IV. PARTIE. SES. OUVRA CES. 5ot
» quoique riante et des plus belles , est environnée de » montagnes y et n'a pas plus de trois quarts de lieue de Vf largeur.'
» A propos, j'oubliais de te dire que M. Rousseau et » moi ne nous appelons plus que cousins. Voilà sans » doute qui est plaisant y mais qui montre bien jusqu'où » vont ses souvenirs et son ingénieuse amitié. Il m'a » donné , pour raison de cette parenté , qu'un de ses » oncles cousinait avec un de mes parents , et c'est ce » qu'il me rappela dans noire première entrevue. Je ». croisy me dit-il ^n riant , que nous sommes parents. Et » je ne m'avisai, pas de nier la thèse ^ d'où s'en suivit un » cousinage dans les formes.
» Nous prêchâmes , hier dimanche^ Roustan etmLoi , » pour M. le professeur de MontmolUn , pasteur de », Motiers. Nous fûmes le reste du jour tous ensemble^ » et , à l'exception dç M. Rousseau?, qui ne mange point » hors de chez lui , nous soupâmes à la cure. M. de » MontmoUin noiis rendit compte de sa conduite à » l'égard de. M . Rousseau y relativement k la sainte Cène y » et nous eûmes lieU' d'être convaincue y d'une part y de » la sagesse du pasteur , et, de L'autre ,- du vrai christia- » nisme du pénitent ^ et cependant c'est cet homme-là » qu'on ne ce^^e dei tympaniser dans des chaires y et de » peindre des plus jaflfreuses couleurs ! »
» Parmi les traits que les trois amis se plaisaient à raconter de leur séjour auprès de Rousseau ^ en voici un qui ^era juger à quçl point il x^hercha et réussit à le leur rendre agréable : -
» G>mme il avait désiré que seshôl^s vinstent tous les jours partager son frugal repa« ,. refusant lui-même constamment leurs invitations à leur aubôrge y il lui vint un soir y avant souper y l'idée; fort plaisante de leur im*-
5oi RISTOTRZ I>E J.*J. HOVStBAV,
poser , ainsi qu'à lui-même , selon l'anciai nsa^e , la tâche de tourner , chacun à Son tour , au coin du feu ^ la broche du rôti , en y joignant de plus Tobligation de réciter^ pendant ce temps4à , quelque joli conte , fable' , ou historiette. Lorsque son tour fut venu , ' il paya son conting^t par sa Reine fantasque , conte charmant^ alors inédit / et d'un intérêt tout nouveau pour eux. Hamilton , avec lequel il y rivalise ^ n'a rien fait qui lui 6oit supérieur pour la grâce et pour l'\enjouement. Le Ion aimable et gaîment varié avec lequel il le récita , la vivacité de son geste , le jeu animé de sa physionomie , en un mot toute sa personne en actioti y y ajoutèrent le plus vif intérêt , et ravirent d'aise et d'admiration ses heureux auditeurs.
1» Que l'imagination se tr^ansporte k cette scène familière , à ce tableau de l'éloquent auteur d'Emile ^ du peintre brÀlant de Julie /*, oubliant ses ennemis et sa gloire j pour n'offrir que la touchante simplicité du génie et son aimable abandon ; qu'on se le représente animé de la plus frandie gatté ^ et cherchant y par son joyeul récit y à la communiquer à ses amis , qui le contemplent et l'écoutent dans une espèbe d'eXtase. Qu'on y joigne y si l'on veut y mais dans le fond du tableau y Thérèse Le Yasseur , partagée entre les soins du ménage et l'attention qu'elle prête à la seule des productions de Rousseau qu'elle ait été peut - être en état de comprendre ; qu'on se peigne la physiMiomie de Rousseau y alors âgé d^ cinquante ans ^ et san costume*^ à l'arménienne ^ tel qu'il l'avait adopté à cette époque ; et , pour porter fa vérité juaquje dans un des petits détails de ses habitudes ^ que son chat favori (t) ne soit pas oublié , reposant sur
(i) louMMu aimait mieux le chat que le chien , parce qne U