‹ Histoire de la vie et des ouvrages de J.-J. Rousseau, composée de documents authentiquesChapitre 77 sur 108 · XV. PARTIE. SES OUVRAGES · texte numérisé non relu

XV. PARTIE. SES OUVRAGES

» dfi toates façons à la félicité et m'apprendre à mourir. )> Mon excès d'humanité , inséparable de la pitié ^ » m'a eiigagé à cautionner un militaire pour 32oq Hv. » En établissant mes enfants je ne me suis réservé qu'une j> pension de i5ooliv. ^ la voilà plus qu'absorbée pour » deux ans , c'est ce qui me force à partager votre pain » pendant cet intervalle. Vous n'aurez pas sujet de vous » plaindre de moi : je suis très-sobre^ je n'aime que les p légumes et fort peu la viande; je renchéris sur la soupe, » à laquelle je suis habitué deux fois par jour; je mange » de tout y. mais jamais de ragoûts faits dans le cuivre ^ 7) ni de ces ragoûts raffinés qui empoisonnent.

» Je vous préviens que la suite d'une chute m'a rendu » sourd ^^ cependant j'entends très-bien de l'oreille » gauche , sans qu'on hausse la voix, pourvu qu'on me x> parle doucement, et de près à cette oreille. De loin » j'entends avec la plus grande facilité , par des signes » très-faciles que je vous apprendrai , ainsi qu'à vos amis. » Je ne suis point curieux; je ne questionne jamais ; » j'attends qu'on ait la bonté de me faire part de la » conversation. »

» Toute la lettre est sur le même ton. Vous me direï qu'il n'y a là qu'une folle plaisanterie. J'en conviens ; mais je vois qu'en plaisantant , cet honnête homme s'occupe de moi continuellement, et , Madame, cela ne vaut rien. Je suis convaincu qu'on ne me laissera vivre en paix sur la terre , que quand il m'aura oublié.

» Depuis quinze jours je me mets souvent en devoir d'écrire au chevalier ( deLorenzi ), et toujours quelque soin pressant m'en empêche; et même à présent que je voulais vous parler de vous , Madame , de madame la maréchale, voilà qu'on vient m'arracher à moi-même et aux bienfaisantes divinités que mon cœur adore , pour

t^QI HISTOIRE DE J.-J. RpTTSSEAV^

9l\ex y en vrai manichéen, servir celles qui peuvent me nuire , sans pouvoir me faire aucun bien.

' Nous avons eu plus d*une fois i*occasion de remarquer que Roni- «eause trompait dans ses conjectures. Nous pensons quHl commit an« «rreur en attribuant la lettre du prétendu baron de Cor val à Voltaire. Le patriarche faisait mieux que cela , quand il se mêlait de plaisanter. Cette espèce de mystification n^a point de sel , ni de finesse. Les allusions n'ont rien de piquant : Tune est relative à la lettre n^ 65» siir le danger des ustensiles en cuivre, Pautre au passage du livre d'Emile, qui précède la profession de foi. Sans croire, comme Jean- Jacques', que Voltaire était à la tête de ses ennemis, et que son repo> dépendait de Toubli de Fauteur de Zaïre ; il est vrai cependant que Voltaire donnant le ton , ayant une grande influence, devait être facilement imité dans ce qui ne demandait, poor le succès , ni ses talents ni son esprit, dans l'art de dire des injures.

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