IV. Il
père acquit la connaissance de ces nouvelles terres ; car il s'y trouvait un passage d'un historien du temps de Salomon, qui disait : « Naviguez sur la mer Méditerranée jusqu'au bout de l'Espagne, et de là vers le coucher du soleil dans une direction entre le nord Qt le sud jusqu'à une distance de quatre-vingt-quinze degrés , et vous trouverez la terre de Cipango, fertile, abondante, et égale en grandeur à l'Afrique et à l'Europe. » Il ajouta que son père avait rapporté de Rome une copie de ce livre, dans l'intention d'aller chercher cette terre, et qu'il avait souvent exprimé cette détermination; que lorsque Colomb était venu à Palos avec son projet de découvertes, Martin Alonzo Pinzon lui avait montré ce manuscrit, ce qui l'avait grandement encouragé dans son entreprise, et que de plus il lui avait fourni de l'argent pour aller à la qbur faire ses propositions. Il est probable que ce manuscrit , dont Arias Ferez rend , de mémoire , un compte si vague, était Fouvrage de Marco Polo, que Colomb avait déjà vu, et auquel étaient jointe» diverses conjectures sur Ophir et Tarsis, et sur les voyages faits par les vaisseaux de Salomon ; et il est même permis de douter si ce voyage de Martin Alonzo PinzoB à Rome n*eut pas lieu après que son esprit avait été échauffé par ses entretiens avec Colomb dans le couvent de la Rabida. Arias Perez parle toujours du manuscrit comme ayant été commuBÎqué à Colomb lorsqu'il vint à Palos , dans le dessein de suivre $es projeta de déeou-
ÀppEimix ir* 10. t6$
Plusieurs témoins s'accordent à dire que M^irtin Abnzo Pinzon cootribua fortement à procure» à Colomb des navires et des tnarins. Francisco Gar* eia Vallego j entre autres ^ attesta que^ sans Martin Alonzo Pinzon ^ qui Taida dans cette entreprise ^ ainsi que ses pàrens et ses amis^ lamiral n'aurait ^mais pu crâimencer son voyage, car pef*sonne n'aurait voulu partir avec lui ; mais que y pai* suite du grand désir qu'avait Martin Alonzo de serrir ses souverains, il avait engagé son frère, ce témoin, et d'autres personnes à l'accompagner, et que pour cette raison ledit témoin avait consenti à Êdre ce voyage.
Le fils de Pinzon , et ce même Francisco Garcia , son ami, allèrent jusqu'à dire que, sans Martin Alonzo , l'amiral serait revenu sur ses pas dans le cours de son voyage , après avoir fait sept à huit cents lieues sans trouver la terre , lorsqu'il eut à craindre de voir édatef une*rébeIlion à bord de son navire. Le courage et la persévérance qui caractérisaient Colomb, et les notes portées jour par jour sur son journal sont une réfutation suffisante de cette accusation , que les partisans de Pinzon auraient été charmés de pouvoir prouver.
Il n'y a point, de doute , néanmoins, que Martin - Alonzo Pinzon ne fût un navigateur habile et intelligent; qu'il ne soit entré avec zèle dans les grands projets de Colomb, et qu'il ne lui ait rendu des ser- . vices essentiels pour équiper ses navires. Dans tout le c'ours du voyage, il se conduisit avec autant de fermeté que de zèle , secondant et encourageant
i 64 HISTOIRE BS CHRISTOPHE COLOMB.
Faifiiral quand il était harcelé par les murmures et leff menaces de son équipage. Ce ne fut que lors- , que la terre eut été découverte , et qu'on eut vu briller la perspective d'obtenir sur4e-chàmp des trésors , que la cupidité de Pinzon s'éveilla , et qu'il oublia la subordination si nécessaire au succès de toute entreprise, et qui était d'une importance si vitale dans une expédition d'une nature aussi extraordinaire et aussi critique.
APPENDIXN'I>I.
Bruits qui coururent sur le pilote qui mourut dans la maison de Colomb.
PABïin les diverses tentatives que firent pour obscurcir la gloire de Colomb ceux qui étaient jaloux de sa renommée , il en est une dont le but était de lui ravir tout le mérite de sa découverte. On soutint qu'il avait reçu des informations sur l'existence d'une terre dans les parties occidentales ^e l'océan , d'un pilote qu'une tempête occasionée par des vents d'est violens avait poussé dans ces parages , et qui , à son retour en Europe , était mort dans la maison de Colomb , laissant en sa posses* sion la carte et le journal de son voyage , qui lui servirent de. guide pour ses découvertes.
Oviedo, contemporain de Colomb^ est le premiei qui ait fait mention de cette anecdote dan« son IKs
l66 HISTOIRE DE CHRISTOPHE COLOMB*
foire des Indes ^ publiée en 1 535. Il en parte comme rfim bruit qui courait parmi le peuple, et qui n'était nullement; fondé.
Fernand Lopez de Gomara, dans son Histoire des Indes y publiée en 1 55a, en fit le premier un sujet d'accusation formelle contre Colomb. Il répète ce bruit dans les termes les plus vagues, évidemment d'après Oviedo , mais sans le démentir comme cet auteur. Il dit que le nom et le pays de ce pilote étaient inconnus; les uns disant que c'était un Andàloux qui naviguait entre les Canaries et Macère; d'autres, un Biscayen qui commerçait avec la France et l'Angleterre; d'autras encore, un Vot» tugais qui voyageait entre Lisbonne et la Mine sur la côte de Guinée. Il exprime la même incertitude sur la question de savoir si ce pilote ramena sa caravelle en Portugal, à Madère, ou à l'une des îles Açores. Le seul point sur lequel étaient d'accord Ceux qui faisaient circuler ce bruit, c'était qu'il était mort dans la maison de Colomb. Gomara s^ ajoute que cette circonstance inspira k Colomb l'idée d'entreprendre. son voyage, dans les nouveaux pays ".
Les premiers historiens qui parlent de Colomb et de ses Voyages, et qui étaient ses contemporains, savoir : Sabelicus, Pierre Martyr, Giustiniani, Bernaldos, communément appelé le curé de los Palados, Las Casas, Fernando , fils de Tamiral, et Tàilteur anonyme d'un voyage de Colomb, traduit de
^ Gomanr, Hisi, Ini., cap. 14.
f ilidîen m latin par Madrugano '^ gardent tSm lé silence sur ce bruit.
Benzoni, dont ï Histoire du Nouueau^Mùmie fut publiée en j565, répète cette histoire d'après Gomai^a dont il était contemporain , mais U exprime son opinion formelle que Gomara a mêlé beaucoup de faussetés à quelques vérités, dans le de»» sein de rabaisser la réputation de Colomb, parce ^'il était jaloux qu'im autre qu'un Espagnol eût Fhonneur de cette découverte ^.
Acosta mentionne légèrement cette circonstance dans son Histoire naturelle et morale des Indes ^ publiée en iSqi , et il la tire évidemment de Go^ mara .
Mariana , dans son Histoire d! Espagne^ puUiée en 1 593 , en fait aussi mention , mais il en révoque en doute la vérité, et il puise manifestement ses m^ formations dans Gomara ^.
Hèrrera , qui publia son Histoire des Indes en 1601 , ne dit rien de cette histoire. De ce qu'il n'eà dit rien, on peut conclure qu'il la rejette^ oar il est d'une exactitude minutieuse.il connaissait pai^
* Nai^igatio Chris tophori Columhiy Madrugano interprète,^ Cet ouvrage est contenu dans une collection de voyages intitulée : Not^us Orbis Regionum, édition de i555 ; mais il fut oH^ gînairement publié en itulien, comme écrit par Montidbôdë Fnmeanzona (ou Francapano de Montaldo) dans une edle^on de vojji^es intitulée : Hist. del Nuevo Mundo , in^priméê à . Vicence en 1507.
* Girolamo Benzoni , Hist, del Nuepo Mundo , lib. i.
' Padre Jo^h de Acosta ^ Hist. IneL , lil>. i , cap. 19.
* Juan de Mariàna^ Hist. Esp. , lib. xxti, cap. 3.
ï68 HlAoïRE DI CHRISTOPHE COLOMB.
faitement V Histoire de Gomaraj qu'il contredit expressément sur mi point de grand intérêt '.
Garcilasso de la Vega, né à Cusco dans le Pérou, fit revivre ce conte, en y ajoutant des détails trèscirconstanciés dans ses Commentaires des Incas^ publiés en 1609. Il le rapporte avec tous ses détails; fixe la date de l'événement, i484j «un an avant ou après; » donne le nom du malheureux pilote, Alojizo Sanchez de Huelva; la destination de son bâtiment, des Canaries à Madère; et la terre în^ connue sur laquelle il fut poussé, l'île d'Hispaniolâ. Le pilote, dit-il, calcula la hauteur, et écrivit une relation de tout ce qu'il avait vu et de tout ce qui lui était arrivé pendant son voyage. Il fit alors de l'eau et du bois, et partit pour retourner chez lui. Il réussit à y arriver, mais son voyage fut long : il essuya des tempêtes, et sur dix-sept hommes qui composaient l'équipage , douze moururent de faim et de fatigue, les cinq autres arrivèrent à Tercère, où Colomb les accueillit avec hospitalité, mai$ tous moururent chez lui par suite des maux qu'ils avaient éprouvés. Le pilote mourut le dernier , laissant son hôte héritier de ses papiers. Colomb garda le plus profond secret sur ce point, et en suivant la route qu'il trouva tracée , il obtint l'honneur d'avoir découvert le Nouveau-Monde *. Tels sont les principaux points de la relation très- \ détaillée donnée par Garcilasso de la Vega cent vingt
* Herrera, Hist, Ind., decad. 11, lib. m, cap. i. ^ Commentarios de los Incas^ lib. iv, cap. 3.
APPEJNfBIXH* II. ^69
ans après l'événement. A l'égard de ses autorités, il se souvient d'avoir entendu cette histoire, qyand il était enfant, parce que son père et ses voisins en parlaient souvent, et il cite à l'appui les histoires des Indes par Acosta et Gomara. Comme les conversations qu'il avait entendues ne purent avoir lieu que soixante ou soixante-dix ans après la date de l'événement dont il s'agit, il s'était éca^é assez de temps pour que les bruits vagues prissent la forme d'une relation régulière; aussi avons-nous non-seulement le nom , le pays et la destination du pilote , mais même le nom du pays inconnu vers lequel son navire fut poussé. 1
Cette relation de Garcilasso de laVega a été adoptée par beaucoup d'anciens historiens, qui lui ont accordé leur confiance par suite du ton décidé avec lequel il la fait , et à cause des autorités qu'il cite \ Ils ont trouvé des échos dans d'autres historiens
* Noms des historiens qui ont adopté cette histoire en détail y ou l'accusation qui en résulte contre Golomh :
.Bemardo Aldrete, Antiguedad de Espana,Vlh. iv, cap. 17.
Roderigo Caro, Antiguedad,\Ai, m, cap. 76.
Juan de Solorzano, Ind.jure^ toin. i, liv. i, chap. 5.
Fernando Pizarro , F'arones ilust. del Nuevo Mundo, c. 2.
Agostino Torniel, An, sacr.y tom. i, anno mundi i33i, n« 48.
Pet. Damarez ou De Maliz, dial. 4> de Var. hist. cap. 4-
Gregorio Garcia, Origin. de los Indios, lib. i, cap. 4j § !•
Juan de Torquemada, Monar, Ind. , lib. xviii, cap. 1.
Jean-Baptiste Riccioli , Geogr. refor. , lib. m.
A cette liste d'anciens auteurs on peut en ajoutçr beaucoup d'autres plus récens.
plus récens; et c'est ainsi qu'une accusation grâVe de fraude et d'imposture s'est appesantie sur lâ mémoire de Colomb, soutenue en apparence par ime foule d'autorités respectables.
On doit faire remonter l'origine de toute cette accusation à Gomara, qui répéta vaguement un vain bruit, sans faire mention du démenti qu'y avait donné dix-sept ans auparavant Oviedo , témoin auriculaire, dans l'ouvrage duquel il parait avoir positivement puisé cette histoire.
Il est à remarquer que Gomara a la réputatiôû parmi les historiens d'être inexact, et d'adopter avec beaucoup de crédulité des histoires sans fondement*.
Il est inutile de répondre plus en détail à c^tté accusation, d'autant plus qu'il est notoire que Colomb communiqua ses idées de découvertes à Paul Toscandli de Florence en 1 474? c'est-à-dire dix ans avant la date assignée à ce fait par Garcilasso de la Vega.
* Hijqs de Seuilla , n* 2 , pag. 4^ > lettre F. On en dit autant dans la Biblioteca Espanola mupay lib. i, pag. 4^7. Bernai. Diaz del Castillo , Hist. de la Conquista de ta Nueva Espana^ fin du ehapitré 18: Juan Bautista Muôos, Hisî» del Nuei^o Mundoj prologo xviii.
APPENDIXNM2.
Martm Beliem:
Cet habile géographe naquit à Nuremberg en Allemagne, au commencement de i43o. Ses ancêtres étaient venus du cercle de Pilsner en Bohême, et c'est pourquoi quelques écrivains l'appellent Martin de Bohême. La ressemblance de son nom avec celui de Ja patrie de ses ancêtres est cause que plusieurs auteurs l'écrivent de différentes manières.
Quelques historiens ont dit qu'il avait étudié sous Philippe Beroaldo l'aîné, d'autres qu'il avait eu pour maître Jean Muller, autrement nommé Regiomontanus. De Murr, qui a fait des recherches exactes sur sa vie, ne croit ni les uns ni les autres. D'après une correspondance enttt Behem et son
J^a HISTOIRE DE CHRISTOPHE COLOMB.
oncle, découverte il y a peu d*aiinéespar De Murr, il paraît que la première partie de sa vie fut consacrée au commerce. On lui a fait honneur de la découverte de l'île de Fayal; mais c'est une erreur probablement causée par la circonstance que Job deHuertar, beau-père de Behem, colonisa cette île en 1466.
On suppose qu'il arriva en Portugal en i48i , quand Alphonse V était encore sur le trône. Il est certain que, peu de temps après, ses connaissances lui obtinrent une haute réputation à la cour de Lisbonne, au point qu'il fut un des membres du conseil que Jean II nomma pour perfectionner Fart ' de la navigation , et quelques écrivains lui attribuent tout l'honneur du service mémorable que ce conseil rendit au commerce, en introduisant l'usage de l'astrolabe dans la marine.
En 1484? le roi Jean fit partir une expédition sous les ordres de Diego Cam , comme Barros l'ap. pelle , de Cano, suivant d'autres, pour faire des découvertes sur les côtes de l'Afrique. Behem fit partie de cette expédition en qualité de cosmographe. Ils passèrent la ligne équinoxiale, découvrirent la côte de Congo , s'avancèrent jusqu'à vingt-deux degrés quarante-cinq minutes de latitude méridionale' , et érigèrent deux colonnes sur lesquelles étaient gravées les armes du Portugal, à l'embouchure du Zagra, en Afrique, qui, pour cette raison, porta quelque temps le nom de fleuve des Colonnes.
* Murr, Notice sur M. Behem,
On dit qu'attendu les services qu'il avait; rendus en cette occasion et dans d'autres j Bebem fut créé chevalier par le roi Jean, en i485. Cependant au-» cun^es Ustoriens contemporains ne fait mention de cette circonstance. La principale preuve qu'il ait reçu cette marque de distinction, c'est qu'il s'est donné lui-même, sur son propre globe ^ le ti-« tre de Eques Lusitanusi
En i486, il épousa à Fayal la fille de Job dé Huertar, et l'on suppose qu'il y resta quelques années. Il y eut un fils nommé Martin , né en 1489. Il est probable que ce fiit pendant son séjour à Lisbonne et à Fayal qu'il fit connaissance avec Colomb, comme le disent Héritera et d'autre^ auteurs, et l'amiral peut avoir appris de lui quelques-uns des bruits qui couraient dans les îles, de productions de terres occidentales que les vagues apportaient sur leurs rivages.
En 1491 , il retourna à Nuremberg pour voir sa famille , et pendant qu'il était dans cette ville , il finit un globe terrestre, regardé comme un chefd'œuvre à cette époque, qu'il avait entrepris à la demande des principaux magistrats de sa ville natale.
&i i493> il retourna en Portugal, et de là se rendit à Fayal.
En i494> le ^o\ Jean II, qui avait une haute opinion de Behem, l'envoya en Flandre auprès de son fils naturel, le prince George, héritier présomptif de la couronne. Pendant le cours de son voyage , I Behem fut pris et ccjnduit en Angleterre , où il resta
f ^4 HISTOIRE JiM-eSBWnWBM COLOMB.
trois mois malfule. Dès qu'il fut gaèri, il m icmit m mer, mais il fut encore pris par un corsaire qui l'eçimena en France. Ayant payé sa rsuiçon , il se rendit à Anvers et à Bruges, et retourna presque aussitôt en Portugal. On n*a aucun détail sui^ sa vie pendant les années suivantes; on suppose qu'il resta avec sa j&tmille à Fayal, étant trop âgé pour faire de nouveaux voyages. En 1 5o6 , il retourna de Fàyal à Lisbonne | où il mourut.
L'assertion que Behem avait découvertle Monde^ Occidental avant Colomb , dans le voyagé qu'il fit avec Cam, e^t fondée sur la fausse interprétation d'un passage interpolé dans la chronique de Hart-» mann Scbedel, écrivain contemporain. Ce passage dit que lorsque ces deux navigateurs étaient sur l'océan Méridional , à peu de distance des côtes, après qu'ils eurent passé la ligne, ils arrivèrent dans un autre hémisphère, où ^ quand ils étaient tournés du côté de l'orient , leur ombre tombait vers le sud et à leur droite; et que là ils découvrirent un autre monde inconnu jusqu'alors, et que pendant bien des années les Génois seuls avaient cherché à re* connaître, quoique inutilement.
<c Hi duo, bono deorum auspicio, mare meridio- )o nale sulcantes, a littore non longé evagantes, suy> perato circulo equinoctiali , in alterum orbem )> excepti sunt, ubi ipsis stantibus orientera versus, ]» umbra ad meridiem et dextram projiciebatur. » Aperuere igitur sua industrta alium orbem hac- » tenus nabis incognitum, et multis annis, a nullis a quàm Januensibus, liçeC frustra , temptatum* »
APPSNBnt K* It. 178
Ces lignes font partie d*un passage qu'on dit avoir été interpolé, par une main différente, sur le Bftanuscrit original de la chi^onique de Schedel. De Murr nous assure qu'on ne les trouve pas dans la traduction en allemand de cet ouvrage, par George 4Itj qui fut finie le 5 octobre i493; mais quand même elle» s'y trouveraient , elles n'ont rapport çd'à la découverte que fit Diego Cam de l'hémi- ^bère méridional , jusqu'alors inconnu , et de la eète de l'Afrique au-delà de l'équateur; ce qui fut i^ardé à cette époque comme un nouveau monde. Les Génois auxquels il est fait allusion comme ayant fait une tentative infructueuse, étaient Antoine de Nolle, Barthélemi son frère, et Raphaël de NoUe son neveu. Antoine était d'une noble famille; il quitta son pays par suite de quelque mécontentement, et passa en Espagne, avec son frère et son neyeu, sur deux caravelles. Ils firent ensuite voile pour le service du Portugal, découvrirent Fîle de Saint-Iago, etc. \
Ce passage , interpolé dans Schedel , fut aussi inséré sous Frédéric III dans Touvrage De Europâ^ d'^eas Sylvius, qui fut ensuite le pape Pie II, et qui mourut en i464? long-temps avant le voyage en question. La fausse interprétation de ce passage fut ce qui donna lieu d'abord à l'assertion incorpectt que Behem avait découvert le Nouveau- Monde avant Colomb , comme s*îl eût été possible qn'un tel événement fût arrivé sans ^ue Béhem ré-
, ^ Barros, decad. i, lib. n^ eap. \, Lisbonne, i55i.
î 76 HISTOIRE DE CHRISTOPHE COLOMB.
clamât la gloire de cette découverte ^ et sana cjue cette nouvelle retentît sur-le-champ dans tout l'univers. Cette erreur avait été adoptée par divers au* teurs qui n'y avaient pas donné une attention convenable ; et quelques-uns avaient même retiré à Magellan le mérite d'avoir découvert le détroit qui porte son nom, pour en faire honneur à Behem. Cette erreur était trop palpable pour devenir générale ; mais elle fut tout à coup remise au jour en 1786, par un Français d'un caractère très-respectable, nommé Otto , résidant alors à New-York^ qui écrivit au docteur Franklin une lettre destinée à être soumise à la société philosophique de Philadelphie , et dans laquelle il entreprenait de prouver les droits qu'avait Behem à la découverte du Nouveau-Monde. Son Mémoire fut publié dans les Transactions de la Société philosophique améri-^ caincj tom. II, 1786, article n® 35, et a été copié dans les journaux de la plupart des nations de l'Europe.
Les autorités alléguées par M. Otto, à l'appui de son assertion , sont en général douteuses , et il les cite, pour la plupart, sans les désigner particulièrement. Ses assertions ont été réfutées avec soin , et de la manière la plus satisfaisante par don Cristoval Cladera \
La grande preuve de M. Otto est un globe que fit Behem pendant son séjour à Nuremberg, en i49^ > l'année même que Colomb partit pour son premier
* Inç^cstigt Historicas, Madrid, 1774-
APPENBIX N* la. l'y 7
Toyage de découvertes. Ce globe, suivant M. Otto, se conserve encore dans la bibliothèque de Nuremberg, et l'on y trouve toutes les découvertes de Behem, qui sont placées de manière à ne pouvoir être autre chose que la côte du Brésil et le détroit de Magellan. Cette autorité ébranla l'opinion de bien des gens, et si elle avait un fondement solide , ell^ détruirait les prétentions de Colomb.
Malheureusement pour M. Otto, dans la description qu'il fit de ce globe, il s'en rapporta à l'infection d'un correspondant. Le globe qu'on voit dans la bibliothèque de Nuremberg fut fait en i Sao, par Jean Schœner, professeur de mathématiques ', lotig-temps après les découvertes et la mort de Colomb et de Behem. Le véritable globe fait par Behem en 1492^ ne contient aucune des îles ou des côtes du Nouveau-Monde, ce qui prouve qu'il n'en avait aucune connaissance. Cladera a donné une copie ou un planisphère du globe de Behem.
* Cladera, Imestig Historicas, p. n5.