XV. ia
APPENDIXNM3;
Voyages des Scandinares.
Ouf â composé bien des dissertations élaborées pour prouver que les Scandinaves firent des découvertes sur la côte septentrionale de fAmérîque bien long-temps avant le siècle dé Colomb ; mais ce sujet paraît encore enveloppé de beaucoup de doutes et d^obscurité.
On a prétendu que, dès le neuvième siècle, les Norwégiens avaient découvert, à Fouest de 11slandè, une vaste étendue de terre qu'ils avaient nommée Grande-Islande ; mais on a reconnu que c'était une tradition fabuleuse. Le récit le plus plausible est celui que fait Snorro Sturleson , dans sonSagUyOnssiChroniquaciu roi 0/awV. Suivant cet écrivain, un Islandais nommé Biorn, faisant voile vers le Groenland pour chercher son père, dont
1 8o HISTOIRE I^ GHHISTOPHE COLOMB.
une tempête l'avait séparé , fut poussé par le mauvais temps bien loin au sud-ouest, et aperçut enfin un pays plat, couvert de bois et voisin d'une île. Le temps étant devenu favorable , il se dirigea vers le nord- est, sans -y. avoir débarqué, et arriva dans le Groenland. Le comple qu'il rendit du pays qu'il avait vu excita l'esprit entreprenant de Leif , fils d'Eric Rauda, ou Tête-Rousse, qui avait formé le premier établissement dans le Groenland. Un bâtiment fut équipé, et lieif et Biorn partirent ensemble pour chercher cette terre inconnue. Ds découvrirent une île rocailleuse et stérile qu'ils nommèrent Helleland, et eixsuite une contrée basse et sablonneuse, couverte de bois, à laquelle ils donnèrent le nom de Markland. Deux jours après ils remarquèrent que la côte continuait, et qu'il se trouvait ijne île au nord ; ils décrivirent cette île comme étant fertile , bien boisée , et produisant des fruits agréables , notamment des raisins , qu'ils ne connaissaient pas. Un de leurs compagnons, né en Allemagne, leur ayant appris le nom et les quatités de ce fruit, ils en donnèrent le nom au pays, et l'appelèrent Vinland. Us remontèrent im fleuve rempli de poissons, et surtout de saumons, et arrivèrent à un lac d'où sortait ce fleuve, et où ib passèrent Fhiver. Étant accoutumés au climat rigoureux du nord, la température leur parut douce et agréable. Pendant le jour le plus court , le soleil fut huit heures au-dessus de l'horizon. Ou en a^onclu que ce pays était situé vers le quarante-Aeuvième degré de latitude septentrionale , et c|ue
APPBNDIX N* l3. iBl
c'était ou Terre-Neuve, ou quelque partie de la cote du nord de TAmérique, dans les environs du fleuve de Saint-Laurent '. On ajoute que les parens de Leif firent plusieurs voyages à Vinland , qu'ils firent un commerce de pelleteries avec les naturels du pays, et qu'en 1 121 , un évêque nommé Eric y passa du Groenland pour en convertir le* habitans au christianisme. « Depuis ce temps , dit Forster, nous ne savons rien de Vinland, et il y a toute apparence que la tribu qiii existe encore dana l'intérieur de Terre-Neuve , qui est si différente des autres sauvages de l'Amérique septentrionale, tant par l'extérieur que par la manière de vivre , et qui est toujours en état de guerre avec les Esquimaux de la côte septentrionale, est composée de descendans des anciens Normands. »
L'auteur de cet ouvrage n'a pas eu les moyens de remonter aux sources originaires de cette histoire. Il la donne sur l'autorité de M. Malte-Brun et de M. Forster. Celui-ci l'a extraite du Saga ou de la Chronique de Snorro , qui était né en 1 1 79, et qui écrivait en 121 5, de sorte que sa relation fut composée long-temps après l'événement qu'on dit avoir eu lieu. Forster dit que les faâts que nous rapportons ont été recueillis dans un grand nombre de manuscrits islandais, et nous ont été transmis par TorfjKus dans ses deux ouvrages intitulés: Historia fTinlandiœ antiquœ, Hafnia^ 1706; et Veteris Grœnlandite Descriptio. Hafnia. Forster
* Forster, Voyages dans le Nord, liv. u , chap. »,
l8a mSTOUl]^ DE CHRISTOPHE COLOMB.
ne paraît avoir aucun doute sur l'authenticité des faits. Autant que Fauteur de cet ouvrage peut en juger par le peu d'expérience qu'il a acquise en remontant à l'origine des premières découvertes dans le Nouveau-Monde, ce ne sont que des inductions tirées avec beaucoup de confiance de faits très-vagues et très-dou teux.Les savans sont trop portés à donner un corps à ce qui n'est qu'une ombre, quand ils y trouvent la confirmation d'une théorie qu'ils ont déjà adoptée. La plupart de x:es relations , quand elles sont dépouillées des commentaires érudits de leurs^éditeiu's, ne se trouvent guère mieux appuyées que les traditkkis mhaleuses dont il sera parlé ci-après sur les îles imaginaires de Saint-Brandan et des Sept-Cités.
Il n'est pourtant pas impossible que des voyageurs entreprenans comme les Scandinaves aient poussé leurs cpurses jusqu'aux côtes septentrionales de l'Amérique , du côté des rives du Labrador ou de celles de Terre-Neuve; et si l'on peut ajouter foi aux manuscrits islandais qu'on dit être du treizième siècle, s'ils sont véritables, qu'ils n'aient pas été interpolés après coup, et qu'on les ait cités avec exactitude, ils paraîtraient prouver le fait. Mais en admettant la vérité des découvertes alléguées , elles n'ont amené d'autre résultat que quelques communications entre les naturels du Groenland et les Esquimaux; la connaissanoe de ees pays îi© s'est pas étendue au-delà de Içur propre nation, «t ils les ont bientôt négligés et oubliés euxmêmes»
APMSsmx H* i3. i8S
On a prétendu trouver encore rfautres traces de la découverte du continent américain, pluâd^un siècle avant Colomb, dans une prétendue cartel et une relation de deux frères vénitiens, nommés Zéno; mais elles semblent plus faibles encore que celles que nous venons de voir. Voici quelle est cette histpire.
Nicolo Zeno, noble vénétien , fit, dit-on, un voyage au nord, en i38o, sur un navire qu'il avait équipé à ses frais dans l'intention de se rendre en Angleterre et en Flandre. Mais ayant essuyé une terrible tempête , il fut poussé pendant plusieurs jours il ne savait de quel côté, et fit enfin naufrage sur les côtes de Friseland, île qui a occasioné beaucoup de discussions parmi les géographes, mais qu'on croit faire partie de l'archipel des îles de Féroé. Les voyageurs naufragés furent attaqués par les naturels du pays, mais ils furent secourus par Zichmni , prince des îles au sud de Friseland, et duc d'un autre district au nord de l'Ecosse. Zeno entra au service de ce prince, et l'aida à conquérir Friseland , et les autres îles situées au nord. Il fut bientôt joint par son frère, Antonio 2^no, qui demeura quatorze ans dans ce pays.
Pendant son séjour à Friseland, Antonio Zeno écrivit à son frère Carlo à Venise, et lui fit part d'un rapport fait par un certain pécheur, relativement à une terre située à rou;dst. D'après le rédt de cet homme, il avait £»it partie d'une troupe de pécheurs qui étaient partis de Fjriiselaiid, environ
l84 HISTOIRE M CHIUSTOPHE COLOMB,
vingt-six ans auparavant, sur quatre barques. Ayant été surpris par une forte tempête, ils furent ballottés sur mer pendant bien des jours , et enfin la barque sur laquelle il était avec six de ses compagnons fut jetée sur une île nommée Estotiland, à environ inille milles de Friseland. Us furent pris par les habitans et conduits dans une bpUe ville , bien peuplée, dont le roi envoya ctercher plusieurs interprètes pour converser avec eux, mais il n'y en avait aucun qu'ils pussent entendre. Cependant on trouva enfin un homme qu'un naufrage avait jeté comme eux sur cette côte, et qui parlait latin. Us restèrent plusieurs jours dans cette île, qui était riche et fertile , et qui produisait toutes sortes de ;iiétaux,et particulièrement de l'or '. U y avait^au ^ centre de cette ville une montagne fort élevée d'où sortaient quatre rivières qui arrosaient tout le pays. Les habitans en étaient intelligens , et ils connaissaient les arts mécaniques de l'Europe. Us cultivaient le grain , faisaient de la bière , et demeuraient dans des maisons construites en pierres. H y avait dans la bibliothèque du roi des. livrés latins, quoique les habitans ne connussent pas cette langue. Us avaient plusieurs villes et château^, et ils faisaient avec le Groenland un commerce de poix , de soufre et de pelleteries. Quoique fort adonnés à la navigation , ils ne connaissaient pas l'usage de
* Ce récit est puisé dans Hackluyt, tome m, page I35. Le passage relatif à l'or et aux autries mctai , ne se trouve pas dans l'original italien de Ramusio (tome • page 23). C'est prpbablement une interpolation.
APPENBIX N* l3. l85
la boussole , et voyant que les Friselandais savaient s'en servir, ils conçurent pour eux beaucoup d'estime. I^e roi les envoya sur douze barques dans un pays situé au sud , nommé Drogeo. Ils furent sur le point de périr dans une tempçte, mais ils furent jetés sur la côte de Drogeo. Les habitans en étaient cannibales, et ils furent sur le point d'être tués et dévorés ; mais on les épargna à cause de leurs talens pour la pèche.
Le pêcheur peignit ce Drogeo comme un pays d'une vaste étendue , ou plutôt comme un Nouveau-Monde, Il dit que les habitans en étaient nus et barbares ; mais que , bien loin au sud-ouest, il existait une contrée plus civilisée, dont le climat était plus tempéré, dont les habitans connaissaient For et l'argent, demeuraient dans des villes et construisaient des temples splendidesà leurs idoles, auxquelles ils sacrifiaient des victimes humaines qu'ils dévoraient ensuite.
Après que le pêcheur eut résidé sur ce continent plusieurs années, pendant lesquelles il avait passé du service d'un chef à celui d'un autre, et traversé différentes parties de ce pays, des barques d'Estotiland arrivèrent sur la côte de Drogeo. Le pêcheur se rendit sur leur bord, servit d'interprète, fit quelque temps le commerce entre le continent et Estotiland, et devint fort riche. Alors il éqm'pa une barque à ses frais, et, à l'aide de quelques habitan^rde l'île, il traversa les mille milles d'océan qui 4<v séparaient de Friseland, et y arriva eu sûreté, ^ e compte qu'il rendit de ces pays, dé-
î86 HISTOIRE DE CHRISTOPHE COLOMB.
termina Zichmni, prince de Friseland, à y envoyer une expédition , qu'Antonio Zeno devait commander. Comme oa allait mettre à la voile, le pêcheur qui devait servir de guide mourut; mais on prit en sa place certains mariniers qui l'avaient accompagné d'Estotiland. L'expédition partit sous le commandement de Zichmni; le vénitien Zeno ne fit que l'accompagner. Elle ne réussit pas. Après avoir découvert une île nommée Icaria, dont les habitans les reçurent fort mal, ils furent obligés de se retirer; et une tempête les poussa sur les côtes du Groenland. On n'en sait pas davantage sur cette entreprise.
Les pays mentionnés dans la relation de Zeno furent marqués sur une carte orignairement gravée sur bois. M. Malte-Brun a supposé que l'île d'Estotiland était celle de Terre-Neuve; que les habitans en partie civilisés de ce pays étaient les descendans des colons Scandinaves de Vinland , et que les livres latins qui se trouvaient dans la bibliothèque du roi étaient les restes de celle de l'évêque du Groenland, qui y avait émigré en 1121. Drogeo, suivant la même conjecture , était la Nouvelle- Ecosse et la Nouvelle-Angleterre, et le peuple civilisé au sud-oue^t, qui sacrifiait des victimes humaines dans des temples splendides , était les Mexicains ou quelque ancienne nation de la Floride ou. de la Louisiane.
Les prémisses ne paraissent pas justifier cette conséquence. Toute cette histoire est pleine d'invraisemblances; dont les moindres ne sont pas la
APPENDIXIT^ l3. 187
civilisation des habitans, leurs maisons construites en pierres, leurs connaissances des arts d'Europe et la bibliothèque du roi, choses dont on ne retrouva aucune trace lors de la découverte postérieure de ce pays, pour ne rien dire des renseigne^ mens sur le Mexique, pénétrant à travers les nombreuses peuplades sauvages d un vaste continent. Il est bon de remarquer que cette relation ne fut^ publiée qu'en i558, long-temps après la découverte du Mexique. L'éditeur en fut Francisco Marcolini, descendant des Zenos, qui la rédigea d'après des fragmens de lettres prétendues écrites par Antonio Zeno à son frère Carlo. « Je regrette beaucoup , dit l'éditeur, d'avoir malheureusement perdu le livre et les autres écrits relatifs à ce sujet i mm étant enfant quand ils tombèrent entre mes mains, je les déchirai et les mis en pièces, circonstance à laquelle je ne puis songer à présent sans un chagrin excessif ^ »
La relation décousue de Marcolini obtint un crédit considérable quand Ortelius, habile géographe , l'eut insérée dans son Theairum Orbis; mais d'habiles critiques ont rejeté toute cette histoire comme une imposture grossière. M. Forster leur reproche leur incrédulité c^iniatre. Il dit qu'il est impossi-» ble de douter de l'existence du pays dont parlent Carlo, Nicolo et Antonio Zeno, puisque des actes originaux conservés dans les archives de Venise prouvent que le chevalier entreprit un voyage vers
* Hackloyt, Çollec. , twne m, page 1*7.
le nordy que son frère Antonio le suivit^ qu'Antonio dessina une carte qu'il rapporta et qu'il suspendit dans sa maison, où elle resta exposée à l'examen du public jusqu'au temps de Marcolini , comme une preuve incontestable de la vérité de ce qu'il avançait. En accordant tout cela, il en résulte seulement qu'Antonio et son frère ont été à Friseland et dans le Groenland. Leurs lettres ne disent nulle part que Zeuo ait fait le voyage d'Estotiland. La flotte fut poussée par une tempête sur les côtes du Groenland, après quoi nous n'entendons plus parler de lui, et sa relation d'Estotiland et de Drogeo n'est appuyée que sur le récit du pécheur d'après les descriptions duquel il doit avoir tracé sa carte jJar conjecture. Toute l'histoire ressemble beaucoup aux fables qu'on fit circuler peu de temps après la découverte de Colomb pour en faire honneur à d'autres nations et à d'autres individus.
M. Malte-Brun dit qu'il est possible que la découverte de Vinland fut connue de Colomb, quand il fit un voyage dans la mer du Nord en i477 % ^* que la carte de Zeno étant à la bibliothèque nationale de Londres dans un ouvrage danois, à l'époque où Barthélemi Colomb se trouvait en cette ville occupé à faire des cartes, il peut y avoir puisé quelques renseignemelis, et en avoir faitpai^t à son frère *. Si M. Malte-Brun avait examiné l'histoire
* Malte-Brun , Hist, de la Géogr, , tome i , liv. xvn.
* Malte-Bi-un , Géogr. unw, , tome xiv. Note sur Ui dé^ cotwerte de V Amérique.
▲PPENDIX K* 5. 189
de Ck>lomb avec son exactitude ordinaire, il aurait vvi que^ dans sa correspondance avec Paul Toscanelli en i474> îl avait exprimé l'intention de chercher directement à l'ouest une route aux Indes. Son voyage au nord ne fut entrepris que trois ans après. Quant au séjour de Barthélemi à Londres , il n'eut Keu qu'après que Colomb avait fait ses propositions de découvertes au Portugal , sinon aux cours d'autres puissances. Ainsi donc, en accordant qu'il ait su ensuite quelque chose des histoires douteuses de Vinland et des aventures du pécheur , comme Zeno les rapporte, il est évident qu'elles n'ont pu influer en rien sur sa grande entreprise. Sa route n'y avait aucun rapport; il marchait directement à l'ouest, non vers les parages de Vinland, d'Estotiland et de Drogeo , mais à la recherche de Cipango, du Cathay et des autres pays mentionnés par Marco Polo, comme étant situés à l'extrémité de l'Inde.
APPENDIXNMA.
Voyage» autour de l'Afrique par les anciens.
Les critiques modernes regardent les connaissances des anciens , relativement aux côtes de l'Afrique baignées par l'océan Atlantique, comme beaucoup moins étendues qu'on ne se l'était imaginé, et Ton doute qu'ils eussent aucune autorité pratique pour croire qu'il ïut possible de faire le toiir de cette partie du monde. Le voyage d'Eudoxe de Cyzique de la mer Rouge à Gibraltar, quoique mentionné par Pline, Pomponius Mêla, et autres, repose utiiquement sur le témoignage de Cornélius Nepos qui ne dit pas où il a puisé ses informations. Possidonius , cité par Strabon , rend un compte tout dififérent de ce voyage , et le rejette avec mépris.
On suppose que le fameux voyage du Cartha-
1 02 mSTOIEE D£ CHRISTOPHE COLOHB.
giuois Hannon eut lieu environ mille ans avant l'ère chrétienne. Le Périple d'Hannon, qui nous reste, est une courte et obscure relation de cette expédition , et un sujet fertile de discussions et de controverses. Quelques critiques ont prononcé que ce n'était «qu'un roman de quelque Grec, . déguisé sous un nom punique ', » mais l'authenticité en a été parfaitement démontrée. Il paraît cependant prouvé d'une manière satisfaisante que le voyage de ce navigateur a été grandement exagéré, et qu'il ne doubla jamais l'extrémité de l'Afrique. M. de Bougain ville'' suivit sa route jusqu'à un promontoire qu'il nomma la Corne de l'Occident, et qu'on suppose le cap des Palmes, à cinq ou six degrés au nord de la ligne équinoxiale, d'où il avança jusqu'à un autre promontoire, sous le même parallèle, qu'il appela Corne du Midij et qu'on suppose le cap des Trois-Pointes. Cependant M. Gosselin, dans s^s Recherches sur la Géographie des Anciens (tom. i, pag. 162 et suiv.), après uïï' examen sévère du Périple d'Hannon, décide qu'il ne s'est pas avancé vers le sud au-delà du cap Non, ou cap Bojador. Pline, qui représente Hannon comme ayant suivi toute la côte de l'Afrique depuis le détroit jusqu'aux confins de l'Arabie, n'avait jamais vu son Périple y et avait puisé cette idée dans les ouvrages de Xénophon de Lampsaque. Les Grecs surchargèrent la relation de ce
* Dodwel , GeograpMœ veteris Scriptores Grœci ndnores
* Mémoires de V Académie des Inscriptions^ t. xxvi, p. 10.
APPENBIX»* l4. 193
voyageur de toutes sortes de fables, et ce fut sur les copies infidèles qu'ils en firent, que Strabon fonda un grand nombre de ses assertions. Suivant M. Gosselin, les itinéraires d'Hannon, de Scylax, de Polybe, de Stace, de Sebosus et de Juba, les récits de Platon, d'Aristote, de Pline, de Plutarque, et les tables de Ptolémée, nous conduisent tous aux mêmes résultats, et malgré leurs contradictions apparentes, fixent les limites de la navigation des anciens vers le sud, dans les environs du cap Non.
L'opinion que l'Afrique était une péninsule, opinion qui existait chez les Perses, chez les Égyp^ tiens, et peut-être chez les Grecs, plusieurs siècles avant l'ère chrétienne , n'était pas, suivant M. Gosselin, fondée sur des faits connus, mais seulement sur des conjectures, d'après la considération de l'immensité et de l'unité de l'océan; ou peut-être uniquement sur d'anciennes traditions, ou sur les idées qu'avaient fait naître les Recouvertes deç Carthaginois au-delà du détroit, et celles des Égyptiens au-delà du golfe d'Arabie. Il pense qu'il exista une époque très-reculée où les connaissances géographiques étaient beaucoup plus parfaites que du temps des Phéniciens et des Grecs, qui ne conservaient que des traces confuses de ce qui avait été mieux connu autrefois.
L'opinion que la mer des Indes se joignait à
l'Océan, fut adoptée chez les Grecs et dans l'école
d'Alexandrie jusqu'au temps d'Hipparque. Elle
semblait autorisée par la direction que prenait