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dire que ce que vous av€z vu vous - même. AxKien , cher cousin y je vous embrasse et vous aime de tout moa cœur.
t Ji'h Rousseau. »
« Je dois une lettre (i) au* bon et aimable Beauchâ* teau , mais je ne sais comment lui écrira , u'ayaat pas son adresse. »
Notes et éclaircîssemerUs donnés par un Genevois (2).
« Cette lettre de J.-J. Rousseau fut écrite à la suite d'un voyage , ou promenade pédestre , que firent , en octobre 176^, à Motiers-Travcrs , trois jeunes Gcaevois, pour y visiter leur célèbre compatriote , après s*être assurés de sa disposition à les recevoir. Ces Genevois étaient MM^ les ministres Moucbon et Rousian , et M. Beaucbàteau , horVogcr , connu alors par les agréments de son esprit , l'aménité àe son caractère et un goût éclairé, que venaient consulter avec fruit les jeunes ge&s qui* se destinaientit là chair. M. Roustan avait débuté d'une manière distinguée , par ses Offrandes aux Aut^U et à la Pairie , où se? trouvemt |^u$ieiirs morceaux dont Rousseau n'eût pas désavoué les principes énergiques et la mâle éloquence. M. Monchon est le même qui , dans la suite, pendant se» pastorat à BMe^fit, pour Panckouckc,
(1) Cette lettre que Rousseau éciivitle a6 avril 1763 , se tiouve dans sa Correipondance.
[%) M. Mouchoo , dont nons avons déjà eu )« plaisir de parler. » est frère de celui à qui la lettre est adresaée^ et conserve à plus de quatre-vingts ans , conmie on peut le voir par son, stjle que doim respectons , cette fraîcheur de sooveiiirs , et cette vive /wnsibilité 1*^* nous nbandoiment souvent bien avaut ce terme.
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la table analytique et raisonnëe de r£ncyclopëdie et de ses suppléments , travail immense , et qu'il put cependault exécuter en cinq années , en se livrant avec un zèle égal à ses fonctions évangéliques. On doit à celles-ci une suite de discours religieux dont il n*a encore paru que deux volumes , publiés après sa mort ; discours où la morale , toujours éloquente , est animée par une énergique sensibilité et embellie par les charmes de la diction et l'harmonie du style. Tels étaient les trois amis qui vinrent visiter Rousseau dans sa retraite. Prévenu du jour de leur arrivée y il alla au-devant: d'eux à une assez grande distance dans la route. Une rencontre aussi peu attendue j témoignage touchant d'une amitié empressée et délicate> et^leseôusions de cœur qui l'accompagnèrent furent reçus avec un attendrissement qui alla chez l'un d'eux jusqu'aux larmes. Cet accueil affectueux put leur faire pressentir tous les agréments qu'ils éprouveraient dans sa société. En effet , les cinq ou six jours qu'il leur fut permis d'en profiter durent sMcouler bien rapidement , au sein des plus pures jouissances de Tesprit et du cœur. Dans les libres épanchements auxquels Rousseau se livra ^ il se montra souvent éloquent et quelquefois sublime. lis reconnurent k la fois en lui et l'homme de génie , doué d*une âme profondément religieuse y et l'homme de société te plus aimant et lé plus aimable ^ tel qu'il a dû être naturellement avant que ses infortunes , et les écarts d'une imagination malade ,. eussent aigri et altéré son caractère.
» Ce fut dans l'enchantement de l'accueil qu'ils en reçurent et du séduisant aspect avec lequel il s'offrit à eux, que M. Mouchon ^ se livrant à l'expression de ce sentiment vif et tendre , de ce goût passionné pour le yrai^ pour le beau, qu'il porta toujours dans son cœur ,
en fit le tableau suivant , en écrivant à son épouse : a Nous voici donc ^ depuis vendredi à une heure , à
» Motiers j nous voici avec M. Rousseau. L'aimable
» homme l Tu n'as pas idée combien son commerce est
» charmant ; quelle politesse bien entendue dans les
)> manières ; quel fonds de sérénité et de gaîté dans sa
» conversation i Ne t'attendais-tii pas à un portrait tout
» différent ? Ne te figurais«tu pas un homme bizarre ,
» toujours grave et même quelquefois brusque ? Ah !
» quelle distance de là à son vrai caractère ! A. une phy-
» sionomie douce, il joint un regard pleiti, de feu , des
» yeux d'une vivacité sans égale. Quand on traite une
» matière àlaquelle il prend intérêt, ses yeux, sa bouche,
» ses mains , tout parle chez lui. On aur^iit biea tort de » s'imaginer en lui un frondeur , un çen seur perpétuel. » Point du tout, il rit avec ceux qui rieut ;' il badine ,
» il cause avec les eibf^nts y il raille avec sa gouvernante,
» mademoiselle LeVasseur ; enfin , je tombais des nues
» en le voyant pour les premières fois. Invité par milord
» Maréchal , gouverneur du pays , il était allé à la.
» campagne, près de Neuchâtel. Cependant, pressentant » notre arrivée , il avait résisté aux instances qu'il'
» lui faisait d'y rester deux jours de plus , et il était
» revenu en hâte. pour nous recevoir. Nous en fûmes
» accueillis par mille embrassades ; toute sa sensibilité
» fut excitée^ mais cette sensibilité est si grande que je
» n'ai jamais vu personne l'éprouver avec plus d*énergie,
M recevoir des impressions plus pénétrantes. Dès ce jour,
» nous avons constamment dîné ou soupe chez lui } Tin-
» tervalle des repas est rempli par des courses que nous
» faisons avec lui , suivant sa coutume , dans les li€ux
» les plus sauvages, tantôt parmi les rochers, tantôt dans
» les Lois qu'on rencontre souvent dans une vallée, qui,