‹ Histoire de la vie et des ouvrages de J.-J. Rousseau, composée de documents authentiquesChapitre 26 sur 108 · IV. PIRTIE. SES OtTVRAGSS · texte numérisé non relu

IV. PIRTIE. SES OtTVRAGSS

qu'un tissu d'aventures, et que de Tagriément sans utilité.

Il sentit d'abord qu'il allait se placer dans une fausse position et se mettre en contradiction avec lui-même. Après avoir tonne contre les li^^res efféminés qui rcspi" raient V amour et la mollesse , il lui semblait choquant de s'inscrire parmi les auteurs de ces livres. U avoue qu'il sentait cette inconséquence dans toute sa force^ qu'il en rougissait, qu'il s'en dépitait, mais qu'il fut subjugué complètement.

Il résolut 9 en cédant à la tentation , d'avoir un but moral , afin que son ouvrage différât de ceux qu'il avait censurés avec tant de raieon.

Rousseau avait vécu dans une société où les devoirs étaient entièrement sacrifiés au bon ton, aux manières élégantes et gracieuses , aux goûts les plus efirénés pour les plaisirs, quoique l'on conservât encore une certaine décence extérieure et quelques apparences. Madame d'£pinay , dans ses Mémoires , se présente comme ivre d'amour pour M. de Francueil , qui l'abandonne ensuite. Elle lui fait succéder Grimm, pendant que M. d'Ëpinay entretenait des actrices de l'Opéra sous les yeux de sa femme. Madame d'Houdetot , sa sœur , n'eut au moins qu'une passion , mais son mari n'en fut pas l'objet ; tout brutal , tout chicaneur qu'on le représente en le calomniant, il vivait en tiers avec l'heureux Saint-Lambert , sans mot dire, sans se plaindre, sans même soupçonner en avoir le droit, Unt il subissait l'empire des mœurs à la mode. Madame de Jully , belle-sœur de madame d'Épinay, avait, dans Jélyotte, fait un choix moins excusable. Mademoiselle d'Ette , pleine d'esprit et de méchanceté , vivait publiquement avec le chevalier de Valori, etc.

Ce spectacle remplissait Rousseau d'une secrète et

profonde indignation. <t Rien ne lui paraissait aussi fë- » voltant que l'orgueil d'une femme infidèle qui, foulant » ouvertement aux pieds tous ses devoirs , prétend que » son mari soit pénétré de reconnaissance de la grâce j» qu'elle lui accorde de ne pas se laisser prendre sur le » fait. Les êtres parfaits ne sont pas dans la nature ^ mais, » qu'une jeune personne , née avec un cœur aussi tendre » qu'honnétjB , se laisse vaincre par l'amour étant fille , » et retrouve étant femme, des forces pour le vaincre à « sou tour, et redevenir vertueuse^ quiconque vous dira » que ce tableau, dans sa totalité , est scandaleux et n'est » pas utile , est un menteur et un hypocrite : ne l'ëcoutez » pas. i> Ainsi, Jean -Jacques opposa au tableau général des femmes de son temps , qui manquaient à leurs devoirs , une jeune personne , faible avant d'être mariée , qui retrouve alors assez de force pour résister à son amant quoique sa passion ne soit pas éteinte.

Une autre idée séduisit Rousseau , qui composait H<> loïse au moment de l'orage excité par V Encyclopédie. Deux partis acharnés l'un contre l'autre étaient près d'en venir aux mains : l'un était formé de philosophes qui niaient ou l'existence de Dieu., ou tous les rapports entre le Créateur et l'homme ; dans l'autre , bien plus nombreux , étaient tous ceux qui professaient (de bonne foi ou non) l'opinion contraire. Jean-Jacques fut assez bon pour croire qu'il était possible d^ adoucir leur haine réciproque en détruisant les préjugés , et dé montrer à chaque parti le mérite et la vertu dans Vautre , dignes de V estime publique et du respect de tous les mortels, ^ .

Plein de ce projet (i) , il dessina les deux caractères

(i) Dans une lettre écrite de Montmorency, le a4 i^^" i'J^^f Jean-Jacques développe ce projet à M. Vernes, « Vos griefs contre

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