IV. asr
35d mSTOIRC BB CHRISTOPHE COLOMB.
, naissant aucune loi, qui cherchait à usurper Fautorité absolue dans la Nouvelle -Espagne. Les véritables services rendus par Cortez avaient déjà excité Fadmiration delà cour; mais telle était Tinfluence d« Fppseca , que, de même que lorsqu'il s'était agi de Colomb , il réussit à prévenir l'esprit du souverain contre un de ses sujets qui avaient le mieux mérité de lui. Un nommé Christoval de Tapia, homme sans talent et sans réputation, mais dont la grande recommandation était d'avoir été employé par Tévêque' , fut investi de pouvoirs semblables à ceux qui avaient été autrefois donnés à Bobadilla, au préjudice de Colomb. Il devait faire ime enquête sur la conduite de Cortez, et, dans le cas où il le jugerait à propos , le faire arçéter, séquestrer tous ses biens , et le destituer de son commandement. Pçu content des lettres régulières f9t officielles qui avaient été remises à Tapia , Tévêque , peu de temps après son départ , envoya en Amérique Juan Bono de Quexo avec des lettres en blanc, signées de sa propre main , et avec d'autres épîtres adressées à différentes personnes, leur ordonnant de recevoir Tapia comme gauverneur, et les assurant que le roi regardait la conduite de Cortez comme déloyale *. La sagacité et la fermeté de Cortez empêchèrent seules cette mesure d'interrompre ses entrepri^esi, sinon de les faire complétonent avorter.
* Herrera, decad. m, Hb. i, cap. i5.
* Herrera, decad. m, 13). m, cap. 16.
Ml
Lorsqu'il fîit question en Espdghé d'examiner et de juger les altercations entre Cortez et Velasquez , le père de Cortez et ses conseils s'oppose* . rent à ce que Fonseca fôt un des arbitres, alléguant son inimitié contre Cortez, la protection qu^il accordait à Yelasquez, et le mariage que sa sœur était sur le point de contracter avec celui-ci* Le cardinal Adrien examina cette affaire à fond, et décida que leur demande devait être accordée* En conséquence Fonseca reçut ordre de ne point présider dans cette affaire. « On allégua aussi, dit Herrera, qu'il avait publiquement donné à Cortei le nom de traître ; qu'il avait empêché que ses re* présentations fussent examinées dans le conseil des Indes, ayant déclaré qu'elles n'y seraient ja* mais portées tant qu'il vivrait} qu'il n'avait pas doiiné au roi des informations complètes sur dif* féreus points du service public, et qu'il avait or*donné à la Maison des Indes à Séville de neper* mettre le départ pour la Nouvelle-Espagne d'aucune arme, d'aucune marchandise, ni d'aucun voya* geur \ » Cortez hii-méme déclara ensuite c qu'il avait éprouvé plus d'embarras et de difficultés , par suite des menaces et des affronts des miaistrès du Roi, qu'il ne lui en avait coûté de pei^res pour remporter ses victoires ^. »
Une accusation d'un genre encore plus odiettt contre Fonseca, perce dans un passage d'Rerrera ,
• Herrera, decad. m, lib. iv, cap. i3.
* Herrera, decad. m, lib. i, cap. u
340 HISTOIRE I>£ CHfISIJOPilB COLOMB.
quoiqu'elle soit conçue en termes si obscurs, qu'elle a échappé à l'atteation .des historiais qui ont écrit après lui« U désigne Févéque comme Finstigateur d'ua homme perfide et sans honneur. C'était un nommé Antonio de Yil|afana qui ourdit un complot pour assassiner Cortez, et mettre en sa place Francisco Verdugo, beau-frère de Velasquez. Tandis que les conspirateurs att^eiidaient une occasion pour poignarder Cor tez y un d'eux , saisi <]e repentir y lui apprit le danger qu'il courait. Villafaûa fut arrêté. Il essaya d'avaler un papier contenant la liste des conspirateurs; mais on le samt à la gorge, et on lui en arracha de la bouche un fragmelit sur lequel étaieikt inscrits les noms de quatorze personnes d'importance. Villafana avqua son Crime , mais aucune torture ne put lui faire incuber les personnes dont les noms se trouvaient sur la li^te, et qu'il déclara n'avoir aucune connaissanoe de son projet. U fiit pendu par ordre *de Cortez ^ Lors de l'examen des altercations entre Cortez et Velasquez, qui eut lieu en iSaa devant un tribunal spécial , composé du grand chancelier et d'autres personnages distingués, on représenta l'exécution de Viilafaûa comme un cruel abus de pouvoir; et, dans le désir qu'on avait de foire passer Cortez pour criminel, un témoin, produit en faveur de Velasquez, déclara que Viilafaûa avait été excité à ce qu'il avait fait par des lettres de Vévêque Fonseca ( que se movio a lo que hizo
* Herrçra, decad. m, lit, j, cap. i, . ,
con cartas' del obispo de Burgos ' ).' Il n'est pas probable que Fbnseca lui eût ordonné l'assassinat, niais on voit par là quel était le caractère des agens qu'il employait, et quelle devait être la nature de ses instructions, quand de pareils' hommes croyaient qu'un tel grime accomplirait ses désirs. Fonseca mourut àBurgos le 4 novembre i524, et fiit enterré à Coca. '
* Herrera, decad. m, lib. i, c(q[>. 3.
APPENDIXrsS.
Sur la situation du paradis terrestre,
Les idées de Colomb sur la situation du paradis terrestre, quelque extravagantes qu'elles puissent paraître, étaient de même nature que celles qui ont occupé bien des hommes gt*aves et savans. Une légère esquisse de leurs opinions sur ce sujet ^ curieux peut être agréable au lecteur j et elle ser» vira à faire disparaître ce qu'on peut trouver d'étrange dans les idées exprimées par Colomb,
Le séjour de nos premiers parens Ait autrefois vin sujet de recherches très-attentives, et véritablement les hommes ont toujours é^ portés à se représenter quelque lieu de félicité parfaite, où Timagitiation, trompée dans les réalités grossières de la Tîe^ se livre au rêve d'un Élyiée cp'elle c^éé
elle-même. C'est une idée qui n'est point particulière à notre religion , car elle se retrouve-dans la croyance grossière des nations les plusr sauvages, et elle était généralement adoptée par les anciens. Les conjectures sur la situation du jardin d'Éden ressemblent à celles des Grecs relativement au jardin des Hespérides, cette région de délices qu'ils plaçaient toujours aux limites les plus reculées dumonde connu; que leurs poètes ornaient de tous les charmes de la fiction; après laquelle ils soupiraient sans cesse, et qu'ils ne pouvaient jamais trouver. A une certaine époque , c'était le grand Oasis d'Arabie. Le voyageur épuisé , après avoir traversé le désert aride et brûlant , saluait avec transport ce lieu couvert de verdure; il -se rafraîchissait sous l'ombre de beaux arbres, près de fontaines limpides, comme l'équipage d'un vaisseau battu par la tempête se repose sur ks côtes verdoyantes de quelque île de l'océan; et parce que cet endroit était ainsi isolé au milieu d'un océan de sable, on îe nomma l'île des Bienheureux. A mesure que les coimaissances géographiques firent des progrès, la situation du jardin des Hespérides fut successivement reporJ;ée à une plus grande distance. On le plaça sur les iords de la grande Syrte, dans les environs du mont Atlas. Là, après avoir traversé les déserts effrayans de Barca, le voyageur se trouvait dans une belle et fertile contrée arrosée par des ruisseaux, et où des sources jaillissaient de tous côtés. Les oranges et les citronst, triii^portés de là en Grèce où ils étaient en-
core inconnus, enchantèrent les Athéniens par leurs riches couleurs et par leur saveur délicieuse, et ils pensèrent que le jardin des Hespérides pouvait 5eul produire un si beau fruit. Ce fut ainsi que les anciens transportèrent leur pays fortuné de place en place , mais toujours à l'extrémité du monde la plus reculée et la plus obscure , jusqu'à ce qu'enfin la fable l'eût fixé dans les Canaries , qu'on nomma pour cette raison les Iles Fortunées ou Hespériennes. Il y resta parce que les découvertes ne s'étendireot pas plus loin, et qiie ces îles étaient si éloignées et si peu connues qu'elles donnaient une pleine carrière aux fictions des poètes'. . ,
De même, la situation du paradis terrestre , ou du jardin d'Éden , fut long-temps un sujet de discussions curieuses, et elle occupa l'attention laborieuse des plus savans théologiens. Les uns le placèrent dans la Palestine ou dans la Terre-Sainte; les autres dans la Mésopotamie, dans cette belle et riche étendue de pays que le Tigre et l'Euphrate embrassent de leurs détours; quelques-uns en Arménie, dans une vallée entourée de montagnes escarpées et inaccessibles , où ils s'imaginèrent qu'Enoch et Élie avaient été transportés hors de la vue des mortels pour y vivre dans un état de félicité terrestre jusqu'au second avènement de notre Sauveur; d'autre^ lui assignèrent diverses situations J^eaucoup plus éloignées , comme la Tapro*
* Goçsdin, Recherches sur, la Géogr^ des anciens, t, i.
34$ ïosTonti Bfi istBisfwn colomb.
bane des anciens , connue aujourd'hui sous le nom d'île de Ceylan, l'île de Sumatra, les îles Fortur nées ou les Canaries , une des îles de la Sonde, ou quelque autre lieu privilégié, sous la ligne équinoxiale..
Ces savans trouvèrent beaucoup de difficulté à adapter au lieu dont ils faisaient choix la description que fait la Genèse du jardin d'Éden, et surtout ce qu'elle dit du grand fleuve qui l'arrosait et qui se divisait ensuite en quatre rivières, le Pison ou Phïson, le Gihon, l'Euphrate et le HeddekeL Ceux qui étaient en Êiveur de la Terre-Sainte , supposaient que le Jourdain était le grand fleuve qui , en se divisant, formait ensuite le Pison, le Gihon, le Tigre et l'Euphrate, mais que 1^ sables avaient comblé les anciens Uts de œs rivières j que dans l'origine le Pison traversait l'Arabie déserte etFAra^ Ke heureuse , d'où il suivait sa course jusqu'au golfe Persique; que le Gihon arrosait l'Arabie Pé* trée ou septentrionale, et se jetait dans le golfe Ara* bique ou dans la mer Rouge; et que l'Euphrate et le Tigre passaient d'Éden en Assyrie et en Ghsddée, d'où ils allaient se jeter dans le golfe Persique.
La plupart des premiers commentateurs supposent que le Gihon est le Nil. La source de cette rivière était inconnue, mais elle était évidemment bien éloignée des lieux d'où partaient le Tigre et l'Euphrate. Us triomphaient pourtant ingénieusement de cette difficulté en lui donnant im cours souterrain de quelques centaines de Heues depuis la source commune, jusqu'à ce qu'il se montrât au
▲ppnvBnE îT 33. 347
jour en Abyfisînîe '• De même on donnait un cours souterrain au Tigre et à l'Euphrate; on les faisait passep sous la mer Rouge, et ils se remontraient m Arménie 9 comme s'ils venaient de sortir d'une saurce commune. De même aussi ceux qui pla^ çai^t le paradis terrestre dans quelque île, suppo- • saiexit que les rivières ci-devant nommées qui copiaient dans Éden, ou traversaient la surface de la mer, attendu que Feau douce étant plus lé« gère peut flotter sur l'eau salée, ou s'enfonçaient 4wg les veines profondes de la terre, comme on disait que la fontaine Aréthuse disparaissait sous la terre en Grèce et se remontrait en Sicile, tandis que le fleui^e Alphée la poursuivant, mais avec moins de persévérance, s'élevait à quelque distance d'dW dans la mer.
Quelques-uns prétendaient que le déluge avait détruit le jardin d'Éden et changé toute la face de la terre, de sorte que les rivières n'avaient plus les mêmes lits, et qu'elles avaient pris des directions dî£Êèrentes de celles mentionnées dans la Genèse. D'autres prétendaient, comme saint Augustin dans aon C40mmentaire sur le livre de la Genèse, que k paradis terrestre existait encore avec toute la beauté, avec toutes les délices qui lui avaient été accordée dans l'origine, mais qu il était inacces- $ihle aux mortdis, étant situé sur le sommet d'une mcmtagne d'une hauteur merveilleuse, atteignant la troisième région de l'air et s'approchant de la
* Feyjoo, Teatro critico^ lib. vii, § 2.
348 mSTOIBE "DB CHBISTOPHS COLOMB.
lune; et que cette élévation Favait ainsi mis à l'abri des ravages du déluge.
Il s'en trouve qui plaçaient cette montagne sous la ligne équinoxiale ou 6ur cette bande du firmament que les anciens appelaient métaphoriquement la Table du SohiV ^ comprenant Tespace contenu entre les tropiques du Cancer et du Capricorne, au-delà desquels le soleil ne s'avançait jamais dans son cours annuel. Là régnaient des nuits et des jours toujours égaux, et la hauteur de la montagne élevait cet endroit au-dessus de la chaleur et des orages des régions inférieures. D'autres transportaient le jardin d'Eden au-delà de la ligne équinoxiale, et le plaçaient ' dans l'hânoisphère méridional, supposant que la zone torride* pouvait être le glaive flamboyant chargé d'en interdire l'entrée à tous les mortels, fls avaient une suite d'argumens bizarres à Fappui de leur théorie. Le paradis terrestre, disaient-ils, devait être placé dans la partie la plus noble et la plus heureuse du globe. Cette partie devait être sous la portion la plus noble des cieux , attendu que lé mérite d'un lieu quelconque dépend moins des vertus de la terre que des influences heureuses des astres, et de l'aspect bénin et favorable du firmament. Or, d'après les philosophes, le monde se divisait en deux hémisphères. Us considéraient celui du sud comme la tête, et celui du nord
* Hérodote, liv. m. Virgile, Géorg», liv. i, Pomp. iMela, liv, III, chap. 10.
comme les pieds ou la partie inférieure. L'est . était la main droite , d'où avait commencé le mouvement àxiprimum mobile; et l'ouest, ou la main gauche , étajt le point vers leqjiel ce mouvement se dirigeait. Cela posé, ils disaient qu'il était évident que comme la tête, en toutes choses, naturelles ou artificielles , est toujours la meilleure et la plus noble partie , et gouverne tous les autres membres du corps; de même le sud, étant la tête de la terre, devait être plus noble, plus élevé en dignité que l'est, l'ouest et le nord. A l'appui de cette opinion, ils citaient celle de divers anciens philosophes , et notamment de Ptolémée , qui disait que les astres de l'hémisphère méridional étaient plus grands, plus brillans, plus parfaits que ceux du nôtre, et que par conséquent ils avaient plus de vertu et d'efficacité, erreur qui fut universelle jusqu'à ce que les découvertes modernes en eussent démontré la fausseté. Ils concluaient de là que c'était dans cet hémisphère méridional, dans cette tête de la terre, sous ce firmament plus pur et plus resplendissant, sous ces astres plus puissans et plus bienveillans, que le paradis terrestre était placé.
On n'était pas d'accord sur l'étendue de cette région fortunée. Comme Adam et toute sa postérité devaient y vivre s'il n'avait pas péché , et que la mort n'y serait pas entrée pour diminuer le nombre du genre humain, on en concluait que le paradis terrestre devait être assez grand pour^contenir tous les descendans d'Adam. Les uns lui don-
3^0 HISTOIRE Jt>i éHRIStO^^HS £OLOMB.
maient une étendue égale à l'Europe ouàFAfriqne; les autres, la totalité de l'hémisphère méridionai. Saint Augustin supposait qu'à mesure que le genre humain se serait multiplié, ui>e partie en aurait été- transférée dans le ciel sans l'entremise de la mort, les parens peut-être, quand leurs enfans auraient atteint l'âge de la maturité , ou quelque portion de la race humaine à la fin de certaines périodes , ou quand la population du paradis terrestre serait arrivée à un certain point. D'autres pensaient que le genre humain, restant dans un état d'innocence primitive, n'aurait pas eu besoin d'autant d'espace qu'à présent N'étant pas dans la nécessité d'élever des animaux pour s'en nourrir, on n'aurait pas eu besoin de (invertir des terres en pâturages, et la terre, n'ayant pas reçu la malédiction de la stérilité, n'aurait pas exigé qu'on laissât de vastes champs en jachère, et qu'on fît alterner les moissons , conformément aux principes du labourage. Les fruits du jardin , produits spontanément et ne manquant jamais^ auraient fourni abondamment aux simples besoins de l'homme. Cependant, pour que la race humaine ne se trouvât pas trop serrée, et qu'elle pût avoir un espace suffisant pour se récréer et jouir des charmes de la variété et du changement, quelques-uns donnaient au jardin au moins une centaine de lieues de circonférence.
Saint Basile ', dans son éloquent discours sur le
^ Saint Basile fut surnommé le grand. Ses ouvrages étaie&t
Baradis, s'étend avec enthousiasme sur les joies de ce séjour sacré , élevé à la troisième région de l'air, et placé sous le firmament le plus heureux. Là, chaque sens jouit d'un plaisir pur et sans fin. L'œil est ravi de l'admirable pureté de l'atmosphère , de la verdure et de la beauté des arbres, et de la fraîcheur des fleurs qui ne se fanent jamais. L'oreille est enchalitée du chant des oiseaux; l'odorat respire le parfum des aromates du pays ; chacun des autres sens a également ses jouissances particulières. Là, les vicissitudes des saisons sont inconnues, et le climat réunit la fertilité de l'été, l'abondance agréable de l'automne, la douce fraîcheur et la tranquillité du printemps. La terre y est toujours couverte de verdure, les fleurs y sont toujours épanouies, l'eau y est pure et limpide; elle ne se précipite pas en torrens fougueux , mais elle se rassemble en fontaines de cristal, ou serpente en ruisseaux paisibles et argentés. Il n'est pas permis aux vents courroucés et impétueux d'y troubler la sérénité de l'air et de ravager les beautés des bosquets. On n'y connaît ni un temps sombre et couvert , ni la pluie tombant par torrens, ni la grêle dévastatrice, ni l'éclair sillonnant les nues, ni le tonnerre retentissant, ni le froid piquant de l'hiver, ni la chaleur desséchante de l'été, ni rien qui puisse causer peine, souffrance ou ennui : tout y est doux, paisible et
lus et admirés de totit le inonde , et même des païens. Ils sont écrits dans un style élevé et majestueux^ et remplis d'idées brillantes, et d'une vaste érudition.
serein ; une jeunesse et une joie perpétuelles régnent dan^ toute la nature, et rien n'est frappé de dépérissement et de mort.
Saint Ambroise exprime la même idée dans son livre sur le Paradis ', et Colomb consulta et cita aussi cet auteur. Il écrivait dans le quatrième siècle , et son éloquence touchante, son style gradeux quoique plein de vigueur , assurèrent beaucoup de vogue à ses écrits. Granville, communément appelé Bartholomeus Anglicus , cite un grand nombre de ses opinions dans son ouvrage intitulé de Pro-, prietatibus Rerum , ouvrage que Colomb connaissait évidemment. C'était une espèce ^'encyclopédie des connaissances générales qu'on possédante cçtte époque, et qui devait recommander cet ouvragé à un voyageur curieux et cherchant à s'instruire- Cet auteur dit que saint Basile et saint Ambroise avancent que l'eau du grand fleuve qui sort du jardin d'Eden tombe dans un grand lac avec un bruit si terrible , que les habitans du voisinage sont soyrds de naissance, et que de ce lac sortent les quatre . principales rivières mentionnées dans la Genèse^.
* Sancti Anibros. , Opéra ^ edit. Coignard. Parisiis, 1690.
* u Paradisus autem in oriente , in altissimo monte , de cujûs cacumine cadentes aquoe maximum faciunt lacum , quîE în suo casu tantum faciunt slrepitum et fragorem , quod omnes incolae , juxta praedictum lacum , nascuntur surdi , ex imm«derato sonitu seu fragore sensum auditûs in parvulis comimpente. Ut dicit Basilius in Hexameron, similiter et Amhrosius. Ex illo lacu, velut ex imo fonte , procedunt illa flumina quatuor, Phison qui et Ganges, Gihon qui et Nilus dicitur^ et Tigris et Eu-
AppEima »• 33. 33!3
Néanmoins^ ce passage ne se trouve dans VHexa^ meron ni de Basile, ni d'Ambroise, d'où GlanviBe dit l'avoir tiré. On ne le rencontre pas davantage dans le Discours sur le Paradis du premier, ni dans la lettre écrite sur le même sujet par le second à Âmbrosius Sabinus. Il faut que ce soit une fausse citation. Colomb paraît pourtamt en avoir été frappé, et Las Casas pense' qu'il tira de là son idée que la vaste masse d'eau douce qui remplissait le golfe de la Ballena ou de Paria, venait du grand fleuve du Paradis, quoique à une distance fort éloignée , et que c'était dans ce golfe, qu'il supposait situé à l'extrémité de l'Asie, que prenaient leur source le Nil , le Tigre , l'Euphrate et le Gange, qui pouvaient être conduits par de profonds canaux sous la terre et sous la mer, jusqu'à l'endroit où ils se montrent sur la terre, et prennent chacun leur nom.
Je m'abstiendrai d'entrer plus au long dans les autres idées qu'on s'est formées du paradis terrestre, et peut-être trouvera-t-on que j'en ai déjà trop dit sur un sujet si complètement d'imagination; mais, pour faire bien connaître le caractère de Colomb, il est nécessaire de mettre au jour ces pensées qui traversaient son esprit, tandis qu'il observait les singuliers phénomènes des régions inconnues qu'il découvrait; pensées qui souvent ne sont
plirates. » (Barthol. ; AnglicidcProprietatibus r£ritm, lib. xv, cap. 112. Francofiurtî , i54o.)
* Las Casas, Hist, Ind,^ cap. t4i.