‹ Histoire de la vie et du règne de Nicolas Ier, empereur de RussieChapitre 2 sur 39 · XY · texte numérisé non relu

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cesse de ces renseignements particuliers, quoique toujours avec discrétion^ pour donner de la vitalité à mon œuvre, pour colorer le tableau, pour animer la statue, pour ne laisser dans l'ombre aucune des faces de la grande figure historique que je me suis efforcé d'élever sur son piédestal, en un mot. pour représenter Thomme à côté du souverain, a La plus grande difficulté de ce travail, disait Voltaire (i 7 juillet i758) en parlant de son Pierre h Grand^ consistera à le rendre intéressant pour toutes les nations. »

Il ne faut pas, ce me semble, dédaigner Tanecdote, quand elle est vraie et curieuse; il ne faut pas omettre des traits de caractère, quand on les rencontre dans la vie privée de ce souverain qui ne s'est jamais démenti en ses actes non plus qu'en ses paroles, et qui n'a pas été moins admirable comme chef d'une grande famille que comme chef d'une grande nation. Je me suis donc, dans ce but, formé un immense dépôt d'informations verbales, recherchées de tous côtés et enregistrées toujours au moment même, presque sous la dictée des personnes honorables, qni ont bien voulu répondre à mes questions et m'ouvrir, pour ainsi dire, la cassette de leurs propres souvenirs. Vingt volumes de textes officiels, par exemple, ne m'auraient point appris ce que j'ai tiré d'une simple conversation avec le prince Orloff ou le comte de Nesseirode.

Voilà peut-être les meilleures sources de l'histoire d'un monarque, qui est encore et sera toujours vivant dans la pensée de ses anciens serviteurs.

Il y a en Russie un immense écho, que j'ai pu faire vi-

brer et qui m'a donné, pour ainsi dire, le diapason de i'opipinion publique, car mon livre doit être l'expression franche et chaleureuse de cette opinion publique, qui m'a conseillé d'écrire l'histoire de l'Empereur Nicolas, au moment même ou la Russie, en larmes, était encore prosternée devant le cercueil de son immortel souverain.

Je m'occuperai peu des événements de Thistoire générale en Europe sous le règne de Nicolas I*% mais je m'occuperai beaucoup de l'influence de ce sage empereur dans la politique étrangère; je représenterai le noble rôle de modérateur international, qu'il a fidèlement observé durant trente années ; je constaterai la prépondérance de la Russie dans les cabinets où il était l'arbitre de la paix et de la guerre; je prouverai enfin que ce puissant autocrate n'a jamais eu d'autre désir, d'autre ambition, que de maintenir l'équilibre européen, de défendre la cause de l'ordre contre la révolution et de faire triompher partout, comme dans son empire, le principe d'autorité, qui est la base de tout gouvernement juste, fort et durable.

Je n'aurai pas de peine à combattre et à détruire des préjugés absurdes qui existent relativement a l'esprit et à la constitution du gouvernement russe. Je montrerai l'Empe- ^yreur Nicolas préparant l'afiTranchissement des serfs, fondant une aristocratie bourgeoise et rurale, aimant et protégeaut le peuple, développant l'agriculture et l'industrie, accroissant le bien-être et la richesse des masses, multipliant les forces vives de la nation, organisant la propriété foncière, établissant la justice, rédigeant des codes, améliorant l'état

social, impatient et jaloux de la grandeur et de la prospérité de son empire, mais confiant dans les destinées de la Russie et huml>lement résigné aux décrets de la Providence. Ne sera-ce pas une belle tâche, si difficile qu'elle soit a accomplir, que d'essayer de reproduire tous les traits de cette grande figure historique? En racontant simplement, naïvement, sympathiquement, l'Histoire de l'Empereur Nicolas depuis sa naissance, je dirai son éducation sous les yeux de son auguste mère, ses voyages à l'étranger dans

sa jeunesse, son respect et sa reconnaissance envers son frère aîné Alexandre V% son ambition de bonheur domestique, son amour de Tordre et de la discipline, sa rigide soumission aux lois fondamentales de TEmpire lors de son avènement au trône, sa fermeté et son courage en face des rebelles et des conspirateurs, ses nobles et touchantes relations avec ses frères C!onstantin et Michel, son aptitude merveilleuse à tous les soins du gouvernement, son ardeur infatigable au travail, sa prodigieuse intelligence de l'administration, sa passion pour les choses militaires, son coup d'œîl d'aigle dans la politique, son goût éclairé pour les sciences, les lettres et les arts, sa générosité inépuisable, s(m dévouement chevaleresque à l'égard de ses amis, son implacable ressentiment à l'égard des ennemis de TÉlat, sa bonté excessive et pleine de délicatesse, sa vie de souverain au milieu de sa cour, sa vie de père de famille au milieu de ses enfants, sa mort, si édifiante et si radieuse, qui a été à la fois celle d'un empereur, d'un philosophe, d'uQ chrétien.

Dans ce tirre que je consacre à tous les actes d'un règne rempli de grandes chosesi j'aurai une occasion toute naturelle d'étudier à fond Torganisalion domaniale, financière, religieuse, militaire, administrative de la Russie, organisation créée ou perfectionnée par le génie de l'Empereur Nicolas V\ mais, tout en apportant une attention minulieuse à ce côté sérieux et instructif de mon ouvrage, je ne perdrai jamais de vue que mon but principal, en écrivant cet ouvrage, est de lui donner le plus possible de lecteurs et de faire beaucoup de parlisans, en France ainsi qu'en Europe, à cette grande nation russe que je regarde comme la sœur et l'émule de la France dans l'avenir de la politique et de la civilisation.

Paul Lacroix

(BlBLIOniLE Jacoi).

Paris, l*' juillet 1864.

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