‹ Histoire de la vie et des ouvrages de J.-J. Rousseau, composée de documents authentiquesChapitre 53 sur 108 · IV. PARTIE. SES OI7V&AGE · texte numérisé non relu

IV. PARTIE. SES OI7V&AGE

d'entrer dans aucune des divisions adoptées. Nous ne parlerons que des principales ; celles qui n'ont d'autre iatérétque leur date^ se retrouvant dans le tableau qui termine ces notices.

I °. Narcisse ou V Amant de ïui-méme. M. d^A.ubonne , parent de madame de Warens, charge par elle d'examiner Jean- Jacques , alors âgé de 19 ans , d^ida que c^ était un garçon de peu d* esprit ^ sans idées ^ très-borné , s'il /iVtait pas tout'à'fait inepte. Quelque temps après , ce juge sévère fut obligé par M. Gorvezy , intendant d'Annecy ^ de quitter cette ville. Pour se venger, M. d'Aubonne.fit une comédie qu'il envoya à madame de Warens. Elle plut à Rousseau y qui voulut, à son tour, en faire une^ pour essayer s'il était en effet aussi héte que V auteur l'aidait prononcée 11 n'exécuta ce projet qu'à Chambéry , probablement dans l'hiver de 1733 à 1734; ayant conséquemment plus de 18 ans. Telle est l'origine de Nar* cisse ou l'Amant de lui-même. Le mérite de cette co« médie n'est pas tel , qu'il soit intéressant de savoir l'âge précis de l'auteur quand il l'a fit. Si elle prouvait qu'il n'était pas tout-à-fàit inepte y. elle ne donnait aucun présage du talent qui se développa long-temps après.

Reçue d'abord aux Italiens sans être jouée, elle le fut à la Comédie Française par l'entremise de Lanoue. Elle eut deux représentations : la première eut lieu le 18 dér cembre i ^Sa ; elle n'obtint aucun succès. Au sortir du spectacle , Jean-Iacques entra au café Procope, et dit tout haut devant beaucoup de monde : a La pièce nouvelle, » est tombée ; elle mérite sa chute : elle m'a ennuyé ; )i elle est de Rousseau de Genève, et c'est moi qui suis ' ». ce Rousseau (i). »

(^1) Anecdotes dramatiques^ tonie-I^ p. dfi».

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Jugeant qa'elle pouvait soutenir la lecture , il la fit imprimer avec une préface dans laquelle il mitres prm* cipes à découvert ^ afin de prouver quUls n'étaient poi{it en contradiction avcx: sa conduite; ce qu'il fait en c(^ parant les temps pour concilier les choses. Grimm dit qu'il y a dans cette préface des pages dignes de Montesquieu {i) : il la trouve outrée et déplacée. Uest certain qu'elle n'a point de rapport avec Narcisse. Mais le but de Jean-Jacques était de faire voir qu'il n'avait pas y comme on le prétendait, cru soutenir un paradoxe en écrivant contre les lettres; que c*était son opinion ; qu'il pensait de plus , qu'il fallait^ duns l'état actuel des choses, continuer de cultiver les arts et les sciences , entretenir avec soin les académies , les universités y les spectacles ^ pour empêcher les hommes d* occuper leur oisiveté à des choses plus dangereuses. Une s* agit plus de les portera bien faire y il faut seulement le$ distraire défaire le mal; il faut les amuser au lieu de les prêcher.

Rousseau fit donc naître , en publiant Narcisse ^ l'occasion de développer l'opinion qu'il avait énoncée trois ans auparavant , dans le discours sur l'influence des arts et des lettres; et de démontrer qu'il n'était point en contradiction en les cultivant , parce qu'il serait dangereux de les détruire. Il nous compare à ceux qui , s'-étant gâté le tempérament par un usage indiscret de la médecine, sont forcés de recourir encore aux médecins pour se conserver en vie.

La préface de Narcisse parut au commencement de 1753, et précéda le Discours sur T inégalité des conditions.

ai°. La découverte du nouveau monde. Tragédie en trois

(1) Correspondance littéruiic, féviier lyoi.

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