IV. PARTIE* SES OUVRAGES. 4o
fait , où de supposer qu'il n'avait pas commis d'erreurs. On en voit la preuve dans sa Correspondance et dans ses Confessions i « Vouloir rendre, dit-il (i), les "jefines » gens attentifs en leur montrant un objet tri^-intëres-^ i»*9ant,pour eux, est un contre-sens très-ordtbaire aux » instituteurs , et que je n*ai pas évité moi-tti^ine dans » mon Emile. »
Eousseau n'acheva point Emile, Un de ses compatriotes a fait part au public du dénouement que l'auteur avait imaginé. Pendant son séjour en Angleterre il avait fait des additions importantes, outre un parallèle entre l'éducation publique et l'éducation particulière : mais il . a malheureusement détruit ce travail , ainsi que nous l'avons dit ailleurs ( !2 ).
Voici le dénouement d'Emile , tel qu'il a été transmis par M. Prévôt de Genève (3).
à Dénouement d* Emile. Une suite d'événements amène Emile dans^ une Ile déserte. Il trouve sur le rivage un temple ortié de fleurs et de fruits délicieux. Ghaqile jour il le visite , et chaque jour il lé trouve embelli. Sophie en est la prétresse. Ëmtle l'ignore. Quels événements ont pu l'attirer en ces lieux? les suites 4o sa faute et des actions qui l'effacent. Sophie enfin 9e fait connaître , Emile apprend le tissu de fraudes et de violences sous lequel elle a succombé. Mais indigne désormais d'être sa compagne , elle veut être son esclave et servir sa propre rivale. Celle-ci est une jeune personne que d'autres événements* unissent au sort des deux anciens époux. Cette rivale épouse Emile ^ Sophie
(i) Confessions, liv. V.'
(3) ArcUves Hiléi aires de V Europe , i8o4.
4o4 HISTOIRE D£ Jr-J. ROUSSEAU,
assiste à la noce. Enfin , après quelques jours donnes h l'aniertume du repentir et aux tourments d'une douleur toujours renaissante, et d'autant plus vive que Sophie se. fai( uiulevoir et un point d'honneur de la dissimuler , JÉmile etrl>9t rivale de Sophie avouent que leur mariage n'est qu^une feinte. Cette prétendue rivale avait un autre époux qu'on présentera Sophie, et Sophie retrouve le sien qui , non-seulementlui pardonne une faute involontaire expiée par les plus cruelles peines , et réparée par le repentir, mais qui estime et honore en elle des vertus dont il n'avait qu'une faihle idée avant qu'elles eussent trouvé l'occasion de se développer dans toute son étendue. »
Emile est l'ouvrage que Rousseau regardait comme le principal, le plus utile de tous ses écrits, celui même auquel il attachait toute sa gloire , et qui devait mettre le sceau à sa réputation r circonstance qui semblait nous imposer l'obligation de donner plus de développement à cette notice : nous avons tâché de n'y conseryer aucune trace dé l'émotion contagieuse dont il est difficile de se gar^tir en lisant une des plus belles productions de l'esprit humain. Si nous n'avions pas complètement réussi , il serait de toute justice , avant de nous blâmei: , d'en voir la cause et d'en chercher l'excuse dans Emièe même.