‹ Histoire de la vie et des voyages de Christophe Colomb (volume 2)Chapitre 12 sur 27 · CHAPITRE U · texte numérisé non relu

CHAPITRE U

Voyages contemporains de découvertes.

L'autorisation générale, accotdée par les roiâ catholiques en 1 49^, d'entreprendre des voyages de découvertes, avait donné naissance à diverses )expéditions dirigées par de simples particuliers ; c'étaient pour la plupart deà nlarins qui avaient ac-^ compagne Colomb dans ses premiers voyages. La cour d'Ëspàgne, hors d'état d'équiper elle-même de nombreuses escadres, voyait avec plaisir ses possessions s'augmenter ainsi j sans qu*il lui en coûtât rien, et ses trésors s'enrichir de la part qu'elle se réservait dans les bénéfices. Ces expé* ditions avaient surtout eu lieu pendant que Colomb était dans une sorte de disgrâce ailprès. de «es souverains : les descriptions magilifiqueft t]u'il H\9it &i,tâs des côtes de Pc^rki ^voient e^mtà la

ia4 HISTOIRE [lIV. XIV.

cupidité des armateurs, et ses cartes et son journal servii;ent à les guider.

Indépendamment de l'expédition d'Ojeda dont nous avons déjà parlé, et dans le cours de laquelle il avait touché à Xaragua , ime autre avait été entreprise à la même époque par Pedro Alonzo Niôo, de Moguer, habile pilote qui avait servi sous l'amiral, dans ses voyages le long des côtes de Cuba et de Paria. Ayant obtenu une commission , il intéressa à son entreprise un riche marchand de Séville, qui équipa une caravelle de cinquante tonneaux, sous la condition que son frère Christophe Guerra en aurait le commandement. Ils partirent de la barre de Saltes quelques jours après qu'Ojeda avait mis à la voile de Cadix, dans le printemps de 14999 et se dirigèrent verslaTerre-Ferme. Arrivés sur la côte méridionale de Paria, ils la suivirent quelque temps , traversèrent le golfe , et de là firent encore cent trente lieues, longeant la république actuelle de Colombie, et visitant ce qu'on appela depuis la côte des Perles. Ils prirent terre dans dififérens endroits, se défirent de leurs ba-^ biole3 européennes avec un immense avantage, et revinrent avec une grande quantité d'or et de perles, ayant fait, sur leur petit navire, im des voyages les plus longs et les plus productifs, qui eussent encore été accomplis.

Vers la même époque, les Pinzons, cette famille de riches et hardis navigateurs, équipèrent à Palos quatre caravelles montées en grande partie par

CH. II.] DE CHRISTOPHE COLOMB. 1 a 5

leurs parens et leurs amis. Il s'y trouvait des pilotes expérimentés qui avaient été avec Colomb à Paria, et l'escadre était commandée par Vincent Yanez Pinzon, un des compagnons de l'amiral dans son premier voyage.

Pinzon était un marin habile, et il ne se traîna pas, comme les autres, sur les traces de Colomb. Il mit à la voile au moisr de décembre 14999 6t après avoir dépassé les Canaries et les îles du Cap -Vert,il gouverna au sud-est, jusqu'à ce qu'il perdît dé vue letoile j^laire. Il éprouva alors une violente tempête, et l'aspect nouveau des cieux le jeta dans le plus grand embarras. On ne connaissait encore rien de l'hémisphère méridional , ni de cette belle constellation de la croix, qui, dans ces régions, a remplacé depuis pour les marins l'étoile polaire^ Les navigateurs s'étaient attendus à trouver au pôle du midi une étoile correspondant à celle du nord. Ils furent confondus de n'apercevoir aucun guide de cette nature, et ils pensèrent qu'il y avait quelque élévation de la terre qui cachait le pôle à leurs yeux '.

Pinzon n'en continua pas moins à se porter en avant avec une rareintré(Mdité. Le a6 janvier 1 5oo, il vit de loin un grand promontoire qu'il appela le cap Sainte-Marie de-la-Consolation , et qui dépuis a été nommé le cap Saint-Augustin. Il y débarqua, et prit possession du pays au nom des rois

* Pierre Martyr, decad. i, lib. ix«

taô Hisroïi* [irv. xit.

cathoUqueift) c'était unç partie du territoire uppidé aujourd'hui le Brésil. Pe là, gouvenimt^ l'ouest, il découvrit le Maraguon, connu maintenant soiu le nom de la rivière des Àinazones^ traver&a U golfe de Paria, et pénétrant dans la mer des Caraïbes et dans le golfe du Mexique, il arriva jusqu'au milieu des îles Babama, où il perdit deux de ^es navires sur les récifs, près de l'île de Jumeto* Il retourna à Palos au moi$ de septembre t ayant ajouté k son ancienne gloire celle d'être le premier des Européens qui aient passé la ligne dans l'océan occidental, et d'avoir découvert le célèbre empire du Brésil, depuis ses frontières, à Tembouchure du Maragnon, ;^squ'à son extrémité orientale. En récompense de ses travaux, il reçut l'autorisation jde coloniser et de gouverner les terres qu'il avait découvertes, et qui s'étendaient au sud, depuis le Maragnon jusqu'au cap Saint-Augustin '..

Le petit port de Palos, qui vivait été si l^nt k fournir la première escadre de Colomb, était alors continuellement agité par la passion des découvertes. Peu de temps après le départ de Pinzon, une Autre expédition y fut préparée par Di^o X-epe, natif de Palos, qui composa son équipage de ses braves coiiipatriotes. Il fit voile dans la m^e di^ rection que Pinzpn; mais il découvrit une plus grande étendue du continent méridional qu'auèun

^ Herrera, decad. i, lib, iv, cap. 12. "ilLxmos^ Hist. del Nuef^o Mundoy partie inéjBtç.

ea. II. j bE GHRIftTOPBB éOLÔMB^ f ft^

narigateur n'en découvrit de son temps , ni même douze ans après. Il doubla le cap Sain t- Augustin , et reconnut que plus loin la côte sç dirigeait vers le sud*ouest. Il y débarqua pQur accomplir la cérémonie ordinaire de prendre possession du pays au nom des souverains espagnols^ et grava leurs noms sur un arbre magnifique, d'une si énorme gi*os8eur que dix<*sept hommes , en se tenant par la main, ne pouvaient en embrasser le tronc. Ce qui rehaussait le mérite de ses découvertes, c'était qu'il n'avait jamais fait voile avec C^olomb. Mais il avait avec lui plusieurs pilotes habiles qui avaient accompagné Tamiral dans ses voyages ' .

Une autre expédition, composée de deux navi« res, partit de Cadix en octobre 1 5oo, sous le com* mandement de Rodrigo Bastides de Séville. Il doubla le cap de la Vêla, limite occidentale des dé-' couvertes antérieures sur la Terre -Feiroe, et avança jusqu'à un havre appelé la Retraite, où fut fondé ensuite le port de Nombre de Dios. Ses bâtimens étant presque entièrement rongés par le taret, ver destructeur tjui abonde dans ces mers^ il eut beaucoup de peiné à arriver à Xaragua , où il perdit ses deux caravelles, et d'où il se rendit par terre à Saint-Domingue avec ses compagnons. Bobadilla le fit ai*rêter et jeter en prison , sous pi'étexte qu'il avait trafiqué avec les naturels de Xaragua pour se procurer de l'or.

* Las Casas, Hist. 1^4- > Hb. ii , cap, 12. Munos, Hist, del Nuevo Mundo^ partie inédite.

laÇ HISTOIRE [tnr.xnr.

Si les succès de Colomb avaient excité les E^gnols à entreprendre tant d'expéditions, les nations étrangères ressentirent aussi cette espèce de commotion électrique. En i497^ Sébastien Cabot , fils d'un marchand vénitien établi à Bristol, faisant voile au service de Henri VU, roi d'Angleterre, se dirigea vers les mers septentrionales du Nouveau- Monde. Adoptant l'idée de Colomb, il cherchait les côtes du Cathay, et espérait trouver au nordouest un passage vers les Indes. Dans ce voyage, il découvrit Terre-Neuve, côtoya le Labrador jusqu'au cinquante-sixième degré de latitude nord; puis, en revenant, il se dirigea au sud-ouest vers la Floride, d'où le manque de provisions l'obligea de retourner en Angleterre *. Il n'existe que des relations vagues et tronquées de ce voyage, qui était important en ce qu'il comprenait la première découverte du continent septentrional du Nouveau-Monde.

Mais les entreprises qui excitèrent le plus l'attention et la jalousie de la couronne d'Espagne, furent celles des Portugais. Vasco de Gama, homme de naissance, d'un talent et d'une intrépidité remarquables , avait enfin accompli le ^rand projet du feu prince Henri de Portugal, et, en doublant le cap de Bonne -Espérance, en i497> il avait ouvert cette route vers les Indes qu'on cherchait depuis si long-temps.

* Lafiteau, Conquêtes des Portugais ^ liv. ii;

GH. n.] DB CHRISTOPHE COLOMB. 1 39

Aussitôt après le retour de Gama^ une flotte de treize voiles fut équipée pour visiter les magnifiques régions dont il avait révélé l'existence. L'expédition partit le 9 mars i5oo, pour Calicut, sous le commandement de Pedro Alvarez de Cabrai.

Après avoir passé les îles du cap Verd, il chercha à éviter les calmes fréquens sur la côte de Guinée , en gouvernant à l'ouest. Tout à coup , le a5 avril, il trouva une terre que personne de son escadre ne connaissait; car ils n'avaient pas encore entendu parler des découvertes de Pinzon et de Lepe. Il supposa d'abord que c'était quelque grande île; mais , après l'avoir côtoyée pendant quelque temps, il se convainquit qu'elle devait faire partie de quelque grand ôontinent. Après l'avoir suivie jusqu'au delà du quinzième degré de latitude méridionale, il entra dans un port qu'il appela ^ Puerto 5ec«ro, prit possession du pays au nom du Portugal, et dépêcha un vaisseau à Lisbonne pour ^ y porter la nouvelle de ce grand événement '. Ce fut ainsi que le Brésil devint la possession du Portugal, étant à l'est de la ligne tracée^ d'accord avec l'Espagne, pour séparer leurs territoires respectifs. Le docteur Robertson, en rapportant ce voyage de Cabrai , termine par une des remarques aussi justes qu'élégantes, qui lui sont habituelles.

«La découverte du Nouveau-Monde par^ Colomb , dit-il, fut l'effort d'un génie actif, guidé par

* Lafiteau, Conquêtes des Portugais, \\y, 11,

l'expérience et suivant le plan qu'il s'était tracé avec autant de per^térauce que de courage. Maiâ l'aventure des Portugais nous montre que le hasard aurait pu accomplir cette grande entreprise que l'esprit humain se fait gloire aujourd'hui d'avoir exécutée. Si la sagacité de Colomb ne nous avait pas fait connaître l'Amérique^ Cabrai , par un heureux hasard^ nous eût révélé plus tard l'existence de ce vaste continent '• »

* Keberisfm, Histoire (tjimérique y Ur.n,

CHiin.] . DJE CHRISTOPHE COLOMB. iSf

ciBAPinuB m.

Ifieolas de Ortnda est nommé pour remplacer BobadOla (i 5o i ) •

Les nombreuses découvertes dont nou^ aroud donné un léger aperçu dans le chapitre précédent^ avaient exercé une puissante influence sur l'esprit de Ferdinand. Son ambition, son avarice et sa jalousie étaient également excitées. Il voyait deà régions sans bornes j enfantant toute espèce de richesses, s'ouvrir chaque jour de;j,ant les entreprises de ses sujets; mais il voyait en même temps les autres nations qui s'élançaient pour les lui disputer, jalouses de partager avec lui ce Nouveau-Monde qu'il aurait voulu exploiter seul. Les expéditions des Anglais et la découverte fortuite du Brésil par les Portugais lui causaient beaucoup d'inquiétude. Pour s'assurer la possession du continent, il résolut d'établir sur les points les plus importans un

i3a HISTOIRE [tnr.xnr.

gouvernement local, soumis au gouvernement général établi à Saint-Domingue, qui deviendrait la métropole. Avec de pareils projets, le gouvernement accordé antérieurement à, Colomb allait acquérir une importance bien plus grande encore; et, si c'était une raison de plus pour lui de désirer rentrer dans ses droits, le monarque égoïste et jaloux n'en éprouvait que plus de répugnance à l'y réintégrer. Il se repentait depuis long-temps d'avoir accordé de si grands pouvoirs et de si brillantes prérogatives à un simple sujet, et surtout à un étranger. Au moment où il l'en avait investi, il ne prévoyait pas quelles contrées immenses il mettait sous ses ordres. Il semblait presque se regarder comme ayant été la dupe de Colomb dans l'arrangement qu'il avait fait avec lui; et chaque nouvelle découverte, au lieu d'augmenter la reconnaissance qu'il lui devait, ne faisait que rendre plus vifs ses regrets de lui avoir accordé une récompense dont l'importance s'accroissait dans la mémo proportion. Enfin, l'audace de Bobadilla avait privé momentanément Colomb de ses hautes fonctions, eti le prudent monarque décida secrètement, que jamais ses anciennes prérogatives ne lui seraient rendues.

Peut-être Ferdinand conserva-t-il réellement d doutes sur l'innocence de Colomb, d'après tout^ les accusations dont il avait été l'objet. Peut-èi aussi sa qualité d'étranger &isait-elle craindre roi qu'il ne lui restât point fidèle Jorsque son ai

CÏÏ.m.] DE CHRISTOPHE COLOMB, l33

torité se serait consolidée, et qu'à une grande distance de la. mère-patrie, il verrait sous sa puissance de riches et immenses contrées. Colomb lui-même, dans ses lettres, fait allusion au bruit répandu par ses ennemis, qu'il avait l'intention, soit de s'ériger en souverain indépendant, soit de livrer à d'autres puissances ses brillantes découvertes; et il paraît craindre que ces calomnies n'aient fait une impression fâcheuse sur l'esprit de Ferdinand. Mais une autre considér^ition , non moins forte aux yeux du monarque, l'empêchait d'accomplir ce grand acte de justice. Colomb ne lui était plus indispensable. Il avait fait sa grande découverte; il avait frayé la route du Nouveau- Monde, et maintenant tout le monde pouvait la suivre. D'habiles marins s'étaient formés sous ses auspices, et avaient acquis de l'expérience dans leurs voyages avec lui. Chaque jour ils assiégeaient le trône, offrant de tenter à leurs frais de nouvelles entreprises et de céder à la couronne une partie des profits qui en seraient le résultat. Pourquoi donc accorderait-il des dignités et des prérogatives vraiment royales pour des services que d'autres lui ofifraient de rendre gratuitement?

Tek furent sans doute, et la conduite subséquente de Ferdinand en est la preuve, les motifs qui l'empêchèrent de réintégrer Colomb dans les^ dignités et les privilèges qui lui avaient été solenûellement accordés par un traité, et dont il était démontré qu'il ne s'était jamais reQdu indigne.

i34 .^ msToiRB [Lvr.tpr.

Tontefois on n*en continua pas moins à bercer . Colomb d'espérances trompeuses ^ et des raisons plausibles furent alléguées pour justifier le retard qu'éprouvait sa réînstallation. On lui fit observer que les élémens de ces factions violentes qui s'é* talent récemment élevées contre lui , existaient encore dans l'île ; que son retour immédiat pourrait , ranimer des haines mal éteintes ; que sa sûreté pe^ sonnelle serait compromise, et que l'île deviendrait de nouveau le théâtre de l'anarchie. En ^ même temps, conmie il était urgent d'enlever à BobadUla un pouvoir dont il avait tant abusé , il fut décidé qu'on enverrait pour lui succéder quelque officier distingué par ses talens et sa prudence , qui pût, avec calme et sans passions,* rechercher la cause des derniers désordres, remédier aux abus qui s'étaient introduits, et chasser de là colonie tous les libertins et les factieux. H gouvernerait l'île pendant deux ans, terme après lequel on espérait que les préventions et les haines seraient apaisées, et tous les turbulens renvoyés. Colomb pourrait alors reprendre le commandement avec sécurité pour lui-même et avec avantage pour la couronne. Il fallut bien qu'il se contentât de ces raisons et de la promesse qui les accompagnait. On ne peut douter qu'elles ne fussent sincères de la fan dlsabelle, et qu^elle n'eût réellement [Intention de le remettre en pleine jotdssance de ses ^oits et privilèges, après une suspension en apparence nécessaire. Mais on rfen peut dire atttant de

ittr.in.] DE cHRismmn COLOMB. iS5

Ferdinand, dont la conduite ne prouva que trop ensuite quHl ét^t décidé à ne point tenir oe qu'il avait promis.

La personne choisie pour remplacer Bobadilla (ut Nicolas de Orando, commandeur de Lares , de l'ordred'Alcantara. Onlè dépeint comme un homme de moyenne taille, ayant le teint frais, la barhe n>U8se> Fair modeste et pourtant le ton iippérieui^ Il s'énonçait avco fecilité , et ses manières étaient gracieuses et affables. C'était un homme d'une grande prudence , dit Las Casas , et capable de goiv i^rner bien des peuples, mais non pas les Indiens au!vquels il causa de grands maux. Il avait beau- coup à» respect pour la justice, l'avarice lui était odieuse; il était sobre dans sa manière de vivre ^ d'une telle humilité , que lorsqu'il fot nommé grand ^^omimandeur d'Alcantara , il ne voulut jamais permettre qu'on se servit, ejfï lui parlant , du titre honorifique qui y est attaché ^ Tel est le portrait ^u'en font les bbtoriens, mais sa conduite dans plusieurs occasions impi^tantes dément un éloge si flatteur* S'it se montra doux et affable, U n'en était ni moins adroit ni ipoins dissimulé. Son hurmitilé cachait un grand désir de doimner, et û se montra certainement peu généreux et même isxh juste à l'égard' de Colomb.

Les différât arrangemens & prenike pour ckv f^mmr ie nouveau système de gouvernement dians

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les colonies y différèrent quelque temps le départ d'Ovando. Cependant il n'arrivait pas un vaisseau qui n^aj^rtât et ne confirmât la nouvelle de Fétat désastreux de l'ile, sous la mauvaise administration de Bobadilla. Il avait, dès le principe, adopté une politique toute contraire à celle de Colomb. S'imaginant que la sévérité avait été Técueil contre lequel ses prédécesseurs avaient échoué, il cherdia à se concilier Tesprit public par une indulgence sans bornes. Ayant relâché à la fois tous les liens des lois et de la morale , il perdit tout pouvoir snr la' colonie, et il s'ensuivit tant de désordres et de licence , que les ennemis mêmes de Colomb regrettaient la rigueur salutaire de l'administration de l'Adelantado et de l'amiral.

Bobadilla était plus faible et plus maladroit que méchant. Il n'avait point prévu les dangereux excès qui seraient le fruit de sa politique. Brusque et violent dans sa manière de s'emparer du pouvoir, il l'exerçait avec mollesse et ne savait que temporir ser; il ne voyait jamais au-delà du moment présent. Une première concession accordée aux colons en amenait une autre plus pamicieuse encore; il leur cédait le ferrain pied à pied , et il marchait de fuites •«h faïutes, donnant une nouvelle preuve que dans un gouvernement, un homme faible cause souvent plus de maux qu'un méchant homme.

â avait vendu à vil prix les fermes et les autres propriétés de la couronne, disant que le but du roi çt de la reine n'était pas de s'eniichir , mais de eontri*

CH^ra.] DE CHRISTOPHE COLOMB. l37

jbuer à l'avantage deleurs sujets. Il accorda une permission générale d'exploiter les raines , n'exigeant plus pour le gouvernement que le onzième du produit. Pour que les revenus de la couronne n'éprouvassent pas une diminution sensible, il devenait nécessaire que la quantité d'or qui était recueillie, augmentât danslaméme proportion. Il obligea donc lescaciques àfournir des Indiens à chaque Espagnol, pour l'aider aux travaux des champs et des min^. Afin de donner à cette mesure toute l'extension possible, il fit le recensement de tous les naturels de File, les divisa par classes, et les distribua entre les colons, au gré de son caprice. A son instigation, les Espagnols s'associèrent deux à deux, pour soigner réciproquement leurs intérêts, l'un surveillant les^ travaux des champs, et l'autre la recherche dç l'or. La seule recommandation de Bobadilla était de recueillir la plus grande quantité possible de ce métal précieux. Il répétait continuellement une phrase qui prouve d'après quel principe çphémère et pernicieux il agissait : « Profitez du moment, disait-il sans cesse; qui sait combien de temps cela durera!» Voulant dire par là, qu'il était possible qu'il fût bientôt rappelé. Les Espagnols ne suivaient que trop bien ses conseils, et ils accablaient tellement de travail les pauvres Indiens, que le onzième de l'or recueilli rapporta plus que n'avait jamais rapporté le tiers sous ladministratipn de Colomb.

Fondant ce temps les infortunés naturels avaient

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à souffrir toutes sortes de cruautés de la part de leurs maîtres inhumains. Peu accoutumés à travailler, d'une constitution faible, et habitués à mener une vie libre et tranquille au sein de leur île féconde, ils succombaient sous le poids des maux qui les accablaient et des châtimens barbares qui leur étaient infligés sous le plus léger prétexte. On se "sent transporté d'indignation en lisant le récit que fait Las Casas de la capricieuse tyrannie exerce sur les Indiens par d'indignes Espagnols, dont un grand noriabre avaient été tirés des cachots de la Castille. Ces misérables qui, dans leur pays, étaient au rang des plus vils criminels, se donnaient dans la colonie les airs de nobles cavaliers. Ils prétendaient être suivis par un train nombreux de domestiques. Ils enlevaieiït les filles et les parentes des caciques pour en faire leurs servantes ou leurs concubines, et ils trouvaient toujours qrf ils n'en avaient point assez. Lorsqu'ils voyageaient, au lieu de se servir de chevaux ou de mules dont ils ne manquaient pas, ils obli^f geaient les naturels à les porter sur leurs épaules, dans dès espèces de litières ou hamacs , tandis que d'autres les suivaient en portant des parasols de feuilles de palmiers au-dessus de leur tête, ^ur les garantir du soleil , et des éventails de pluitoes pour les rafraîchir; et Las Casas affirme qu'il a vu le dos et les épaules des malheureux Indiëus qui portaient les litières , tout déchirés et tout saîgitans i^rès une longue route, Lor^ue ties ar-

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rogaiis^ parvenus arrivaient dans un village indien ^ ils s'emparaient de-toutes les provisions des habitans et de tout ce qui flattait leurs caprices ^ gaspillant ce qu'ils n'emportaient pas, et forçant le cacique et seâ sujets à danser devant eux pour les amuser. Leurs plaisirs mêmes étaient toujours accompagnés de cruautés. Ils ne parlaient jamais aux naturels que dans les termes les plus dégradans; et, à la moindre offense ou au plus légfer mouvement d'humeur, ils les condamnaient aa fouet, à la bastonnade et même à la mort ^

Telle est la £gdble peinture des maux qui furent la suite de l'indulgence coupable de Bobadilla, et que X^as Casas raconte avec d'autant plus de dou^ leur^ qu'il en fut le témoin oculaire , étant arrivé dans l'île au moment ou les pouvoirs de Bobadilla furent révoqués. Cet indigne gouverneur s'était flatté que l'immense quantité d'or arrachée du sein de la terre au prix des sueurs et du sang des Indiens, expierait toutes ses fautes, et lui assurerait la £aveur des souverains ; mais il se trompait. Les abus de son administration parvinrent jusqu'au trône, et les malheurs des Indiens déchirèrent surtout le coeur de la bonne Isabelle. Rien n'était plus &it pour exciter son indignation, et elle' pressa le prompt départ dfOvando pour mettre un terme à tant de ciiiautés.

D'après le plan dont nous avons déjà paiié, le

* Las Casas, Hist. Jnd.^ lib. n , cap. i, MS.

l4o HISTOIRE [tIV.XIVi

gouvernement d'Ovando Vétendait sur les îles et la Terre-Ferme, «dont Hispaniola devait être la métropole. Il devait entrer dans l'exercice de ses fonctions aussitôt après son arrivée , et renvoyer Bobadilla en Espagne par le retour de la flotte. Ses instructions portaient d'examiner promptement les abus qui s'étaient introduits, de punir les coupables sans faveur ni prévention , et d'éloigner de l'île tous ceux qui l'auraient méri^. Il devait révoquer immédiatement la licence générale accordée par Bobadilla pour la recherche de l'or, comme n'ayant point été revêtue de la sanction royale. Il devait exiger pour la couronne le tiers de tout ce qui avait été recueilli , et k moitié de tout ce qu'on recueillerait à l'avenir. Il était autorisé à bâtir des villes , à leur accorder les privilèges dont jouissaient les corporations municipales d'Espagne, et à obliger les Espagnols , et particulièrement les militaires, d'y Éaiire leur résidence, au Jieude se disséminer dans toute l'île. Au milieu d'un grand nombre de sages mesures, il y en avait quelquesunes d'injustes et d'impolitiques, qui portaient le cachet d'un siècle où le système commercial était établi sur des principes- rétrécis qui régnèrent encore en Espagne long-temps après que le reste du monde les eût rejetés comme les erreurs de temps reculés et barbares. La couronne se réserva le privilège exclusif du commerce des colonies. Personne n'y pouvait porter de marchandises pour son propre compte. On nomma un facteur royal

CH. ni.] DE CHRI^OPHE COLOMB. î4i

par la seule entremise .duquel on pourrait se procurer les denrées de l'Europe. Le roi et la reine se réservaient non-seulement la propriété exclusive des mines, mais celle des pierres précieuses et de tout ce qui avait une grande valeur, même des bois de teinture. On ne permettait à aucun étranger, et encore moins aux Maures et aux juifs, de s'établir dans l'île, ou d'entreprendre <les voyages de découvertes. Telles étaient en partie les restrictions commerciales imposées par l'Espagnç à ses colonies, restrictions qui lurent bientôt suivies d'autres non moins ridicules. On s'est beaucoup moqué de son système politique à cet égard; mais les entraves que les nations les plus civilisées opjf>osent maintenant encore au commerce, ne seront-elles pas également un sujet d'étonnement et de risée pour Jes siècles futurs ?

Isabelle s'occupa surtout du sort des pauvres Indiens.» Ovando reçut l'ordre d'assembler les caciques et de leur déclarer que le roi et la reine d'Espagne les prenaient, eux et leurs sujets, sous leur protection spéciale. Us ne devaient être obligés à payer le tribut que comme les autres sujets de la couronne , encore ne devait-on le percevoir qu'avec beaucoup de douceur. On devait avoir le plus grand soin de leur instruction religieuse, et Ton envoya pour y travailler douze franciscains et un prélat nommé Ai^tonio de Espinal , homme pieux et vénérable. Ce fiit la première introduction de. l'ordre des francbcains dans le Nouveau-

l4« HISTOIRE [LtT. XIY*

Monde \ Toutes ces me8ut*es pour assurer le bieu« être deë naturels ^ furent rendues inutiles par une seule restriction imphidente. U fut permis de for^ cer les Indiens aux travaux des mines et à tous autres traraïuc d'utilité publique^ entrepris par l'état Ils devaient être loués comme ouvriers à gages et payés avec exactitude.

Mais tandis que Leurs Majestés cherchaient à soulager les maux des Indiens^ avec cette inconsé« quence » commune dans l'esprit humain^ ils en*courageaient la violation la plus barbare des droits d'une autre race de créatures humaines* Parmi les différens décrets qu'ils portèrent à cette occasion, nous trouvons les premières traces de l'esclavage des nègres dans le Nouveau-Monde. U (ut permis de transportera la colonie les esclaves noirs nés au milieu des chrétiens *; c'est-à-dire ceux qui étaient nés ^ Séville et dans les autres parties de FEspagne, et qui provenaient des naturels amenés des côtes de TAfrique^ où la traite avait été faite pendant qudque temps par les Espagnols et les Portugais. On rencontre parfois, dans le cours de l'histoire, de ces événemens qui semblent porter l'empreinte des jugemens de Dieu : c'est un fait digne de remarque, qu Hispaniola qui fîit le premier théâtre d'un attentat qui outrage à la fois la nature et l'humanité, a été aussi la première à exercer d'affreuses représailles.

* Las Casas, ffîst. Ind., lib. n, cap. 3, MS.

■ H^rrera, Hiit, Ind. , decad. i> lib. nr, cap. la. .

CUh JUi] DE CHRlâTOPHfi COtOlfiB. 1 43

Au milieu des intérêts divers qui réclamaient l'attention de Ferdinand et d'Isabelle , ceux de Colomb ne furent pas oubliés. Ovando reçut Tordre d'examiner tous ses comptes. Il devait s'assurer des dommages qu'il avait soufferts par sa captivité, par la suspension de ses privilèges, et la confiscation de ce qui lui appartenait Tout ce dont Bobadilla s'était emparé devait être restitué à Colomb, et on tiendrait un compte exact des objets vendus ou qui ne se retrouveraient pas. Ceux qui auraient été employés au service royal lui seraient payés par le trésor, et Bobadilla serait forcé de l'indemniser, sur ses propres fonds, de ce qu'il se serait approprié pour son usage» Des mesures semblables devaient être prises pour dédommager les frères de l'amiral des pertes qu'avaient pu leur causer leur arrestation.

Colomb devait recevoir aussi les arrérages de ses revenus, qui lui seraient payés exactement à l'avenir. On lui permettait d'envoyer dans l'ile un facteur qui serait présent à la marque et à la fonte de l'or, qui percevrait ses redevances et veillerait en un mot à tous ses intérêts. Il nomma à cet empldi Âlonzo Sanche^ de Carvâjal; et les souverains ordonnèrent que cet agent fut traité avec lé plus grand respect.

La flotte qui devait conduire Ovando à son gouvernement était la plus nombreuse qui eût encore fait voile pour le Nouveau-Monde. Elle consistait en trente vaisseaux , cinq du port de quatre-vingt-

l44 ^STOIRE [tmXIV,

dix à cent cinquante tonneaux , vingt-quatre caravelles de trente à quatre- vingt dix, et un bateau de vingt-cinq seulement '. Deux miUe cinq cents hommes s'embarquèrent sur cette flotte, et dans le nombre se trouvaient des personnes d'un • haut rang avec leurs familles.

Pour qu'Ovando pût paraître avec dignité dans ses nouvelles fonctions , on lui permit l'usage de la soie, du brocart, des pierres précieuses et autres objets de luxe, qui étaient alors défendus en Espagne, par suite de la ruineuse ostentation de la noblesse. On lui permit d'avoir pour gardes du corps vingt-deux écuyers, dont dix cavaliers. Don Alonzo Maldonado, nommé Alguazil major ou grand juge, partit en même temps pour remplacer Roldan , qui était rappelé en Espagne. Indépendamment d'ouvriers de différens genres, il y avait à bord un médecin, un chirurgien, ito apothicaire et vingttrois hommes mariés* avec leurs familles, tous d'une bonne réputation, qui devaient être répartis dans quatre villes et jouir de privilèges particuliers, afin qu'ils devinssent là base d'une population sage et industrieuse. Us devaient remplacer un nombre égal de libertins et de paresseux qui seraient renvoyés de l'île. Cette excellente mesure avait été suggérée par Colomb. Il s'y trouvait aussi

* Munos, MS. Las Casas dit que la flotte comptait trentedeux voiles; mais il ne cite ce nombre que de mémoire, tandis que Munos avait sous les yeux des documens écrits.

* Munos, \ffiVf. del Nuevo Mundo j inédite en partie.

CB. m.] DE CHEISTOnSB COLOMB. 1 4S

des bestiaux , de l'artillerie , des armes ^ des mu* nitions de toute espèce, enfin tout ce qui était nécessaire pour approvisionner File.

Telle fut la manière dont Ovando, Espagnol d'un rang distingué et favori de Ferdinand, partit pour aller occuper la place qui appartenait à Colomb à tant de titres. La flotte mit à la voile le i3 février i Soa. Pès le commencement du voyage, elle fut assaillie par un orage afifreux; un des vaisseaux coula à fond avec cent vingt passagers; les autres, obligés de jeter à la mer tout ce qui se trouvait sur le tillac, furent dispersés par la tempête. Les côtes de l'Espagne furent couvertes de débris, et le bruit se répandit que tous les vaisseaux avaient péri. Le roi et la reine furent si affligés à cette novvelle, qu'ils s'enfermèrent pendant huit jours et ne voulurent voir personne. Ce bruit ne se vérifia pas, mais un des vaisseaux était perdu. Les autres se réunirent à l'île de Gomera, dans les Canaries, et, continuant leur voyage, ils arrivèrent à Saint-Domingue le i5 avril '.

* Las Casas, Hist, Ind. , lib. ii , cap, 3, MS.

't|6 travona [ts9,w.

CHAPXTIUBIV.

Propoftitioo de Colomb pour U délivnoiee àa saint t^piikit (i5oo-i5oi).

GotoMi resta phi» de neuf mois dans h ville de Grenade ) s'efibrçant de réparer le mal que bâ avait fysà le coupable BobadîUa> et soUîd^sait Ut vestîti^ion de ses titm et de ses dignités* Pendait ce temps il fut tnnté constamment avee les plus grands égards par ks souverains^ qui lui r^ioùtelèrent Fassurance qu'il finirait par être rétabli dans tous ses honneurs. Mais il y avait long-temps qu'il savait combien de temps s^écoule à la cour entre la promesse et l'exécution. S'il eût été d'un caractère sombre et mélancolique, il avait d'amples sujets de s'abandonner au découragement. Il voyait la noble carrière qu'il avait ouverte, livrée à une foule d'aventuriers privilégiés, et les préparatifs les plus magnifiques se faisaient soUs ses

Çft ITr] DE CHRISTOPiœ COLOMB. f^^ '

yeuX) pour le déptft de celui qui fldlait bceup«r ce poste d'où il avait été si bnlsquemi^t et si it^justeoteot renvoyé; Pendant ce temps ^ tous sêÀ projets étaient iiiterroit^us, et rinaction oà <c^ k laissait ne prouvait que trop qu'il étbit firUppë d'une sorte de disglrâce.

Mais lé caractè^e ardent de Colotnb ùè pouvait ptiâ rester long -temps comprithé; arrêté dahà HHfe dil*edion) il tie tardait pas à en chérchet* une autre daus laquelle il s'élançait. Soh ithàgiuatîbii était comme une lumière intérieure^ qui^ par lès temps le» phis orageux, dissipait les ténèbres du ctehôrs^ et remplissait son âme des images et dei Tisions les plus brillantes. Dans tce inoment d'é* preuves, le vbeu qu'il avait fiât d'équiper, éàm tes sept années qui saivraient la découverte du Nott^ veau^^Aonde , cinquante mille fantassins^ et e^nq BûUe bavaliers pour la cfêlîvrance du saint êèpû^ ere^ se représenta à sa mêmcHre avee tctie aow^ ttUe ferce. Les années s'étaient stiecédé) et soit ▼œu nestait encore à at^complir. Le NoiltëatH Monde, malgré tous ses tr^ors, né l'avait pas en^ nchi; et loin d'être en état de lever deà artnéeè â ses frais, il se voyait sans biens, satis pcHitoihl et sans empk».

Dépourvu des moyeni» de remplit* ses pieuses ^

intentions, il crut de son devoir d'engager les

' souverains à cette entreprise, et il te poilvait«veé

d'autant plus de confiance ^de, dès le principe, A

l'aviôt proposée «onuub le gra&d objet auquel éi4

l48 HISTOIRE [lIV.XIV.

vaient être appliqués les produits de ses , découvertes. Il s'occupa donc 9 avec son zèle accoutumé, de rassend)ler tous les argumens qui pouvaient être utile à sa cause* Dans les intervalles que lui laissaient les afifaires, il cherchait dans les prophéties des saintes écritures, dans lès écrits des pères, dans toit''îs les sources sacrées qu'il pouvait découvrir, des p* 'dictions et des révélations mystérieuses, qui ^. L'ussent s'appliquer à la découverte du Nouveau-Monde, à la conversion des gentils et à la dét rance du saint sépulcre; trois grands événemens qu'il supposait que les décrets delà Providence avaient, destinés à se succéder l'un à l'autre. Aidé d'un chartreux, il mit ces passages en ordre , les expliqua en vers , et les réunit en -un volume manuscrit, qu'il; so proposait de présenter au roi et à la reine. En mè ne temps, il prépara une longue lettre écrite avec toute l'exaltation de son esprit et toute la simplicité de son cœur. C'est une de ces compositions bizarrt^ qui nous dévoilent ce qu'il y avait en quelque sorte de visionnaire dans son caractère , et qui font voir de quelles lec* tures mystiques il avait coutume de nourrir son ^ active imagination.

Dans cette lettre, il pressait le roi et la reine de faire une croisade pour délivrer Jérusalem du pouvoir des infidèles. U les suppliait de ne pas rejeter le conseil qu'il leur donnait comme extravagant et cojiime impraticable, et de ne pas faire attention aux sarcasmes que d'autres pourraient se

ÇH.IV.] DE CHRISTOPHE COLOMB. l4g

permettre à ce sujet, leur rappelant que son grand projet de découvertes avait été traité dans Toririgine avec le même dédain. Il exprimait son intime conviction que, depuis sa plus tendre enfance, il avait été choisi par le ciel pour accomplir ces deux grands desseins: la découverte du Nouveau-Monde, et la délivrance du saint sépulcre. C'était pour cela que, dans ses i>unes années, il avait été déterminé par une impulsion divine à embrasser la profession de marin, genre de vie, fait-il observer, qui^ inspire \l nomme le goût de pénétrer les mystères de la -Rature; et qu'il avait été doué d'un esprit de curiosité qui le portait à lire toute espèce de chroniques et de livres de philosophie. C'était en les méditant que son intelligence avait été ouverte^ par la divinité, «comme avec la main, » et qu'alors il avait découvert une route par mer aux Indes, et qu'il s'était senti enflammé d'ardeur'pour la frayer. «C'est alors, ajoute-t-il, que je vms trouver Vos Majestés; tous ceux qui entendirent parler de mon entreprise s'en moquèrent ^.toutes les connaissances que javais acquises ne me servirent à rien ; je passai dix ans à vQtre auguste cour, en discussions avec des personnes d'ui;i, grand mérite et d'un profond savoir, qui finirent par déclarer que mes projets, n'étaient que des chimères. Vos Majestés seules conservèrent la foi et la constance. Qui peut douter que cette lumière ne fut celle des saintes écritures qui vous éclairait dei^mémes rayon^que vaoih

i56 HISTOIRE , [uv. 3mr.

Ges idées ^ exprimées si souvent avec tant de solennité et en même temps de candeur, par un homme d'une piété aussi fervente que Colomb, démontrent évidemment que son projet de découvertes fat bien le résultat de méditations profondes combinées dans son esprit, et non de renseignemens fournis par d^autres. C'était à ses yeut une sorte de révélation divine, et TaccompKsseïnent de ce qui avait été prédit par notre Sauveur et pa^ les prophètes. Mais il ne regardait œ grand événement que comme secondaire; c^était un miracle effectué pour l'encourager à la grande entreprise , la délivrance des saints lieux; et il assurait Leurs' Majestés que si elles daignaient hii accorder la métne confiance que précédemment, la nouvelle expédition qu^l leur conseillait n\iurait pas un succès moins complet que la preml^. Il les conjurait de ne point se laisser arrêter par les sarcasmes de ceux tjui le traitaient d'ignorant et d'esprit borné, et 3 leur rappelait que le saint Esprit opère, non pas seulement sur les savans, mais aussi sur les igno^ irans, et qu'il révèle Favenir, non pas sîâiplement pat* la vcrix cfes êtres raisonnables, mais par des prodiges dans les animaux, et par des signes myst&^ies dans Tair et dans les deux.

L'entreprise suggérée par Colomb, quelque va&ie et quelqtie extravagante qu'elle puisse paraître ai»joujrd^ui, était en harmonie avec Pcsprîtdu sièefe et de k cour à laquelle elleétaît proposée. Leafii^iM tféffN&tiim siraréeqne Colomb avtti ftdtepavrf^

câer» nr.] de ghristoMs colomb. îSt

ptiy(N* contenaient à une époque oà les l<èveties du clcÀtredirigeaienl encore lea opérations du camp et œllesdu cabinet. L'esprit des croisades d'était pAB encore éteint. Il n'était pas un catalier qtâ ne fût pjhèt à tir^ Fépée pour la cause de l'élise et à Id Toix de ses ministres f et la religîcHi mêlait un saint enthousiasme à' FattraH ordinaire de» eombats* Là piété de Ferdinand allait Jusqu'à fat bigoierie; edkl d'Isabcdle en a^rocbattautant que son e^riffmfi es magnanime pouvsAt le permettre. L'un et l'autre éiaieBt sons l'infiaenoe de conseitters eoolé$iasii« qtwSy dent tous les efibrts tendsoent à diriger Imti entreprises irars tout ce qui poovsdt augmenter le poamif' VÊimpijr^A et la gîmre de l'égiiae. La éim^ quête réeenié deGrenade aviri|i été regardée miàtâê une croisade européenne ^ et avait usiérité mîx, ûi^ narques le surnom de Catholiques. Il était naturel de pensel' à étendre ptns-lein rnieoft^kxtts sainiet %fMoires, et à se tMger sur les ittfîdète^ d» kH»* longue dominatîoiï en Espagne et des triomphes qu^Is avaient remportés sur la croix. Par le £aît, le duc de Médina Sidonia avait fait récemment en Ë^harie unie incursion dan^ le ooursde laquelle i^^avait pmlatiltedeMd^r^^^S'C^ exfMâditioiiE avait iàé feg^Etfdée ceinÉie Ui> resouvèUémtiit des guciviiis saintes côtrtré les îrifîdèles en Afriqtfe' '.

ÏI n'y avait donc, dans la proposition de CbloW),

'Iffifiàf&àfQe' Al feu prmee Sebastien , tth m-fo1Ï6 qui, eÏÏ^e

1*5^ HISTOIEE [lIV.XIV.

lâ^ni^i pût paraître déplacé à Tépoque et dans les circonstances où elle était faite, quoiqu'elle porte forteraentrempreintedesoncaractèreenthousiaste. 11 faut réfléchir aussi qu'elle fut mûrie dans les cours de rAlbambra, au milieu des restes splendides de la puissance mauresque, dans ces mêmes Ijeux où il avait vu, quelques années auparavant J'étendard de la croix s'élevei' triomphant au-dessusdes symboles du culte des infidèles. Elle avait été conçue sans doute dans un de ces momens d'exsdtation où son âme prenait un essor presque surnaturel en con-^ templant sa grande et glorieuse mission, lorsqu'il se regardait comme sous l'inspiration divine^ communiquant les volontés du cic^, et accomplissant les grands et sublimes projets pour lesquels il avait été choisi '.

ealaai des dépenses probables d'vne année de vingt mOle b<Hn« mes ) pour k conquête de la terre sainte. Elle est datée de iSog ou i5io, et récriture paraît être de la même époque.

^ Colomb n'était pas le seul qui eût cette opinion ; elle était partagée par plusieurs de ses doctes et zélés admirateurs. Le savant lapidaire^ Jacques Ferrer, dans la lettre qu'il écrivit à Colomb en 1498 , par l'ordre des souverains , lui disait : « Je vois dans eeci un grand mystère ; la divine et infaillible Provi-. dence envoya le grand saint Thomas d'occident en orient pour qu'il répandît dans l'Inde notre sainte Religion; et vous, se— nor, elle vous a envoyé dans une direction opposée , de l'orient en occident , jusqu'à ce que vous soyez arrivé à l'extrémité de ITInde Supérieure , afin que les habitans apprennent les vérités dont leurs ancêtres ont négligé de s'instruire par les prédioi^ lipn^ de 3«int Thomas, Ain^i ^'«icomplira ce qui est éçnt s lu

omnem terram exihit sonus ecrum » Et plus loin : « Dans

la mission que tous remplissez , sefior, vous semblez un apôtre et un ambassadeur de Dieu^ envoyé potir faire connaître son nom dans des terres inconnues. ( Letra de Mossen Jayme Ferrer. Navarrete, Collée, y tom. ii, d€cad. lxviii.)

l54 RISMfflB [MViUf.

CHAPITBE V.

Préparatifs de Colomb pour un quairième vo jage de découvertes (i5oi-i5o2).

Les réflexions relatives à la délivrance du saint sépulcre n'occupèrent que temporairement Fesprit de Colomb. Ses pensées reprirent bientôt, avec une nouvelle ardeur, leiu* direction prdinaire. Son inaction lui devint insupportable, et il conçut bientôt un grand projet pour une autre entreprise de découverte. L'expédition de Yasco de Gama , qui avait» ouvert cette route aux Indes qu'on cherchait depuis si long-temps, en doublant le cap de Bonne- Espérance , était l'un des événemens signalés du jour, Pedro Alvarez Cabrai, en suivant ses traces, avait fait un voyage extrêmement heureux, et ses vaisseaux étaient revenus chargés dès denrées précieuses de l'Orient. On ne parlait plus que des

richesses de Calicut , que du commerce de diamant et de pierres précieuses des mines de llndostan j de pertes, d'or, d'argent, d'ambre , dlvoire et de porcelaine, de soieries et de bois précieux, de gommes et d'épiées de toute espèce. La découverte des régions sauvages du Nouveau-Monde n'avait pas encore rapporté de grands avantages à fEspagne, tandis que ce passage , ouvert tout à coup vers \e$ ©ontrées opulentes dé FOrient, assurait au Portu* gai des ridiesses immédiates.

Colomb, au récit de ces entreprises^ se sentît enflammé d'une noble émulation. B conçut alora l'idée d'un voyage dans lequel il surpasserait nonseulement la découverte de Vasco de Gaina, maïs même celles de ses expéditions antérieures. Diaprés les observations qu^ avait faites dans son voyage à Paria, et les relations d'autres nav^- ^ leurs , notamment de Rodrigo Bastides, qui aVâît suivi la même roête jusqu'à une plus grande distance, il paraissait que la côte de la Terre-Ferme se prolongeait au loin vers Foccident. Ea côte mé*» Iridionale de Cuba, qu'il regardait comme feîsant ^yartie du continent asiatique ^ s'étendait vers le fiiêiBe point. Les eouran» de la mer des CJarsâbe* devaiafit passer en*re ces terres. Il se persfuada donc qu'a devait exister quelque part , de €% côté, un détroit qui commmrfqusrtl k la mertie» bides. H conjecturait que ce détroit ét^it situéi versce qu'on apr pelle è. présent l'istluwe de. DarienV S'il pouvait

^ Las Casas, lib. n^ cap. 4. Las Casas sffMfto lei^èlritt^

l56 HISTOIRE [UV. XlVt

découvi*ir un semblable passage et unir ainsi le Nouveau-Monde qu il avait découvert aux magnifiques régions orientales de l'ancien , il sentait que ce serait couronner ses travaux de la manière la plus glorieuse, et accomplir le grand projet qu'il avait toujours voulu exécuter.

Lorsque Colomb communiqua son plan au roi et à la reine, il fîit écouté avec une attention profonde. Certains membres du conseil cherchèrent, dit-on, à lui susciter des entraves, objectant que les besoins urgens de divers services et l'état de pénurie du trésor faisaient un devoir d'éviter toute nouvelle dépense. Us insinuaient aussi que Colomb ne devait pas être employé avant que des lettres d'Ovando eussent établi, d'une manière satisfai- 'santé, qu'il ne méritait aucun reproche pour sa conduite à Hispaniola. Ces suggestions perfides restèrent sans effet. Isabdle avait une confiance entière en l'honneur de Colomb. Quant à la dépense, elle sentait qu'au moment où l'on venait de donner à Ovando une flotte si nombreuse et %me suite si brillante pour prendre possession de son nouveau gouvernement, il y aurait de l'ingratitude et de la ^ barbarie à refuser quelques vaisseaux k celui qui avait découvert le Nouveau-Monde, pour le mettre à même de poursuivre ses glorieuses entreprises* f)n même temps, l'idée de se voir bientôt maître

de Nombre de Dios. Bastides s'était avance jusiju'à cette place^ él Colomb regardait probablement le détroit cooune situé à peu de distance au-deliu

CH. V,] DE CHRISTOPHE COLOMB. 1 5j

d'une route plus sûre et plus directe vers ces contrées avec lesquelles le Portugal établissait un commerce si lucratif, éveilla la cupidité de Ferdinand. D'ailleurs, ce projet occuperait l'amiral pendant un temps considérable, et en le détournant de songer à des réclamations qui étaient à charge, il emploicr rait ses talens de la manière la plus utile pour la couronne. Quelque doute que le roi pût avoir de son habileté comine législateur, il avait de lui la plus haute opinion comme marin. Si le détroit dont Colomb parlait existait réellement, il était l'homme, du monde le plus propre à le découvrir. Sa proposition fut donc prompteqaent acceptée ; il fut autorisé à équiper sur-le-champ une escadre, et il se rendît à Séville dans l'automne de i5oi pour faire les préparatifs nécessaires.

Quoique son entreprise effective détournât son attention de son expédition romanesque pour la délivrance des saints lieux , il n'y renonçait point -pour cela. Il remit sa collection manuscrite d'ex- <traits des prophéties entre les mains d'un digne moine nommé Gaspar Gorricio , qui travailla à la compléter. Colomb la présenta aux souverains au commencement de l'année suivante, avec la lettre que lui avait dictée son enthousiasme. En février, il écrivît aussi au pape Alexandre VII. Dans cette lettre il s'excuse, sur ses nombreuses occupations, de ne point s'être rendu à Rome , comme il en avait d'abord eu le projet, afin de rendre compte à sa sainteté de ses grandes découvertes. Après les avoir

I â8 filSTQlRfi [lit. XIV«

brièvemail racoaté^^ il ajoute qu'il ne les a entreprises que dans l'intentiQn d'eu consacrer < le pnH duit à la délivrance du saint sépulcre. Il parle du yœu qu'il avait £sdt , et qu'il ayait déjà exprimé dans une lettre adressée aux rois catholiques ^ de four-^ nir^ dans l'espace de eept ans , cinquante mille Hsm* tassins et cinq mille cavaliers pour cette sainte erc4sade^ et autant dans les cinq années qui sui*- Tracent. Il regrette que les artifices du démon ai«at regardé l'accomplissement de cette pieuse prcMuesse^ et il craint bien de ne poUycÂr jamais là reqlplir, si la Providence ne daigtie v^iir à son secours | at*tendu que le gouvernement qui lui avait été accordé à perpétuité vient de lui être retiré. Il informe sa sainteté qu'il va s'embarquei* pour un «i^ yoyage, et il lui promet solennellement de se ten^ dre à Rome immédiatement après son retour^ de tout lui raconter de vive voix, et de lui présenter une relatioh de ses voyages qu'il avait écrite « depuis le commencement jusqu'à ce jour^ à la manière des Commentaires de César '. »

Ce fut aussi vers cette époque qu'il envoya au roi et à la reine sa lettre sur le saint sépulcre, ainsi que son recueil de prophéties. Nous ne savons rien de l'effet qu'elle produisit Ferdinand, avec toute sa piété, était un fin politique, très-occupé de ses intérêts temporels. Au lieu d'entreprendre une croisade chevaleresque contre Jérusal^n, il pré-

iaUVé] DEâHRISTOPHB^OLOlfB. iSg

fém totrer en ai^rangement mvec te gfiuid joudan d'Egypte qtû avait menacé de détruire le temph. H enToya dono le aaVant Pierre Martyr^ ai distiiigfué par aéa écrits historiques ^ ^n qualité d'bmbasaàdeiir auprès du sou^n; tous les auOiena différendfc entré ka deux puiss&uces furent ajustés à le^r sa«^ tisfaction mutuelle ^ et des arrangemens fureilt pris pour la consenration du saint sépulcrei et la protectiM de tous les chrétiens qui s'y rendaient en

Pendant et temps Colomb s'occupait dés préparatifs dé ison voyage, qui n'avançaient que bien lentetn^it^ à cause, dit Chàrlevoix, des artifices et des délais de Fônseca et de ses agens^ Il sollicita la pem^bi^otn de toucher en allant à Tile dHispaniolà, pour y prendre les approvisionnemens nécessaires pour un si loilg Vojrage. Mais les souverstfns la lui refusèrent Ils savaient qu'il avait beaucoup d'enneims (fams Vile; elle serait dans une grai»]e agitsh tion pu siutè de l'arrivée d'Dvando et du ri^pel de BobadiUa. Ils consentirent néanmoiùs qu'û s'y airetàt un moment à son retour, espérant qu'alors la tranquillité serait rétablie^ Colomb fut autorisé k eInmene^ aVec lui Son frèfe^ l'Âdelantado , et soli fila Fernando^ qui était alors dans sa quatôriième année. On lui permit aussi de prei^dre deux ou trois personnes qui sussent l'arabe, pour lui servir dlnierprète au cas où il priverait dans les domaines du grand-khan ou de quelque autre prince d'Orient , où cette lan^e fôt parlée ou du moins oon«

i6o msToiiu! ' [liv. nv.

nue en partie. En réponse à des lettres relatives à la restitution de ses droits et aux intérêts dé sa fa^ mille, les souverains lui écrivirent de Valence de Torres, le i4 mars i5o2y pour lui renouveler solennellement la promesse que leurs conventions avec lui seraient exécutées à la lettre, et qu'il jouirait, lui et ses enfians après lui, de toutes les dignités qui y étaient stipulées, et que s'il était nécessaire de les confirmer de nouveau , ils le feraient et les assureraient à son fils. En outre ils lui exprimaient leur intention de lui accorder encore d'autres honneurs et d'autres récompenses, à lui, à ses frères et à ses en£ms. Ils lui disaient donc d'avoir l'esprit en repos à ce siget, de partir en toute confiance , et de laisser le soin de toutes ses affaires en ^ Espagne à son fils don Diego \

Ce fut la dernière lettre que Colomb reçut de Leurs Majestés, et les assurances qu'elle contenait étaient aussi positives et aussi satisfaisantes que possible. Cependant le passé le rendait défiant pour l'avenir. Pendant le temps qu'il resta à Sévifle avant son départ, il prit des mesures pour mettre sa gloire à couvert, et pour assurer les droits de sa famille, en les plaçant sous la garde de son pays natal. Il fit faire une double copie de toutes les lettres, concessions et privilèges qu'il tenait des rois catholiques, et qui le nommaient amiral, vice- roi et gouverneur des Indes, et les fit légaliser par les

* Las Casas, Hist. Ind. , lib. ii, cap. 4*'

alcades de SévUle. II en fit autant.de sa lettre à la nourrice du prince Jean, où il justifiait éloquemment sa conduite et faisait valoir ses droits, et d'une autre lettre adressée à la banque de Saint-George, à Gênes, pour lui assigner le dixième de ses revenus, qui devait être employé à diminuer les droits sur le blé et autres denrées; donation vraiment patriotique , inspirée par la bienfaisance la plus éclairée, puisqu'elle était consacrée au soulagement des pauvres de sa ville natale. Il envoya ces deux copies par des personnes différentes à son ami , le docteur Nicolo Oderigo, qui avait été ambassadeur de Gênes à la cour d'Espagne , avec prière de les déposer en lieu sûr, et d'en donner connaissance à son fils Diego. Cette mesure de précaution lui fut sans doute inspirée par le mécontentement que lui avait causé la conduite de la cour d'Espagne, afin que , s'il venait à périr dans le cours de son voyage , ses descendans pussent faire tm appel au monde ou à la postérité '.

• Ces documens restèrent ignorés dans la famille Oderigo jusqu'en 1670, arfl^Lorenzo Oderigo les présenta au gouvernement, de Gènes, qui les fit déposer dans ses archives. Au milieu des troubles et des révolutions qui suivirent , une de ces copi^ fut portée à Paris, et l'autre disparut. En a8i6, cette seconde copie qu'on croyait perdue , fut retrouvée dans la bibliothèque du comte Michel Angelo Cambiaso , sénateur génois. Elle fut achetée par le roi de Sardaigne , alors souverain de Gênes , et donnée par lui à la ville de Gênes en 1821 . Un monument fut érigé dans cette cité pour la recevoir. Il consistait en une colonne de marbre blanc , sur laquelle était une urne surmontée

m. II

l6a hiixdîR^ [lit.xiy.

du boftte Ae Colotfib. Ce fut dans cette urne que furent déposées ces pièces. Elles ont été publiées , avec un mémoire historique sur Colomb, pat D. Gio Battista SpbtornO| professeur d'éloquence I etc. ^ à l'université de G^es.

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