‹ Histoire de la vie et des ouvrages de J.-J. Rousseau, composée de documents authentiquesChapitre 79 sur 108 · IV. PARTIE. SES OUVRAGES · texte numérisé non relu

IV. PARTIE. SES OUVRAGES

■y chercher la paix , que je ne puis trouver nulle part. Il n'y a que mon état qui puisse nuire à ce projet. Les hivers ici sont si rudes ^ et les approches de celui-ci me sont déjà si contraires y que c'est une espèce de folie d'étendre mes vues au-delà. ISous parlerons de tout cela dans le temps; mais , en attendant ^ je ne puis vous cacher que je suis trè»-déterminë à ne point passer par la France. Il faut qu'un étranger soit fou y pour mettre le pied dans un pays où l'on ne connaît d'autre justice que la force , et ou l'on ne sait pas même ce que c'est que le droit des gens.

» Vous aurez su , Madame , que le roi de Prusse a fait sur mon compe une réponse tcès-ohligeante à milord Maréchal. On a fait courir , dans )e puhlic , un extrait de celte lettre qui m'est honorable aussi , mais qui n'est pas vrai ; car milord ne Ta montrée à personne , pas même à moi. Il m'a dit seulement que le Roi se ferait un plaisir de me faire bâtir un hermitage k ma fantaisie ^ et que j'en pourrais choisir moi-même l'emplacement, ie vous avoue qu'une offre si bien assortie à mon goàt , m'a changé le cœur. Je ne sais point résister aux caresses , et \e suis bien heureux que j^amais ministre ne m'ait voulu tenter par là. J'ai répondu à milord , f^ae j'étais touché des -bontés du Roi , mais qu'il me serait impossible de dormir dans une maison bâtie ^ pour moi y d'une main royale , et il n'eu a plus été question. Madame , j'ai trop mal pensé et parlé du roi de Prusse , pour recevoir jamais ses bienfaits ^ mais je l'aimerai toute ma vie.

» Il faut que je vous supplie , Madame , de vouloir bien vous faire informer de M. Duclos. Je crains qu'il ne soit malade^ Il m'a écrit avec intérêt. Je lui ai répondu. II m'a r'écrit , en me demandant qui étaient mes ennemis et quels , et d'autres détails sur ma situation. Je l'ai sa|:isfait pleinement dans une seconde réponse y dans

laquelle je lui ai développé toutes les menées du poète, du jongleur et de leurs amis. Dans la même lettre , je lui demande y à nion tour , des nouvelles de ce qui se passe à Paris , par rapport à moi , selon TofiFre qu'il m'en avait faite lui-même. Il y a de cela plus de six semaines, et je n'entends plus parler de lui. M. Duclos n'est certainement ni un faux ami , ni un négligent : il faat absolument qu'il soit malade. Je vous supplie de vouloir bien me tirer de peine sur son compte. Je n'ai poiiit , encore écrit au chevalier de Lorenzi , et j'ai grand tort, car je n'ai pas cessé un moment de compter sur toute son amitié , quoique je le sache très-lié avec des gens qui ne m'aiment pas , mais qui feignent de m'aimer avec ceux qui m'aiment , et qui ne manqueront pas d'avoir cette feinte avec lui.

p Puisque vous daignez vous ressouvenir de mademoiselle Le Yassenr , permettez , Madame , qu'elle vous témoigne sa reconnaissance , et qu'elle vous assure de son profond respect. Le froid augmente ici de jour esa jour, et le pays est tout couvert de neige.

» Si vous aviez la bonté , Madame , de m'écrire directement, vos lettres nie parviendraient beaucoup plus tôt, car il faut qu'elles passent ici pour aller à Nèuchâtel. »

346 {bis). A, M. MoucHON, Ministre du Saint Evangile, à Genève, jé Motiers , le ÎI9 octobre 1 76a.

« Bien obligé , très - cher cousin , de votre bonne visite, de votre bon envoi , de votre bonne lettre, et surtout de votre bonne amitié , qui donne du prix à ' tout le reste. Je vous assure que si vous avez emporté d'ici quelque souvenir agréable , vous y avez laissé bien des consolations. Tous me faites, bénir les malheurs cjui

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in^ont attire de tels amis. Et quel cas ne dois- je pas faire d*un attachement^ formé par Tépreuve qui en brise taht d'autres 7 Tous me devez maintenant tous les sentiments que vous m'avez inspirés , et vous ne pourrez y sans ingratitude , oublier de votre vie que les deux larmes que vous avez versées à notre premier abord , sont tom bées dans mon cœur.

» C'est un petit mal que la qualité de citoyen ne soit pas énoncée dans le baptistaire ; j'ai toujours été plus jaloux des devoirs que des droits de ce titre honorable. Je me suis toujours fait un devoir de peu exiger des hommes : en échange du bien que j'ai tâché de leur faire ^ je ne leur ai demandé que de ne me point faire de mal. Vous voyez comment je l'ai obtenu. Mais , n'importe , ils auront beau faire , je serai libre partout , malgré eux.

» Si je vous ai tenu quelques ms^uvais propos , au sujet de l'atlas , ce dont je ne me souviens point, j'ai eu tort^ et je vous prie de l'oublier. Il est bon qu'une amitié aussi généreuse que la vôtre commence par avoir quelque chose à pardonner. Je n'approuve pas , de mon côté , que vous en ayez payé le port. Je vous prie d'en ajouter le déboursé à celui du baptistaire et au prix de l'atlas , qu'un ami sera chargé de vous rembourser.

» Mille choses ^ je vous supplie , à l'honnête anonyme (i), dont je vous ai montré la lettre; vous savez combien elle m'a touché ; vous n'avez là-dessus à lui

(i) Cet anonyme, qu'il est sans doute bien permis de faire connaître, était M. Philippe Robin , eitoyen distingué par son mérite et •es talents. Il eut Pingénieuse idée de saisir l'occasion du séjour de sou ami, M. Mouchou, auprès de J.-J. Rousseau, pour écrire i celui-ci une lettre remplie dVsprit et de délicatesse.

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