‹ Histoire de la vie et des ouvrages de J.-J. Rousseau, composée de documents authentiquesChapitre 58 sur 108 · IV. PARTIE. SES OUVRAGE · texte numérisé non relu

IV. PARTIE. SES OUVRAGE

» moaiciens da premier rang. 11 fut reçu très-froidement » des Parbiens, qui l'entendirent sans le comprendre; }> il produisit même , sur plusieurs, une sensation désa* • gréableen qualité d*eunuque, Cest que les Parisiens » partagent y avec J.-J. Rousseau, le vice d'organisa- » tien qui , dans éon Dictionnaire de musique , lui a » fait proférer la* disiéonnauce insoutenable de prëfërer » les Voix de feiimies à celles des sopranes. Il a prou« » vë , dans ce même ouvrage, qu'il s'est occupe, en «Italie, de toute autre chose que dé musique. Ce » Dictionnaire , au vcsW , n'est qu'une compilation où I» . se rencontre quelques articles bien faits. On ne sait » si c'est l'ignorance de Tauteuren musique , oif son » antipathie pour les sopranes italiens , qui , dans ce » tklême Dictionnaire , lui ont fait proférer une autre » absurdité. J'y lis î Le fausset ou faucet est le plus ^ désagréable de tous les limbœs de la voix humaine. » Suit une dissertation dont nous ferons grâce au lecteur , et dans laquelle le bon d'Escherny, qui n'était pas d'un pays renommé (i) pour la musique, donnant plus d'ex* tension à l'ana thème qu'il a lancé contre les Parisiens , y comprend tous les Français, et nous traite de barbares^ parce que Jean- Jacques a donné le nom de fausset à la "VOix de tête» Laissant là les eunuques , qu'il aime beaucoup , et le vice d* organisation {*i) dont on est affligé quand on ne les aiine pas autant que lui , nous devons

(i) Il éUit cependant très-bon musicien.

(a) Il est assex bigarre de passer pour avoir un vice d^organisation , parce qu'on n'aime pas la voix des eunuques, et qu'on blâme le moyen employé pour obtenir celte voix ; moyen qui produit dans

Porganisation' un notable changement Il faut croire que noire

Suisse chanuil mieux qo^il ne raisoniiaîi.

45a HISTOIRE DE J.-J. ROUSSEAU^

nou9 arrêter à ce qui concerne Rousseau dans cette dîatribë , c'est-à-dire aux trois assertions fausses do^t il est l'objet. La première est relative au Dictionnaire, qui n*est quune compilation, Jean-Jacques , dans ses Confessions ( liv. IX ) y parle ainsi de cet ouvrage : « J'avais eu , dit-il , la précaution de me pourvoir , en » allant habiter THermitage , d'un travail de cabinee » pour les }ours de pluie. C'était mon Dictionnaire de » musique , dont les matériaux épars , mutilés ^ informes, » rendaient l'ouvrage nécessaire & 'reprendre presqu'à » neuf. J'apportais quelques livres dont j'avais besoin » pour cela : j'avais passé deux mois à faire l'extrait -de » beaucoup d'autres , qu'on me prétait à la bibliothèque » du Roi. w Des extraits ne forment pas une compilation quand l'auteur s'en sert pour les commenter. , et lorsqu'ils se trouvent dans un livre mêlés à beaucoup d'articles plus importants par. l'objet , la matière et le nombre. Dans une lettre au célèbre astronome Lalande ( mars 1 768 ) , Jeai^-Jacques, en le remerciant du compte qu'il avait rendu de ce Dictionnaire , se plaint du choix qu'il avait fait d'articles extraits , tandis que les articles ïm.i^ox\AnU\mappartiermentuniqtiemeru et sont meilleurs en eux'mémes.ll cite accent, consonnanee,dissonnancey expression , govU , harmonie, intersfcMe , licence , opéra^ son y voix y etc. Il oublie même , dans cette énumération y le mot de ^énie , dans lequel l'auteur donne le précepte et l'exemple.

L'enthousiasme de 1VI. d'Escherny , pour la voix des eunuques , lui fait dire avec aigreur des injures , et même énoncer des assertions de toute fausseté, quand il laisse entendre que Rousseau ne s'est point occupé de musique en Italie. L'a passion lui faisait oublier les détails que Jean-Jacques donne dans ses Confessions ( liv. VU )

ïv. partie; ses ouvrages. 453

Mif les ravissants concerts dé Venise ; sur les scuole ^ iur l'engouement {mot dont il se sert ) qu'il prit dans cette viile , pour lat musique italienne y et sur la contirari^ qu'il éprouvait quand il passait un jour sans en «ntendré. Mais c'en est assez sur un paradoxe die musique ;• passons aux écrits de Rousseau qui traitent de cette-'matière. Nous les présentons en suivant l'ocdrë dironologique dans lequel ils furent publiés» i i^:- Dissertation sur la musique moderne , in-8** , 1743. Cette dissertation fut faite à l'occasion du projet coh-cernant denoUveaux signes pour la musique , lùà Vacaidémie des sciences y le aa cioiit 174^* Rousseau' raconte lui -même comment il conçut ce projet, et son récit mente d'être rapporté. « Je n'avais pas abandonné la mu- » sique , dit-il , en cessant de l'enseigner. Au contraire ^ 1^' j'en avais assez étudié la théorie pour pouvoir me re- » garder comme savant en cette partie. En réfléchissant » à la peine que j'avais eue à déchiffrer la note^ et celle » que j'avais- encore à chanter à livre ouvert, je. vins à xT penser que cette difficulté pouvait bien venir de la chose Â'auliant que de moi , sachant surtout, qu'en général , «apprendre la musique n'était pour personne une chose »• aisée. En examinant la constitution des signes, je les » trouvais souvent mal inventés* Il y avait long-temps » que j'avais pensé à noter l'échelle par chiffres , pour » éviter d'avoir toujours à tracer des lignes et por-' » tées , lorsqu'il fallait noter le moindre petit air. J'avais » été arrêté par les difficultés des octaves, et par celles » de la mesure et des valeurs. Cette ancienne idée me » revint dans l'esprit , et je vis, en y repensant , que ces » difficultés n'étaient pas insurmontables. J'y f êvai avec » succès y et je parvins à noter quelque musique que ce » fût avec la plus grande exactitude y et je puis dire

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» avec la plus grande simplkité^ o C'est avec cepr<H jet que Rousseau partit des Gharmettes pour se rendre à

V Paris y comptant faire fortune. Il lut le. mémoire où son nouveau système était développé , devant l'académie des sciences, qui y pour l'examiner^ nomma trois de ses membres, dont aucun ne savait la musique. 11 appela de leur jugement par la dissertation , qui ne produisit att« cun effet , et ne fut recherchée du public qu'à l'époque ou l'auteur acquérait de la célébrité. Rousseau, Croyant avec raison , que les faits devaient être sans réplique , essaya d'enseigner la musique aumdyen de son système t il réussit complètement y et son élève apprit cet art en beaucoup moins dé temps qu'on n'en mettait par lei moyens ordinaires. Cet essai est encore répété de nos jours et avec le même succès ( i )• Mais il y a contre ce système une objection sans réplique ^ et )Aotit Rousseau convient^ c'est qu'il exige une opération de l'esprit qui i)uit k la rapidité de l'exécution , inconvénient qui n'est point balancé jpar l'avantage qu'ont les nouveaux signes , en déterminant mieux que les autres les valeurs et avec plus de clarté. Comme oh n'apprend point la musique dans l'inteYition de s'en tenir à la théorie , mais pour jouir des charmes de cet art ^ le système de Rousseau îae sera qu'une production ingénieuse qu'on n'adoptera jpoint ; mais il serait plus que suffisant, quand le Devin du village n'existerait pas , pour prouver que l'auteur

. savait la musique,

a*. Lettre' sur la musique française , i^53. Roussean rend compte , dans le huitième livre de tes Confessions^

(i) Il y a maintenant à Paris des amateurs qu^on entend avec plaisir, ei qui ont suivi, dans P^tude de la musique, le système de Rousseau. Avec son secours ils l'ont apprise en peu de temps.

;IV. PARTIS. SES DVVnAGESi 4^3

deroccasîoti pour laquelle il fit cet ouvrage ,, et de l'inr croyable effet qu'il produisit , elf et attesté par Grimm( i ); « L'o^hc^i*^ de repéra^ dit le baron ^ a bnilé Tauteiur n de cette lettrte en e£Bgi6« Ce qui est difficile à croire^ « et qui n'en est pas moins vrai pour cela , c'est que » M. Rousseau a pensé être exilé pour cette brochure* » U aurait été plaisant de voir le citoyen de Genève » sortir de Paris pour avoir prêché l'évangile de la mu^ j> sique italienne» » Cette lettre donna lieu à une multi* tude de brochures qui ne firent aucune sensation. Elle est , dit Grimm y restée satis réplique ^ lùalgré cinq^ant* libelles qu'on a faits contre l'auti^ur. ' 3®. Essai sur t^origine des langues* Cet essai , quoi^ qu'écrit dans le même temps ^ n'a paru que dans les coK lections des œuvrëd de Jean-Jacques» là développe ses idées sur l'imitation musicale.

4*. Lettre à M. Ù-rîmm^ au sujet des refTiarifues ajoutées à

sa lêttfe sur Ompûale.

. Plusieurs auteurs ont voulu mettre en &cène là reine 4e Lydie. Orandchamp en fit , en i63o , le sujet d'une tragi-comédie , et Palaprat ^ en 1694, celui d'une comédie "y toutes deux oubliées entièrement , et mortes dès leur naissance» Ce résultat ne découragea point La Motti^i qui y ^n 1 70 1 y composa l'opéra d' Ornphale ^ en cinq actes , avec prologue. On n'est po^nt d'accord sur l'auteur de la musique, attribuée par les uns à Destouches , et par les autres à Campta (a). Cet opéra eut un grand succès. On * le reprit en 17^11 /puis en 1733 ; enfin, le i4 janvier 1752, avant l'arrivée des bouiOfons italiens^ qui ue pa«

(1) Dans sa GorrespondaDce, année 1764^

(a) Voyez Dictionnaire des théfttres de Paris , tonM IV , p. à3-

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rut;£Dt à Paris qu'au mois d'août suivant. Grimm drîtiqua la musique, dans une Zettre sur repéra dé La Motte, et y fît reloge de la musique italienne. Un anonyme puJblia des Rémarques au sujet de cette Lettre , et ces Ro marqués donnèrent lieu k la lettre de Rousseau; Elle parut dans les premiers mois de 1 75a. Cest le seul ouvrage auquel Rousseau n'ait pas mis son nom^ mais au style, au ton de persiflage et d'ironie , on reconnaît l'auteur de la ré|>onse à l'abbé Gauthier 5 réponse adressée pareillement à M. Grimm, etpubliée le premier novembre 1 761 . On a supposé deux motifs pour lesquels il ne voulut point se nommer : le premier était la crainte de Rameau , et tè> second sa haine pour Grimm. Mars c'est confondre les époques. 5 il faut opter entre ces deux causes, du, ce qui serait mieux peut-être, n'en admettre aucune. Jean-Jacques , analysant le talent de Rameau avec autant de précision que d'impartialité , lui laisse. encore beaucoup de droits à la gloire. Ce jugement équitable est digne de remarque , parce qu'il n'avait plus de ménagement à garder avec Rameau , qui l'avait traité brutalement chez M. de la Popelinière. On suppose ^ne Rameau pouvait nuire au succès du Dei^in du village qu'on répétait à cette époque. D'abord , le Devin du village n'était point fait lorsque cette lettre fut imprimée. Ensuite Duclos se chargea de faire.essayer cet inte,rmède^ en laissant ignorer V auteur (i) , qui s'abstint même de paraître h la répétition , de' peur de se déceler. L'ouvrage ayant été reçu par acclamation , et réiclamé d'autorité par l'intendant des Menus-Plaisirs et- le diic d'Aumont , pour être, joué à la cour , Rameau , en lui supposant l'envie de nuire , n'en avait plus le pouvoir. Quant à l'autre

(1) GoofeicioDs, lir. VIIL

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