‹ Histoire de la vie et des ouvrages de J.-J. Rousseau, composée de documents authentiquesChapitre 5 sur 108 · II · texte numérisé non relu

II

34 HI9TOIIUE t>E Jr.^J* AOtrSSEAV)

Gampra qui avait une grande réputation, travailla pour TAcadémie royale et fit la musique d'un -grand noinbre d'opéra. Il mourut à Versailles en 1^44 7 ^^^ ^^ 84 ^ns. (7.)

Canovas, 1*734* Employé au cadastre à Ghambéry avec Jean*Jacques. Il était des concerts de madame de Warens et jouait du violoncelle. G. 1. Y.

Garrio, 1744* Successivement secrétaire d'ambassade à Venise, en Suède, à Paris., et chargé d'affaires de la cour d'Espagne. Il ajouta une lettre à son nom , et lorsqu'il vint à Paris vers 1760, il se faisait appeler le che* valier de Garrion. G. L VII et X.

Cartier , 1759. Genevois qui crut qu'en écrivant à Jean-Jacques , il éiait convenable de le tutoyer. Rousseau le persifla dans sa réponse. (187.)

Càs£nov£, 1766. Il en esft parlé dans la lettre n!^ 658.

Castel {Louis-Bertrand) y jésuite: né à Montpellier en i688> il mourut à Paris en 1757^ célèbre par ses systèmes et ses, singularités, au noi|ibre desquels fut Tin-* yen^àxmjXwcL clavecin oculaire. Il prétendait qu'en va« riant les couleurs, on pouvait affecter l'organe de la vue, comme on affecte celui de l'ouïe x>aT la variété des sons. Il dépensa son temps et son argent k construire une ma* chine qui ne répondit point à son attente. Il rendit quel* ques services à Rousseau. G. !• VIII.

CA8TELI.ANE (le comte de), ambassadeur de France à Gonstantinople. Il y remplaça M. de Villeneuve eti 1740. C'est à lui que s'adressa Rousseau pour réclamer, au noni de madame de TVarens , l'héritage de son parent, M. de La Tour^ gentilhomme du pays de Vaud, mort à CdU'

Uantitiople. M* de GaHéttaoe ayam tftë rtupUcé dam le mois d'octobre 1746 à ConstantiiKoplc par M. Dësal»*^ leurs ^ la lettre qu'on date de i^SS^ doit être dé 1746 au plus tard. (340

Gastries {Chartes*Eugène*Gakriel dt La Croix, m^ réchal de )j né en 1717 , mort en 180 1 à Wolfenbutel, où le duc de Brunswick qu*il avait battu à Glostercamp> lui fit élever un monument. Rousseau croit que Grîmm raccompagna j maîd c^e^t \t maréchal d'Bstréâs , n Fon en croit madame dTEpinay. G« L Dté

Gataneo , de la famille des architectes italiens de ce nom , était agent da rot dePruMe àYenisre en t74^< Jean-" Jacques avait du goàt pour sa fille/ jeune et belle personne dont Carrio, soa armi^ était amoureux. G. I. vil.

Gaton (le P.), 1735 f cordelier, l'ame des concerts de madame de Warens. G'éCait un homme aimable que les moineg pe»»é«fit;èr«iit et fif eût mourir de chagrin. C.l.V.

Cavelier^ libraire à Paris en i747« (790O

CAYi.trs (le comte d^) ^ Rousseau à son arrivée & Parîs^ en i 74x , 1^ ^^H recoMmandé* Coof . 1. VIL

Ceujeat (M. de), 1 766, ami de du Peyrou , qui le mit en i-apport avec Jean-Jacques. (657 , ,716.)

Gezarges (le marquis de), 1770. ]^om du propriétaire delà maison qu'occupait à Monquin, près de Bourgoin^ lean-Jacques Rousseau. Thérèse y ayaut été insultée, Roùsêeati se plaignit amèrement k M. de Gezarges. (91 3.)

Ghai^non (M. de), charge des affaires de France à Sion , chez lequel Jean-Jacques passe à son retour, die Venise , en x 744» C» ^* ^^'

GfÊAVUhOTy 1765, colonel qui défendit avec chaleur

36 HISTOIfi£ X»£ J.*J^. ftOVSSEJLir,

JeftD- Jadqii«s ^ lorsqu'on persécuta celui-ci «n Suisse^ < 489^ 58o. ) Ck)iif . liv. XII.

Chais 9 17^5, né à Genève en 1701; ministre en Hollande ^ qui fit beaucoup de démarches pour faire con^ -damner lès ouvrages de Rousseau. (55 1.)

Ghalles (mademoiselle de), 1 735 , élève dé Rousseau, à Chambéi^y. Conf. liv. V.

Gb ARLi ^ 1 735 , 9œva de mademoiselle de Ghalles , et la plus belle femme de Ghambéry. Voyez le portrait des deus: sœurs. Gonf. 1. Y.

Ghambrier (le baron de), conseiller de légation, qui passa seize ans à Berlin , de 1748 à 1764* U était ami de du Peyrou , qui lui fit faire la connaissance de Rousseau. (60a.) Voyez Tarticle Formey.

Ghabifout { Sébastien ' Rock Nicolas) y né • en Au<- Tergùe en l'^^i, prit en entrant dans le monde le nom sous lequel il est connu. Il mourut en 1794. Il avoit voulu se détruire, on le guérit de ses blessures, mais elle» furent indirectement cause de sa mort. Ghàmfort avait beaucoup d'esprit et de talent. Il paraît , 'd*àprès là notice de M. Ginguené {Biographie universelle), que Ghàmfort a laissé des ouvrages plus importants que ceux qui ont été publiés , et que quelqu'un se les est ap* propriés. Il correspondit avec Rousseau. (474? 49o-)

Çhampagiteux , maire et châtelain de Bourgoin, 1763. Il fut témoin de rengagement contracté par Rousseau avec Thérèse : engagement que le premier regardait comme un véritable mariage. Voy. IP période , tome I. (836.)

G«AVPUis {Marc), né à Genève en 1784 y successeur

Sbt Gauffeconrt dans, la recette des sels du Valais (79^. 4ai et 6a4). C. 1. VIIL

CHA&BOirnELy 1787^ correspondant de Rousseau pendaùt le voyage que fit ce dernier à Montpellier (i3).

QiAaoLAis (le comte de), 17S9. Il est parle de ses cruautés dans le XI* Uv*. des Goufessioas et à )a fin d'Emile.

Ghassot, l'jôi. U en est mention: dans une iettse à SBilfcdawfe de-Lttxembourg. {'m^3»)

Cbatel£t (mademoiselle du), V7^^' amie de ma-^ dame de Warens. Elle avait ce goât de momie observa^ trice qui porte à étudier les hommes. : elle donna ce goû.t k Jean-Jacques qui la vit souvent à Lyon où elle demeu* rait. C. I. IV.

Chàuvei» (M. de), 17,66. Voltaire faisait courir Le bruit qu'il avait offert une retraite à Rousseau; que ce* lui-ci , au lieu d'être secrétaire d'ambassade k Venise, y avait été domestique de M* de Montaigu, M. de Ghauvel fit une série de questions relativement k ces faits et k d'autres pour connaître la vérité* Jean-Jacques y répondit. (696.)

Cbazeron, 176&, cité dans une lettre comme disant ^fue le Rhin était un petit ruisseau. (886.)

"^ Chenowceaux {Dupin de) , fils de M. Dupin , avait une mauvaise tête qui a failli déshonorer sa famille et qui l'a fait mourir à l'île de Bourbon. Pendant les huit jours que Jean-Jacques fut auprès de lui (en i743)^ il l^mpécha de nuire à lui et à d'autres. Cl. VII.

Chenongeaux (madame de) , fille unique de madame la vicomtesse de Rochechouart, avait du mérite, de l'esprit .

3^ niStOJRK DE J.-J. HaUSSEAVi

Qt d^ ramabiUté. Soa esprit était métaphysique et p]<cH fond , quoique parfois un peu sophistique. Ses goûts y ex ceux de madame Dupiu, sa belle-mère, étaient opposés. Mada^ie de Chenouc^aux Uouva dans l'étude des consolations. Conjf. , 1. VIII. Voici ce qu'en dit Rousseau î '

« J'entrepris TÉmile k la sollicitation d'une mère : mais cette mère, toute jeune et tout aimable qu'elle #sl, f^ 4e U phiiosopbi^ ^t connaît le cœur buinain : elle est par la figure un ornement de sou ^Gf,e, et, par le gé.nie, une exception. C'est pour )es esprits de la trempe du sien que j'ai pris la plume et non pour messieurs tel et tel qui me lisent sans m'entendre, et qui m'outragent sans me fâcher (i)». (46, 547» )

Ghoiseul ( le duc de), 1760, né en 1719 , mort eu 1785, Fun des plus habiles ministres qu'ait eus la France, et qui joignait à une politique profonde une amabilité rare. Le pacte de famille, l'humeur de Catherine et de Frédéric qui se plaignaient de rencontrer sans cesse le duc au-devant de leurs projets^ le mot du Roi qui s'écria, lors "du partage de la Pologne: Ah! cela ne serait pas arrà^é si Choîseul èât encore étéici; des institutions utiles et sages, démontrent les grands talents de M. de Choileul 3 mille traits prouveut sa bieuË^isauce et sa bonté. Mais les Tem$i , les d'Aiguillon et 1«| Maupou , sâs eupemis persouneU,les jésuites et leurs nombreux p«irtisans ont toujours tâché dç ternir s^ réputation. Rousseau crut qu'il était l'objet de sa malveill^uce, Conf., l.XI, V, t. \ ,'p. 67 de cet ouvrage. ( 902. )

Chou»t (M. ), 1754, premier syncUc à Genève: Rousseau ^e plaint dç ss^ froideur. Conf. , 1. VIII. ( 4S7. )

(i) Lettres écrites de la montagne.

Ilf. PAHTIE. BlOGIUySIB. 3^

C^iKAtTT {AlexiS'CUatde ) , ne à Puris en 1713, mort le 17 mai 1765 , célèbre mathématicien. U fut à dix-^uit ans de Facadémi^ par une dispense d'âge dont il est l'u« nique exemple. Il joignait au savoir , la clarté , la ju^ tesse d'esprit y et malgré sa modestie^réclat de son mérite le fit réchercher. Il estimait Rousseau : ce fut le seul qui dit hautement et librement à tout le monde , tout le bien qu'il pensait d^ Emile y dont la lecture avait réchauffe sa vieille âme. Conf. 1. X et XL ( 566. )

ClafarÈde^ né en 1737 à Genève^ ou il fut successivement professeur de belles-lettres , et pasteur. Il est l'auteur d'un livre que M. d'Ivernois envoya à Rousseau^ qui ne le lut pas, préférant la botanique et le bilboquet, et priant son ami de ne plus lui adresser de si beaux livres, parce qu'ils l'ennuient à la mort , et qu'il n'aime pas à s'ennuier. U est probable que ce livre ( que Rousseau ne désigne pas) était les Considérations sur les miracles dans lesquels M* Claparède défend ceux de l'Ancien et ^iVoKi^eai/-2^e^a/7id/i^ Cet ouvrage parut en i-jôS, (6o4« )

Gléby (mademoiéelle de) , 1754» nom de la personne qui envoya de Blois à la mère de Thérèse , un panier de provisions que les gens de M. Z^eto^te s'appr<^ri€rent et que Rousseau réclama dan» les loitres in^rites ftoua les n**» 73 et 74-

Glot (madame) , x 7^0 , voisine du pire de Rousseau à Genève. Tour qu'on lui fait. C. 1. I. Voy. à l'article Jean-Jacques Rousseau le couplet de chanson où il est question de cette vieille.

CoccEuui, directeur-général du cadastrera Gham* béry, en 1733. Avocat à qui Jean- Jacques eut l'imprudence de remettre un manuscrit de son onde Bernard , ^ur les fortifications de Genève. G* 1. Y.

46 HISTOIRE D£ J.-J. EÔUSSEAU^

CoiNDET, 1760, Genevois^ commis chez MM. TTiétusson et compagnie , fut chargé de la direction des dessins et des planches pour la Nouvelle Héloïsc. U se présentait chez toutes les connaissances de Rousseau ^ dé sa part et s'y établissait sans façon. C. 1. X. (167.)

Ces soins officieui^ déplurent à Jean -Jacques^ qui n'aimait pas qu'on le prévint , ni qu'on agît en son nom. Le neveu de M. Coindet pous a fait passer une lettré inédite très^intétessante. ( Voy. lettres inédites. ) '

CoLOMBiES, '7^7 9 ^^^ ^^ ^ personne chez qui de* meurait à Londres Jean Rousseau ;; cousin de Jean-Jacques. (754 » 755.)

C6me (Jean Baseilhac dit le frère), né près de Tarbes > en 1703, mort en 1781 , habile chirurgien qui embrassa la vie monastique et en 1729 entra dans l'ordre des Feuillants , sous le nom de Jean de S. Cosme» Il ne fit profession qu'après s'être assuré la conservation de sa liberté / voulant toujours exercer un état dans lequel il rendait tant de services à l'humanité : il inventa beaucoup d'instruments utiles y au nombre desquels on distingue celui qui rend l'opération de la taille plus sûre , plus facile et plus prompte. 11 établit à ses frais , en 1753, un hôpital où les pauvres étaient opérés gratis. J.-J. se loue de son adresse et de son habileté. C. 1. XI.

GoMPARET ( /éa/£-y^/z/oi/t^ ) 9 né à Genève en 1722, publia sur le livre intitulé Emile , une lettre à M. J.-J. Rousseau , 1762 , contre la profession de foi du Vicaire Savoyard. Rousseau l'appelle insecte venimeux ( 379 ).

CoND AMINE ( CharleS'Marie Z<a ) , né à Paris en 1701^ mort en 1 774» « Un caractère gai , curieux outre mesure , ^

1» vrai en tôut^ îiifatigable dans la recherche de la rériié 9 sans exception de cause ^ le rend précieux k ceux qui 9 ainient à voir des originaux. 11^ a voyagé et étudié » toute sa vie en philosophe.... Il était sourd et curieux » à l'excès f deux qualités qui ne s'entr'aident guère. » . Rousseau en parle dans ses Conf. I. XI.

Xa Gondamine est un caractère à étudier. Cette avidité de connaissances qui l'empêchait de s'arrêter et le poussait au-delà des bornes (i) posées par l'usage et les bienséances y sans qu'il en eût le moindre soupçon. Ce courage héroïque qui lui fit affronter la plus douloureuse opération pour s* instruire et pouvoir en rendre compte , est un trait tellement remarquable , tellement rare , que les anciens n'en offrent point de semblables.

G>NDiLLAC {Etienne-Bonnot de), né à Grenoble en 1715 , était frère de l'abbé de Mably et neveu du grandprévôt de Lyon ^chez qui Rousseau passa l'année 174^ comime instituteur de ses deux enfants. Il connut l'abbé de Gondillac en i ^4^ : ils se lièrent tous les deux et se Tendirent mutnellement service. Les longues séparations et plus encore la différence dans les travaux , rendirent cette liaison durable. Gondillac dirigea ses études vers la métaphysique^ et fut à l'abri de l'envie , ne l'éprouvant point y parce qu'il en était garanti par la sagesse de son caractère , et ne l'inspirant point , parce que la carrière qu'il parcourait n'était point celle des gens de lettres.

(1) Un jour il lisait, par-dessus Npaule d^une dame , la lettre qu'elle ëcriyait. Elle s^en aperçut , et mit ces mots : IH. de la Côn-

damtne qui lit ce que je voui Moi, Madame , reprit-il vive-

meiit , pouvez-Tous me croire capalU*. • • . •

4'i HISTOIHE VZ l.-J. BOUtSEAV^

Devenu précepteur de Finfant , duc de Parme, petii^fik de Louis XY , il se rendit célèbre » moins par ses succès , que par la méthode qu'il adopU et par son Cours.d' études. Tronchin vint inoculer son élève s Condillac en le soignant gagua la petite vérole ; ce qui fit dire à Rousseau qu'il méritait mieux pa^r ce dévouement les honneurs ren* dus au médecin , que le médecin même. Rousseau le fit dépositaire d'un deses manuscrits \ c'étaient les Dialogiues ou Rousseau juge de Jean-Jizcques , ainsi que Tauteur le dit dans le post-scriptum de cet ouvrage. CondilUc s'était retiré dans la terre de Flux qu'il possédait près de Baugeney. Il y mourut en i «780. Çonf. 1. VII ( 554 )•

0>NDORG£T ( Marie- Jean - Antoine " Nicolas Caritat^ marquis de) , né en Picardie en 174^, était d'une famille originaire du Dauphiné. Dénoncé après la révolution du 3i mai, il erra dans les environs de Paris. Arrêté à Clamart et conduit à Bpurg-la-Reine, le 28 mars 17949 il s'empoisonna pour éviter le dernier supplice. L'auteur de l'article Condor cet,, dans la biographie universelle, dit qu'ayant voulu se réfugier dans la maison de campagne d'un ancien ami y il ne le trouva point. C'est une erreur d'après le récit de madame S.uard qu'on nous saura gré de transcrire (i).

« l^ous allâmes passer deux ou trois jours àParîs, » M. Suard et moi. A notre retour , nous apprîmes qu'un » homme couvert d'un méchant bonnet, d'un pantalon , » et ayant une très-longue barbe ^ s'était présenté deux » fois à Foiitenai-aux-Roses et avait paru très-attristé » de ne pas nous trouver. Le lendemain, à neuf heures

(1) EssaU de Mémoires *ur M, Suard* P«rist iliiM» in^ia* p. 1^5 à 2o3.

. III. PJIKTJE. BIOGRAPHIE. 43

» du nuktin , ndtre servante entra dans mon appartement » avec un air d'effroi. Ah! madame^ s'ëcria-t-elle, il » vient de se présenter ici un homme affreux qui a la » barbe effroyables Je viens de le conduire k M. Suard. 1^ Je pensai vaguement que c'était un homme dont la vie tt était menacée et qui venait nous demander on asile , » mais je me gardai bien de laisser soupçonner rien à t» cette servante patriote, et me moquai de son effroi. » Je lui dis que c'était sans doute un commissionnaire » qu'un de mes amis nous envoyait. Elle sortit et bientôt » M« Suard rentra en me disant avec précipitation , don- » nezrmoi vos defs , ma bonne amie^ donnei-moi celles » du buffet, celles du vin ; donne^moi du tabac. Mon » Dieu , lui dis-je, en lui donnant tout ce qu'il me de- / S» mandait , qu'esKe que c'est donc, mon ami ? Je vous » dirai tout, réponditf-il, avec la même précipitation, » mais restez ici, je vous défends de monter. C'était w la première fois que j'entendais ces paroles; et il ajoiifta » tout de suite, me le promettez-vous ?Oui , lui dis-je, trop » sûre que sa tendresse pour moi l'inspirait, je vous le pro- -» mets . M. Suard fut plus de deux heures k reparaître dans * mon appartement; je m'étais levée pendant ce temps, » et comme j'avais deux fenêtres dont une montrait la » porte-cochère , je vis sortir cet homme, mais je ne vis » que son dos , et son attitude seule m'inspira la pitié la » plus profonde. Il cherchait, sans se retourner, dans » l'une et l'autre de ses poches, quelque chose qu'il ne » trouvait point. H partit, et M. Suard vint me dire que » c'était M. de C^^, qui nous avait été si cher. Â.h ! quelle *i> satisfaction qu'il ne se fût point présenté à moi la pre- » mière ! Un cri de douleur, en le voyant dans cet état, » serait s6rti de mon cœur , l'aurait perdu , et je ne m'en » serais jamais consolée ! Il venait d'abandonner* son

» adle, étant hors la loi, dans la crainte decompro- » mettre la femme généreuse qui le lui avait donné et » qui voulait le retenir. Cet homme , autrefois si chéri » de tous ceux qui le connaissaient , qu'on. distinguait » par Tépithète de hon; cet homme dont l'existence » était si honorable, mourait de faim, de soif, depuis » trois jours, et n'avait, pour reposa sa tête ^ que le pavé » des carrières qui soni sur la route de-Fontenay. U.ne » pierre s'en était détachée et l'avait blessé à la jambe» » N'ayant point de passe-port il n!osait se présenter qu'à » nous. Ah 2 combien je fus touchée de ses maltieursi 9 II avait tout expié dans ce moment» Je ne me rappelai » que cette amitié sans exemplequi ,. pendant seize ans^ ». avait répandu an charme si doux sur ma vie y amitié »^ qui avait presque surpassé les idées* que je nt'étais » formées moi-miéme de ce sentiment»

» .M. Suard s'était empressé de lui faire accepter du ««^vin de Malaga, une. nourriture très-substantielle et » dû tabac f^our lequel il avait pris depuis peu de temps » une . sorte de passion. J'en avais donné un cornet à » M. Suard : mais quel fut moa chagrin,, en traversant » mon salon, de trouver ce cornet à terre. C'était ce » tabac qu'il cherchait dans ses poches,, avant que d'où- » vrir la porte-cochèrov C'est,. j'en suis. persuadée, ce i> malheureux incident qui le fit entrer dans un cabaret » àe Clamart , avec l'espérance d'en trouver ; car la faim » ne pouvait, le poursuivre après le déjedner qu'il, avait » fait. M» Suard avait aussi garm^ ses poches , lui avait » donné du linge pour sa jambe malade , ua Horace pour » le distraire dans la journée, et lui avait indiqué un » rendez-vous' à huit heures du soir , à la nuit tombante.

» Il avait demandé à M. Suard s'il pouvait lui donner n usiaaile. M. Suard lui dit qu'il lui sacrifierait. volôn-^

ifl. PJMm, BiOO&A9BI£. 45

i> tiers «la vie y mais qu'ii ne pouvait disposer de la » mieDne ; qu'il allait m'en parler et qu'il savait t^ien » d'ailleurs que î'ëtais disposée au même sacrifice. Il » répondit y feu ftuis bien sûre. Mais^ lui dit M. Suard^ » nous habitons une^ commune détestable, et vouscour- » riez vous-nEiéme ici le plus grand danger , si je vous y * retenais, n'ayant qu'une servante qui nous est suspecte. » J'espère cependant pouvoir vous garder une nuit , sans » danger pour vous et pour ma femme. M. Suard ajouta » qu'il allait partir pour Paris et tâcherait de lui appor- » ter un passe-port; qu'il fallait qu'il revint à huit ' » heures du soir de ce jour même ; qu'il écarterait notre » servante ; qu'il passerait la nuit sous notre toit et pour- » rait , avec son passe-port, aller dans le lieu qui lui con- » viendrait lé mieux.

» Il avait dit à M. Suard qu'il ne craignait d'être ar- 9 rété que dans la matinée , et que , s'il avait une nuit 9 devant lui, il était sûr d'échapper à ses bourreaux.

r U montra aussi à M. Suard les plus grands regrets » sur la direction que suivaient les patriotes , et dans la- » quelle des affections ^ qui le gouvernaient impérieuseê ment, l'avaient entraîné. Je puis assurer, du moins ^ » qu'il n'est point l'auteur des infamies qui ont paru sous » son nom, dans un jo&rnal de x:e temps contre le Roi. Il » avait consenti que l'auteur se servît de son nom, et » cet homme indigne a abusé de sa confiance pour le »^ âéttir.

j» M. Suard partit à pied et revint de même, très-fati* ■9 gué , mais très^onfent d'avoir obtenu im passorport - » de Cabanis. J'étais aussi bien contente. Nous don- » nânnes congé à la. cuisinière, jusqu'à dix heures. Nous 9 fermâmes la poiHe du côté de l'escalier qui allait à nos w iqpparlemeBtSé On ne pouvait entrer que Atx c4té du

If jardin. .11 devait coucher fiOr le canapé du saloa quiie » nous remplîmes de nourriture ^ de vins, de linge , de M tabac ^ enfin de tout ce qu*il pouvait désirer. Je dis à » M. Suard que^ puisqu'il j avait du dan^^er (car les » municipaux pouvaient venir et nous étions perdus) ^ » je voulais le partager et voir ce pauvre C^*^. J'étais » sûre que ma tendre pitié lui donnerait la plus douce » satisfaction. M. Suard y consentit } mais nous Tatten;* » dîmes inutilement jusqu'à dix heur^. Nous im^gir I» nâmes qu'il était allé du côté d'A.uteuil, ou étaient sa 9 femme et sa fille. Mais le lendemain au soir, étant V chez un de nos voisins y ce voisin dit à ceux qui l'envi- » ronflaient et dont M. Suard faisait partie : Savez*vou» » qu'on croit que c'est M, de G**^ qu'on a trouvé mort » ce matin dans les prisons de Bourg-la»Reine ? M. Suard^ D frappé d'étonnement et de douleur , lin dit: Parlez bas , m je vous prie, monsieur^ potir que ma femme ne touê » entende pas, et veuillez me dire ce que Vous savez là* » dessus. Cet homme lui raconta alors que la veille » (jour où nmit l'attendiocâ), vers six heures , unfaomme » inconnu s'était présenté dan» un cabaret de damart » (près deFontenay)^ qu'il avait denundé des onifs^ » que quelques m.nnicipàux y étant venus peu de temps » après y ils avaient trouvé quelque chose d'extraordi«* » naire dans son costume et lui avaient ditr Mais veut* » n'êtes pas de cette commune , citoyen? qui étes-vons?' » où allez^vous? Inontrez^nous vos papiers; et que ^ sur » ses réponses embarrassées et son défaut de pas&e-port , » ces municipaux lui avaient déclaré qu'ils allaient le » conduire au Bourg4a-Reine. Il ne pouvait s'y rendre » à pied, ayant une jambe malade. D§ le mirent dans » une charrette. Arrivé là y on l'avait trouvé mort le len^ n demain matipL. dans cette même chambre. Il avait sur

lit. PARTIE. BlOÛRAPHU. ^I

» lai une chemise d'un, très-beau linge, marquée d'un » G, de l'argent et un Horace dans sa poche. Jl n'y eut » plus de doute. Quand j'appris plus Urd cette funeste » fin, je rersai des larmes en abondance. Mais, hélas! V ne devais'îe pas regretter de ne les avoir pas versées » plus t6t ? 9

Condorcet avait envoyé, en 1770, un exemplaire de son Essai d^ Analyse à Rousseau, qui lui répondit la lettre inscrite sous le n° 900.

Covri ( Louis^François de Bourbon^ prince rfe ) , né à Paris en l'Ji^ , mourut en 17 76 pi servit et se dislin* gua. Il aimait les lettres et ceux qui les cultivaient. Ses liaisons avec les personnes qui blâmaient les opérations de la cour, éloignèrent de lui Louis XY ^ qui cessa de l'employer. Quelque temps avant sa mort, il se fît appoi^ ter son cercueil, s'y plaça et fit des plaisanteries sur ce qu'il s'y trouvait à l'étroit. Voici la manière dont \nadame du Deffand annonçait cette mort à Walpole , dans sa lettre du 4 août 1 776 : (c M. le prince de Conti mournt » avant-hier après dîner : il avait reçu la visite de Yax>^ » chevéque et des exhortations de M. de la Borde : c*esi n tout ce qu*ila reçu. Son fifs s'est très-bien conduit , les » d'Orléans et les Concténe lui ont donné auciine marque * d'attention. » Elle voulait parler des sacrements que le prince avait refusés. L'éditeur des lettres de la marquise rapporte, à ce sujet, les propos qui furent tenus dans les nouvelles du jour. « Tout le monde s'accorde à » convenir qu'il y a eu conversation entre le malade et » l'archevêque de Paris. Elle a eu lieu le jour de la pre- » mière visite du prélat. Depuis, il a été refusé deux fois » par le suisse, à la porte de là rue, sans être descendu » de carrosse ^ et en présence d'un peuple immense. Les

» gens du métier reprochent à]\f • deBeaumont ( l'arche- » véque ) de n'avoir pas sauvé ce scandale , avec un p^a » d'astuce, en descendant, en entrant dans la cour, qu » se tenant en quelque endroit pour en imposer au » moins aux spectateurs, afin qu'on crut qu'il avait été » admis auprès de Son ^tesse. » Il est probable que M. de Beaumont préférait la vérité à Finconvénient du scandale. C'était un spectacle nouveau de voir un prince du sang refuser les sacrements , tandis que plusieurs de ceux qui se donnaient pour esprits fdrts , les recevaient après avoir affiché l'incrédulité , ce que n'avait point fait le prince.

- II accorda toujours à Jean-Jacques une protection spéciale, et fut constant dans l'intérêt qu'il prenait à sçn sort. U le visita tant à Montmorency qu'au château de Trie. Ck>nf. 1. X. ( 3 1 1 , 8aa , 877. )

CoifWAY ( le général ), nommé secrétaire d'état en 1765, fut remplacé en 1768 par lord PFeymoiUh, Il ren^ dit des services à Rousseau ( 682 , 752 , 761 ) , et ne par- Ugea ni les préventions, ni la haine de David Hume; Geluircii dans une lettre à madame de Bouffiers, se plaint de ce que le général Gonway ne condamne pas Rousses^u. Ce général vint en 1 774 à Paris , et vit madame du Deffand qui s'exprime ainsi su^ son compte ( lettre ao40 y. en écrivant à son cher Horace Walpole : « C'est l'homme » le plus aimable , le plus doux , le plus simple , le plus » obligeant que je connaisse. Il n'a pas ces premiers 9 mouvements de sensibilité qu'on trouve en vous, mai$ » aussi n'a-t-il pas votre humeur. Ne croyez cependsint » pas que je vous le préfère ^ quoiqu'il vaille beaucoup 9 mieux que vous, à beaux:oup d'égards. Je lui croîs 9 autant de vérité qu'à vous , mais plus de justice , moins

. m. PARTIE. filÔOllAPHlS» ' ^g

> île pl'ëveritions et plus d'mdulgeiice. » ( 68a, 75^,

' CoNzi£-DEs<JitAiîto£tT£s ( Ic comic ), d'uDe &mîlle trèsi-ancienite qui a reçu son noùi du château dé Conzié près d'Annecy , ou lui a donné le sien. La mère de celui dont il est question / s'appelait Favre , et porta pour dot la tervedes Gharn^ettesy dont- M. de Conzié prit le nom. Il v^cut dans le célibat. Son amitié pour Rousseau ne se démentit jamais. Les évéques qui occupaient, en 1790, les sièges d'Arràs et de Tours, étaient de cette maison. Le comte des Charmettes fut député, par la ville de Chambéry, à Madrid, en 174^^ pendant que les Espagnols occupaient la Savoie. En 1775, il provoqua rétablissement de la société royale d'agriculture de Chambéry , dont il fut membre , et à l'ouvertiire de laquelle il prononça un discours sur les avantages de tagricukure. Rousseau lui donne tantôt le nom de G)nzié, tantôt celui àe$..Channettes, Conf. L V. ( ar,

GoppiER (le P.), jésuite qui voyait Jean-Jacques et madame de Warens aux Charmettes. Rousseau en fait i'éloge. C. 1. VL ^

doRANCEz ( OlMer de), hbnime de lettres, injustement oublié dans nos modernes biographies. Il connut Kôusseau J)ar l'intermédiaire de M. Romiïly ^ savant hoirloger de Genève , et beau-père de Corancèz , qui vécut assez intimement avec l'auteur d'Emile. 'H a publié sur Jean- Jacques une relation pleine d'intérêt , qu'il •ne fit tirer qu'à cinquante . exemplaires parce qu'il ne la destinait qu'à ses amis. C'est la raison pour laquelle nous en rapportons un long fragment à la fin de la première partie de C9t ouvragé. Ciette relation est adressée

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