IV. • ai
Saa HISTOIRE DE CHRISTOPHE COLOMB.
Eq i5i3 Ferdinand l'envoya dans le Nouveau- Monde, comme surintendant des fonderies d'or. Il y remplit plusieurs places importantes pendant un grand nombre d'années, tant sous Ferdinand que sous Charles V , son petit-fils et son successeur. En 1 535 il fut nommé alcade de la forteresse de Saint- Domingue-à Hispaniola, et quelque temps après, historiographe des Indes. A l'époque de sa mort, il avait servila couronne pendant plus de quarante ans, dont il en avait passé trente-quatre dans les colonies, et il avait traversé huit fois l'Océan, comme il en fait mention dans plusieurs endroits de ses écrits. Il composa divers ouvrages, dont le plus important est une Chronique des Indes, en cinquante livres, divisés en trois parties. La première, contenant dix-neuf livres, fût imprimée à Séville en i535, et réimprimée en i547 à Salamanque, augmentée d'un vingtième livre contenant des rdations de naufrages. Le surplus de l'ouvrage existe en ma»nuscrit. L'impression en fut commencée à Valladolki en 1 5 57, mais eUe fut discoatinuée par suite de sa mort. C'est un des trésors inédits de l'histoire des colonies espagnoles.
C'était un écrivain infatigable, plein d'ardeur pour recueillir les faits et les retracer par écrit j et il composa une multitude de volumes qiii sont épars dans les bibliothèques d'Espagne. Ses écrits contiennent le récit d'événemens passés sous ses propres yeux, ou qui lui ont été communiqués par des témoins oculaires, mais il manquait de tact et de jugement. Il Tecueillait ses faits sans pré*
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caution, et il les puisait souvent dans des sources indignes de foi. Dans le compte qu'il rend du premier voyage de Colomb , il tombe dans de graves erreurs, parce qu'il s'en rapporta aux informations verbales d'un pilote nommé Herman Ferez Matheo , qui était dévoué aux Pinzons et ennemi de l'amiral. On ne doit pas beaucoup se fier à son ouvrage pour tout ce qui a rapjwjrt'à Colomb. Quand il traite d'une époque plus avancée du Nouveau- Monde, et qu'il écrit d'après ses propres observations, il est beaucoup plus satisfaisant, quoiqu'on l'accuse d'écouter trop facilement les fables populaires et les faux rapports. Le compte qu'il rend des productions naturelles du Nouveau-Monde et des coutumes de ses habitans, est plein de détails curieux, et les meilleures relations de quelquesuns des voyages d'une importance secondaire qui suivirent ceux de Colomb, se trouvent dans la partie de son ouvrage qui n'a pas été publiée.
Cura de ^os Palacios.
ÂNDRKs Berkaldez, OU Bemal, généralement connu sous le nom de cura de los Palacios', parce qu*il a été curé de la ville de los Palacios depuis environ i48d jusqu'en iSiS, naquit dans la ville de Fuentes, et fut quelque temps chapelain de Diego Deza, archevêque de Séville, un des hommes qui se prononcèrent le plus fortement en faveur des propositions dé Colomb. Bernaldez connaissait parfaitement l'amiral, qu'il reçut quelquefois chez lui , et qui en 1496 lui confia plusieurs de ses manuscrits et de ses journaux, dont le curé fit usage dans ime histoire du règne de Ferdinand et dlsabelle, où il fit entrer une relation des voyages de Colomb. Dans le compte qu'il rend du voyage de l'amiral le long des cotes méridionales de Cuba, Iç curé est
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plus exact et entre dans plus de détails qu'aucun autre historien. Son ouvrage n'existe qu'en manuscrit y mais il est bien connu des historiens, qui y ont souvent eu recours. O.Rich, esq., résidant àMadiîd, possède une chronique manuscrite très - curieuse déjà citée dans cet ouvrage, et qui a été composée d'après cette histoire du curé de los Palacios^et d'après d'autres historiens du temps par quelque auteur contemporain. Dans le compte qu'il rend du voyage de Colomb, il diffère en quelques légers détails de la copie régulière du manuscrit du curé. Ces variantes ont été examinées avec soin par l'auteur de cet ouvrage, qui les a adoptées toutes les fois qu'elles lui ont paru fondées.
« Navigazione del re de Castiglia délie isole e paese nuoTimeate ritrovate. »
« Nayigatio Qiristophori ColumbL »
Tbls Sont les titres, en italieii et en ktin , de la plus ancienne relation qui ait été imprimée da premier et du second voyage de Colomb. Elle était anonyme^ et il y a à cet égard quelques particularités curieuses. Elle fat d'abord écrite en itaBen par M ontalbodo Fracanzo ou Fracanzano , ou pai' Francapano de Montabaldo, car les écrivains ne sont pas d'accord sur le nom, et elle fut publiée à Vicence, en 1607, dans un recueil de voyages intitulé : Mondo IVoi^o^ e Paese Nuoç^emente Ritrouati.
Une seconde édition de ce recueil parut à Milan
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en i5o8, tant en italien qu'avec une traduction latine faite par Archangelo Madrignanoj sous le titre d'Itinerarium Portugallensium ; titre donné à ce recueil, parce qu'il se composait principalement des voyages de Luigi Cadamosto, Vénitien au service du Portugal.
Simon Grinœus augmenta ensuite cette collection en y ajoutant d'autres voyagea, et elle fat imprimée à Bâlé en i533 par Hervagio *, sous ie titre de No9US Orhis Regionurriy etc. L'édition de Baie de 1 533 j et l'édition italienne de Milan de 1 5o8 , ont été consultées dans le cours de cet ouvrage- Pierre Martyr (Dec. II , chap. 7) parle de cet ouvrage, qu'il cite sous son premier titre latin, Itinerarium Portugallensium f et il accuse l'auteur, qu'il appelle par méprise Cadamosto, d'avoir pillé les matériaux de ce livre dans les trois premiers chapitres de sa première Décade de V Océan y dont il dit qu'il avait donné des copies manuscrites à différentes personnes, et notamment à certains ambassadeurs vénitiens. Les Décades deJMkirtjrr ne farent pid)Uées qu'en 1 5 1 6.
Spotorno fait mention de cette relation des 'wyages de Colomb dans son Mémoire historique sur Colomb y comme ayant été écrite par un compagnon de l'amiral.
Il est manifeste, en lisant cette. relation,, que quoique l'auteur puisse avoir puisé librement dans le manuscrit de Martyr, il a eu d'autres sources
* Bibliotheca Pinello,
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d'information. Sa description de la personne de Colomb, qu'il peint comme un homme de grande taille, d'une belle carrure, ayant le teint rouge et le visage allongé, n'est copié ni dans Martyr, ni dans aucun autre écrivain. Dans le fait, aucun autre historien ne l'avait précédé, si ce n'est Sabellicus en i5o4; et ce portrait s'accorde avec celui que Fernando Colomb donna ensuite de l'amiral dai^s la biographie de son père.
Il est probable que cette relation, qui ne parut qu'un an après le décès de Colomb, fut une espèce d'ouvrage de commande composé pour le recueil de voyages imprimé à Vicence, et que les matériaux en furent puisés dans des communications verbales, dans l'ouvrage de Sabellicus, et particulièrement dans la copie manuscrite de la première Décade de Martyr.
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Antoaio de Herrera.
Atnomo Hbrrera de TohdesillaSi un des &Q!^ tcufs le plus fréquemment cités dans cet ouvrage ^ naquit en 1 565, de RoderigoTordesillas et d'Agnès de Herrera sa femme. Il reçut une excellente éducation et entra au service de Vespasien Gonzague, frère du duc de Mantoue, qui était vice-roi de Naples, pour Philippe II, roi d'Espagne. Il fut quelque temps àectétaire de cet homme d'état, qui lui confiait tbus des secrets. Il fut ensuite nommé grand historiographe des Indes par Philippe H, qui ajouta k ce titre une pension considérable. Il écrivit divers ouvrages, mais le plus célèbre est une HiS' ioire générale des Indes ou des Colonies américaines^ en quatre volumes, contenant huit décades. Quand il entreprit cet ouvrage, toutes les archives
lui furent ouvertes , et des documens de toute espèce lui furent communiqués. On Fa accusé d'avoir mis beaucoup de précipitation à composer ses deux premiers volumes , et d'avoir négligé de faire suffisamment usage des sources qui lui avaient été ouvertes. Le fait est qu'il trouva des ouvrages historiques manuscrits qui embrassaient une grande partie des premières découvertes, et qu'il se contenta de rapporter les événemens comme ils y étaient relatés, n est certain qu'une grande partie de son ouvrage n'est guère qu'une copie de l'histoire manuscrite des Indes de Las Casas, qu'il abrégeait quelquefois et dont il corrigeait le style quand il était trop boursoufflé ; omettant les saillies véhémentes auxquelles le zèle du bon père se laissait emporter quand il s'agissait des souffrances des Indiens, et supprimant diverses circonstances qui auraient pu dégrader le caractère de ceux qui avaient fait les premières découvertes.L'auteur du présent ouvrage a' donc fréquemment laissé de côté l'histoire d'Herrera pour consulter la source dans laquelle cet écrivain avait puisé ses informations, l'histoire manuscrîte de Las Casas.
/ Muûos fait observer « qu'en général Herrera ne jBit guère que coudre ensemble des fragmens et des extraits tirés de divers ouvrages, de la même manière qu'un auteur arrange chronologiquement les matériaux dont il a dessein de composer une histoire.» Il ajoute que a si Herrera n'eût été un homme instruit et judicieux , la précipitation avec laquelle U mit en œuvre ces matériaip( l'aurait entraîné dans
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des erreurs innombrables. » Cette remarque est juste; cependant on doit songer que savoir choisir et classer de tels matériaux, et les employer judicieusement , n'est pas un faible mérite dans un historien.
On a aussi accusé Herrem de flatter sa nation , d'exalter les exploits de ses compatriotes , et d'adoucir ou de cacher leurs excès. Il n'y a rien de bien sérieux dans ce reproche. Illustrer la gloire de sa nation est une des plus nobles fonctions de l'historien, et il est difficile de parler en termes trop relevés des entreprises extraordinaires et des actions splendides des Espagnols de ce temps. En palliant leurs excès , il tomba dans une erreur qui a droit à l'indulgence, si l'on peut regarder comme une erreur, dans un écrivain espagnol, le désir de les ensevelir dans l'oubli.
Vossius fait un grand éloge d'Herrera. <c Personne, dit -il, n'a décrit avec plus de soin et de fidélité l'étendue et les limites des provinces ; les différentes mers; la position des caps, des îles, des ports et des havres; les sinuosités des rivières, les dimensions des lacs, la situation et les particularités de chaque pays, et les endroits favorables pour y construire des villes. » Il a été appelé par les Espagnols le prince des historiens de l'Amérique, et l'on a ajouté que, depuis lui, il ne s'en est montré aucun qui puisse lui disputer ce titre. Une grande partie de ces éloges paraîtra exagérée à ceux qui examineront les histoires manuscrites dont il a fait entrer dans son ouvrage des chapitres et des livres
tout entiers avec très-peu de cbangèmens, et ils verront qu'une bonne partie des louanges qui lui ont été données pour son ouvrage sur les Indes , est réellement due à Las Casas , qui a été trop Icmgtemps éclipsé par son copiste. Cependant Herrera a laissé des preuves de recherches faites avec som, d'informations étendues, et d'un talent Uttéraire distingué. Ses ouvrages portent l'empreinte de la candeur, de l'intégrité et d'un désir sincère de dire la vérité.
n mourut en i6a5 , à l'âge de soixante ans, après avoir obtenu de Philippe II la promesse de la première place de secrétaire d'état qui deviendrait vacante.
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Uérêyic Fonseca.
Oïr a souvent parlé, dans le cours de cet ouvrage, de la malveillance déployée par l'évêque Juan Kodriguez de Fonseca contre Colomb et sa famille , et qui fîit une des secrètes et principales causes de leurs infortunes. Elle prît son origine, comme on Ta démontré, dans quelque altercation survenue àSéville en 1 493 entre l'amiral etFonseca, à cause du délai qu'on apportait à faire les préparatifs du second voyage , et relativement au nombre de domestiques qui devaient former la maison de l'amiral. Fonseca reçut des souverains une lettre qui était une réprimande tacite, et qui lui enjoignait de donner toute Fattention possible aux désirs de Colomb, et de veiller à ce qu'il fût traité
avec honneur et déférence. Fonseca n'oublia jamais cet afFront, et, ce qui pour lui était la même chose , il ne le pardonna jamais. C'était un de ces esprits rancuneux et vindicatifs qui ne connaissent pas le baume du pardon, et dont les blessures, une fois reçues , ne se cicatrisent jamais. Le sentiment d'hostilité qui naquit ainsi , dura, en redouh blant de violence, pendant toute la vie de Ck^Iomb, et se dirigea, lors de sa mort, contre son fils et son successeur. Cette animosité constante a été prouvée dans le cours de cet ouvrage par des ùàts et par des observations tirées d'auteurs dont quelques-uns étaient comtemporains de Fonseca, mais que des motifs de prudence paraissent avoir empêchés de se livrer à toute l'indignation qu'ils éprouvaient évidemment. Même encore aujourd'hui un historien espagnol prendrait garde d'exprimer trop librement ses sentimens à ce sujet, de crainte d'inspirer aux censeiu^s ecclésiastiques de la presse des préventions contre son ouvrage. C'est ainsi que l'évêque Fonseca a échappé, en partie aux sanglans reproches que sa conduite n'a que trop mérités^
Ce prélat eut la surintendance en chef des affaires des colonies espagnoles sbus Ferdinand et Isabelle , et sous l'empereur Charles V. C'était un homme actif et intrépide, mais égoïste, absolu et perfide. Son administration ne porte aucune marque d'une politique grande et libérale, mais elle est pleine de traits d'arrogance et de bassesse. Il s'opposa aux efforts bienveillans de Las Casas pour anié-
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liorer la situation des Indiens et pour obtemr Tabolition des repartimientos, et il le traita personnellement avec hauteur et dureté S La raison qu'on en donne , c'est que Fonseca s'enrichissait lui-même à l'aide de ces abus, et tenait en esclavage un nombre considérable de malheureux Indiens, pour les faire travailler sur ses possessions dans les colonies.
Pour prouver qu'on n'a pas jugé son caractère avec trop de sévérité, il est à propos de faire remarquer sa conduite envers Fernand Cortez , où l'on ne verra qu'envie et persécution. Tandis qu'il était prêt à protéger des aventuriers çbscurs et sans talens , Tévêque n'eut jamais une tête et un cœur capables d'apprécier le mérite d'illustres conunandans comme Colomb et Cortez.
A une époque où des querelles éclatèrent entre Cortez et Diego Velasquez , gouverneur de Cuba , et où celui - ci cherchait à arrêter le conquérant du Mexique au milieu de sa brillante carrière,. Fonseca , sans examiner le fond de l'affaire, prit ouvertement fait et cause pour Velasquez. L'intérêt personnel était la cause secrète, de cette faveur, car un mariage se négociait entre Velasque» et une sœur de l'évêque ^. Velasquez avait aavdyé à là cour d'Espagne des plaintes et des faux rap- . ports sur la conduite de Cortez , qu'il représentait comme un aventurier sans principes et ne reçon-
* Herrera, decad. 11, lib. 11, cap. 5. ^
2 Herrera , decad, m , lib. iv, cap. 9..