IV. PARTIE. SES OUVRAGES
» couronne qui fut décernée à cet auteur trop célèbre D et trop infortuné ( Jean-Jacques ), a pu faire croire » que l'académie entière s'était laissé séduire par l'élo- 3» quence de ce dangereux écrivain ; mais on ne doit pas 1» rejeter le blâme de ce jugement sur l'académie en- 31 tière, ni reprocher cette espèce d'erreur à une société » qui ne compte plus parmi ses membres aucun de ceux i> qui concoururent, par leur suffrage à couronner » M. Rousseau ».
Nous devons ces détails à M. Giraud. Le repentir tardif de cette société n'était point motivé. Car en suppo^* santquela cause eut été mauvaise, insoutenable: dans un Discours académique , c'est plus particulièronént le talent et le style du concurrent que l'on couronne, que son opinion ^ d'ailleurs proposer la question c'était laisser la liberté du choix, et l'on ne devait plus s'occuper que de kà manière dont le sujet était traité. f
ao Sur l'inégalité des conditions.
En 1753 l'académie de Dijon proposa cette question , que le discours de Jeân-Jacques rendit célèbre, quoiqu'il ne fut point couronné. Le nom de celui qui remporta le prix est r.esté dans l'obscurité : ce fut l'abbé Talbert , qui triompha modestement, étonné sans doute de sa victoire,* autant que le tribunal littéraire était honteux de son choix, puisque ni l'un ni l'autre ne donnèrent de publi* cité à l'ouvrage couronné.
Jean-Jacques passa huit jours à ^Saint-Germain. Il s'en« fonçait dans la forêt , méditant sur V origine de l'inégalité parmi les hommes (i)j et le résultat dç ses médita* tious fut ce Discours.
(i) yoyçz liv. VIIl des Confessions.
Il acheva dans Un voyage àChambeiy,qu'il fit en i^54, la dédicace qu'il avait esquissée avant son départ de Paris. Cette dédicace , que le plus pur patriotisme avait dictée , ne fit que lui attirer des ennemis dans le conseil et des jaloux dans la bourgeoisie: aucun Genevois ne lui sut un vrai gré du zèle de cœur qu*on sent dans cet ouvrage.
' « Ce discours ne trouva, dit-il encore, que peu de 7> lecteur^ qui l'entendissent , et aucun de ceux-là qui « voulut en parler. » Il est cependant bien supérieur à eèlui qui précède. Mais la matière était pl^é abstraite : Jean- Jacques heurtait toutes lés notions reçues ; et la manière dont il avait traité ses adversaires dans la précédente discussion sur les sciences et les arts, otait toute envie d'entrer en lice avec lui. Voilà probablement la seule cause du silence qui suivit la publication de cet ouvrage. Grimm , en en rendant compte dans sa corres^ pondance littéraire ( i) , le juge avec impartialité. • « Je doute , dit-il , qu'il y ait eu parmi les concurrents p un discours approchant de celui du citoyen de Genève. » Un style simple à la fois et noble, plein de lumière, d'éj> nergie et de chaleur, une éloquence mâle et touchante , » ont attiré à ses ouvrages une grande célébrité. Il y a» » apparence que le Discours sur V inégalité n'est , pour » ainsi dire , qu'une suite du précédent sur les sciences y » et que c'est celui-ci qui a donné à M. Rousseau l'oc- » casion de méditer sur la nature de l'homme et sur sa » vocation. Son obje^ est grand et beau.... Vous trou- » verez beaucoup de sagacité dans ses méditations ; mais » il n'a pu se défaire des défauts qu'on lui a repro- » chés quelquefois. Ses vues sont grandes , fines , neuves ^