IV. PARTIE. SES OUVRAGES
» C'est cependant sur ce libelle qu'on se bâte de me juger dans toute TEurope , avant que le livre y soit connu ; c'est sur ce libelle que , sans m'assigner , ni m'entendre , on a commencé par me décréter, à Genève^ de prise de corps ; et qi^nd enfin mon livre y est arrivé y sa lecture y a c^sé l'émotion , ki fermentation qui y règne encore à tel point ^ que le magistrat désavoue son décret , ni« même qu'il l'ait porté , et refuse , à la r^ quête même de ma famille, la communication du jugement rendu en conseil à cette occasion : procédé qui n'eut peut-^tre jamais d'exemple , depuis qu'il existe des tribunaux.
» Il est vrai que le crédit de M. de Voltaire à Genève a beaucoup contribué à cette violence et à cette précipitation* C'est à l'instigatioB de M, de Voltaire qu'on y a vengé , contre moi ,. la cause ide Dieu. Mais à Berne , ovL le même réquisitoire a été imprimé dans la Gazette , il y a produit un t^ efifet que je sais,' de M. le bailly même qu'il attend , peut-être demain , l'ordre de me faire sortir des terres de la république ; et je puis dire qu'il le craint. Je sais bien que , quand mon livre sera parvenu a Berne , il y excitera la même indignation qu'à Genève, contre l'auteur du réquisitoire; mais, en attendant , je s«rai chassé ; l'on nç voudra pas s'en dédire , et quand on le voudrait , il ne me conviendrait pas de revenir. Ainsi , successivement ^ on me refusera partout l'air et l'eau. Voilà l'effet de ces procédures si régulières , dont vous voulez que j'admire l'équité.
» Vous pouvez bien juger , Madame , que toutes ces circonstances ne peuvent que me rendre encore plu^ précieuses les offres de madame* * ♦; et , si j'ai l'honneur d'être connu de vous , vous pourrez aisément lui faire comprendre à quel point j'en suis touché. - .
i^ Mais y Madame , ou est ce château ? Faut-il encore faire des voyages , moi qui ne puis plus me tenir ? Non; dans l'état où je suis , il ne me .reste qu'à me laisser chasser de frontière en frontière y jusqu'à ce que je ne puisse plus aller. Alors , le dernier fera de moi ce qu'il lui plaira. A. l'égard de l'Angleterre , vous jugez J)iea qu'elle est désormais pour moi comme l'autre monde : je ne la reverrai de mes jours.
» Je devrais maintenant vous parler de vos propres o£fre8 , Madame ; de ma reconnaissance; du : chevalier deLorenzi f de missBecquet, et de mille autres choses qui , dans vos bontés pour moi , m'importent à vous dire. Mais voilà du monde ; le papier me manque, et la poste partira bientôt. Il faut finir pom^ aujourd'hui. »
Celte lettre qui n'est comprise dans aucune collection des œuvres de Rousseau / constate rirrëgulariié de la procédure du gouTemement de Genève, ou plutôt sa précipitation , car ayant condamné Fauteur de TEmile , sans Tentendre , il ne fit point de procédure.
L'amitié de madame de Boufflers était, comme nous Pavons vu , tome 1 y pag. i3i , une amitié solide. Comme elle chercha toujours un asile pour Jean-Jacques^ il est probable que la personne qui offrait un château était mise en jeu par elle.
SHQ. A MADAM2 LA CoMTESSE DE BoUFFLERS. ji MoticrS-
Travers , le 27 juillet 176ÎÎ.
« J'ai enfin le plaisir ^ Madame, d'avoir ici mademoiselle Le Vasseur , et j'apprends d'elle à combien de nouveaux titres je dois être pénétré de reconnaissance pour les bienfaits que M. le prince de Conti a versés sur cette pauvre fille , pour les soins bien plus précieux dont il a daigné l'honorer , et surtout , Madame , pour tout ce^ que vous avez fait pour elle et pour moi dans ces