IV, PARTIE. SES 0UVRAGC
parCaùt composé de bien et de mal , développe plutôt le mal que le bien. Supposons Emile transpoi'té tout-à-coup sur. ce théâtre où règne la flatterie ^ où personne n'est à l'abri de son influence, où quelque élevés que soient les trônes des dieux de la terre, elle les enveloppe d'une atmosphère embaumée^ et môle sa fumée enivrante à celle de l'encens le plus pur. Qu^le conduite tiendrait Emile dans ce séjour ? S'y mettra-t-il à Tabri de la contagion ? Doué de toutes les facultés que lui donne son gouverneur et qui brillent dans l'adversité, saura-t-il les conserver dans tout leur éclat au faite des grandeurs ? . . . • Mais celui qui n'a jamais connu que le malheur ou la misère; qui fut persuadé que les honneurs favorisaient la corruption; qui sans cesse appelle à son secours l'expérience , ne pouvait présenter l'élève jouant un rôle auquel le maître était étranger : il voulait offrir des leçons d'un usage général, et peu de personnes sont appelées à gouverner les hommes.
Ces observations nous amènent naturellement à exa<* miner quelle marche on devait suivre dans l'examen critique à' Emile afin de la comparer à celle qu'on a suivie.
Pour qu'une critique soit raisonnable et fondée , elle doit s'appuyer sur des bases reconnues , et partir d'un principe fixe; autrement elle porte à faux. Quelque bien* enchaînés que paraissent être les raisonneinents, quelles que soient la liaison des idées , la justesse de la logique, si l'on est parti d'une supposition gratuite , tout s'écroule à l'examen.
11 est d'abord nécessaire de bien connaître le but que se propose un écrivain ; autrement on ne peut porter un jugement motivé sur les moyens qu'il a pris pour àrriver à ce but. Telle est la marche également prescrite par le bon sens et l'équité.
378 HISTOIRE DE J.-J. KOVSSEAVj
' Si Ton prétend qiM& Tusseau ne devait pas se proposer le bat qu'il veut atteindre y fenteods cria : c'e^ une opinion pertiodière susceptible dfétie discutéew Qu'en dise cpt'il n'y à point de rapport entre le but el les moyens, )'enleiids encore cela ^pourvu qu'on le prouve» Dan» cette double attaque, od pavt d'un point eomi»; jc'e^t-à-^re dû but proposé, qu'on doit commencer par rappeler avec précision et clarté , pour f«iir# vont quW s'e&lend soi-même et qu'on veut être eniendte des autres.
Mais qu'on vienne nous dire que l'éiKicatien d*£mile ne convient point à tel état^ à ^eUe profession , dans tel ratt§;,nous n'y entendons plus rien y. parce que le gouverneur d'Emile n'a pas voulu faire de son élève un membre du parlement y un évéque, un maréchal de France (i). L'étude des lots, celle de la tactique militaire fcmt une partie de l'inatructioik qu'Emile feue ou doà recevoir , comme l'escrime et la danse sont au nombre des exercice» propres k entretenir ta souplesse et l'agilité de ses membres : mais sou gouverneur ne prétend pas plus lui apprendre la tactique que l*escrime^ m le droit qnc^ la danse •' son but est d'en Jkiro un homme} noua verrons ce qu'il entend par-là.
Qu'isolwit des passages pn crie à l*impiété, au mépris des lois ou des souverains, à l'oubh des convenances^ on s'écarte de la question | et pour se reconnaître il iam
(1) U le déclare potiliveoiept : « Vivrf , ditri| , «ft le métier que » je lui veu:^ appreudre. £n sortant de mes vams, il ne aéra > j^ea » convieos, ni magistrat , ni soldat, ni prAtre. Il sera première* » ment homme , tout ce qu^un homme doit être. Sa fortune aura » beau lui faire changer de place, il sera IOtt)Ours k la sienne. » Emile , liv. I.
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Temeitre cfaaqae passage à sst place ^ pairce qa*îl.n*en doit pas sortir , sans te qui raccompagne.
. Il ne faut TOir dans les choses que ce qai s'y trouve , et dans un livre que de que i'aateur y met. Entrons donc dans les Idées du gouverneur d'Emile». Il ne se contente pas de donner à son ëlève un métier qui , pouvant être exercé dans tout pays civilisé, met celui qui le possède à même de gagnier son pain , parce qu'il n'est pas question d'en faire un artisan. On lui donne une ressource assurée dans le malheur , un genre d'industrie qui reçoit des circonstances son prix et son 'emploi, il £Kut que ce ne soit qu'une ressource, parce que l'homme à qui vous la donnez doit occuper un rang dans. la société, et même y remplir des fonctions. Mais comme nous supposons une époque ou les rangs sont renversés et les classes confondues, et que, jdans cette hypothèse, il serait imprudent de Caire choix d'un état et de fonctions déterminées , parce que ce choix, pourraittomber sur un état qui n'ej^istera plus , il est néces* lairé de rendre notre élève jH'oprc à tout. Il y a des principes communs à tous les états, des connaissances générales applicables à tous, et qui, dans une révolution même, trouvent leur emploi, parce que, sans ces connaissances et ces principes, la société serait dissoute, et que, dans l'espèce, il s'agit d'une révolution qui confond les rangs et renverse les fortunes , mais ne dissout pas la société. Ce sont ces principes généraux que le gouverneur yb/f eicquérir à son élève, non par des discours, des leçons, des lectures, mais par la pratique. Il le met dans des positions où l'élève déduit de lui-même le principe : c'est l'instruction en action, s'il est permis de s'exprimer ainsi.
Mais Emile n'a ni connaissances , ni préjugés, ni
opinion , quand son gouverneur s'en empare^ consëquemmcnt aucune idée sur les religions et les cultes. Il est, dans cette hypothèse, l'objet d'une exception unique, et peut se choisir une religion : ce qui n'arrive k personne de nous, puisque chacun reçoit la sienne, et la suit parce qu'il l'a reçue. Dans cet état de choses , le gouverneur ne doit point, eu^ parlant de religion à son ëlève, sortir des généralités^ d'oà l'on voit que si l'on extrait un passage pour le commenter, on fait une application qui n'a point été faite par l'autïsur , et qu'on perd la question de vue.
Rousseau commence donc par faire de son élève un homme; et si le portrait est idéal, ce n'est point sa faute, et les hommes n'ont point à s'en plaindre* Cet homme une fois produit est propre à toutes les fonc-* tions qui lui seraient confiées par l'état, pourvu qu'elles ■ ne soient pas en opposition avec les devoirs que la morale impose. Cet homme idéal est bon, juste, fort; il réunit à la ,force la droiture et l'amour de ses sem* blables : il sait qy^ il faut leur faire tout ce quU voudrait qu'on lui fît à lui-même.
Il a cette énergie qui fait que toujours il agit comme il parle; quil est toujours décidé sur le parti quil doit pnendre; quil le prend hautement et le suit toujours. Ce n'est point dans les livres qu'il apprit à devenir tel } ce n'est point dans nos écoles, c^est en vivant y c'est-Âdire, en faisant usage de ses organes, de ses sens, de ses facultés, de toutes les parties de lui-même qui lui donnent le sentiment de son existence.
Un tel homme est propre à toutes les fonctions, parce que, dans sa vie toujours active, il ne fut étranger à aucune, se pénétra de leurs devoirs, conduit par une main invisible qui faisait naître l'occasion de le&<