‹ Histoire de la vie et des ouvrages de J.-J. Rousseau, composée de documents authentiquesChapitre 95 sur 108 · A M AD. LA Comtesse de Boufflers. A Trie · texte numérisé non relu

A M AD. LA Comtesse de Boufflers. A Trie

le *i5 février f^Gi.

tf Je vieillis dans les ennuis , mon âme est affaiblie , ma tête est perdue ^ mais mon cœur est toujours le même : il n*est pas étonnant qu'il me ramène à vos pieds. Madame^ vous n'êtes pas exempte de torts envers moi ; je sens vivement les miens } mais, tant de maux soufferts n'out-ils rien expié ? Je ne sais pas revenir à demi ^ vous me connaissez assez pour en être assurée. Nedois-je donc plus rien espérer de vous ? A.h ! Madame , rentrez en vous-même , et consultez votre âme noble. Voyez qui vous sacrifiez , et à qui ! Je vous demande une heure

lY. PARTIE. SES OUVRAGES. S27

. entre le ciel et vous , pour cette comparaison. Souvenezvous àa temps où vous avez tout fait pour moi. Combien vos soins bienfaisants seront honorés un jour ! Eh ! pourquoi détruire ainsi votre propre ouvrage ? Pourquoi vous en ôter tout le prix ? Pensez que , dans Tordre aar turel , vous devez beaucoup me survivre , et qu'enfin la vérité reprendra ses droits. Les hommes fins et accrédités peuvent tout pendant leur vie : ils fascinent aisément les. yeux de la multitude, toujours admiratrice de la prospérité ; mais leur crédit ne leur survit pas , et sa chute met à découvert leurs intrigues. Us peuvent produire une erreur publique , mais ils ne la peuvent éterniser , et j'ose prédire que vous verrez , tôt ou tard ,. ma mémoire en honneur. Fa udra-t-il qu'alors mon souvenir, fait pour vous flatter, vous trouble ? Faudra-t-il que vous vous disiez en vous-même : J'ai vu , sans pitié , traîner , étouffer dans la fange , un homme digne d'estime , dont les sentiments avaient bien mérité de moi? Non, Madame , jamais la générosité que je vous connais ne vous permettra d'avoir un pareil reproche à vous faire. Pour l'amour de vous , tirez-moi de l'abîme d'iniquités ou jç suis plongé. Faites-moi finir mes jours en paix : cela dépend de vous , et fera la gloire et la douceur des vôtres» Les motifs que je vous présente vous montrent de quelle espèce sont ceux que je crois faits pour vous émouvoir. De toutes les réparations que je pouvais vous faire , voilà , Madame , celle qui m'a paru la plus digne de vous et de moi. »

Cette lettre, qui ne fait partie d^aucune des éditions publiées

jusqu^à ceiour, des œuvres de Rousseau , parut au mois de juillet

i8ao, dans la Correspondance privée de David Hume. La liaison

entre madame de BoufBlers et le prince de Conti qui avait donné la

'jouissance du ch&tcau de Trie à Jçan*Jucques, devait faire sup*

5a8 niSTOIRE DE J.-J. ROUSSEAir,

pofer à celni'CL qu^elle était toujours la même envers lai. Peat>étte . se reprochait-il son silence. Il est probable que lei tracasseries de Thérèse commençaient déjà à lui rendre celte demeure désagréable, et que, voulant en sortir, Rousseau cherchait un moyen défaire connaître an prince les motifs qui devaient le justifier à ses yeux et le déterminer à renoncer à la généreuse hospitalité qu^il en recevait.

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