‹ Histoire de la vie et des voyages de Christophe Colomb (volume 2)Chapitre 15 sur 27 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

Commencement d'un établissement sur la rivière de Belen. — Conspiration des naturels. — Expédition de l'Adelantado pour surprendre Quibian (i5o3 ).

Les rapports qui parvenaient à Colomb de tous les côtés sur les richesses que renfermait le voisinage; cette région d'or, s'étendant à vingt journées de distance, qui avait été montrée à son frère du haut de la montagne ; les bruits qui circulaient sur une contrée riche et civilisée , qu'on disait ne pas être très-éloignée, tout lui donnait la conviction qu'il avait atteint une des parties les plus favorisées du continent asiatique. Son ardente imagination s'enflamma de nouveau et conçut les plus brillantes espérances. Il crut avoir découvert l'une des sources où le roi Salomon puisait des richesses sans bornes. Josephe,dans son Histoire sur les Antiquités des Jui£sy exprime l'opinion que l'or dont

Digitizechby

ÛB. m.] DE CHKI8T0PHB COLOMB. aaS^

ùh «'était servi pour bâtir le temple de Jéru^eiû^ avait été tiré de la Chersonèse d'Or. Colomb $up« posa que c'étaient celles de Veraguas.cc Elles étaient situées ) écrivait-il 9 à la même distance du pôle et de la ligue I » et si les renseignemens qu'il s'imagi« nait avoir reçus des Indiens étaient exacts, elles étaient situées à peu près à la même dista&oe du Gange '.

Cet endroit lui parut donc très-convenablô pour fonder une colonie^ et établir un marché qui de« viendrait l'entrepôt des richesses recueillies dans toutes les mines des environs. Dans les deux premiers jours qui suivirent son arrivée dans ce pays, écrivait-il au roi et à la reine, il avait vu plus d'or que pendant les quatre années qu'il avait passées à Hispaniota. Cette île qui avait été si longtemps le sujet de son orgueil et de ses espérances, et qui lui avait été si injustement enlevée, ne présentait plus qu'une scène de confusion. La côte aux Perles de Paria était ravagée par d'obscurs aventuriers ; tous ses plans pour tirer parti de ces sources de richesses, avaient été renversés; mais il se trouvait maintenant dans une région bien plus riche que les deux autres, et qui promettait de le consoler de toutes les peines et de toutes les tribulations qu'il avait éprouvées.

Après s'être consulté avec son frère, l'amiral résolut de fonder immédiatement une colonie ^ afin

* Lettre écrite par Colomb, de la Jamaïcnie.

aa4 HISTOIRE [liv.xv.

d'assurer à la couronne la possession de ce payis , et de . pouvoir commencer Fexploitation des mines. L'Addlantado. consentit à y rester avec la plus grande partie dés équipages^ tandis que l'amiral retournerait en Espagne, pour y demander des hommes et des vivres. La plus grande activité fut employée pour mettre sur-le-champ ce plan à exécution. Quatre-vingts hommes furent désignés pour rester avec. TAdelantado. On les sépara en petits detachemens.de dix environ, et ils commencèrent à hàtir des maisons sur une petite éminence située sur le. bord d'une crique^ à une portée d'arc, à peu pi:ès, de l'embouchure de la rivière de fielen. Les maisons furent construites en bois, et couvertes avec les feuilles de palmiers qui croissaient près de là. Us en bâtirent une plus grande que les autres pour servir de magasin , et contenir leurs munitions, leur artillerie et une partie de leurs provisions. Leur entrepôt principal devait être établi, pour plus de sûreté, à bord d'une des caravelles qu'oQ laisserait pour le service de la colonie. Il ne leur restait, à la vérité, qu'une bien faible partie des viyres qu'ils avaient apportés d'Europe, et c'étaient principalement du biscuit, du fromage, des légumes secs, du vin, de l'huile et du vinaigre; mais la contrée produisait d'excellens fruits, entre autres des bananes, des plantains et des ananas. On y trouvait aussi du maïs en grande quantité) et les différentes racines qu'on mangeait à Hispaniola. Les rivières et les bords de la mer abondaient en

CH. Vn.] DE CHRISTOPHE COLOIVIB. aaS

poissons 9 et les nouveaux colons furent munis de tous les instrumens nécessaires pour la pêche. Les naturels faisaient aussi divers breuvages. L'un, composé avec le jus de Fananas , ressemblait beaucoup au vin, une autre tiré du maïs fermenté avait du rapport avec la bière; et ils en faisaient encore un troisième avec le fruit d'une espèce de palmier \ Il ne paraissait donc y avoir aucun danger à craindre de la famine. Colomb prit les plus grandes peines pour se concilier la bienveillance, des naturels, afin qu'en son absence, ils fournissent volontiers aux besoins de la colonie naissante, et il fit beaucoup de présens à Quibian, pour le consoler de voir son territoire envahi par des étran-

gers ^.

Tous les arrangemens nécessaires étant achevés, un certain nombre de maisons se trouvant couvertes et étant assez avancées du reste pour être habitables, l'amiral se préparait à partir, lorsqu'il se présenta un obstacle imprévu. Les pluies abondantes qui l'avaient si long-temps contrarié pendant son expédition, avaient entièrement cessé. Les torrens des montagnes étaient taris, et la rivière, qui l'avait mis une fois en si grand danger par le gonflement soudain de ses eaux, était devenue si basse, qu'elle n'avait pas plus d'une demi-brasse au-dessus de la barre. Quoique les bâtimens de l'amiral fussent petits , il était impossible de les

* Hist. del Almirantc, cap. 86.

2 Lettre de la Jamaïque.

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