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aacun vestige de terre, pas mêm^ ua nuage qui, dans le lointain, eût pu les tromper un moment. D*après leurs calculs , ils avaient fait assez de chemin, depuis leur départ de la Jamaïque, pour se trouver à la hauteur de Navasa. Ils commencèrent à craindre d*avoir dévié de leur route, et si cela était, ils manqueraient lile, et ils mourraient de soif avant de pouvoir atteindre Hispaniola.
La nuit devint tout-à-fait noire. Ils désespérèrent alors de toucher à Navasa , car cette île était si pe* tite et si basse, que, même s'ils passaient auprès, Fobscurité les empêcherait de l'apercevoir. Ui^ des Indiens tomba mort^ succombant sous le poids des tourmens réunis de la fatigue, de la chaleur et ïf une soif qui allait presque jusqu'à la rage. Son corps fut jeté à la mer. D'autres , palpitans et respirant à peine, étaient tombés au fond des canots. Leurs compagnons, épuisés et découragés, ne ramaient plus que bien faiblement. Quelquefois ils cherchaient à rafraîchir leurs palais desséchés, en tenant dans leur bouche de l'eau de mer ; mais son âcreté et son amertume augmentaient encore leur soif. De temps en temps on leur donnait quelques gouttes d*eau des barriques, mais ce n était qu'en cas de nécessité absolue , et principalanent à ceux qui conduisaient les canots. La nuit était très-avancée; ceux dont le tour était venu de -se reposer ne pouvaient dormir tant leur soif était ardente; ou, s'ils succombaient quelques instans à la fatigue, ce n'était que pour rêver de source^t
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jaillissantes et de fontaines limpides dont le souvenir, au réveil, ne faisait qu'augmenter leurs souffrances. La dernière goutte d'eau venait d'être épuisée par les rameurs, et elle n'avait servi qu'à irriter leurs tourmens. A peine pouvaient-ils encore agiter leurs pagayes; ils les abandonnaient Fun après l'autre, et il paraissait impossible qu'ils vécussent assez pour atteindre Hispaniola.
Mçndez et Fiesco qui, avec un courage et une prudence admirables, avaient soutenu jusqu'alors cette lutte pénible contre la souffrance et le désespoir, commencèrent à s'y abandonner à leur tour. Diego Mendez avait les yeux fixés sur l'horizon qui s'éclairait graduellement de cette pâle lueur qui précède le lever de la lune. Au moment où elle parut, il vit qu'elle sortait de derrière une masse noire qui s'élevait au-dessus de la surface de l'océan. «Terre î terre ! » s'écria-t-il au même instant. A ce cri, ses compagnons presque expirans semblèrent reprendre une nouvelle vie. C'était l'île de Navasa, mais si petite, si basse et si éloignée, que, sans le lever de la lune , jamais ils ne l'auraient aperçue. L'erreur qu'ils avaient commise sur la distance qu'ils croyaient avoir franchie, venait de ce qu'ils avaient mal calculé la vitesse des canots, ne tenant pas assez compte de la fatigue des rameurs qui avaient à lutter contre d€s courans contraires.
Une nouvelle vigueur se répandit alors à bord des canots. Les Indiens se remirent au travail dans
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une sorte d'agitation fébrile; au point du jour ils atteignirent l'île, et, s'élançant sur la côte, tous rendirent au Dieu qu'ils adoraient de vives actions de grâces pour leur délivrance. L'île n'était qu'une masse de rochers d'une demi-lieue de tour. On n'y voyait ni arbi'e, ni buisson , ni herbe, ni source , ni fontaine. Mais après quelques instans de la plus pénible anxiété, les pauvres navigateurs trouvèrent, à leur grande joie, une quantité d'eau dç pluie qui s'était amassée dans les creux des rochers. Y puisant avec avidité à l'aide de leurs calebasses, ils en burent immodérément pour tacher d'élancher leur soif brûlante. Ce fut en vain que les plus prudens avertirdht les autres du danger auquel ils s'exposaient. Les Espagnols étaient un peu plus raisonnables, mais les pauvres Indiens , dont les fatigues avaient augmenté la soif jusqu'à leur donner une fièvre ardente, se précipitaient sur l'eau fraîche avec une avidité presque frénétique. Plusieurs moururent àurJe-champ, et les autres tombèrent dangereusement malades *.
Après avoir étanché leur soif, ils se mirent à chercher de la nourriture. Us trouvèrent le long des côtes quelques poissons à coquille , et Diego Mendez ayant allumé du feu à l'aide d'un briquet et de branches de bois sec, ils purent les cuire et
' Non loin de File de Navasa , une source d'eau douce jaillit du sein de la mer, et se mêlant avec ses ondes ^ en corrige Famertume ; mais cette circonstance était ignorée des Espagnds à cette époque. (Oriedo^ Cronica^l. vi, cap. 12.)
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faire un repas délicieux. Toute la journée fut consacrée au repos, et, assis à l'ombre des rochers, les navigateurs fixaient des regards satisfaits sur Hispaniola dont les montagnes se dessinaient sur Fhorizon, à huit lieues de dislance.
A la fraîcheur du soir ils se remirent en route, ranimés par le repos, et ils arrivèrent heureusement au cap Tiburon le lendemain, qui était le quatrième jour depuis leur départ de la Jamaïque. Là ils débarquèrent sur les bords d'une belle rivière , où ils furent reçus avec bonté par les naturels. Telles sont les particularités, recueillies à différentes sources', de ce voyage intéressant et périlleux, d'où dépendait la délivrance de Colomb et de ses compagnons. Les voyageurs restèrent deux jours à se reposer parmi les naturels hospitaliers des bords de la rivière. Fiesco serait retourné à 1^ Jamaïque, selon sa promesse, pour apprendre à l'amiral l'heureuse arrivée de son messager, mais les Espagnols et les Indiens avaient tant souffert pendant la traversée, que rien ne put les décider à courir les risques d'y retourner en canots.
• Se séparant de ses compagnons, Diego Mendez prit pour l'accompagner six Indiens de.Fîle, et remonta courageusement dans son canot pour côtoyer Hispaniola jusqu'à Saint-Domingue qui était
* Hist. delAlmirante , lib. ii , cap. 5i . Testament de Diego Mendez, Navarrete, tom. i.
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à cent trente lieues de là. Après avoir fait quatrevingts lieues, avec des fatigues infinies, luttant sans cesse contre des courans et exposé à mille périls de la part des tribus indiennes , il apprit que le gouverneur était parti pour Xaragua, à cinquante lieues dans l'intérieur. Toujours intrépide et prêt à affronter les fatigues et les obstacles, Mendez aban-^ donna son canot, et avança seul et à pied à travers les forêts et les montagnes, jusqu'à ce qu'il arrivât à Xaragua, achevant heureusement une des expéditions les plus périlleuses qui aient jamais été entreprises par un serviteur dévoué pour le salut de son maître. ,
Ovando le reçut avec bonté, et témoigna prendre le plus vif intérêt à la malheureuse situation de Colomb. Il fit maintes promesses d'envoyer sur-lechamp à son secours, mais les jours, les semaines, les mois même s'écoulèrent sans qu'il p^irlât de les effectuer. Ils n'était alors occupé que de la guerre Contre les naturels, et il donnait toujours pour prétexte de ces interminables délais , qu'il n'y avait point à Saint-Domingue de bàtimens assez grands pour le voyage de la Jamaïque. Mais s'il avait pris un intérêt véritable à la sûreté d'un homme tel que Colomb , il lui aurait été facile , dans l'espace de huit mois, de trouver quelque moyen, sinon de l'envoyer chercher avec tous ses compagnons, du moins de lui faire porter des provisions abondantes et des secours de toute espèce.
Le fidèle Mendez resta sept mois à Xaragua, cm
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Ovando le retenait sous difFérens prétextes pour l'empêcher de se rendre à Saint-Domipgue, excité en partie par Ja crainte que Mendez n'eût été chargé par l'amiral de quelque mission secrète, et par le désir de mettre obstacle à ce qu'il se procurât les secours qu'il sollicitait. Enfin, à force d'importunités, il obtint la permission d'aller à Saint-Domingue, et d'attendre l'arrivée de vaisseaux qu'on y attendait, dans l'espoir qu'il pourrait en acheter un pour le compte de l'amiral. Il partit immédiatement, à pied, pour entreprendre un voyage de soixante-dix lieues à travers des forets et des montagnes remplies d'Indiens farouches et exaspérés. Ce fut après son départ qu'Ovando dépêcha la caravelle commandée par Escobar , dont la visite équivoque et singulière parut aux yeux de Colomb celle d'uji espion envoyé dans un camp ennemi.