‹ Histoire de la vie et des ouvrages de J.-J. Rousseau, composée de documents authentiquesChapitre 33 sur 108 · IV. PARTIE. SES OtrVllAGES · texte numérisé non relu

IV. PARTIE. SES OtrVllAGES

de l'éducation, voilà y certes^ un projet utile, une entreprise digne de tous les éloges. Telle est celle que conçut et qu'ei^écuta celui«là seul qui pouvait rexécuter , parce qu'il l*avait conçue.

Du point où il se place, il voit le bouleversement des classes de la société : il prend son élève dans une des premières; de celles que la fortune se plaît à combler de ses faveurs: il se dit ^comment faut-il élever celui qui doit tout perdre un jour : parens , femme, enfants , amis , richesses , considération , tout ce qui embellit l'existence, puisqu'il doit être entièrement dépouillé , réduit à lui ^ puisque même la liberté lui doit être enlevée ? Comment fera cet infortuné qui n'a plus rien ,. pour être libre encore dans les fers et trouver du prix à la vie ?

Et qu'on ne croie pas que, chez. Jean-Jacques ^ ce soit un jeu de son imagination ; que , pour pour exercer son talent, il pose un problême que des hypothèses chimériques rendent insoluble, ou qu'accoutumé à vaincre les difficultés , il aiâie à s'en faire pour jouir d'un facile triomphe. Ce qui me reste k dire va prouver lecontraire^ et démontrer jusqu'à l'évidence que l'intention de Rousseau fut de faire un homme de son élève, et que jamais intention ne fut appuyée sur des motifs^ plus puissants, plu5 pressants mêjne, puisqu'ils étaient pour ainsi dire irrésistibles,. Jean- Jacques ayant , en leur cédant , sacrifié le repos de sa vie.^ laaissons-le les exposet luimême.

« Appropriez , nous dît - il ( * ) ^ l'éducation de

» l'homme à l'homme, et non pas à ce qui n'est point

.» lui. Ne voyez-vous pas qu'en travaillant à le former

» exclusivement pour un état , vous le rendez inutile à

^i] Emile y liv. III > vers I» fin.

3^4 HWTOIHE DE J.-J. aOUSSEAU,

» tout autre j et que , s'il plaît à la fortune , vous n'atirez

» travailla qd'à le rendre malheureux: ? Vous vous

» ficB à Tordre actuel de là société , 6ân« songer qiie cet » ordre est sujet à des révolutions inévitables, et qu'il » vous est impossible de prévoir ni de prévenir celle qui V peut regarder vos enfants. Le grand devient petit , le » ricbfe devient pauvre/ Ifc InonarqUe devient sujet: « les coups du sort sont-ils . si rares que vous puissiez » compter d'en être exempt? Nous «f^rochons de » l'état dé crise ( i ) «t du siècle des révoluti<ins. Qui peut » TOUS répondre de ce que vous deviendrez aloi^s ? Tout » ce qu'ont £adt les hommes ^ les hommes peuvent le dé- » truire : il n'y a de caractères ineflfaçablesque Ceux qu'im- » prim«lanature,etlanaturenefâitniprince$>ni riches,

(l) Ce passage est écrit en 1760. Jean-Jacques ajoute dans une note : Je tient pour impossible que les grandes monarchies de l'Europe aient encore long-temps à durer ^ toutes ont brillé, et fûut élMxftA brille est sur son décUn.Cetie observation est appuyée sur des £uts, il «at vrai ^ mais les exemples sont isolés., ei l'iippUcation serait peut- être hasardée; c^est-à-dire que toiM les états d^unc partie du monde n'ont pas brille à la/bis conome ceux de l'Europe, ce qui faisait envahir par les barbares le pays dont le peuple était le plus poKcé. Mais il n'y a plus de barbares depuis que ceux qui pouvari^nt pdsscrr pour l'hêtre ont pris des leçotis de politesse et de civilÎMiiMi , qwl'»u lîeu àe payer , ils ont îêkl payer assex dwt*. kimsi r<étét *àe la ^[«estiiin est cbamgé. Vm. peuple corcooiftt finissaii ptr être conquis ^ les faits le prouvent : mais aucun exemple ne mous apprend quelle est la fin de ce peuple quand ses voisins sont aussi corrompus que lui. t)u resle, l'état de crise suivit de près la prédiction , et précéda dç peu de temps le siècle dés réi^olutions. L'étude d; la réflexion firent trouver à 7ean-f acques dans le présent et Je fMHBié les présages de t'avvoir , et ievèrealt à ses y^ux le voile qui le cxMivxait. S'il vivait de nos jours , il aurait peut-être mpim -de laérite à prévoir ce qui nous est prép^iré.

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» nig^rUQd» aeîgaemvt. Qae fera donc y dansla basiesse, ce ^ s^Hri^l^ <{ue Yous n'aurez ël«vé qoe pour la grandeur ? » q«Q|«ra, dafli^ la pau.vi)elë.^ os publicain qui ne sait » vivre q«e:d'o9 ? qiM fera., dépouvude to^t, ce fasiueiix « imhéciUe qui ne sait poiui uam de turaiénae et ne met 1» son élre que dans cequi est ëtrangec à kU? Ueuveu )i celui qui sait quitter alora l'état qui le quitte , et rester n homaie^BL dépit du sort !. . . Un roi^ qui n'existe que par n sa couroBtte n'est rien du toiU &'il n'est roi« Meds cehii » qui la perd^ et s'en passe, est alors au-dessus- d'elle. 9 Du rang de roi, qu'un lâche , qu/un n^^ciiant, un » fou y ptfut sqmptir GQnune uqi autre , il monte à l'état 9 d'homme, *que ai peu d^hommes savent remplir, n Alors il trioakphe de la fartune, il la brave ^ il ne » doit rien qu'à lujfSeul; et, quand il ne lui restée 9 moi^tvev que hii, il n'est poipt nul, il est quelque » cboae. Oui , >'aime mieuit ^o<^t fois le roi de Syracuse » maîtted^écolf kCorinihe,e*leroidelKiboédoioegreflep )> à Rome^ qu'un malheureux Tarquin ne sachautquo » devenir s'il ne règne pas ; que fhëritier possesseur des » trois royaumea ( i ), jouet dtp quiconque ose- insulter

(i) Charles-Edouard , petil-fils de Jacques II , était plus,fai^ pour ré^er que »oi\ aïeul i qui perdit la cot^roune pour n^avoir pas compris le véritable sens du mot de Henri IV , Un royaume vaut bien une messn; mok bien interprété par Chârles-^an. Le prétendant se mautra'ftctmvi» ea if4^ Mais U éclv>ua , et fot sacrifia: par un ws" tiçleftgçret dft UÛ^ d'ÀlA-U'Chapi&Ue , aigoé I0 l& octobre I74il> la cQ)i» 4e Ffai|«» «^«^««e^ 9^ W renvo^yoïi de ses. éiAt». €• priA<?« ne se pves^aipl pa^ ^bé^r k tVcdr^ qWil aidait reçu 4^ sortir dff i'ffkiïeei )I. de V^^^iceHil fiil chargé de IV^âler. U «e vit ofelifl^ ' d'eoAplQjEer la C<Mr<Hi^ Le p^iooe çl^çclvi ^h^% Tusage Mip9^4^c4 4^ ligueur* et dM vin l^PHbU de sas «i^¥K. et 4e t»% ^é^f/)o^Sj, Qt fii^t par s^abrutir entièrement.  Tépoque où Jean-Ji^cque$ écriv.aL^

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5» à sa misère, errant de cour en cour , cherchant par-- » tout des secours et trouvant partout des affronts ,. » faute de savoir faire autre chose qu'un métier qui n^est

» plus en son pouvoir Travailler est un devoir in-

» dispensable à Thommesocial. Biche ou pauvre y puissant » ou faible y tout citoyen oisif est un fripon . De toutes les^ » conditions y la plus indépendante de la fortune et des

» hommes est celle de l'artisan Partout où Ton

» veut vexer l'artisan^ son bagage est bientôt fait: il » emporte ses bras , et s'en va. »

U fallait y pour que la leçon fût instructive , qu'Emile perdit tout^ et Jean*Jacques ne lui épargne aucun des malheurs auxquels l'homme est exposé : i( ren-abrcuve, il lui fait avaler le calice jusqu'à la lie. Après l'avoir placé dans des circonstances telles qu*il est obligé de fuir sa femme, son enfant, d'abandonner sa fortune , et de se servir de ses ressources personnelles^ il le met dan» l'esclavage , et l'y fait conserver l'indépendance de s» pensée , et la fierté de son caractère.

Si Jean«Jacques avait pris son élève dans une classe inférieure, son^ but n'eût pas été rempli. U veut rendre Emile propre à toutes les conditions humaines. On élève un f ouvre pour être riche y lui, veut élever un riche pour être pauvre.

L'épreuve contraire n'eût peut-être pas été totalement inutile. On n'aurait pas vu sans intérêt Emile luttanl contre là. prospérité, qui, dans l'homme le moins i?m-

Emile , le prétendant était toujours ivre. Il mourut à Rome le Si janvier 1788* Le cardinal d'Yorck était son frère. Il ne reste plu» de cette illustre famille que de tristes souTenirs , des exemples terribles de l'inconstance de la fortune , et de grandes leçons , mais de peu d'utilité , parce que le très-petit nombre de ceux i l'osa^^e desqaeh elles sont , n'en profitent jamais.

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