‹ Histoire de la vie et des ouvrages de J.-J. Rousseau, composée de documents authentiquesChapitre 55 sur 108 · IV. PARTIE. SIS OUVRAGES · texte numérisé non relu

IV. PARTIE. SIS OUVRAGES

fois en face du public, l'ap6tre de lavëritë n'ëtait en tout qu'un imposteur , et il perdait son premier droit àFimmor* talité. Commentun tel homme eût-ii pu forger et soutenir un tel mensotige? J'ai examiné la musique du Devin avec la • plus scrupuleuse attention : partout ]*ai vu Tartiste peu expérimenté , auquel le sentiment révèle les règles de l'art. Si ^ Jean* Jacques eut choisi un sujet plus compliqué , avec des caractères passionnes et moraux y cé qu'il n'avait garde de faire , il n'aurait pu le metti*e en musique ; car, en ce cas , toutes les ressources de l'art suffisent à peine pour rendre ce qu'on sent ; mais y en homme d'esprit , il a «voulu assimiler a sa muse novice 7 de jeunes aniantsqm cherchent à développer le sautim^st de l'amoiu'. Souvent gêné par la prosodie , il l'a sacrifiée au chant. » Grétry en cite des exemples pris dans les règles de l'art que Rousseau n'a pbînt observées dans lés exemples cités, et qu'un compositeur se serait gardé de violer. Non content de cette preuve , Grétry voulut connaître la personne à laquelle on attribuait le Devin. « J'ai , dit-il, fréquenté exprès » l'homme de Lyon que les littérateurs, envieux daf V Rousseau , nommaient le principal auteur de cette » '{H^oduction légère. Je n'ai rien trouvé dans cet homme » qui annonçât qu'il eût puenfaireune phrase de chant* » Les doutes se sont évanouis. Cependant on rencontre encore aujourd'hui des gens qui, sans contester l'ouvrage k Rousseau, prétendent qu'il y a des morceaux qui ne sont pas de lui. S'ils avaient eu la patience de litx les dialogues ( i ), ill y auraient trouve des renseignements propres à rectifier leurs idées, «c II y a, dit Jean-Jacques,

•(i) U faut dm la paKience, mais on est dédommagé pai' des passades» où l'on retrouve Rousseau.

444 HISTOIRE DE J.-J. ROtrSSEAU,

» trois seuls mmrceaux dans le Devin du village qui ne » sont .pas uniquement de moi, comme je l'ai dit sans » cesse à tout le monde ^ tous trois dans le divertis- » sèment : i** , lesparoles delà chanson^qnisont en partie, )» et du moins l'idée et le refrain de M. Collé; 2*, "les » paroles de l'ariette, qui sont de M* Gahiïsac, lequel » m'engagea à faire après coup cette ariette pour made- » moisellè Fël qui se plaignait qu'il n'y avait rien de » brillant pour sa yoix dans son rôle ; 3o , et l'entrée » des bergères que , sur les vives instances de M. d'HoI- » bach, j'arrangeai sur une pièce de clavecin d'un re- » cueil qu'il me présenta. Je ne ^i^ai pas quelle était » Ji'intention de M. d'Holbaich ; mais il me pressa si fort » d'employer quelque chose dece recueil , que je ne pus ^ » dans. cette bagatelle, résister obstinéinent àson désir. »

Malgré, le succès qu'avait obtenu le Devin du village sur le théâtre de Fontainebleau^ ce ne fut pas sans beaucoup de difficultés qu'il fut jouék l'AJcadémie royale de musique. C'était le premier opéra dont les paroles et la musique fussent du même auteur. Le genre était hou* veau. Le Devin paraissait au milieu de la querelle élevée à l'occasion des bouffons italiens arrivés depuis peu de temps a Paris, où l'on n'avait point encore entendu de musique italienne , dont se rapprochait celle du Devin du village.

Rousseau ne dissimula pas le mécontentement que lui causait la manière dont se faisaient les répétitions , par l'insouciance des exécutants. Ceux-ci , pour se venger , le pendirent en effigie. Jean- Jacques le sut et dit qu'il n'était pas étonné qu'on le pendît, après l'avoir si long-temps mi$ à la question ( i ).

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(1) Grétry, Mémoires, 1. 1", p. 379»

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