IV. PARTIE. SES OUVRAGES
qu'il a promis y et y pour la bien connaître , de le consuN ter lui-même.
L'iastituteur d'un enfant s'est adressé à Jean-Jacques pour en obtaaiir des conseils sur la conduite qu'il devait tenir avec son élève. Il lui annonce même le projet de suivre les précités à^Emile^ Voici la réponse de Rous» seau (i) : « S'il est vrai que vous ayez adopté- le plan » €[ue j*ai t4ché de tracer dans V Emile , j'admire votre » courage ; car vous avez trop :de lumières pour ne pas » voir que , dans un pareil système , il Jaut tout ou » rien (a) , et qu'il vaudrait cent fois mieux reprendre » le train des éducations ordinaires, et faire un petit » talon rouge , que de suivre à demi celle-là pour ne • » faire qu'un homme manqué. Ce que j'appelle tout y » n'est pets de suivre servilement mes idées ; au con^ yi traire , c*est souvent de les corriger ^ mais de s'attacher j> aux principes , et d'en suivre exactement les consé- ». quences , avec les modifications qu exige nécessaire- » meni toute application particulière. Vous ne pouvez » ignorer quelle tâche immense vous vous donnez : vous » voilà y pendant dix ans au moins , nul pour vous- » même , et livré tout entier, avec toutes vos facultés à » votre élève 5 vigilance , patience , fermeté , voilà sur- » tout trois qualités sur lesquelles vous ne sauriez vous
(1) f^oy. Correspondance i lettre à M. TA. M., datée deMonquin, le 18 férrier 1770.
(a) Si Pou s^arrétait là , si l'oo isolait cette phrase , on pourrait la qualifier d^âssertion tranchaote , et taxer d^orgueil Vauteur \ mais il faut voir ce qu'il entend par tout ou rien. Quand on aura vu Texplication , on sera forcé de convenir du danger d^extraire une pensée pour Texaminer sans faire attention à ce qui la précède ou la suit , et del^injustice ou de la mauvaite foi de ceux qui suivent une pareille méthode.
4oa HISTOIRE DE J.-J. RaUSSEAV,
1» relâcher un seul instant , sans risquer de tout perdre ; » oui , de tout perdre , entièrement tout. »
C'est donc à tort qu'on l'accusa d'être exclusif et systématique. Tout faiseur de système défend d'interpréter ses opinions, d'altérer ses préceptes, et ne permet pas, ( commt Rousseau, de corriger ses idées , m de faire les modifications qu exige toute application particulière. Souvent , dans Emile , Jean-Jacques laisse une grande latitude. Je crois ^ dit-il (i), qii on trousserait aisément une autre méthode , mais si elle était moins appropriée à r espèce y je doute quelle eut le même succès.
Pour être en droit de faire à l'auteur à* É mile uû reproche fondé , il faudrait prouver que l'on a vu un enfant et un instituteur entièrement semblables à l'élève et au gouverneur mis en action par Jean- Jacques', et placés tous deus. dans les mêmes circonstances.
Jean-Jacques dit ( liv. I ) que la précaution défaire tiédir l'eau pour kwer un enfant , n'est pas indispensable; il ajoute : commencez cependant par suivre Pusage y' et ne vous en écartez que peurà-peu. Il veut que l'enfant soit élevé à la campagne , et qu'on l'expose aux influences atmosphériques. Des mères imprudences commencent par pUnger dans l'eau froide leurs enfants, qu'elles élèvent au milieu de Paris* £Ues les perdent «t accusent Rousseau. En ordonnant aux mères d'être nourrices , il leur prescrit une vie réglée. Elles vIMit au bal , elles veillent ^ le lait s'écliaufFe, l'enfant meurt, et Jean- Jacques est de nouveau coupable, et son livre est un ouvrage dangereux ! Cette logique n'est que trop commune , et ne mérite pas de réponse.
L'auteur d^ Emile était loin de croire son système par-
(i) Em(76;liv. III. Je montre seulement le but, dit-ll ailleurs , etc.