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9$4 HISTOIRE m GUltlSmFHS COLOMB.
que légèr^mept et vaguemept développées dans ses lettres et dans ses journ^iux. D'ailleurs, ces idées , de piéme que les rêveries relatives à des îles imaginaires situées dans l'Océan , nous reportent au temps d'alprs, et nous font sentir ce charme de mystère et de conjectures qui régnait sur la plu» gr^de partie du monde , et que les découvertes modernes ont complètement dissipé* Nous en avons dit assez pour prouver que, dans ses observations sur le paradis terrestre, Colomb ne se livrait pas à de vaines et absurdes chimères, produit d'un cerveau échauffé et dérangé. Quelque bizarres que puissent paraître ses conjectures, elles étaient toutes fondées sur des opinions écrites, qui alors passaient presque pour des oracles, et, en y ré^ fléchissant, on yerra qu'il s'en fallait de beaucoup qu'elles allassent aussi loin que les idées et les théories de sages regardés comme illustres dans l'école et dans le cloître par leur science et leur érqdition.
APPENDIXN"3A.
Testameût ie Colomb.
Au nom de la très-Sainte Trinité, qui m'inspirsi l'idée, qu'elle me rendit ensuite parfaitement claire, que je pouvais naviguer et aller d'Espagne aux Indes en traversant l'Océan vers l'occident, idée que je communiquai au roi doh Ferdinand et à la reine dofia Isabelle, nos souverains, qui voulurent bien me fournir l'équipement nécessaire d'hommes et de navires, et me nommer leur amiral sur ledit Océan, dans toutes les parties à l'ouest d'une ligne imaginaire tirée d'un pôle à l'autre, à cent lieues à l'ouest des îles du Gap-Vert et des Açores, me nommant aussi leur vice-roi et leur gouverneur de tous lés continens et de toutes les îles que je pourrais découvFÎr au-delà et à l'ouest de ladite ligne, avec
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356 mSTOlRE ])£ CHRISTOPHE COLOMB.
le droit d'avoir pour successeurs dans lesdites fonctions mon fils suné et ses héritiers à toujours, m'accordant aussi la dixième «partie de tout ce qui se trouverait dans ladite juridiction , et de toutes les rentes et de tous les revenus qu'on en tirerait, et le huitième de toutes les terres et de tout autre chose, avec les appointemens répondant à mon rang^ d'amiral , de vice-roi et de gouverneur, et tous autres émolumens en dérivant, ainsi que le tout est plus amplement énoncé dans le titre et l'arrangement que leurs altesses ont sanctionnés.
Et il a plu au Seigneur tout-puissant qu'en l'année 1492 je découvrisse le continent des Indes et un grand nombre d'îles , et Notamment ceHe d'Ifispaniola, nommée par les Indiens Ayte, et par les Monicongos, Cipango. Je retournai alors en CastiUe vers leurs altesses, qui approuvèrent que j'entreprisse un second voyage pour faire de nouvelles découvertes et des établissemens, et le Seigneur m'accorda la victoire sur l'île d'Hispaniola , qui a six cents lieues d'étendue, et je la conquis et la rendis tributaire; et je découvris beaucoup d'îles habitées par des cannibales, à sept cents lieues à l'ouest d'Hispaniola, parmi lesquelles la Jamaïque, que nous "appelons Santiago , et trois cent trent<etrois lieues de continent allant de sud en ouest, Uidépendammment de cent sept lieues vers le nord, que je découvris dans mon premier voyage, ainsi que beaucoup d'îles, comme on peut le voir plus clairement par mes lettres, mes mémoires et mes cartes. Et comme nous espérons qu'avec la grâce
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de Dieu^ et avant qu'il soit long-temps, on tÎBera un I>on et grand revenu de ces îles et de ce continent, dont, pour les raisons susdites, le dixième et le huitième m'appartiennent, avec les sdkdres et les émoliunens ci*devant spécifiés; et considérant qtte nous sommes mortels, et qu'il est à propos/que chacun mette ordre à ses af&ir^ et déclare à ses héritiers et successeurs les biens^ qu'il possède, ou auxquels il a droit, c'est pourquoi j'ai résolu d'éta^r bEr un majorât (substitution) dudit huitième des terres, places et revenus, de la manière. que je vais maintenant l!énoncer .
En premier lieu, j'institue pour mon héritier Wion fils don Diego, qui, s'il vient à mourir sans enfans, sera remplacé par mon autre fils Fernando; et si Bieu disposait aussi de lui sans qu'il eût d'en? fans et sans que j'aie d'autre fils, alors mon frère dcm Barthélemi lui succédera, et après lui son fils aîné; et si IHeu disposait de celui-ci sJans qu'il eût d'enfans, les autres fils de don Barthélemi lui succéderaient l'un après l'autre et à .toujours; ou, à d^aut de mon fils aîné, j'aurai pour héritier don Fernando, de la même manière, de fils en fils succès* sivement , ou en leur place mes frères Barthélemi et Diego. Et s'il plaisait au ciel que mes biens, après être restés quelquetempsdansla ligne de mes susdits successeurs, manquassent d'héritier immédiat et légitime dans la ligne masculine , la succession pasr sera au plus proche parent, de i^issance légitime, et poitant le nom de Colomb, lui venant de son père et de ses ancêtres. Ce bien substitué ne pourra
en 'aucun cas passer à uhe femme , i moins qu'il ne se trouve aucun héritier mà|e, soit en ce pays, soit tB quelque autre partie du monde, de mon véri* laUe E^age, dont le nom , de même que c^ni de ses ancêtres, aura toujours été Colomb. Cet événe* ment arrivant (ce qu'à Dieu ne plaise!)^ la femme de'.naissance légitime, étant la plus proche parente du précédent propriétaire desdits biais, en hérî» tera, aux conditions qui seront ci-après stipudées, et qui doivent être entendues comme s'éten^nt à dmiDiegp, mon fils, et à tous ceux oi-dev^t dé» nommés et leurs héritiers pour être exécutées, cha* Cune délies, par chacun d-eux : et à faute de ce faire, ils seront privés delà succession, pour n'a* voir pas satisfait à ce qui sera ci'dpvès exprimé^ et les Bi^s pasGieront au plus proche parent de celui qui y avsfit drùit; et celui qui y succédera ainsi en sera priTé de li^ même manière , s'il jnanquait aus» à acéompliriesditesconditicHis] etun autre, le plus proche de mon lignage, y succédera, pourvu qu'il les accomplisse, de sort^ qu'elles soient exécutée à tcAijours dans la forme qui sera prescrite. Cette déchéance ne sera pas* encourue pour des ciroon-» stan^^es' futiles ou de légères - contestations soumiseï^ aux tribunaux, mais dans les cas impor* tans qui peiivent concerner la gloire de Dieu, la mienne et ^tle de ma famille, ce qui suppose un accompUsseixveut complet de tout ce qui sera ordonné ci-après, ce que je recommande aux cours de justice. Et je supplie sa sainteté , et ceux qui seront apjpis lut (^èfs de la sainte église ^ s'il arrivait
Ifoe le présent acte^ contenant mes dernières vo* Ion tés et mon testament, eût besoin de son sàiflt ordre et de son connnândement pour être exécuté, de donner ledit ordre j en vertu de l'obéissance qui lui est ducf et sous peine d'etcommunication y pour qu'il ne soit vicié en aucune manière. Je prie aussi le roi et la reine , nos souverains, et leur fils atné,' lepnnce don Jean, notre maître, etleurs successeurs^ par égard pour les services cpie je leur ai rendus^ et parce quec'est une chose juste, de ne pas souffrir qu'il soit dérogé en rien à mon testament et à mon éta* blissement d'un majorât, mais de maintenir le tout k jamais, dans la forme et de la manière que je Ysà ordonné, pour la plus grande gloire du Tout4Hris^ sant, et pour que ce puisse être la racine et la ba^ de ma lignée^ et un souvenir des servioesqùt^ j'ai rendus à leurs altesses; moi qui, étant né à»6énes^ suis venu lea servir en CastiUe , et ai décoiivert^ à l'ouest de la terre ferïne^ leslndiés et lesiks ci» devant mentionnée3» Je pi?ie dono letirs altesses d'ordonner que mpn présent te^ament,» mQn> jicir vilége^ soit déclaré valide, et soit etécutésiaoa op position, sans retard, et à la lettre. Je prie aussi les grands éix royaume et les seigneurs da conseil , et tous autres ayant l'administration de la justice^ de ne pas souffrir que ce testament soit sans effel^ mais de le faire exécuter comme ccmtenant «ms intentions, attendu qu'il est juâte qu'un noble qful ^ servi le roi> la reine et le roya^imesoit respecté dans la .^spositioil de ses biens, par acte de der*» i^ière yokimé^ te^n^ent; substitation deMeiMxnt
SâlO HISTOIRE M CaOEOSTOrae COLOMB.
tages, et qu'U n'y sent fait aucune ip£ractioii en tout ou en partie.
Pcemièrementy mon fils don Diego et tous mes successeurs et descendans, aussi bien que mes frè^ res Barthélemi et Diego , port^ont mes armoiries telles que je les leur laisserai après moi, sans y ajouter aucune autre chose, et elles seront gravées sur leur sceau. Don Diego mon fik, ou tout aidtre qui héritera de ses biens, en prenant possession de Ihéritage , adoptera la signature dcmt je fsiis uss^ à présent, qui est un X surmonté d'un S , un M surutônté^d'mi A romain avec un S en dessus, et ensuite un Y surmonté d'un S, avec les lignes et lespoints, comme c'est ma coutume, ainsi qu'on peut le voir par mes signatures, dont il existe un grand nombre , et comme on le verra par celle qui terminera les présentes.
Quelque autres titres que le roi puisse lui accoràdvi il ne prendra que celui d'amiral. Ceci ne doit êlre entendu que de sa signature , et non de l'énumfératidn de ses titres, qu'il peut foire tout au long si bon lui semble ; mais sa signature doit être seulement : VAmiraL
. Ledit don Diego, ou tout autre héritier de ces biens; 'possédera ma charge d'amiral de l'Océan , q^i ^t à l'ouest d'une ligne imaginaire que son Altetèe a ordonné de tirer d'un pôle à l'autre, à cent tî^ies au-delà des Adores et des îles du Cap- Vert, duquel Océan j'ai été fait amii'al par son ordre, avec to^us les privilèges dont jouit don Henrique dans ranlirautédeCastille,etnommé àperpétuité etpour
APMNDnc»*34-! 3ôi
toujours sou gouverneur et vice-roi des îles et continent découverts ou à découvrir, moi et mes héritiers, comme le tout est plus amplement désigné dans le traité et privilège ci-devant mentionné.
Item. Ledit don Diego , ou tout autre héritier de ces biens, distribuera le revenu qu'il pourra plaire à notre Seigneur de lui accorder, de la manière suivante, et sous les peines susdites.
D'abord, sur la totalité du revenu desdits biens, maintenant et en tout temps , et de tout ce qu'il pourra en toucher et recueillir, il en donnera le quart annuellement à mon frère Barthétemi Colomb , Adelantado des Indes ; ce qui continuera jusqu'à ce qu'il ait acquis un revenu d'un million de maravédis , et cela pour les services qu'il a rendus et qu'il continuera à rendre à ces biens substitués ; lequel million il devra recevoir, comme il vient d'êti'e dH:, chaque année, si ledit quart monte à cette somme, et qu'il n'ait pas autre chose; mais s'il possède un revenu montant en partie ou en totalité à ladite somme, il ne jouira plus dudit miUion en tout ou en partie, si ce n'est qu'il aura' dans ledit quart de quoi lui compléter un million de maravédis , si ledit quart monte à tant ; et le revenu qji'il pourra avoir indépendamment dudit quart, celui qu'il pourra tirer de ses propriétés ou de ses places à perpétuité, sera déduit dudit quart. IVIais queque apport de mariage qu'il puisse recevoir de quelque fenune qu'il épouse , nulle retenue ne sera faite sur ledit million pour ce sujet; de sorte que, quelle qtïesoitlaâomme qu'il pourra recevoir de safemme^
36a msTomÈ de chbistophb colomb.
aucune déduction ne sa*a faite sur ledit million pour cette cause, mais seulement pour ce qu'il peut avoir et acquérir en sus de la dot de sa femme ; et quand il plaira à Dieu que lui, ses héritiers et descendans tirent de leurs propriétés et de leurs places un revenu d'un million de maravédis, ni lui ni ses héritiers ne jouiront plus d'aucune partie dudit quart des revenus desdits }}iens substitués, et le« ditqpartappartiendraà don Diego ou à ses héritiers.
Item. Sur les revenus^ desdits biens ou sur un autre quart d'iceux (si à twï ils montent) , il sera payé tous les ans à mon fils Fernando deux milUons jua* qu'à ce que 8e$ revenus lui produisent pareille somme; ain^ et de la même manière qu'il vient d^^tre expliqué à l'égard de £arthélemi, qui, de même que ses héritiersi, doit avoir ledit million ou la somme nécessaire pour le. cc«npléter.
' l^m. Ledit don Diego ou ledit don Barthélemi paieront à mon frère don Diego, sur lôs revenus desdits hïeos y une somme suffisante pour le, met^ tre en. état de vivre décemment, attendu qu'il est mon frèi^: Je ne lui assigne aucune somme parti* Goliàre , parce qu'il est eiitré dans l'église, et qu'on lui donnera ce qui sera juste. On hii paiera cette somme en une fois et avant que rien ait été payé à mon fils Fernando et à mon frère Barthélemi^ ou à leurs héritière, le tout en proportion du re* venu desdils biens ; et eii cas de contestation j l'af-i faire sera soumise à deux de nos parens ou autrei^ hommes d'honneur, ^t s'ils ne sont pas d'acccu*d eiiscnble^ tb choisiront: un tiers^arbûre^ boonne
Yértuc^t et ayant la coi^Unce des deux parties* Item. Tous les revenus que je lègue à Bartfaé^ lemi> à Femaudo et à Diego leur seront payés et seront reçus par eux, ainsi qu'il vient d'être réglé, à la charge par eux d'être fidèles et dévoués à tnon fils Diego et à ses héritiers, eux et leurs enfans; et s'il arrivait qu'ils eussent, eux ou quelqu'un d'eux^ ?igi i^ntre lui en quelque chose, concernant Thon* neur.et la prospérité de la famille ou desdits biens , soit par paroles, soit pai* actions, d'où il pourrait résister' du scandale et l'abaissement de ma fa^ mille Qu la détérioration de mesdits bi^as, en ce cas, il pe leur sera plus rien payé à compter de ce fiioment^ attendu qu'ils dpivent toujours être fidè» li^ k Piego et à ses successeurs/ ' It^m. Comme c'était mon intention, en établis-» sant cette substitution, de disposer ou de faire dis* poser pour moi par mon fils Diego du dixième du revenu desdits bieos en laveur de personnes néces^ siteuses, à titre de dîme et en commémoration de Dieu éternel et tout-puissant, et persistant encore dans, kl même intention et dans l'espoir que sa haute majesté m'aidera, moi et ceux qui en bérite^ root en ce pays ou dans le Nouveau-Monde^ j'ai résolu que ledit dixièmje soitpay^éde ia manière suivante ; Pr^xâèrement, il est bien entendu que le quart dkis revemis desdits Hens ^e.j'ai enjoint et or^ donné de payer à don Barthélemi jusqu'à ce qu'il ait un revenu d'un million , comprend le dixième du revenu total desdits biens, et qu'à QPlesiure que le reveau de mon frère doa Barthé*
3 64 HISTOmB PS chbjstophs colomb.
lemi augmentera 9 comme on doit le déduire du quart des revenus desdits biens, on fera un csdcul pour savoir à combien monte ledit dixième, et la portion qui excédera ce qui sera nécessaire pour compléter le million dedonBarthékmi, sera payée aux membres de ma famille qui pourront en avoir le plus besoin, le déduisant dudit dixième si leur revenu ne monte pas à cinquante mille maravédis; et si quelqu'un d'eux jouit d'un revenu montant à cette somme, il lui sera payé cette somme, qui sera détei*minée par deux personnes choisies à cet effet, et par don Diego ou ses héritiers. Ainsi donc, il faut bien entendre que le million que je laisse à don Barthélemi comprend le dixième du revenu total desdits biens; lequel dixième doit être distribué parmi mes parens les plus proches et les plus nécessiteux, ainsi que je viens de l'ordonna; et quand don Barthélemi aura un revenu d'un deûIlion , et qu'il ne lui sera plus rien du en raison dudit quart, alors mon fils don Diego ou la personne qui pourra être en possession desdits biens, avec deux autres personnes que je désignerai ci<>après, examineront les comptes et régleront les choses de manière que le dixième du revenu continue à être payé aux membres les plus nécessiteux de ma famille qui pourront se trouver dans ce pays ou dans quelque autre partie du monde, et qu'on cherchera avec soin, et ils seront payés sur le quart d'où D. Barthélemi doit tirer son million, laquelle somme devra être portée en compte et déduite dudit dixième; et si ce dixième montait plus haut, W
AppENDix M* 34* ' 365
surplus, provenant de ce quart, «era payé aux personnes les plus nécessiteuses, comme il a déjà été dit. Si au contraire il était insuffisant, don Barthélemi continuera à en jouir jusqu'à ce que ses revenus s'accroissant laissent disponible la totalité ou une partie dudit million.
Item. Ledit don Diego, mon fils, ou quiconque sera mon héritier, nommera deux personnes graves et intègres , alliées de très-près à la famille , qui seront . chargées de vérifier avec soin le montait des revenus, et de veiller à ce que ledit dixième soit payé sur le quart qui doit fournir à don Barthélemi son million , aux membres les plus nécessiteux de ma famille qui pourront se trouver ici ou ailleurs, et qu'on cherchera avec soin et en conscience; et comme il pourrait arriver que ledit don Diego ou d'autres après lui, pour des raisons d'intérêt personnel ou pour l'honneur; et le soutien desdits biens, pourrait ne pas se soucier de faire connmtre le montant véritable desdits revenus, je le charge, sur sa conscience, de payer ladite somme, et je leur enjoins, sur leur âme et leur conscience, de ne pas le dénoftcer et le faire connaître, si ce n'est du consentement de don Diego ou de celui qui pourra être son héritier, voulant que ladite dîme soit payée de la manière que je viens d'indiquer.
Item. Afin d'éviter toutes contestations dans le
choix des deux plus proches parens qui doivent
agir avec don Diego ou ses héritiers, je choisis par
, ces présentes don Barthélemi mon frère , pour l'un,
366 flîSTOIRE DE CHRISTOPHE COLOMB.
et don Fernando mon fils, pour l'autre. Quand ils entreront en fonctions, ils choisiront deux autres individus parmi les parens les plus proches et les plus dignes de confiance, et ceux-ci, à leur tour, eti choisiront deux autres quand il sen% question de commencer l'examen; et ainsi le tout sera réglé avec soin pbur le service et la gloire de Dieu , et pour l'avantage desdits biens «ibstitùés.
Item. J'enjoins aussi à Diego où à celui qui héritera dudit majorât de soutenir toujours dans la ville de Gênes un membre de notre famille, qui y sera domicihé avec sa femme, et de lui assurer un revenu avec lequel il puisse vivre honnêtement, comme il convient à une personne qui nous est alliée, et avoir pied et racine dans cette ville en qualité de citoyen ; de sorte qu'il puisse y trouver aide et faveur en cas de besoin, car c'est là que je suis né, et c'est de là que je suis venu.
Item. Ledit don Diego, ou quiconque héritera desdits biens, devra faire des remises, soit en lettres de change, soit de toute autre manière, de toutes sommes qu'il pourra épargner sur les revenus desdits biens, et ordonner qu'on achète en son nom, ou en celui de ses héritiers, des actions de la banque de Saint-George, qui rapportent un intérêt de six pour cent, et où l'argent est biep assuré, et les fonds seront consacrés à l'emploi que je vais indiquer.
Item. Comme il convient à tout homme de rang ayant des propriétés de servir Dieu, soit person*nellement| soit par le moyen de sa fortune, et
€otnme l'argent déposé à la banque de SaînfrGeorgé est parfaitement en sûreté^ Gènes étant une noble et puissante cité, et qu'à l'époque où j'ai entrepris de partir pour la découverte des Indes, c'était avec Tintention de supplier le roi et la reine , nos souve^rains, de consacrer à la conquête de Jérusalem tout Fargent qu'on pourrait tirer desdites Indes, et que je leur ai fait cette demande : s'ils le font, tant mieux; sinon, et dans tous les cas, ledit Diego, ou quiconque sera son héritier, devra réunir tout l'argent qu'il pourra, et accompagner le roi son maître, s'il marchait à la conquête de Jérusalem, ou autrement y aller lui-même avec toutes les forces qu'il pourra rassembler; et en suivant ce projet, il plaira au Seigneur de l'aider à l'accomplir, et s'il n'était pas en état de faire la conquête totale du pays, il n'y a nul douté qu'il ne la fît du moins en partie. Qu'il réunisse donc toute sa richesse dans la banque de Saint George de Gênes, et qu'elle s'y multiplie jusqu'à ce qu'on puisse faire quelque chose relativement au projet sur Jérusalem ; car je croi$ que lorsque leurs altesses verront que ce plan est en contemplation , elles voudront l'exécuter elles-mêmes, ou que du moins elles lui accorderont, comme à leur serviteur et à. leur vassal, les moyens de le mettre à exécution,
*J(€m. Je chargé mon fils Diego et mes descenàsLU^j et spécialement quiconque aura hérité de mçs biçns, qui se composent, comme je l'ai dit cidessus^ du dixième de ce qui se trouvera dans les Indes ou qu'on pourra en retirer, et du huitième
368 HJflOUJe M GBSttlOHU OOfLOMMm
des term et revenus, ce qui, arec mes droits et émoi nmeiis comme amiral , ▼ice4xii et gomretiiear, mcmte à {dos de YÎngt-cÎDq pour cent, je le reqoiersy disje^ d'employer tout ce revemi, ainsi que sa persomie et toos les moyens en son ponroir, k bien et fidèlement servir et soutenir leurs altesses on leurs successeurs, même jusqu'à la perte de sa vie et de ses bi^is, puisque ce sont leurs altesses, après Dieu, qui mont fourni les moyens de fiave mes découvertes et d'acquérir lesdits biens; quoiqu'il soit vrai que je suis venu en ce royaume pour leur proposer cette entreprise, et qu'il s'écoula bien du temps avant qu'on prit des mesures pour la mettre à exécution ; ce qui, au surplus, b'est pas surprenant, puisque c'était une entreprise dont l'objet était inconnu à tout le monde et en laquelle personne n'avait confiance; c'est pourquoi je ne leur en suis que plus redevable, ainsi que de l'avancement et des faveurs qu'ils m'ont accordés depuis ce temps. .
Jtem. J'enjoins aussi à Diego, ou à quiconque pourra être en possession desdits biens, s'il arrivait un schisme dans l'église de Dieu , et que quelque personne de quelque classe et de quelque coch dition qu'elle pût étre^ientât de le dépouiller de ses biens et de ses honneurs, de porter aux pieds de sa sainteté, c'est-àrdire s'ils ne sont pas hérétiques (ce qu'à Dieu ne plaise!) leur personnes, leur pouvoir et leurs richesses pour étouffer ce schisme et prévenir tout attentat contre l'honneur ou contre les biens de l'église.
Item, ^ordonne audit Diego , ou à quiconque possédera lesdits biens , d'avoir toujours en vue, dans tous ses travaux et dans toutes ses entreprises, l'honneur, la prospérité et l'agrandissement de la ville de Gênes , et à employer tous ses moyens et tous ses talens à défendre et à augmenter le bien-être et l'honneur de cette république , en tout ce qui ne sera pas contraire au service de l'église de Dieu, ou à la haute dignité du roi et de la reine, nos souverains, et de leurs successeurs.
Item. Ledit Diego, ou quiconque am^a hérité desdits biens, aura soin, sur le quart du revenu total, sur lequel quart doit être prélevé le dixième, comme il a été dit, lorsque don Barthélemi ou ses héritiers auront épargné les deux millions, ou partie de cette somme, et que le temps sera venu de faire une distribution parmi nos parens, d*employer et d'appliquer ce dixième à fournir des dots aux filles de notre lignage qui pourront en avoir besoin , et à faire tout le bien qui sera en leur pouvoir.
Item. Lorsqu'un temps opportun sera arrivé , il fera bâtir une église dans l'île d'Hispaniola , dans l'endroit le plus convenable, et il la nommera Sainte- Marie de la Conception. Il y sera annexé un hôpital^ sur le meilleur plan possible, comme ceux d'Italie et de Castille. Il fera aussi construire une chapelle pour y dire des messes pour le repos de mon âme et de celles de mes ancêtres et de mes descendans, avec grande dévotion, puisqu'il plaira sans doute au Seigneur de nous accorder un re- IV. a4
9^0 HISTOIRE DB ÊHRIBTOl^M COLOMB.
venu suffitant pour cet obj^t et cetûi qui précèdent.
Item. Tordonue aussi à mon fils Diego , ou à qui^ conque lui succédera, de ne s'épargner aucune peine pour avoir et entretenir dans l'île d'Hlspaniola quatre bons professeurs de théologie, qui prendront pour fin et pour but de leurs travaux et de leurs études la conversion à notre sainte foi des habitans des Indes ; et à mesure que , par la volonté de Dieu , les revenus des biens s'accroîtront, il augmentera dans la même proportion le nombre des personnes religieuses qui s'efforceront par leurs instructions de rendre chrétiens les naturels du pays; nulle dépense ne devant être re- |[ardée comme trop grande pour arriver à ce but.
Item. J'ordonne à mon fils Diego, et à quicon*que jouira après lui desdits biens, toutefe les fois et aussi souvent qu'il se confessera, de montrer d'abord ce testament ou une copie dlcelui au confes^ seur, et de le prier d'en prendre connaissance pour qu'if puisse s'assurer, en l'interrogeant, s'il a fidèlement rempli les obligations qui lui sont imposées; d'où il résultera beaucoup de bien et de bonheur pour son âme.
£l Ajlmuujtte.
Comme tout ce qui concerne G>lonib est plein tf intérêt 9 sa signature a donné lieu à quelques dis^ (^;^OBS« Elle portait en quelque sorte l'empreinte éd ce ûècle, essentiellement religieux et pédantesifue^ et peu^étre aussi du caractèt*e particulier de l'individu y qui^ se considérant comme mystérieu,- «raoent élu^ et spécialeosent choisi pour de grande dessins, croyait devoir inettre en toutes choses des formalités graves et solennelles, en harmonie avec cette idée« Y oid comment il lûgnait : '
SSÎ* A* !$•
XPO FEREN5,
La première moitié de la signature XPO, pour
S'J2 mSTOIHE DE CHBISTOPHE COIX>MB.
Christo, est en lettres grecques ; la seconde Ferens est en lettres romaines. Tel était l'usage à cette époque , et même encore à présent les caractères grecs et romains sont employés en Espagne dans les signatures et dans les inscriptions.
On suppose que les chiffres ou initiales qui sont au-dessus de la signatui^ représentent une pieuse éjaculation. Pour les lire, il faut commencer par les lettres d'en-bas , et les lier à ceHes qui sont audessus. Spotorno conjecture qu'elles signifient Xristus (Christus), Sancta Maria ^ YosephuSy ou Salva Me y XristuSy Maria , Yosephus. La Rei^ue de V Amérique septentrionale^ pour avril 1827, propose de substituer Yesus à Josephus. "
C'était un ancien usage en Espagne, usage qui n'est pas encore tout-à-fait tombé en désuétude , de joindre à sa signature quelques mots de dévo* tion. Le motif de cette coutume était de prouver que celui qui signait ainsi était chrétien; ce qui n'était pas sans quelque importance dans un pays où les juifs et les mahométans étaient proscrits et persécutés.
Don Fernando, fils de Colomb, dit que toutes les fois que son père prenait la pjume, il commençait ordinairement par écrire : « Jésus cum Maria sit nohis in via. » Le livre que l'amiral prépara et envoya aux souverains, où se trouvaient les prophéties qu'il regardait comme ayant rapport à ses découvertes et à la délivrance du saint sépulcre , commence par les inêmes mots. Cet usage a beaucoup de rapport avec celui de placer les initiales
APPEHDIXH^SS. 37.3
de quelques mots de piété au-dessiis de la signature, et donne beaucoup de probabilité à la manière dont on a expliqué celle de Colomb '.
^ Nous nous pennettrons de dire qu'elle n'est nullement expliquée par ce qui précède , car il reste plusieurs initiales dont on ne donne aucune explication. La substitution du mot /«sus à celui Yosephus nous paraît une idée fort bizarre , pour ne rien dire de plus. G)lomb venait d'employer le mot Christus; il l'avait fait suivre de celui de Maria) à quoi bon aurait-il répété ce mot Jésus? Nous croyons qu'on pourrait raisonnablement interpréter cette signature ainsi qu'il suit :
Supplex Servus Altissimi Salvatoris Christi , Mari» , Yosephi , ,
XPO Ferens.
Quant à la dernière ligne, Christo ferens, il est évident que Colomb emploie ces mois pour désigner son prénom Christophe y Christophorus j ou Christopherus y comme on l'écrivait quelquefois.
( Note du traducteur, )