui dit : a De tous les sentiments dont mon cœur était pé- » nétré pour vous , il n^y reste que Tadmiration qu'on ne peut 9 refuser à votre beau génie , et Tamour de vos écrits, b Ce bienfait était le Catéchisme du Cit^en.
(a) Même Lettre et Confessions, liv. V«
(3) Il n'est pas certain qu'Os se. soient jamais vus. Rousseau nomme ( Conf. 1. Vil) Voltaire au nombre des personnes que recevait madame Dupin : mais c'est lorsque lui-même était encore entièreinent inconnu, en 174a*
(4) Particulièrement j^ar d'Alembert , et sa correspondance avec Voltaire (tome LXVIII et LXIX) en offre mille preuves. Adi-.
J'ai eu plttsieurs.foisroccasion de faire^ remarquer que , dans les accusaitions coptre, Roi^a^eau, îamais. aucune ne fut appuyée sur xmfait bien prouvé. Les preuves sans nombre d'ingratitude dont parle l'auJteur que je cite ( t. I®'^, i53 ) , et qui n'eif peut. citer aueune ( se rejetant sur leur excessive multitude ) ^ ont toujours , jusqu'à présent , étant réduites a leur plus simple expres-
* si on , consiaté dans, d^ vagues déclamations , quoiqu'on prétendît tenir cette masse d^ preuves des amis et des intimes de Rousseau. Voltaire ^ qui n'en avait point -été y
. qui ne le Qpnnut point , se servit des armes qu'il ' savait manier avec tant d'adresse et de succès : le ridicule et la plaisanterie. II. écrivait à d'Alembért, le 29 août 1757 , et lui disait : « Si vous avez un moment de loisir^ n mandez-moi comment vont les organes jjenseurs de
, » Rousseau.^ et s'il a toujours. mal à la glande pinéale. >f S'il y a une preuve, contre l'immatérialité de l'âme, » c'est* cette maladie du cerveau. On a une fluxion sur » l'âme , comme sur les dents. » .Malgré cette fluxion , Jean-Jacquqs achevait alols lajîïo.uvelje Héloïse , préparait Emile et terminait le Contrat Social (i). Le ridicule et lai plaisanterie s'épuisent bientôt quand ils ne portent que sur une singularité ; or , la sauvagerie de l'auteur d'Emile et la supposition très - gratuite du système qu'on lu! prêtait , et d'isçrès lequel on préten- '« I . .1 I ^ ^ ^ I ■ "■ . • .. ' ' '
quons seulement la lettre du 29 août 1766, dans laquelle il dit au patriarche, au moment où il traduisait TExposé de Hume, qu'il n'a é^autre reproche à se faire vis-à^vis de Rousseau , que d'avoir trop bien pensé et trop bien parlé de lui.
(i) Il fit presque marcher de front ces divers ouvrages : Pun le délassait de l'autre ^ comme il le dit lui-même. Le Contrat social faisait partie des institutions politiques qu'il fît à THermitag» eu 1756 et 1757, Arec la Julie.
33o mnoiBE de i»-i. rovsseau,
dait qu'il ^ulait nous renvoyer dans les forêts , nous f faire viTrç de gWnds et marcher à quatre pattes , ne pouvaient être une matière inépuisable. Les amis du sauvage appelèrent à leur secours la calonmie , qui d'un mot se fait croire^ et d'uil geste y obéir. Voltaire n'en fut que Vécho : il n'inventa point , mais , faisant usage de ce qu'on inventait , il le reproduisit à sa. manière. H
' dit des injures saftis pouvoir , cette fois y leur donner le seul mérite qu'elles fusseii^ susceptibles de recevoir sous la plume de ^Voltaire , et que lui seul pouvait leur donner. Jetons un voile sur cette guerre d0 Genèi^e , sur ce libelle odieux'des sattimens des citoyens , dont il laissa peser le poids sur M. Vernes , qui n'avait pas ^ comme nous l'avons dit ^ pour excuse ou pour défense des ihonupients indestructibles ; de la gloire y tout ce qui peut enfin faire oublier les écarts du génie. - L'ironie , les sarcasmes y les injures peuvent être et sont l'effet de la colère , du dépit ou de4'envie , suivant le caractère de l'écrivain- qui ne sait^poijatse garantir da
* premier monvement'des passions. Ce sont sans doute de mauvaises excuses > mais on est ](Kirté à les admettre y parce qu'on peut supposer que la réflexion xif a point de part , tandis que y dans un ouvrage historique y qui doit être médité , ces passions haineuses doivent être muettes. Voltaire a fait entendre quelquefois leur langage , et , sous ce rapport , il mérita des reproches. Voici ce que je lis dans le chapitre 43 de son Précis du siècle de Louis XV :
« On a été assez fou pour soutenir qu'on ne doit point » jouir de son travail ; que non - seulement tous les » hommes sont égaux , mais qu'ils ont perverti l'ordre » de la nature en se rassemblant ; que l'homme est né » pour être isolé comme une bête farouche } que les
ni. ^AATIC. BIOQUAPRIE. ' 33l
9 castors, les abeilles et les fourmis dérangent les lois » étemelles, en vivant en rëpoblique. Ces imparti-- » nences , dignes de l'hôpital des foas , ont été quelque » temps à la mode , comme àts singes qu'on fait danser » dans des foires. Elles ont été poussées jusqu'à ce point » incroyable^ de démence qu'un je ne sais quel char- » 4a tan sauvage a osé , dans un projet d'éducation, etc. n Qui croirait , à ce langage , qu'il esf question de l'auteur d'Emile I Voltaire ne savait que trop quel était ce prc' tendu charUoan sauvage.
Ces attaques ^e détruisent d'elles-mêmes : elles tiednent du caractère fougueuic de celui qui les fait , et 9 quoique très-déplacées dans un ouvrage historique, elles paraissent moins coupables que les accusations mysté* rieuses et les rétidfcces des Grimm , des d'Àlembert et des Marmontêl.
Grimm a dît, et d'autres ont répété qu'on lirait toujours yoltAi^e , tandis que Rousseau passerait. Cette assertion mérite un court examen. D'abord , je crois qu'aucun dès deui ne passera, et je m'eh réjouis; ensuite ^ je suis ^persuadé qu'on élaguera plus , propin^tion gardée , dés ouvrages de Voltaire que de ceux de Rousseau. Tout ce qui' tient au ridicule , quand ce ridicule tient lui-même à des circonstances qui n'existent plus , perd nécessairement de son prix. Or, beaucoup d'éèrits du patriarche paraissent meilËicés de cette destinée. Plus un trait piquant est lié à l'instant du moment , plus il produit d'effet. Mais la durée de cet effet est en raison de son intensité. L'impression produite par Voltaire , dans ses pamphlets , dut être et fut réellement prodigieuse : comme les Lettrés Provinciales , qui ( quoique chef-dfeuvre ) ont beaucoup perdu depuis qu'il n'y a plus de "jésuites , et surtout depuis les progrès de l'in-
différefice en matière de religion. Molière atraraillë snr un sujet qui survivra à toutes les institutions , à tous les cultes ; il en est de même de. Rousseau^ quoique dans un sem différent f et celui qu'on accuse de vouloir faire rentrer l'homme dans une caverne, ne s'est occupé', dans ses grands ouvrages , que des hommes réunis en masse, et des moyens de les rendre lieurcux. * *
Malgré ses détracteurs, Rousseau sera toujours placé près ék Voltaire. Le buste de l'un correspond à celui de l'autre , et leurs œuvres , toujours réunies ., accusent œux qui voudraient l'exclusion de l'un des deux. ^ Bernardin de Sahit - Pierre a hit^ entre ces . deux grands éccivains , un parallèle plein d'intérêt par les rapprocheiifknts et les contrastes. Nous croyons devoir le mettre sous les yeux du lecteur. 4f
« Le public a toujours pris plaisir à faire aller de pair ces deux hommes contemporains et à jamais célèbres.' Quoiqu'ils aient eu plusieurs choses de commun , je trouVb qu'ils en ont eu un plus grand non^bre où .ils ont contrasté d'une manière étonnante* Jamais , dans aucune langiie, , personne n'a écrit sur autant de sujets qtfe Voltaire, et personne, n'a traité les siens avec plus de profondeur que Rousseau. Le premier , toujours légar et facile dans son. style, répand les grjàces sur les .matières les plus abstraites : mais . le second fait sortir de grandes pensées des sujets les plus simples. Tous les deux, avec de si grands moyens , se sont proposé le même but, le bonheur du genre humain. Voltaire , tout occupé de ce qui peut nuire aux hommes , attaque sans cesse le despotisnàe, le fanatisme, la superstition, l'amour des conquêtes ; mais il ne s'occupe qu'à détruire. Rousseau recherche tout ce qui peut nous être utile, et s'eflBftrce de' bâtir. A-près avoir nettoyé , dans deux discours académi-
ques , les obstacles qui s'opposent à ses^nles, il présente aux femmes un plan de réforme-; aux pères un plan .d'éducation; à toutes les sociétés son Contrat social. Le vol de totts deux est celui du génie. Las des maux de leur siècle, ils s'élèvent aux principes -éternels, sur lesquels la nature sëtnble avoir posé le bonheur du genre humain. Mais , après avoir écarté des mœurs , des gouvernements et des religions qui e^^ entourent la base , <:e qui leur paraît l'ouvrage des hommes , celj^i-ci finit par la raffermir , et l'autre par l'ébranler.
k Leur manière de combattre leurs ennemis , quoique très-opposée , est également redoutable. Voltaire se présente devant le» siens avec une armée de pamphlets , de jeux de nlots , d'épigrammes , de sarcasmes , tie diatribes y et de toutes les troupes légères du ridicule. Il en environne le fanatisme, le* harcèle de toutes parts, et enfin le met en fuite. Rousseau ,'foTt de sa propre force', avec les simples armes de la raison , saisit le monstre par les cornîés'et le renverse. Lorsque, dans leurs querelles , ifs en sodt venus aux xnains l'un et l'autre , Jean- Jacques a fait voir que , pour vaincre le ridicule , il suffisait (ie le braver. Pour moi , me disait-il un jour , j'ai toujours lancé mon trait franc; je ne l'ai jamais empoisonné *: je n'ai point dé détour à me j'cprocher.
i) Tous deux , cèpendlant , se sont quelquefois égarés, mais par des routes bien différentes. Dans Voltaire , c'e^t l'esprit qui fait tort à Fhomme de géiye : dans Rousseau, c'est le génie qui nuit à l'homme d'esprit. Un des plus grands, écarts qu'on sut reproché à celui-ci , c'est le mal. . qu'il a dit des lettres ; mais , par l'usage sublime auquel il les a consa<5r^es en inspirant la vertu et les bonnes mœurs, il est à lui-même le plus* fort argument qu'on puisse lui opposet. 4i'»utre , au contraire 7 vante sans
cesse leur heureuse influence ; mais , par Tabuà q[ii'il en a fait , il esl la plus forte preuve du^ système de Rousseau.
« Leur philosophie embrasse toutes les conditioQf de la société. Celle de Voltaire est celle des gens heureux. Jeai>Jacque$ est le philosophe des malheureux ^ il plaide leur cause y et pleure avec eux. Après avoir lu leur» ou* vragesy nous éprouvons bien souvent que la .gaité de Vuù nous attriste , et que la tristesse de l'autre nous console. > C'est que le premier ne nous offrant que des plaisirs dont on est dégoûté , ou qui ne sont p^f à no^tré portée y et ne mettant rien à la place de ceux qu'il nous ôte y nous laisse presque toujours mécontents de lui ^ 4es autres et de nous. Le second , au contraire , en détruisant les plaisirs factices de la société , ni^us montre au moins ceux de la nature. .
a Ce goût de Voltaire pour les puissants , et ce res* pect de Roiisseau pour les infortunés , se manifestent dans les ouvrages où ils se sont livrés à leur passipii favorite y celle de réformer la religion. Voltaire fait tomber tout le poids 4^ sa longue colère sur liçs ministi^s subalternes de Téglise , les moines mendiants , les habi* tués de paroisse , le théologien du coin : mais, il est aux genoux ^e ses princes ^ il leur dédie sçs ouvrages;, il leur offre un encens qui ne leur est pas indifférent. Rousseau choisit pour son pontife un pauvre vicaire ^ et^ honorant dans ses i^tiles travaux l'ouvrier laborieux, de la vigne, il ne s'indigne que contre ceux qui s'enivrent de sou vin. Cependant Voltaire était sensible; il |l défendu de sa plume y dç sa bourse et de son cfédit des malheureux^ il a marié la petite-fille de Corneille^ il ^ usé noblement de sa fortune. Mais Rousseau , ce qui est. plus difficile , $. ilit un noble usage^esa pauvreté : non-
nu PARTIE. BIOGRAPHIE. 335
seulement il la supporlait avec courage ^ mais il faisait du bien en secret.
« La réputation de ces deux ^r^nds hommes est uni- >iersell6 et semblable ^ en quelque sorte , à leurs talents ; celle de Voltaire a plus d'étendue; celle de Rousseau plus de {Profondeur* I^e premier par lu clarté de son style f qui l'a mis à la portée des plus simples y était si connu et si aimé dans Paris y que y lorsqu'il sortai'l^, une foule incroyable de peuple environnait ^on carrosse. Quand il est toii^bé malade^ j'ai entendu y dans les carre-*^ fours y les porte-faix se demander des nouvelles de sa santé. Jean-Jacques y au contraire , qui ^n'allait jamais qu'à pied^ était fort peu connU du peuple (i); il en a même éprouvé des insultes ^ cependant il s'était toujours occupé de son bonheur y tandis que son rival n'avait guère travaillé que pour se»p^isir8. Quant à la classe éclairée des citoyens , qui , également loin de l'indigence et des richesses , semblent être les juges naturels du mérite^ on ferait ime bibliothèque des éloges qu'elle a adressés à Aioltaire ; à la vérité , il avait loué toutes les conditions qui établissent les réputations littéhiires : au contraire, Kousseau les avait toutes i)lâmées y en désapprouvant les journalistes , les acteurs ; les artistes de luxe, les avocats ,les médecins , les financiers ^ les libraires ^ les
(i) Le rassemblemeol dont nous avons parlé d'après Grimm , en rapportant son récit (P'^gg), comme celui d'un témoin oculaire, arait une cause sécrète , mystérieuse , que Grimm cherche vainement à pénétrer; mais les observations qu'il fait à ce sujet , sont d'une grande justesse. Il paraît convenir que , quelle que fût cette cause, les effets devaient inquiéter J«an^acques. Cet aveu est d'au* tant plus remarquable qu'il ne croit pas, comme nous , que raved> sion de Rousseau pour se donner en spectacle , fàt sincère*
336 UIStOlEE DE J.-J. JlOtJSSEAV j
Xiusiciens et tous les gens de lettres sans exception (i). Cependant il a des sectateurs dans tous ces étatg dont il a dit du mal; taçdis que Voltaire , qui leur a fait tant de compliments , n'y a que des partisans. C'est j à mon avis y parce que celui-ci ne réclame que les droite de la soiciété y tandis qae l'autre défend ceux de la nature. Il n'est guère d'homnie qui ne soit bien aise d'entendre quelq^fois sa voix sacrée et un cœur répondre à son cœur ; il n'en est guère qui ^ ^ la longue , mécontent de «es contemporains^ ne rentre en lui-même avec plaisir^ et ne pardonne à Rousseau le mal qu'il a dit des citoyens, en faveur de l'intérêt qu'il a pris à Thomme. Quant à l'opinion de ceux dont les conditions sont assez élevées et assez malheureuses pour ne leur permettre jamais de redescendre à la condition commune , elle est toute entière en faveur de Voltrft* Il a été comblé de^ louanges .et de présents pavles grands , par les princes y par les Rois et par les papes même. L'impératrice de Russie lui a fait dresser une statue* Le roi de PrUssé lui a souvent adressé des compliments en prose et envers. Rousseau ^ au contraire, a été tourné%n ridicule par Catherine et par Frédérit. Cependant^ il a vu lerei de Pologne , Stanislas-le-Bienfaisant , prendre la plume pour le rëfuter , et en cela même , sa gloire me pai^ît préférable à celle de son rival. 11 est plus glorieux d'avoir un toi pour rival que pour patron, surtout lorsqu'il s'agit , du bien des hommes.
(i) Ce fait, qui ne peut être contesté , devait mettre Rousseau dans une position désavautageuse, relativement à son rival; et force à conTenik>qu'irfaut bien #iéiiter la louange, pour qa^dle arrive après avdir été si peu provoquée > ou plutôt repoussée «rec tant
4'cnergie.
III* »AATI£. BIOGAAPaiE. i * JJn
* Aiprès tout , ce ne sont pas les Rois qui décident du Mérite des philosoi^s, mais la postérité qui les juge d'après le bien qu'ils ont fait a« ^enre humain.
« Uespiîit d'incrédulité ^'m pas universel dans Vol* taire; Il détruit souvent d'une main ce qu'il élève de l'autre; ce qui est chez lui, non une inconséquence, mnds une vanité d'artiste qui veut montrer son habileté dans les genres les plus oj^séç. Quant à Rousseau^ troublé par les divisions des philosophes , par les systémes des savants > il ne se fait d'aucune religion pour les examiner toutes; et, rejetant le témoignage des hommes il «e décide en faveur de la religion chrétienne, à cause de la sublimité de sa morale , et du caractère divin qa'il entrevoit dans son auteur. Voltaire ôte la foi à ceux qui doutent : Rousseau fait douter ceux qui ne croient plus* S'il parle de la Providence , c'est avec enthousiasme avec amoui! ; ce qui donne à ses. ouvrages un charme inexprimable , un caractère de vertu dont l'impressioa ne s'efface jamais.
a Enfin , ils ne sont pas moins opposés dans leur fortune ; l'un avec ses richesses, l'autre forcé de travailler pour vivre, vdyant chaque jour ses ressources diminuer et obligé d'accepter un asile à soixante^ix ans. Le premier , né à Paris , dont il adorait le tourbillon , est allé chercher le repos à la campagne près de Genève * l'autre lié à Genève, ne respirant qu'après la campagne, est venu chercher la liberté au centre de Paris ».
Plus. sévère que l'auteur des Etudes de la Nature un homme doué de grands talents a mis en opposition les deux rivaux, et s'est ainsi expriiné sur leur compte : « Voltaire, a dit le comte de Mirabeau' (i), ce Vol-
(i) Lettres écriten du donion de Vincennet.
338 ' HISTOIRE D£ J«*-i' ROUftSSAV,
» taire, que son propre gëme mettait si au<<te$9us de » Fenvie^ comme il a oatragé le plus vertueux des » hommes, dont il r/tàmi reçu que des éloges 5 ^m » était malheureux , pau^o, persécuté ; qui ne travailla lait point ànfis son genre, et qui, osons le dite, lui » était supérieur dans le sien! Voltaire, immorulisé à » unt de tioresj Volteire qui, plus que tout autre, » peut-être, mérita l'admiration et le mépris de ses » semblables, fut au théàtrie un génie du premieir » ordre, dans tous ses vers un grand poète, dans This. % toire de Thomme un phénomène 5 mais, danases oa-* » vrages historiques et philosophiques^ il n'a IC fdus » souvent été qu'un bel esprit j tandis que Rousseau^ ». digne de tous nos respect» par ses mœurs, son noUe » et inflexible courage , et la nature de ses travaux, est » le dieu de l'éloquence } l'apôtre de la vertu nous l'a » touyours fait ador-er y et ne prostitue jamais seSitalents » suivîmes, ni à la satire, ni à la flatterie ».
Voltaire et Rousseau correspondirent pour la première fois , en 1 7 4^* Jean-Jacques en rend compte) il parle • siutvent de Voltaire dans ses lettres. Nous indiquerons seulement celles qui lui furent directement adresséeSé / Cl. VII, VIII, IX, XI (33, 4a,8i, 8a, 10^,597,696)*
VoYER (M. de ) , 1762. Il est probable que c'est M. d'Argenson, ministre dont nous avons parlé. Mais Rousseau ne l'appelle que M. de /^ojcr,pour dire qu'il empêcha quW ne le mît à la Bastille, à propos de sa lettre sur la musique. C. l. VIII.
VuLsoir ( mademoiselle de ) , 1723. A onze ans Jean- Jacques conçut pour elle une vive passion, quoiqu'il en eût vingt-deux» Il allait la voir à Nojon. U devint furieux lorsqu'elle* épousa M. Christin. G. h h
'WATLBùi^i,{Horac€)y néetk 1717 , mort en 1797, était fils du fameax Roibert Walpole^ comte d'Or ford , granddbanoeliçF^ premier lord de la Trésorerie, Secrétaire^d'État^ que les Anglais appelaient le Père de la corruption parce qu'il se vantait de connaître le prix de tous les membres du parlement, et de \& connaître par expérience. Cette franehisey effet du courage dé lïi honte, est un trait de caractère qu'on «e retrouvé pas dans les hommes d'éts^t qui probablement possèdent comme Robert ^ la même connaissance^ mais qui > en ayant comme lui le tarif des consciences parlem^taires , ont grand soin de le tenir secret.
U n'était pas inutile de rappeler cette drconstancé parce qu'Horace fut élevé par Robert.
Ls^ noblesse, de la naissance était le premier mérite aux yeux d'Horace , qui oubliait que c'est moins un mérite qu'un aiHiniage que reçoit en toute ignorance de cause et sans- avoir rien fait pour l'obtenir , celui qui en pnit.. Ce préjugé rare chez les Anglais , mais bien enraciné chesWAlpole, explique 1q profond mépris qu'il avait pour les écrivains frant^çai^du 18* siècle^ et particulièrement pour Jean-Jacques, a J'admire Voltaire et Helve- » tins^ disait-il souvent , mais jamais je n'ai pu sentir » Rousseau parce qu'il cherche à faire regarder la nais- » sance* comme l'effet du hasard. » Il prétendait que pour se faire une idée du caractère personnel de Jean- Jacques, il fallait ajouter à beaucoup de prétentions, un grain dé folie. Du reste son goût pour Voltaire fut bientôt remplacé par le mépris. Il écrivait en 1770 qu'il avait» rompu tout commerce ^t^ec lui', indigné de ses mensonges et de ses bussesses. Pour se faiire une idée dit caractère personnel de quelqu'un il fauchrait persênrtellement le connaître. Or, Walpole n'a jamais vu Jean-=
34q histoire de J.-J. ROUSSEAir,
Jacques qu'il ne pouvait juger que iTaprès ses ouvrages ou les témoignages des personnes qui le fréquentaient*
Lorsqu'il vint à Paris au mois de septembre 1765 y Jean-Jacques était dans File Saint-Pierye et il n*arriva qu'au mois de décembre suivant dans la capitale où il ne séjourna que quinze à vingt jours. Horace Walpole qui méditait la- lettre du roi de Prusse à Jean-Jacques ne voulut pas voir celui-ci. » •
Dans une lettre datée de Paris le aa se^^embre 176$^ il s'exprime ainsi : a (ies Français se passionnent pour » la philosophie , pour la littérature et les idées libé- » raies. La philosophie n'a jamais eu d'attraits pour » moi : je suis las de littérature^ et, quant aux idées li- 7i bérales , on les a plut6f pour soi que pour la société. » J'ai dîné hier avec une douzaine de savants , et , quoi- » que tous les domestiques fussent derri^e nous , on » parla y même de l'Ancien Testament, avec beaucoup » plus de liberté que je ne l'eusse souffert à ma table ^ }} en Angleterre, en présence même d'iui seul valet. Je » crois la littérature un peu p4<iantesque en .société et » fatigante lorsqu'on l'étalé en public ».
Horace Walpole, quoique répandu dans le monde, était misanthrope, et haïssais les hommes. «Vottsme serrez le cœur, lui écrivait madame du Oeffand (janvier 1767), quand vous vous épanchez sur la haine que vous avez pour le genre humain. Comment est-il possible que vous ayez autant de sujet de vous en plaindre ? vous avez donc rencontré des monstres^ des hyènes, des crocodiles 7 Pour moi, je ne rencontre que des fous , des sots, des menteurs , des envieux , quelquefois des perfides. £h bien, cel.a ne m'a pas découragée ».
« Be quoi voulieZ-vous que parlât Montaigne s'il: n'avait parlé de lui.... Il avait un ami , ce Michel , il
m. PARTIE. BIOGRAPHIE. 34 j
croyait à l'amitié, voiîà la diflfërcince qui existe entre vous •et lui... Vous n'observez que pour vous Inoquer,^ vous ne tenez à rien, vous vous passez de tout : enfin, enfin rien ne vous est nécessaire ^ le ciet en soit béni î »
Il paraîtrait qu'Horace Walpole fut un moment disposé, à se repentir de sa rigueur envers Jean-Jacques ; du moins ce passage permet de le supposer, a Jean-Jacques » est un grand fou : il vous donpe quelques remords. Je » le comprends aisément : on doit éviter de faire le mal- » hcftir de personne ». •
n est question, dans le XI^ liv. des Confessions, d'un milord Walpole qùï faisait offrir par madame de Verdelin un asile à Rousseau dans l'une de ses terres. Ce n'est certainement pas Horace, à moins que l'offre ne fût d^soire. . ^ *
Nous. avons parlé de la prétendue lettre de Frédéric faite par Horace Walpole, T. 1, p. 106, et des suites qu'elle eut. (678.)
Warens {Loiase-Eléanore de ki Tour de PU, baronne de), née ea 1700^ à Vevay^ d'une famille ancienne, morte à Ckambéry en 1764*^ Son mari était de la maison de Loys ^ elle n'en eut point d'enfiants. Elle vécût jusqu'à l'âge de a6 ans dans la religion réformée. En 17^, le roi de Sar daigne vint à Evian, petite ville située sur le bord m^^idional 'du lac Léman , en face de Lausanne , et capitale du pays, dé Gavot. Madame de Warens se rendit auprès de la cour ; elle ent^idit M. dç Bernex, évéque d'Annecy, qui eut la gloire de la convertir. Elle abandonna sa famille, ses biens ^ son pays, quoiqu'^e y fût l'objet de l'estime générale, parce qu'elle faisait un noble usage de sa fortune. Les-habitans'de Vevay voulurent l'enlever à force armée, et le
roi fut oblige de la faire partir d'Eyian , pour Annecy ^ en lui donnant une escorte composée de quarante .de ses* gardes, fie fut à cette occasion que ce prince dit à M. de BerneXy qu'il falsait'des conversions bien bruyantes. Madame dé Warens' abjura* le 8 septembre 1736^ elle eut pour marraine }a princesse de Hesse^ depuis reme de Sardaigne^ on mit cette conversion au nombre des actions miraculeuses qu'on jugeait nécessaires pour la béatification de M. de Vemex (voy. ce nom).
Quand on songe que madame de Warens, dférie^ considérée, et dans l'abondance à Vevay, quitte une fortune certaine, pour une pension précaire du roi de Sardaigne, on doit supposer une vocation bien décidée^ mais la facilité de la nouvelle convertie, cette succès* sion d'amants sans choix, cette conduite choquante, font voir que, même en matière de conversion, il ne faut . pas juger d'après les apparences. Si jamais elles furent trompeuses^ ce fut dans cette circonstance où tes résultats répondirent si peu aux sacrifices.
Nous avons, tom. I, pag. 20 ,« ainsi qu'à l'article Diderot, effleuré uçe question délicate à propos de ma- ' dame de Warens, et concernant Jean-Jacques; il ne nous est plus possible d'en différer l'examen.
E.ou86eau pouvait-il, sans ingratitude, publier les faiblesses de sa bienfaitrice ?
A-t-il pu croire sincèremen\ que ses Êiiblesses seraient rachetées, et au-delà, par les vertus dont il pare celte bienfaitrice?
Madame de Warens , soit par elle-même, soit par mx mari, appartenait à deux anciennes familles de Savoie. Toutes, deux s'éteignirent bien avant que madame de Warens ne mourut. En 1745, «Ue réclama l'héritage du seul parent de son nom qu'elle eût, -et qui venait
. ÏII. PABTIE. BIOGRAPHIE. 34^
de mourir k G>Q6Jtaiitinople (34)* Ua étranger »!ëtait même emparé de. cet hëvitag^.
Lorsque Jean-Jacques «écrivit ses Confessions (de 1766 à 1770), madame de Warens n'exisf^it plus , et d'ailleurs son intention était de prendre des mesures pour que cet ouvrage ne parût pas avant 1800, calculant qu'alors tous ceux, dont il parlait auraient cessé- de vivre (i).
S'il avait substitué un nom de fantaisie à celui de madame de Warens, toute l'accusation tomberait» Mais du moment ou , depuis plus d'un demi-siècle ^ il n'y a plus^ ni de Loyfif ni de la. Tour Depil , le résultat n'est-il pas le même?
Le reproche fait à Jean-Jacques est donc bien moins, grave, bien moins fondée que si les deux familles n'étaient pas éteintes. D'ailleurs, il avait pris l'engagement d'être yrai daps son récit : il Ta prouvé quant à ce qui le concerne; et Von doit remarquer que de tous les acteurs qu'il fait penser, agir et parler sur cette scène imm^se et variée. qu'embrassent les Confessions, il est eeltti que l'historien ménage le moins.
Revenons à madame de Warens, et voyons si toutes. les vertus, toutes les qualités,, peuve|;^t racheter un vice,. et le couvris d'un voile épais. Rousseau parle dans ses Confessions d&V éducation quil a reçue de la meilleure des femmes y et c'est de madame de Waiens qu'il est question. Malheureusement elle offre. âHÂs sa conduite ce qui heurte le plus nos mœurs, nos usages, et surtout
(1) Saint-Lambert, M. et madame dHoudetot, Grimm', etmadaihe d'Holbach, morts de i8do à 1814 > oat trompé les calculs de Ronsseau ; ce qui est derema indi0*éreBt , puisque » contre son ^é , Poa « publié les Ckmfessions avant Fépoque quHl avait iadiquée.
344 HISTCriAE DE J^J. AOVMEAV,
l'opinion. Elle est si bien établie à cet égard , cette opi« nion^ ^le règne avec tai|t d'empire , que la raison, le bon sens, la justice viennent «se Priser contre elle. Essayons de le faire voir f et, pour y parvenir , -jetons un coup-d'ceil sur la société , prenant nos exemples dans ce qui s'est passé, parce qu'-ayant, avec ce qui se passe encore , une analogie parfaite , on ne pourra poinA contester nos conclusions.
Rappelons d'^abord que madame de Warens était libre; sans mari, sans enfants, sans famille : ainsi ses faiblesses ne firent de tort qu'à elle ( i).
En dirons-nous autant de celte femme qui (son mari étant inscrit sur une liste d'émigrés) obtint le divorce pour conserver son bien à ses enfants; mange ce bien avec un amant, ne donne rien ni aux enfants,, m aH mari ; trouve, après avoir tout mangé, un sot qui Tépouse pour lui doni^er sa fortune; prend soin d'un enfont adultérin qu'elle avait eu pendant son mariage, et laisse de côté les enfants légitimes? De celle qui , dans lès mémoires qu'elle a laissés, nous fait l'aveu de ses faiblesses ou le récit de ses conquêtes; n.ous présente son mari , lui amenant un amant au milieu de la nuit? de cette femme de province dont le mari, riche financier, sachant qu'il n'était père que de l'nm de ses Muit enfants^ dont chacun portait en sobriquet le nom du régiment auquel appartenait le véritable père, fit de vains efforts pour les écarter? Voilà sept adultérins partageant le patrimoine d'un enfant légitime! et c^endant, il n'est personne qui n'aimât mieux compter dans sa famille ,
(i) A>outoD8 qu'elles étaient connues dans Chambéry, et méiD« Il la cour de PiéiiiQPl : circonitance qui atténue le tort qu'on prAt^ ^ Rousseau.
madame T. , madame d'E. , ma^me L., que madame de Warens. Y» a^t*^ de Texagëratien à prétendre qu'une pareille opinion choque la justice et le bon sens? - h' exemple de madame de Warens fait voir jusqu'à quel point Terreur d'un sophiste peut entraîner une jeune femme. Je suis lc»ii de croire M. Detavel^innocent : mais supposons, qu'il fit de bonne foi^^^fil regardât réellement la dernière des faveurs d'une femme, comme un acte indifférent; quel prix alors pouvait-il attacher à un £(cte indifférent en soi-même, et s'il le voyait ainsi , pourquoi n'en fit-il pas le sacrifice, puisqu'il conservait k celle qu'il aimait l'honn^uu: et la considération? Dans quel avilissement ce sophisme ne jeta-t-il point madame de Warens? •
Actuellement Rousseau fut-il sincère en traitant de préjuge l'opinion qui condamnait sa bienfaitrice; en croyant qu'elle rachetait ses écarts par les vertus et les qualités dont il fait un tableau si séduisant? Je n'en fais aucun doute; il l'a prouvé dans d'autres occasions, où, contre son intérêt,* il s^éloignait de la route ordinaire, parce qu'elle lui paraissait dangereuse et semée d'écueils.
U put traiter de préjugé cette opinion qui condamnait madame de Wareçs, et laissait impunies celles dont nous £tVons parlé : que dis-je, impunies? honorées, reçues, fêtées, £^ises effrontément près des mères défainille que la calomnie même était forcée de respecter.
Il put d'autant mieux traiter de préjugé cette opinion, qu'elle n'est que locale , puisque c'est plus particulièrement parmi nous qu'elle règne dans toute sa force , et qu'elle triomphe de la raison, de la morale, de la justice., enfin ^ de tout ce qui exerçait sur Içs sentiments de Jean-Jacques une action si puissante.
346 HI8T0XKE DE J.-J. KOV&SEAV,
Telle$ sont les obseryations que nous a fait faire un sujet délicat à traiter^ et contre lequel ont échoue l'éloquence et le talnit de Rousseau. •
Ceux qui l'ont accusé d'ingratitude envers madame de Warens, ont oublié le langage qu'il tient toujours et constamment sur elle^ le plaisir avec lequel iMui faisait passer des ai|kirs quand il le pouvait, les dispositions qu'il prit dans un testament, par lequel il lui donnait tout ce qu'il possédait (tom I, page i6 et suiv). G. 1. H, HI, rv, V,yi, XII (3, 7, II, "la, i4, i6, 17, 18, ao^ a6, 3i , 34, 35, 37, 39, ^Oj Ô!».)
WXtelet ( Claude-Henri) y né à Paris , mort en 1 786, de l'académie française, auteur de l'Essai sur lés jardins^ à^J^Art dépeindre et fle quelques pièces de théâtre qui ne parurent pas sous son nom : entr'autrès Zéneide. Il y eut entre Jean-Jacques et lui des rapports qui prouvent l'estime qu'ils avaient l'un pour l'autre. C. 1. X. ( SgS 650,7^4,736.)
Weisse, 1765, nom de l'hôte che^. lequel Kousseais comptait loger à Strasbourg. (62g. ) .
WiLDREMET, 1765, joune hommo de Bienne, qui fait beaucoup d'instances à Rousseau pour le déterminer k rester dans cette ville, et réussit; C, L XIL
WiLREs (iV.), 1 765 , nompié dans une lettre à M. d*!veï-nois , sans aucune particularité qui permette de présumer que ce soit le célèbre personnage de ce nom.^ (6n.)
WiRTEMBERG {Louis-Eugènc ^ prince de), 1763. Pen» dant le séjour de Jean- Jacques à Motiers-Tr avers ^ ce prince correspondit avec lui. U le consulta sur l'édui^T tion qu'il avait le projet de donner à ses ©ifàntii. Les rér
ponses de Rousseau sont toutes remarquables par la sagesse et la prudeucç «des conseils. G. liy. XIL (4^2, 4îi5, 429, 435, 441, 45o, 457, 468, 483, 4^94, 5ii, 558.)
XiMENEs ( A agusiin'Louis fjnsiTquis de ), né en 1716 , mort en 1817 : d'une famille originaire d'Espagne. Ce fut son grand-'père qui vint s'établir en France. Il est auteur des tragédies d'Épicharis^ d' Amalazonte , de dom Carlos, dont on n'a conservé que les titres, de beaucoup de petites pièces de vers disséminées dans les almanachs des Muses et autres. Il écrivit à Rousseau pour réfuter sa lettre sur les spectacles. Il critiqua la Nouvelle Héloïse, et fit ainsi ce quU ne voulait pas quon lui fît. Etant à son tour censuré par Fréron, il écrivit à M. de Sartine et lui 4it : « Je vous fais passer les personnalités 1» de cet insolent ex-jésuite contre moi, qui n'ai rien écrit
» que sous votre protection ».
. Ayant appris qu'on préparait une critique contre un de ses opuscules , il s'adressa bravement encore à la police, et, dans une lettre du 16 avril 1786 à M. de Crosne , il s'exprimait ainsi : « J'ai lieu de croire que le journal » de Paris prépare une critique amère de mon Epure » en vers k M. de Rivarol , et publiée avec votre appro- » bation. Je vous prie d'empêcher qu'on ne publie cette » critique qui est encore chez l'imprimeur Quilleau ». Je suppose que, par sa protection ou son approbation^ le lieutenant de police ne garantissait pas la bonté d'un ouvrage sous le rapport littéraire*. Mais tout auteur qui se sert d'un pareil moyen est iugé. Comme Voltaire était hors de la juridiction de la police, M. le marquis de Ximénès le loua pour l'empêcher de lancer un de ces traits qui faisaient de vives blessures. ( '24' * )
348 HISTOIRE DE J.*J. UOITSSÉAir,
Zanetto Nani 9 1744 9 noble Yënitien , qui li'ëtait pas dans l'usage de payer ses dettes. C. 1. YII.
Zinzendorff ( le comte Charles de ), 1 764 ^ visite Jean- Jacques à Motiers-Travers* ( 5oa. )
ZoLLicoFFRE y I ^65 , nomttië sans aucune particuiaritë Intëressante dans deux lettres. (63o, 633. )
ZuLiETTA , 1^449 nom de ïa courtisane deYenise chez laquelle Jean- Jacques se conduisit si bizarrement. qu'elle lui dit, lascia le donne ^ e studia la matematica. Mauvaise foi de M. de La Harpe à cette occasion ^ 1. 1, p. 47* C. I. VIL
ZusTiANi, 1744 > sënaleur de Venise, que Rousseau force de remplir ses engagements. C. 1. VIL
Tiotd. Quelques omissions étaient inévitables dans un traTail de
cette nature. Voici celles dont nous nous sommes aperçu.
Arnould (Sophie) y. actrice de Topera , cëlèbre par ses ' bons mots et £e$ saillies. Elle naquit en 1774 > <l^ns la chambre où l'amiral Coligny avait ëtë massacré, et mourut en i8o3. Lorsqu'on donna le Mariage de Figaro y les ennemis de Beaumarchais soutei^aient que la pièce tomberait; mademoiselle Arnould disait : oui, c'est im ouvrage à tomber cinquante fois, de suite. Sous le minis-* tère de M^ de Ghoiseul, la batterie mit en regard du portrait de ce ministre celui de Sully ; 'mademoiselle Arnould appelait cette réunion la receite et la dépense» Rousseau fît sa connaissance en 177 1 , et dinait quelque* fois tête k tête avec elle. V»t. I*' , p. 181.
Barbantane (iV. de Vierville, marquise de). Son mari était ambassadeur à Florence. C'est par la corres«
III* PIATIE. BIOGBJ^PHIE. ^40
p6n4âQce secrète de DaVid- Huiïie , que, nous savons qu'elle preDAit beaucoup d'intérêt à Rousseau. Y. t. I^r^ p. ii3.
Barjag , 1 743 , valet-de-chambre du cardinal de Heury; il avait beaucoup de crédit sur son maître. Pour donner une idée de la bonté des choix qu'il lui faisait faire ^ Rousseau dit en parlant de M. deMontaigu : C'était un ambassadeur de la façon de Barjac. Gonf. 1. YII.
JussiEU (Bernard de)^ né à Lyon en 1699, mort à Paris en 1777 rTun des plus célèbres botanistes du dixhuitième siècle et d'une famille où la science et le mérite semblent héréditaires. Rousseau le consulta et le connut en 1770. Comme M. de Jussieu était très- âgé à cette époque , il est probable que c'était avec M. Antoine-Laurent de Jussieu^ neveu du célèbre Bernard , qu'il faisait . des herborisations. V. lettre à M. de la Tourette.
RouGHER {J, ji.)yué à Montpellier, en 1745, mort en 1794 y victime des bourreaux de cette époque. Auteur du poème des Mois , que M. de La Harpe a traité plutôt avec injuJBtice qu'avec sévérité. L'on remarque même dans la longue critique qu'il a faite de ce poème, de la haine et du fiel. En louant Jean- Jacques qu'il* avait connu, Roucher encourut la disgrâce de La Harpe, qui était charitablement implacable. 11 s'exprime avec une aigreur choquante: « Je l'aurais renvoyé, dit-il, à son )> héros ^ k celui qui est à ses yeux le docteur des doc- » teurs , à Rousseau » ( i ).
Notez bien que c'est pour une opinion qu'admettaient La Harpe et Jean-Jacques. Il semble qu'il fut humilié d'avoir la moindre conformité avec un homme qui vivrf.
^— — ■^■^— ^^WiM^^— — — — — ■ ■ ■ »^— — M—— — — — —
(i) Court de littérature, tome YIII, p. 146, édition in-) a.
plus que lui ^ qui avait plus de talents que lui * plus de vertus que lui; qui savait oublier et pardonner ^ tandis que le critique n'oublie rien^ ne pardonnepoint et pass^ presque toute sa vie à chercher des faute». (Y, son art.)
Rousseau , moins sévère que M. de La Harpe , louait un jour Roucher sur ses vers. Le poète se défendant de ses éloges ) Jean-Jacques lui dit alors avec un ton brusque de vérité 9 en le frappant sur Tépaule : modestie , fausse vertu y quand on a du talent^ on le sent , mais on n*en écrase pas les autres.
Roucher publia, le premier , les quatre lettres de Jeàn- Jacques à M. de Maleshcrbes. C'était en 1779, dans les notes du onzième chant du poème des Mois. Les démarches que Ton fit pour Tempécher d'imprimer ces lettres sont à peine croyables, quoique certaines. On voulait établir un système de diffamation contre l'auteur d'Emile , et l'on sentait que 'ces lettres ne pouvaient produire que des impressions favorables pour céLvà qui'l^ avait écrites. Roucher eut le conrage de résister aux sé>ductions et de braver les menace» de ceux qui donnaient le ton à cette époque dans la répixblique des lettres.
T!nQViv{ André) y né vers 174^, membre de l'Institut , botaniste ^ agronome y a fait créer une chaire de culture pratique. Le Jardin des Plantes lui doit une réunion précieuse d'arbres fruitiers. Son père était jardinier en chef de cet établissement. Il est question de M. Thouin dans les lettres de Jean-Jacques à M. de la Tourette.