II.— Chairs consommées par les éleveurs
Moitié du tarif ci-dessus , soit donc pour un mouton 15 d. ; pour un bœuf, cinq sous. Diminution encore plus considérable pour le porc a la chair que mange le peuple » ; au lieu de 30 deniers (30 deniers =1/2 de 5 sous), 20 deniers seulement.
III. — Le poisson frais ou salé payait deux sols et demi par quintal.
Mais le cahier des charges stipulait que les prêtres et les nobles ne payeraient rien lorsqu'ils feraient abattre des moutons ou des bœufs pour leur propre consommation. Les confréries ne devaient rien non plus pour ce qu'elles consommaient à leurs banquets annuels.
Enfin en cas de contravention l'amende était de dix fois la taxe, outre la privation du droit de tenir une boutique.
L'équivalent fit renchérir la viande d'un denier par livre. Le tarif officiel de la viande affiché à Alais, en 1444, rue du Mazel, porte ce qui suit : « Avec l'autorisation de Jean Fabre, bachelier es droits, régissant la viguerie comtale, et celle du viguier du baron, voici le cours de la viande à dater de ce jour, adopté par les consuls :
Bœuf, vache, brebis, 4 d. 1 ob. la livre ;
Mouton et porc, 5 d. 1 ob. la livre ;
Agneau et veau, 6 d. la livre ; »
Les bouchers prétendirent ne pouvoir couvrir leurs frais avec ce tarif; la ville menaça d'une amende de cent livres ceux qui ne s'y conformeraient pas (1445).
Les baux successifs de l'équivalent apportèrent tous les trois ans diverses modifications au tarif primitif; nous donnons en note celui de 1464 (1).
(1) Sur chaque livre de chair fraîche ou salée, livre carnassière qui est le triple de la livre ordinaire, chose que n'ont pas remarquée beaucoup d'écrivains, trois deniers, soit par livre poids de table, un denier. On exempte du droit les bonnes femmes qui viennent vendre des agneaux ou des chevreaux. Le tarif a soin d'indiquer que la volaille n'est pas imposée. Mais notons* sous prétexte de simplification l'augmentation votée. Pour la viande de mouton par exemple, en 1443, on ne payait que 30 deniers ; or il y a plus de 30 livres de chair a un beau mouton. Du reste la surtaxe est très apparente pour le poisson ; au lieu de 2 sols et 1/2 le quintal, en 14G4 on paye cinq sous, juste le double. Les Etats pour apaiser les murmures seront obligés de faire quelques concessions. Le premier quintal de poisson de mer frais vendu en gros ne paye rien; le premier quintal de poisson salé vendu en gros ne paye que 3 sols 4 d.
C'est surtout le tarif dû par ceux qui abattent des animaux pour leur consommation personnelle qui a été considérablement augmenté; pour un mouton, au lieu de 15 «1., 20 d.; pour un bœuf ou une vache, au lieu de 5 sous, 10 sous ; pour les brebis, chèvres et boucs, 15 d.; le porc seul salé n'a pas subi d'augmentation.
Et quelle fiscalité dans les clauses de la nouvelle adjudication !
1° On a remarqué que des individus s'associent pour acheter une bète. la tuer et se la partager ; désormais ils paieront le tarif non réduit ; ils seront donc tenus de la faire peser avant de l'abattre et d'acquitter le droit comme s'ils lavaient achetée à la boucherie, au détail, à peine de payer dix fois le droit, outre la confiscation de
Il nous reste à parler de la gabelle qui à cette époque n'est qu'un impôt indirect de consommation sur le sel.
La gabelle s'était perpétuée en Languedoc nonobstant toutes les promesses faites par Jean-le-Bon et par Charles V ; elle ne suscitait pas trop de récriminations ; les habitants n'étaient pas obligés comme ailleurs de prendre une quantité déterminée de sel. En 1436, le Roi essaya de monopoliser la vente du sel ; il renonça bientôt à ce système (1). Les archives d'Alais font allusion à une autre tentative ; obliger les revendeurs du sel au détail à se servir de certaines mesures dûment échantillonnées. Le registre des délibérations consulaires, à la date du 31 décembre 1443, porte : « Quoique de tout temps on ait usé » pour la vente du sel de certaines mesures, Me Aymonet » Boucicaut (2) est arrivé cette semaine et a intimé aux 9 marchands l'ordre de lui remettre leurs mesures et de ne
la chair ;
2* Les pâtissiers, rôtisseurs, hôteliers et autres qui tueront, paieront le droit d'équivalent comme s'ils avaient acheté la viande à la boucherie ;
3° Les bouchers, avant de mettre en vente une bête, doivent la peser et déclarer le poids au commis de l'équivalent ;
4* La vente de la viande ne doit avoir lieu que dans les locaux déclarés propres à cet usage ;
5* Les habitants ne peuvent s'approvisionner de viande au détail que là où ils habitent, sauf un cas de force majeure (10 septembre 1464). Archives de Nimes F, pièce n* 23.
il) Acte de Mosson, notaire à Sauve, du 4 décembre 1436. Un barbier-chirurgien de Sauve avait traité avec le représentant de révoque de Maguelonne d'une livraison de cent à deux cents quintaux de sel, le quintal de sel correspondant à trois mesures gabellées, soit du Roi, soit de l'Evêque ; les parties avaient prévu le cas où le Roi prohiberait le commerce du sel; dans ce cas le barbier ne devait payer qu'un mouton d'or par quintal; or c'est ce qui est arrivé, dit l'acte ; le contrat est donc résilié partiellement.
(2) Aymonet Boucicaut, ancien notaire, d'Anduze, figure comme légataire particulier dans le testament reçu par M* Raymond notaire à Sisteron de Guillaume Meuillon, sénéchal de Beaucaire ; par acte reçu Dumoulin, notaire à Amluze, le 20 juillet 1 433 il réclame ce legs de 30 florins à Pierre Meuillon, écuyer de l'écurie {scutiferie) du Roi de*. Sicile et de Jérusalem.
» se servir que de mesures conformes à celle dont il était » porteur. Il conviendrait peut-être d'arrêter la saisie, » en s'accommodant avec lui. On pourrait lui offrir six > moutons d'or pour nous laisser tranquilles ; il a menacé » de fortes amendes ceux qui oseraient résister, i Le conseil vota les six moutons; mais un conseiller dit que ces six moutons devaient être fournis par les véritables intéressés, les marchands de sel. Très probablement Àymonet accepta ; je remarque pourtant qu'en 1444, le Visiteur général de la gabelle se transporta lui-même à Alais et de nouveau saisit les mesures et menaça les marchands de sel. La municipalité prit fait et cause pour les regrattiers ; une consultation sur la question fut demandée aux jurisconsultes de la ville, à Louis de Caussargues, à Pierre d'Aigrefeuille, à Guillaume Chabanon. On s'aperçut que dans le fond le Visiteur avait raison ; maintes fois le conseil municipal avait demandé la simplification des poids et mesures. Pourquoi s'opposer aux efforts tentés par la Royauté dans cette voie? Le 28 octobre 1433, le conseil d'Alais avait décidé que dorénavant les châtaignes se mesureraient comme les grains. Vers la môme époque, le conseil s'était occupé aussi des mesures du sel. Le Visiteur général des gabelles de Languedoc, nommé en 1447, Jacques Cœur dut engager la ville à se soumettre.
Malgré les exigences toujours croissantes du fisc royal la ville, désireuse de s'embellir, s'imposait d'autres sacrifices.
En 1430 un entrepreneur de travaux publics de Mende s'engagea à construire un beau campanile ; son devis reçut l'approbation des personnes compétentes ; le vicaire officiai de l'évêque autorisa la ville, pour quelle eut les matériaux nécessaires, à démolir l'église Saint- Vincent et celle de Sainte-Agathe de la Milice du temple. Les consuls communiquèrent les plans au conseil ; celui-ci répondit que dès le moment qu'on ne demandait à la ville aucune subvention pécuniaire, il fallait s'abstenir de s'immiscer dans ce projet et ignorer même le commencement des travaux. Le vote du conseil était assez naturel puis-
que l'église paroissiale ne faisait pas partie du domaine communal En 1412, un incendie était survenu par l'imprudence du sonneur des cloches ; l'abbé de Cendras condamna le prieur à faire la réparation à ses frais; en juillet 1429, il fallut refondre la cloche du grand clocher et celle de la chapelle de Notre-Dame ; la ville vota quelques fonds, mais ce fut pour un bien de paix. La ville s'en tenait strictement au droit canon; elle changea cependant de manière de voir lorsquelle vit les premières assises du nouvel édifice. Petit à petit le maître d'œuvre du campanile acquiert les sympathies populaires ; on lui remettra, porte une délibération du 7 avril 1432, deux matelas, deux traversins, deux couvertures, Tune toute blanche et l'autre avec des raies noires. Le 26 septembre de la même année, l'adjudicataire de la taille est autorisé à lui compter cent moutons. Plus tard Girard annonce qu'il va s'arrêter ; il est déjà en avance de 250 moutons. Girard ajoute que la première crotte n'étant pas terminée, il est à craindre si l'on suspend les travaux que la partie déjà construite ait peu de durée. Le conseil déclare que coûte que coûte il faut continuer les travaux de façon au moins à ne pas perdre le fruit de tant de sacrifices ; l'entrepreneur est autorisé à recouvrer lui «môme un denier par livred'estime (1) ; une autre fois l'adjudicataire de la taille est sommé de lui verser cent florins. Girard reprend courage. L'évêque de Nimes, après avoir consulté Gaspard du Pont, prieur de Saint- Christol, habitant Alais, écrit :
« Léonard, par la miséricorde de Dieu, évoque de Nimes, à tous ceux qui verront les présentes, salut éternel en Dieu. Les consuls d'Alais nous ont exposé qu'on avait réuni, au moyen de collectes, pierres, chaux, sable, tout ce qu'il faut en mot pour édifier un campanile (pignaculum), lorsque survinrent des bandes de gens armés qui rôdèrent très longtemps dans la région ; on abandonna de suite les travaux de luxe pour réparer le plus tôt pos-
(1) On a soin de dire : Nemo cujuscumqne status seu conditionis sit exemptus scu quittus à solutione dicti denarii.
sible les points faibles du mur d'enceinte ; on construisit même certaines fortifications en usant des matériaux qu'on avait sous la main ; la valeur de ces matériaux destinés primitivement à l'embellissement de l'église et de son clocher, d'après les documents que nous avons, fut fixée à 226 florins que la ville promit de rembourser avec intérêts lorsque les temps deviendraient meilleurs ; il est constant que la ville a déjà versé plus de 300 florins à l'entrepreneur du clocher ; nous déclarons donc qu'elle est quitte de ces 226 florins... Fait à l'évêché de Nimes, le 4 octobre 1433, en présence du vénérable Pierre Michel, chanoineaumônier de l'église delà bienheureuse Marie du siège de Nimes. Scellé par le secrétaire Jean Tizaî ; vu par l'official Jean Oarin. »
Le 3 février 1434, la ville s'impose d'un denier ; en juin d'un autre denier (le denier produisait environ cent moutons); en 1435, d'un denier encore; en 1437, de deux deniers. L'entrepreneur n'avait pas fini, mais la construction du porche avait enthousiasmé certaines personnes (1). En
(t) Le porche construit par Girard existe encore. On imposa malheureusement à cet artiste l'obligation d'utiliser le plus possible les anciens travaux. La question d'économie domina toujours à Âlais la question d'art et de goût. Maximin d'Hombres écrivait en 1859 : « On s'explique dès lors facilement les incorrections et certaines dissonances. L'ogive triomphe du plein cintre ; mais elle manque d'élan et d'inspiration; elle est astreinte à souffrir un voisinage et des combinaisons qui compriment son essor. Partout où quelque chose du premier ordre peut être conservé, on voit les deux styles opposés amenés à faire une alliance forcée... Le clocher porte plus particulièrement l'empreinte des défauts et des avantages... Dans le porche la construction aflecte la plus grande liberté d'allure ; elle adopte le genre en honneur ; elle multiplie les ornements ; l'ogive à la mode heurte de front l'arc-plein vieilli de la porte. Dans le haut il fallait au contraire mettre à profit le clocher-arcade roman, il devenait un des côtés du clocher nouveau, il avait une hauteur et des dimensions déterminées ; les baies nouvelles se modelèrent exactement sur les anciennes qui s'incorporaient désormais avec elles... » Herhrrrhes historiques sur In viUr (V Alais. Alais, Martin, 1800. M. Maximin d'Hombres a cru que le porche datait de 1472 ; il est de 1432.
1435 Grégoire Fossat lui confia les travaux d'une chapelle (1); en 1437 Astorge Pierre Pons, lieutenant du gouverneur de la comté alors saisie parle Roi lui commanda une chapelle dans le cimetière, ante valvas capellœ Virginia (2). Pierre Bilhot recourut aussi à ce bon architecte. En 1437, Jean Girard se plaint amèrement; on le laisse sans argent, sans matériaux. La ville traite immédiatement avec Pierre Vincent, coseigneur de Mons, fermier des carrières de l'évéque d'Uzès, qui permet l'extraction de toutes les pierres dont on aura besoin moyennant trente sous. Girard dit qu'il lui faut de l'argent pour les tailleurs de pierre, qu'il se ruine dans cette entreprise. D'après les registres de 1438, le pignaculum est enfin à peu près fini ; en tout cas, Girard fait faire le métré ; il y a déjà 210 cannes et 1/2 de bâtisse ; à trois moutons d'or la canne, le solde dû à l'entrepreneur est vite fixé. Sa réputation est faite ; en 1444, la ville de Sauve lui confie la construction de la tour carrée, dite la Barrière, dont les ruines appelées le Portalet existent encore (3). Girard seplait à Alais ; il y établit
(1) Chapelle en l'honneur de la Vierge, de Saint-Grégoire, Saint- Claude et Saint-Sébastien et autres saints, partie dans l'Eglise, partie dans la maison claustrale ; cette chapelle était à côté de celle de Saint-Michel et de Saint-Biaise.
(2i Pour ce dernier travail, Girard s'associa avec Guillaume Delay. Le traité porte qu'il ira chercher les pierres dont il aura besoin dans 2a vieille cité de Mons. Notez qu' Astorge Pierre Pons avait un moment voulu empêcher la construction de la chapelle de Fossat, car il craignait qu'on abimàt le mur de l'église (délibération de 1435). Grégoire Fossat s'engagea par écrit à payer tous les dommages qu'il pourrait causer à ce mur et à l'édifice.
(3) La tour carrée bâtie à Sauve par Jean Girard avait 9 cannes de haut au-dessus du niveau du sol, sur 2 cannes de large. Les fondements avaient une épaisseur d'une canne ; les murs extérieurs six pans jusqu'au premier étage et cinq pans de la première voûte à la seconde. La ville s'était engagée à lui fournir le bois,' la chaux, le sable, et 325 livres en argent, dont 1/3 de suite, 1/3 à mi-œuvre et 1/3 à la fin du travail (acte Sabatier, notaire à Sauve, le 24 février 1444 n. s.) — Un autre entrepreneur de l'époque, qui refit en 1438 les fortifications de Bernis, Girard de Meravilla ne doit pas être confondu avec Jean Girard. Nous nous souvenons
son principal domicile ; en 1458, le conseil l'autorise à prendre pour le service de son four-à-chaux du charbon à la mine communale, à la condition de ne jamais vendre aux Alaisiens le muid de chaux plus de cinq sous.
que lorsque nous découvrîmes le procès-verbal de réception par les Alaisiens du travail de Jean Girard, il nous fut impossible d'en comprendre exactement tous les détails ; des hommes de l'art seuls peuvent saisir les termes de l'acte; nous nous rappelons qu'il y avait qu'on avait canné tribus mûris et duo ancolis contra palmam, qu'on avait mesuré la crotte, l'escalier, les murs bâtis par dessus la crotte où Ton a commencé des ouvertures , ubi sunt incepUe fenestrae ; Girard débet equare et acazare dict&m mcam ? sex gradibus et ancolam quœ est à parte cimiteHi ejutdem altitudinis aliorum murorum, et outre ce in bazaco ? ou revêtement au pied desdites fenêtres il y a 22 cannes de long, mais les experts ne les ont comptées que pour 9 cannes altius edificii dicti pignaculi. Un architecte Alaisien devrait publier cet acte.
Les moyens employés pour payer Girard eussent aussi mérité de notre part une étude plus complète.
Dans une délibération de 1437, on rappelle que Raymond d'Aspe, viguier de Portes, créancier de son maître Thibaud de Budos, seigneur de Portes-Bertrand a légué de quoi faire un beau clocher et il a choisi pour exécuteurs testamentaires le vénérable prêtre Gaspard du Pont, prieur de Saint-Christol, et deux négociants, Grégoire Fossat et Bernard Borcier. Pourquoi n'ont-ils pas exigé de Thibaud, ou mieux de son fils et héritier André de Budos, le payement de la dette constatée par acte de M9 Gaucelmde Grosse- Rouviére de 1387, du billet sous-seing privé de 1410. André de Budos, en mai 1439, vint au conseil, dit qu'au début les titres lui avaient paru périmés, qu'il avait cru de bonne foi à l'extinction de ces obligations, car dans des actes intervenus postérieurement entre son père et ledit viguier, il n'était pas question de ces 240 francs ; il y avait cependant dans le testament du viguier reçu par M- Jacques Blanchet, une telle précision de l'existence de la dette qu'il consentait à payer à la ville, à titre de transaction, 200 1. t. en huit annuités ; l'écu d'or neuf valait d'après cet acte 25 sous ; la somme payée chaque année par Budos serait remise à Grégoire Fossat qui tâcherait de la faire valoir jusqu'à ce que la ville en eut besoin.
En 1439, on refit la charpente de l'église ; l'entrepreneur Jean Cotard ? employa du bois de chêne de qualité supérieure ; la ville lui alloua une gratification en sus du prix convenu ; de quatre ans au moins, leur dit Cotard, vous ne verrez tomber une goutte d'eau de pluie sur le pavé de l'église.
On voulut orner le beau campanile de belles cloches ; en 1439 Etienne Lavocat et Jean Giile, campaniers, de Montpellier, offrirent à la ville de refondre une cloche qui était fêlée ; on tomba d'accord du prix ; le curé et le viguier comtal firent une quête, après avoir indiqué ce que chacun des paroissiens devrait donner au minimum ; en juillet 1448, on traita avec Etienne Lavocat seul, pour une autre grosse cloche, moyennant 17 livres t. et 1/2, outre les fournitures. On ajouta quatorze quintaux metalliau bronze de la vieille cloche : en août, le même fondeur promit de faire une troisième cloche, tertialem, pesant 561 livres seulement, avec la même composition qui coûtait 12 1. le quintal (1).
Les cloches fondues, on s'entendit pour les hisser avec un charpentier Guillaume Ghapus et un horloger nommé Girard Yzanrose.
Ce dernier, originaire du diocèse de Trêves, était déjà venu dix ans avant avec son associé M* Simon de Troyes, horloger. L'hôtel de ville possédait une horloge qui ne fonctionnait pas ; Simon et Girard après l'avoir examinée déclarèrent qu'elle n'était pas susceptible de réparation ; ils offrirent d'en fabriquer une autre, et à bon marché : 50 moutons d'or de quinze sous pièce, du pain, du vin par, et voilà tout; bien entendu que la ville devait fournir le fer, le charbon et la forge. La gabia aurait six pans de haut ; l'horloge sonnerait jour et nuit. Le conseil accepta ; le conseiller Guiraud Nazon insista pour que l'horloge fut posée de façon à ce que tout le monde put entendre sonner les heures.
Tout payé, cela revint à environ cent moutons. Simon de Troyes proposa alors au conseil de s'établir définitivement ici comme horloger municipal, moyennant six mou-
Ci) On trouvera aux pièces justificatives de nombreux détails sur ces marchés. N'oublions pas qu'outre le grand clocher, il y en avait un autre au-dessus de la chapelle de la Vierge ; on lit dans un acte du 4 juillet 1429: reparationes campanarum pignaculi Beatœ Marine ecclesiœ parrochialis Alesti sicut ad alias reparationes campanarum magni pignaculi dicte ecclesie.
tons d'or. L'année d'après il démissionna; en 1439 le quatrième consul, Guillaume Manent, barbier, époux Antonie Plantièr, promit de faire marcher l'horloge pendant un an pour quatre livres, soit donc au même prix presque.
Girard Yzanrose alla probablement s'établir à Avignon ; on Ta retrouvé dans cette ville en 1444, associé avec Procope Waldfoghel de Prague, et s'occupant d'imprimerie ; il venait de temps en temps à Alais. (1)
Jean Girard en réclamant trois moutons d'or par canne fit crier ; Pierre Astier, de Jaujac en Vivarais, chargé à la môme époque presque (1432-1434) de la construction de la tour du Pont-Neuf n'avait demandé que deux moutons d'or par canne. Mais son travail était-il aussi diiïicultueux? En 1436 Simon de Beaujeu, agent salarié par le roi, peyrier et maître des œuvres des peyriers de toute la sénéchaussée, critiqua sur plusieurs points l'œuvre d' Astier ! la façade, le côté de la tour regardant la ville manquait d'aplomb ; d'après lui, les deux arêtes n'étaient pas mathématiquement parallèles , les angles n'étaient pas en ligne droite ; le côté des moulins et celui de la maison des dominicains allaient bien ; le côté oriental (de la rivière) fut le plus mal apprécié. Simon de Beaujeu lui enjoignit de refaire la jambe (tibia) du mur qui venait se souder aux anciennes murailles de la ville. Beaujeu inspecta aussi les mâchicoulis. Ce qu'il y a de sûr, c'est que la tour a duré plusieurs siècles et que la ville confia à Astier, malgré tout ce qu'avait pu dire Simon, la construction d'une autre tour, à la porte Saint- Vincent, qui fut démolie en 1755 (2). Simon de Beaujeu savait pourtant rendre justice
(1) M. l'abbé Requin d'Avignon a lu Fer* ose, et nous à Alais Yzanrose', il se dit originaire de Counalous ? sur le Rhin. Le 15 octobre 1451, il est témoin à Alais d'un acte de quittance, avec son ami le barbier Jean Bazin né à Compiegne (diocèse de Soissons), habitant Alais depuis 1420. Jean Bazin fut le légataire universel de Jean de Valoys, barbier, né à Saint-Quentin en Vermandois, habitant Alais, suivant son testament du 2 novembre 1429.
(2) Le 17 août 1431 , Pierre Racanel et Guillaume Puechaut, operarii villa empruntent à l'hôpital, avec le consentement de se* recteurs B. Guiraud et Jacques de la Peyronenche, divers articles
à qui de droit. En juin 1461, la ville d'Alais vit arriver un nommé Blavin-Jalaguier, commissaire royal , muni d'une commission dûment visée par le sénéchal pour la réparation des ponts de toute la sénéchaussée de Beaucaire; les ouvriers qui l'accompagnaient reçurent de lui Tordre de dépaver la chaussée du pont de la Roque, puis de la repaver avec des pierres et du sable sans chaux. Les consuls voulurent faire quelques observations ; il les pria de laisser tranquilles ses ouvriers. Les consuls s'adressèrent alors à noble Godomard de Sorbièrc, lieutenant du sénéchal qui envoya Simonet de Beaujeu faire une enquête. Simonet donna droit à la ville (1).
Nous pouvons cinq siècles après acquérir quelque notion , juger du talent de Jean Girard, mais qui nous renseignera sur l'œuvre du sculpteur Gilles Meget ? Le 7 novembre 1441, il s'engage à faire avec son ciseau un autel en forme de tombeau ; la table sera soutenue par des colonnes; en dessous Ton verra le corps de Jésus Christ qu'entoureront sept personnages pleurant leur divin maître ; perpendiculairement à la table il y aura un tabernacle au milieu de deux anges ; à droite de l'autel il exé-
de literie pour les remettre à Pierre Astier qui promet de les rendre à première réquisition : duas culcitras lineus bonas, duo pulvinaria Une a, duas flassiatas albas cum barris negris, quatuor linteamina bona (e/e, duo cooperlaria rubra cum barris diversi coloris.
Quelle est la tour construite par Astier ? C'est celle au milieu du Pont-Neuf qui fut démolie en 1725. Je ne pense pas que ce soit celle appelée tour de l'Horloge ou tour du Marché. La tour Saint- Vincent fut démolie en vertu d'une délibération de 1755 pour faciliter l'accès de la rue Saint-Vincent. La tour du Pont-Neuf avait 9 cannes 3 pans de haut ; d'après le décompte, Astier réclamait 308 moutons pour 154 cannes.
(1) ... Fecit evclli totam caladam pontis de Roqua, qui pons non indigebat nisi quadam parva reparatione, et postea fecit recaladare et refficere dictam caladam cum arena sinecalce. Notre paveur royal demanda 50 livres pour les travaux qu'il avait faits, soit au pont de la Roque, soit au pont de l'Avène. Le conseil, dans sa séance du 25 juin 1461, décida de résister en justice contre ce caladeur si peu honnête et si exigeant.
cutera une armoire . . . L'œuvre s'avance. Marie et Madeleine contemplent le Christ mort ; le disciple bien aimé semble attendre que Jésus secoue son linceul et rembrasse ; tous ont foi dans la résurrection. Le sentiment religieux remplit l'artiste. De tout cela que reste-t-il? Rien. Qui faut-il accuser de cette destruction ? La Réforme ? Le temps ? (1 )
Nous avons vu il y a 100 ans un dominicain Alaisien, Jean Gobi, composer pour l'édification de ses concitoyens, sous le titre de V Echelle du ciel, une série d'anecdotes morales; au milieu du XVe siècle, il eut écrit des moralités. Le 26 juillet 1455, une moralité a été jouée avec la permission du juge, Jean Fabre, et le concours du prieur de Saturargues et de Pierre Boissier, chanoine de Saint-Germain (2). Nous ne connaissons que le titre de la pièce : Transitais Beats* Marias. Les consuls en voyant les organisateurs dépaver le marché pour installer la scène et poser les décors demandent au directeur de la troupe un engagement par écrit de remettre les lieux en l'état primitif.
Nous devons regretter que la pièce soit perdue ; elle nous eut donné une peinture fidèle des mœurs domestiques du temps. La perte du texte de la pièce jouée en juin 1443 est encore plus fâcheuse. La première représentation avait eu lieu le dimanche 21; les artistes avaient mis en scène les vices et les ridicules de certaines personnes, ils avaient peut-être touché à la politique, bref il y eut du tapage. Le lendemain le sergent public répéta a tous les carrefours la criée suivante : t Nulla persona cujuscumque conditioo nis qiue sit de ipsis Iudis sive personatgiis die externa
(M Pièces justificatives, n* XLV. — Nous ne disons rien des peintres de l époque ; nous savons qu'au XV- siècle une Vierge était peint? sur la porte de MouUsson nmajo Virginie in die to portai i seu ;>i\u»e lieprf.i .
x$ï T. justif.. n*XLl.
» factis et fiendis die dominica proxime veniente ait ausa » se invicem injuriare verbo aut facto, nec aliquis alter. » eub pœna 50 1. t. »
Les consuls attaquèrent la criée comme inconstitutionnelle ; que la licence théâtrale eut ses bornes, soit, mais à propos d'une farce vouloir modifier pour les injures verbales les dispositions du Code pénal coutumier, non ; la criée était rédigée en termes trop généraux, et contraire à l'article de conviciis. Le 23, le viguier baronnial, Pierre Salvaire et le lieutenant du viguier comtal s'inclinèrent, et dirent aux consuls qu'ils n'avaient entendu statuer que pour éviter le retour, le dimanche suivant, des rixes qui avaient éclaté au cours et après la 1" représentation ; que les mots aliquis alter s'appliquaient aux spectateurs qui injurieraient les acteurs et troubleraient Tordre. Les consuls ne voulurent pas se contenter de ces explications et exigèrent la révocation pure et simple de la criée (1).
Nous n'avons aucun détail sur la représentation qui eut lieu le dimanche suivant ; les entrepreneurs de spectacles n'émargent pas au budget ; pour qu'on s'occupe d'eux à l'hôtel de ville il faut des incidents comme ceux que nous venons de raconter. Notons cependant que la population ne peut se passer de la comédie, quelle que soit la situation économique. Ainsi en 1443, on fit très modestement la Caritat, la grande fête de jadis, parce que la récolte de 1442 avait été mauvaise, mais on ne renonça pas au divertissement à la mode (2).
(1) A. M., liasse I, n* 20. — Acte de Jacques Blanchet, notaire. Témoins: Pierre d'Aigrefeuille, bachelier es lois; Pierre Folchier et Jean Gaillard, savetiers ; Guillaume Chabanon, jurisconsulte.
(2) Délibération de 1443, la charité se fera, mais sans aumôme de pain, parce que Tannée est mauvaise.
En 1442, la charité n'eut pas lieu parce que la récolte avait été mauvaise.
Voici le budget municipal de 1461 :
Gages des consuls, 41 1.; traitement du clavaire, Guillaume Trugin, 12 1. ; traitement de l'horloger, Guillaume Manent, 4 1. 1/2 ; gardien du trésor de l'église, 4 1. 1/2 ; traitement du trompette, 25 sous ; sonneurs de cloches en temps d'orage, ou pour convoquer
En fouillant bien ne pourrait-on pas avoir des données moins vagues sur ces représentations tumultueuses de 1443, sur ces acteurs si hardis, sur ces spectateurs si chatouilleux. A-t-on sur la scène osé critiquer quelque noble, quelque moine. A-t-on parlé du Comte, du Baron ? Nous ne le croyons pas.
On aurait vite nommé les Alaisiensqui connaissent personnellement le Comte. On apprend de temps en temps que les revenus de la Comté sont sous séquestre, à la requête du Roi ; voilà tout ; il serait, en effet, extraordinaire que Louis de Beaufort-Canilhac ne s'associât pas aux
le conseil général, 20 sous ; secrétaire de la mairie, 31..
Gratifications annuelles accordées aux deux viguiers, 4 1.; à leurs greffiers, 3 1. Le viguier baronnial s'appelle Alexis Lozeran.
Pension annuelle servie à l'abbé de Cendras pour la concession des mines de charbon, 7 sous 1/2.
Sommes inscrites éventuellement : blé à acheter pour la Caritat, 30 1. ; draps pour les pauvres, 10 1. ; menus frais, 10 1.; barrières, 1 1..
Banquet des pomelaires le 31 décembre, 30 sous.
Etrennes données le 1" janvier aux concierges des châteaux, 5 ■ous.
Eclairage et torches, 40 sous.
10 sous aux prêtres de l'église paroissiale pour le de Fructu. En 1462, je vois 2 1. pour l'assesseur des consuls.
Enfin voici le budget complet de 14G3 (séance du conseil municipal du 31 mai 1403).
11 a été accordé au Roi à Béziers 114000 + 20000 4- 2000 -f 800, total 136800 ; la part d'Alais est de 515 1. 16 s. 16 d.
Dépenses communales, les mômes qu'en 1461 ; plus 20 1. 1. pour les estimateurs de l'estime moderne, et 2 1. t. pour les auditeurs des comptes.
Le conseil rappelle qu'en 1460, Guillaume de Laclause, aubergiste, a prêté de l'argent à la ville, qu'on lui a remis en gage lu V'-te en argent de Saint-Jean-Baptiste ; qu'en 1460, Antoine Boni a remboursé Laclause ; qu'il est dû encore à Boni pour solde 4 éeu» d'or et un gros. On vota en tout 9 deniers par livre d'estime. Le 11 juin, le recouvrement de cette taille est adjugée à Etienne Girard qui prolèvera comme traitement 25 1. 1.. Girard a pour caution. Bernard Boissior, boursier.
En janvier 1464, pour payer 133 1. 6 s. 8 d., on impose deux deniers.
révoltes des grands vassaux du pays qu'il habite. Le récit des intrigues du duc de Bourbon nous éloignerait trop de notre sujet; ainsi au commencement de Tannée 1437, la comté est saisie sub manu retjia. ; puis nous voyons la môme année, le 18 octobre, le bailli, Jean Jordan, informer les consuls que le Comte va prochainement venir prendre possession de sa seigneurie ; à la suite de cette communication, le conseil municipal vote cent moutons pour les frais de réception ; le Comte arrive le 22 novembre ; le crieur public enjoint à tous les chefs de famille de se rendre le dimanche 24 à l'église pour prêter serment. Le dimanche matin, les consuls montent au château et prient le viguier comtal d'avertir Mgr de Canilhac qu'il doit commencer parjurer de conserver les coutumes, statuts, libertés, privilèges et immunités de la ville ; leur insistance ne le surprendra pas ; il sait qu'il y a constamment des plaintes contre les agents seigneuriaux ; il faut espérer qu'en voyant le Comte prêter serment, on obtiendra de ses représentants plus de respect pour les franchises municipales. Le Comte étonné de cette attitude refusa de venir à l'église. Le 5 décembre, les consuls répondirent à une nouvelle sommation de jurer fidélité à leur vrai seigneur, qu'ils exigeaient qu'il fit comme ses prédécesseurs. Le Comte repartit pour le Pont-du-Chastel. Les Alaisiens avaient tenu bon ; lorsque le Roi était venu h Montpellier neuf mois avant, ils avaient obtenu de lui des lettres confirmant tous leurs privilèges (2 mars 1437).
L'année d'après, Arnaud de Saint-Félix, seigneur de Montpezat, sénéchal de Beaucaire, parla au Roi de ce conflit (11. En 1439, le 7 mai, les consuls se plaignirent de nouveau d'être troublés en leurs libertés par les seigneurs et leurs officiers.
(Il Le voyage du Roi en Languedoc, en 1438, n'a pas été signalé Parles historiens. Il résulte pourtant des actes que nous avons vu à Mais que le Roi était à Montpellier les 19 septembre et 16 octobre M38. Nous regrettons de ne pas avoir pris copie de ces pièces, ne pouvant croire, à l'époque où nous prenions nos notes, que ce voyage fut resté ignoré.
Les délibérations des années suivantes indiquent que la lutte continue entre les agents seigneuriaux et les habitants. Une séance du conseil du 19 juin 1442 est remplie de détails à ce sujet. Les seigneurs, y est-il dit, ne cessent de faire des criées contraires aux libertés (1). La crise devint encore plus aiguë quelques semaines après. On a vu plus haut que le 7 juillet, la souveraine cour du Parlement avait homologué la transaction intervenue entre les enfants Boucicaut et Louis de Beaufort, comte d'Alais, marquis de Canilhac. vicomte de La Motte, baron d'Anduze, Bagnols , Cornillon , Verfeuil, Salazac et Montclus. Le sénéchal envoya un commissaire mettre à exécution l'arrêt; le 10 août, ce commissaire vînt à Alais ; les consuls furent invités à assister a la cérémonie, mais dès qu'il* virent lo gouverneur Giron de Podio confier à un tiers les clefs de la porte du Pont-Vieux, ils protestèrent et se retirèrent (2) ; leur attitude fut déférée à qui de droit, et \&
(1) Délibération de 1442, f- 191 du registre :
Cum suis proclama tionibuspœnalibus... proclamationes novas et inconsuetas... pœnas excessivas apponendo... de die in diem.
Mais on ne nomme pas les coupables. Ce ne peut être le bailli ou le gouverneur, Jean Jourdan, car en avril 1440, la ville lui vota quarante moutons d'or pour les services qu'il avait rendus à l'époque où Rodigo était dans le pays, i?i présente patria.
Ce n'est pas non plus son lieutenant, Astorge Pierre Pons, seigneur de Cassagnoles et du Fcsc, car une foule d'actes témoignent qu'il jouit de la sympathie générale.
Quelques délibérations nous indiquent les principaux griefs des Alaisiens ; on accusait les officiers seigneuriaux de violer les articles 19 et 38 de la coutume.— Nullus habitator capi nec incarcerari débet nisi precedentibus bonis et legitimis informationibus et i}>sis prius per judicem curi,v dominorum ejusdem ville decretatis. — 11 n'y a pas lieu à l'action publique de injuriis s'il n'y a pas eu cotel trach et plag fach.
(2) 10 août 1442. Le droit que revendiquaient les consuls de garder les clefs des portes de la ville était incontestable. Ainsi le procès-verbal d'installation des consuls du 1° janvier 1439 (1440) porte qu'après la prédication de frère Pierre Arnaud, prieur des Dominicains, in quo sermon? fuit thema « ex operibus que fecerimus ««)«... 1, celui-ci a ouvert la lettre in qua coiitinebatur electio farta des consuls Jean Fabre, bachelier es droits, et Pierre Boni.
procès entre la ville et le Comte recommença ; nous n'avons pas à entrer dans tous les détails de la procédure ; il suffira de dire qu'un arrôt provisoire rendu en 14 -45 fut frappé d'appel, et qu'en 1447 la sentence définitive fut communiquée aux Alaisiens par Giron de Podio. La ville ne voulait pas se soumettre ; le gouverneur eut beau dire que le Roi avait donné raison au Comte ; on prit copie de l'arrêt et on alla à Avignon consulter un jurisconsulte en renom , Jacques d'Orliac. Celui-ci, après avoir étudié le dossier, donna aux Alaisiens un bon conseil ; c'était de partir pour l'Auvergne, et là, de s'entendre amiablement avec leur puissant seigneur. Les consuls n'osaient pas tenter cetto démarche ; on était en hiver, les chemins étaient mauvais ! Giron de Podio patienta ; mais lorsque l'été arriva, il les prévint que le Comte avait envoyé des instructions menaçantes. Le premier et le second consul se décidèrent à partir (juin 1447).
Les rapports entre la ville et Gui Pelet sont moins tendus.
Le baron est triste ; bien qu'il se soit marié trois fois, il n'a eu que des filles ; la première, Antoinette, il l'a donnée à Jean de Châteauneuf de Randon, mais gendre et beaupère vivent en mésintelligence; les Châteauneuf de Randon
bourgeois, pour le Comte, et d'Etienne Marcilhet, notaire et Phi» lippe Massayre, apothicaire, de la part de Gui Felet ; consuls anciens et nouveaux se sont rendus à la mairie, et ibidem consules antiqui consulibus modem is tradiderunt claves portalium dicte ville
Or les délibérations de 1440 sont des mieux rédigées ; ainsi lisons celle du 12 avril 1440:
Et explicato per dictos consules que nuperfuit mandatum consilium teneri in civitate Narbone pro resistendo gentibus amorum in patria Carcassone discurrentibus, in quoquidem consilio fuit facta certa indictio, cujusquidem indictionis cota et portio lanypns présentera villarn A. ascendit centum libras minus duobus solidis...; c'est clair, net.
La délibération du !•* janvier 1440 a donc une grande valeur juridique. Mais les Alaisiens avaient tort dans la question de la forme du serment. L'arrêt du conseil du Roi était à ce point de vue irréprochable.
ont été dépouillés par le Roi de leur terre comme complices des Anglais; le 15 septembre 1441, il marie la cadette avec Philippe de Panât, frère du vicomte de Pierrebrune ; le contrat de mariage contient donation par Gui Pelet à sa fille de tous ses biens présents et à venir, sous réserve de l'usufruit au profit du donateur et de sa femme, Marquise de Châteauneuf; Pelet impose à son gendre l'obligation d'habiter Alais ; lorsque le beau-père sera mort, Philippe prendra le nom de Pelet et transmettra à son premier enfant mâle un nom et un blason couverts de tant de gloire à l'époque des croisades. Panât a une dot assez modeste, cinq mille moutons d'or (3750 1. 1.) que son frère Louis s'engage à verser entre les mains de Gui Pelet, -jô" le 1er novembre , -jq- à la Saint-Hilaire 1442, et le surplus en douze annuités d'environ 200 moutons ; Philippe qui n'a pas encore acheté la parure de sa fiancée en déduira le coût de ladite somme de 5000 moutons (1).
La ville d'Alais fait un petit cadeau aux nouveaux mariés, 25 moutons, grate et liberaliter, propter intimum amorem quem dicta universitas habet erga dictum dominum Guidonem (2).
Philippe de Panât n'engendra lui aussi que des filles : Jeanne, mariée en 1473 avec Bompard de Latge, sieur de Cournon, et Louise qui se fit religieuse.
Gui Pclct mourut au commencement de l'année 1446 ; ses deux gendres possédèrent indivisément la baronnie d'Alais.
Un lundi, le 25 février 1454, Jean de Châteauneuf de Randon, chevalier, et Philippe de Panât, écuyer, en leur
(1) Doc. justif. n° XL, où il y a lieu de rectifier Petrabonna par Pctrabruna. La donation faite en 1441 par Gui Pelet fut attaquée par la fille déshéritée ; le Parlement de Toulouse admit sa revendication et attribua à la veuve l'usufruit d'un huitième seulement. Nous ne nous expliquons pas pourquoi les enfants de Raimond Pelet, sieur de laVérune, ne réclamèrent pas le bénéfice de la substitution contenue à leur profit dans le testament de B. Pelet (voir p. 145). Elzias ou Alcias Pelet, sieur de la Vérune, est en 1468 bnilli de Sauve pour révoque de Maguelonnc,
(2) Délibér. d'août 1442, (• 193, verso (acte d'Etienne Marcilhet).
qualité d'héritiers de Gui Pelet, prenant le titre de seigneurs d'Alais et de Connillères, se crurent en droit de publier une longue ordonnance de police :
I. Il est défendu de blasphémer le nom de Dieu et ceux des saints. Les contrevenants encourront une amende de 10 1. t. ; les récidivistes seront mis au carcan ; à la troisième contravention, on leur percera la langue avec un fer rouge.
II. Le port d'armes est prohibé; l'amende est de 10 sous si c'est le jour, et plus forte si c'est la nuit, outre la confiscation des armes.
III. Quiconque injuriera les sergents et les curiaux de la cour seigneuriale sera passible d'une amende de 10 1. 1.
IV. Les femmes de mauvaise vie ne doivent pas sortir du quartier qui leur est assigné, à peine d'une amende de 101. t. et de la confiscation de la robe qu'elles porteront au moment où elles seront trouvées en contravention.
V. Nul ne doit s'immiscer dans la perception des droits de leude ; le vendeur doit lui-même payer la leude au leudier, sans s'en rapporter à l'acheteur; s'il part sans payer, il encourra une amende de 10 1.
VI. Les revendeurs qui oseraient falsifier les* marchandises, mêler du bon vin avec du mauvais, par exemple, encourront cent sous d'amende, outre la confiscation des marchandises.
VII. Les boulangers et les boulangères ne doivent mettre regrès au pain qu'après l'avoir coupé.
VIII. Les bouchers ne doivent débiter que de la bonne viande ; la vente de la chair des boucs et des chèvres est interdite à la boucherie, au mazel ; elle ne peut se faire qu'aux endroits à ce indiqués par les us.
IX. Les rues encombrées de fumier devront en être débarrassées dans la huitaine ; on rappelle que le fumier doit être transporté en ville couvert ; on ne perdra pas surtout de vue qu'il y a un lieu spécialement affecté au dépôt des cadavres des animaux.
X. Les fabricants de chandelles se conformeront aux anciens règlements, soit pour la situation de leurs établissements, soit pour la confection des chandelles.
XI. Afin d'empêcher la hausse des grains, ceux qui en détiennent actuellement plus que ce qui est nécessaire à leur provision doivent en faire la déclaration soit au viguier comtal , Pierre Boni , soit au viguier baronnial, Pierre Bilhot, dans les quatre jours qui suivront la publication de cette ordonnance, à peine de confiscation des blés, sans que la peine puisse être réduite.
XII. On rappelle aux habitants d'Alais qu'il est défendu d'assigner un laïque à la cour spirituelle pour des affaires qui ressortent de la juridiction seigneuriale ordinaire.
XIII. Tout individu ayant exercé une tutelle depuis 15 ans environ, devra rendre ses comptes en justice dans la quinzaine.
XIV. Défense de jeter de la chaux vive dans le Gardon, et surtout depuis le moulin de Gournier jusqu'au gas du Gardonot. Les pêcheurs qui empoisonneraient la rivière seront punis très sévèrement.
XV. Que personne ne s'avise d'avoir une concubine; toute contravention sera punie d'une amende de 25 livres ; celui qui ne pourra pas payer courra nu au milieu de la ville.
XVI. Les bouchers et les boulangers doivent, avant d'ouvrir boutique, prêter le serment professionnel porté par les statuts, à peine de 60 sols d'amende.
Les consuls attaquèrent cette ordonnance, d'abord parce qu'elle avait été publiée un lundi, jour de marché, ce qui était contraire disaient-ils, aux us et coutumes ; et secondement parce qu'elle appliquait à certains délits des peines trop sévères.
Les viguiers demandèrent aux consuls de préciser les criées qui leur paraissaient inconstitutionnelles ; le comte devait venir prochainement à Alais ; on lui soumettrait les réclamations de la ville.
Le 07 mars, le comte déclara révoquer les criées : les deux barons en axaient déjà fait autant.
Les coutumes de ICOOet de 1217 ne contenaient rien sur la répression du blasphème, sur le port d'armes, sur une foule de points don; il était question dans cette ordonnance de poi.ee. KUes n'avaient pas prévu un tel relâchement des mœurs.
Les prostituées trouvent môme en dehors de la rue Saint- Germain et de la rue des Bains des propriétaires qui leur louent des chambres. Les enfants naturels sont nombreux ; que voulez-vous ? les nobles imitent le Roi ; les bourgeois imitent les nobles ! Antoinette de Turenne, comtesse d'Alais, parle des bâtards de son père comme de ses parents légitimes ! Il y a même maintenant des enfants abandonnés, fait inouï, à tel point qu'on ne connaît pas de loi qui règle à la charge de qui est leur entretien ! En 1440, un enfant a été déposé devant la porte des Frères mineurs ; le conseil a pitié de lui ; on le confie à une nourrice, mais lorsque la nourrice se plaint de ne pas être payée, le conseil prie les consuls d'étudier si cette dépense n'incombe pas au précepteur de l'hôpital de Saint- Antoine. Un mois de nourrice coûte quinze sous (1459), et il est d'usage de traiter pour quinze mois ! En 1462, un enfant est déposé devant le couvent des Frères prêcheurs ; le conseil municipal refuse de subvenir à sa nourriture, car le couvent, dit la délibération, est sis dans la juridiction de Soucanton, et non dans la paroisse de Saint-Jean d'Alais ! L'autorité paternelle n'est plus respectée comme jadis. Nous ne pouvons citer tous les actes ; mais parcourons le testament de Pierre Bilhot du 3 avril 1436. Il ne lègue que cinq sous à son fils Raymond, car il lui a déjà donné 700 moutons d'or, et il n'a pas été récompensé de tant de sacrifices ; malgré tant d'argent noluerit stars sub mea. potestate et regimine, née adhuc vult facere, sed semper plures ingratitudines fecit et opportuerit posN dam ad pacem et tranquillitatem habendas cum dicto R. Bilhot, per modum conventionis me obligare pênes dietum R. filium meum, ad sibi solvendum usque infra mensem présentera de proprio in centum mutones auri, et sub pœna viginti et quinque marcarwn argenti... (1)
(1) Acte Bernard de Vilas, notaire à Sauve. Pierre Bilhot, aîné, d'Alais, institua par le même acte héritier son fils Pierre, époux Jacqueline Capdur, pour n'en jouir qu'au décès de sa femme, Jacquette Puechaut, sœur de Bernard Puechaut, prêtre. Notez que Pierre Bilhot a été consul, député...
Nous avons reproduit dans le précédent volume les ordonnances faites en 1295 pour l'élection des consuls et l'organisation du conseil municipal ; elles ont été si sagement combinées qu'elles subsistent encore presque intégralement au milieu du XVe siècle. La veille du 1er janvier le conseil est convoqué pour procéder à l'élection des quatre consuls qui entreront le lendemain en fonctions. Quatre pommeaux en cire sont préparés ; ils contiennent une petite maille en argent ; on en met deux dans un plat, et deux dans un autre plat ; puis on fabrique douze autres pommeaux de même poids, de môme forme, où il n'y a que de la cire. On prend ensuite ces douze pommeaux et on en met six dans chaque plat: chaque plat contient alors huit pommeaux dont deux bons. Le premier plat s'appelle le plat du comte, le deuxième le plat du baron ; voyons à qui on va remettre les pommeaux.
Le premier consul ancien, c'est-à-dire n'étant plus consul depuis un an, en prend un ; le tiers (3e) consul de la même année un autre; le chef de l'échelle des bourgeois, celui de l'échelle des drapiers, celui de l'échelle des canabassiers s'avancent successivement et lèvent pommeau ; le 6* pommeau est pris par une personne désignée par les consuls modernes ; le 7e et le 8e reviennent au chef de l'échelle des laboureurs et h celui de l'échelle des bouchers. Inutile d'ajouter que chacun s'est empressé d'ouvrir son pommeau afin de s'assurer s'il était bon. Les bons peuvent échoir quelquefois à ceux qui ont tiré les derniers.
On apporte le second plat. Le second et le quart (4e) consuls anciens lèvent chacun un pommeau ; les six autres pommeaux sont attribués à l'échelle des aubergistes, à celle des cuiratiers, à celle des tisserands, h celle des orgiers, à celle des fabres (forgerons, serruriers, maréchaux, couteliers) enfin à celle des menuisiers, maçons, meuniers et barbiers. La séance est levée.
Les quatre personnes qui ont levé bon pommeau restent seules, après avoir juré cependant devant tout le conseil de ne consulter que leur conscience dans le choix qu'elles vont faire des futurs consuls ; si elles n'arrivent pas à s'entendre, ce qui est très rare, elles démissionnent et on
convoque de nouveau le conseil qui procède comme la première fois. Nous pouvons d'ores et déjà noter quelques changements survenus depuis 1295. En 1295, les consuls anciens avaient quatre pommeaux, et les consuls modernes, deux ; il n'y a plus maintenant que cinq pommeaux de grâce. Les bourgeois et les aubergistes n'avaient ensemble qu'un pommeau ; ils en ont deux en 1450. La troisième échelle, qui comprenait autrefois les notaires, les médecins, les apothicaires, les épiciers, a disparu ; la plupart de ceux qui en faisaient partie ont sans doute voulu s'alliera l'échelle des bourgeois ou à celle des drapiers, le mot drapier tendant à vouloir dire marchand notable. La quatrième échelle de 1295 s'est dédoublée comme la première ; canabassiers et orgiers ont fait divorce, ce qui était assez naturel. Enfin, cinq échelles ont su conserver tous leurs anciens droits sans altération : travailleurs de terre, travailleurs avec le marteau, travailleurs avec la navette, bouchers et cuiratiers.
L'organisation du corps électoral au 1er degré contient encore des vices saillants. Menuisiers, maçons, meuniers, barbiers, n'ayant qu'une voix le 31 décembre, font mauvais ménage ; on a bien essayé d'améliorer cette situation ; en 1433, il fut décidé que celui qui lèverait pommeau serait choisi une année par les ouvriers du bâtiment (maçons et menuisiers), et l'année suivante, par les barbiers et les meuniers. Cette demi-mesure était insuffisante ; le 31 décembre 1465, il y eut conflit entre les meuniers d'un côté et les trois autres corporations liguées contre eux. Le conseil décida que l'année prochaine les meuniers lèveraient pommeau ! Les meuniers n'étaient pas sympathiques ; ils avaient la réputation de ne pas se contenter du droit de mouture. Le jour du vote on le leur faisait sentir.
Les contestations touchant la préséance entre les échel les se manifestaient dans les cérémonies religieuses extérieures, aux processions par exemple ; les chefs ecclésiastiques exigeaient l'observation des coutumes anciennes. Bourgeois, drapiers, canabassiers, aubergistes et bâtiers, savetiers, fabres, laboureurs, orgiers, tisserands, bouchers, maçons et menuisiers avaient du reste un rang dé-
terminé qu'ils tenaient à conserver, fallût-il employer les coups de poing.
Revenons aux quatre électeurs du second degré ; l'habitude s'est introduite de commencer les opérations par un bon repas payé par la commune ! Dès qu'ils se sont mis d'accord, ils écrivent sur un petit morceau de papier les noms des quatre consuls qu'ils ont choisis ; le pli est scellé, déposé dans le coffre-fort municipal. La loi leur impose le secret le plus absolu sur les propos échangés entre eux. Le lendemain matin, le pli est repris par eux et confié au prédicateur. Gelui-ci l'ouvre, en donne lecture et prononce une allocution appropriée aux circonstances. Ainsi le dominicain, qui était en chaire le 1er janvier 1440, prit pour texte de son prône le passage des Livres saints où il est dit que nous serons jugés d'après nos œuvres. L'allocution finie, la messe continue ; les nouveaux consuls se rendent ensuite à la chapelle de la Sainte-Croix ; l'officiant leur présente un manuscrit tout enluminé, où à la première page on lit les mots de Sede majestatis, et où est peint Dieu le Père assis sur son trône céleste ; la main sur cet image, ils prêtent serment d'après une formule adoptée depuis des siècles.
Les nouveaux consuls, escortés par la foule, vont ensuite à l'hôtel de ville, prêtent encore serment, et s'assoient au banc consulaire, banc un peu plus haut que les bancs réservés aux simples conseillers ; mis en possession des archives, des clefs de la ville, revêtus du chaperon, les voilà officiellement installés, les voilà sous la sauvegarde spéciale du roi. Malheur à qui les injurierait!
Après midi, ils iront en grande pompe présenter leurs hommages au comte, aux barons, ou à leurs représentants officiels. (1)
(1) Anno domini 1449 (1450) et die prima menais januarii fuerunt publicati et nominati coconsules pro anno venienti die présent! incipiendo per venerabilem virum dominum Johannem Martin près* byterum, dudum rectorem scolarum dicte ville, facto per eum sermone in ecclesia parrochiali 6' Ju de Alesto in loco consueto et servatis sollempnitatibus in talibue observari consuetls, videlicet
La composition du conseil n'a subi aucune modification depuis 150 ans.
En 1434 les aubergistes se permirent de présenter quatre conseillers; les statuts de 1294 portaient : aubergistes, bâtiers et sauniers auront ensemble trois sièges au conseil. Imbert Namy, époux Mialet Marguerite, Bernard Atgier, Jean Michel et Etienne Rieu avaient-ils espéré que leur tentative passerait inaperçue ? Le conseil pourtant
pro parte domini Comitis A. 8tephanus Capitisduri, senior, et Joh. Micaélis, et pro parte dominorum contendentium de terra domini Guidonis Peleti, condam militis, A. domini, Bernardus Guiraud et Andréas Casserolis, de quaquidem publicatione supradicta consules anni preteriti petierunt instrumentum. Deinde eadem die, dicta et celebrata missa majori, ...consules antiqui et moderni cum pluribus aliis accesserunt ad domum consulatus dicte ville et ibidem dicti consules antiqui de regimine dicte ville et universitatis se disvestiverunt et dictos consules modernos investiverunt per traditionem clavium portalium dicte ville et librorum extime, consuetudinum et aliorum bonorum dicte universitatis infra dictam domum existentium. ...
Voici la. délibération du 11 janvier lk50 sur les élections.
Explicato per dictos dominos consules que annis singulis ultima mensis decembris oritur aliquod debatum inter scalas sive mes te ria dicte ville in levando pomellos qui iiunt super electionem novorum consul um et que ad cvitandum dictum debatum erat bonum
et utile dicte ville et singularibus ejusdem que fieret aliquis
supra modo levandi ab inde inanthea... Consules et consiliarii... inter se pluribus verbis, opinionibus... omnes unanimiter et concorditer concluserunt et ordinaverunt que ab inde inanthea pomelli annis singulls leventur per modum infrascriptum :
1* De prima escudella in qua ponuntur octo pomelli cere scilicet duo boni et sex alii... consules qui fuerunt anno tune preterito ex parte domini Comitis lèvent primum et secundum pomellos.
Item scala dominorum burgensium alterum poraellum.
Item scala draperiorum quartum pomellum.
Item scala canabasseriorum quintum pomellum.
Item electus et nominatus per gratiam consulum sextum pomellum.
Item scala laboratorum septimum pomellum.
Item scala macellariorum octavum pomellum dicte prime scudelle.
Item de secunda scudella in qua etiam reponantur alii octo pomelli
n'hésita pas ; les consuls suspendirent la séance. On ne mettra rien aux voix, ajouta le premier consul, tant qu'un des quatre susnommés ne sortira pas ; aucun extraneus ne doit assister au conseil. En même temps le concierge était allé quérir le viguier comtal, Louis de Caussargues, qui enjoignit à Kieu de sortir de la salle à peine, en cas de refus, d'une amende de 10 livres tournois. Etienne Rieu quitta le banc, en soutenant avec aplomb que les aubergistes avaient droit à quatre places. Et certes Etienne Kieu n'était pas le premier venu ; son logis à l'enseigne de la Croix pouvait recevoir au moins 30 chevaux ! Qu'importe ! Le premier devoir des consuls est de faire respecter par tout le monde, sans exception, les statuts et coutumes de la ville.
Le 11 mai 1464, Louis Nynart, trésorier royal de Toulouse, commissaire spécial au fait des acquisitions et consulats, vint à Alais et demanda si la ville avait consulat, marchés, foires, libertés ou privilèges. Les consuls répondirent affirmativement. L'origine du consulat se perdait dans la nuit des temps ; le droit d'avoir un marché le lundi de chaque semaine s'appuyait sur des traditions plusieurs fois séculaires ; les foires avaient été accordées en 1434 ; fixées d'abord à la Saint-Georges et à la Sainte-Eulalie, elle ne furent pas de suite situate nec imposite ; la ville de Saint-Ambroix par jalousie poursuivit en justice la révo-
cere, que alii duo consules antiqui electi pro parte dominorum Alesti lèvent duos primos pomellos.
Item scala al berge rioruni tertium pomellum.
Item scala coyrateriorum quartum pomellum.
Item scala texeriorum quintum pomellum.
Item scala orgeriorum sextum pomellum.
Item scala fabrorum septimum pomellum.
Item scala fusteriorum, barberiorum et peyreriorum octavum pomellum.
Quamquidem ordinationem dicti domini consules et consiliarii teneri et observari voluerunt perpetuo per se et suos successores et de eadem petierunt instrumentum.
(Acte de Jacques Blanchet, notaire royal, aux archives de la Mairie).
cation de ce don royal ; mais en décembre 1439, son opposition fut rejetée. L'insécurité des routes empêcha d'envoyer immédiatement à Paris l'argent demandé pour l'expédition par la Cour des comptes des lettres-patentes ; en 1442, un négociant de Nevers, appelé par ses affaires à Paris, offrit de faire les démarches et les avances nécessaires ; le conseil municipal accepta ; en 1445, tout a été payé (1) ; les lettres-patentes portent que la ville aura deux foires de huit jours, Tune le 5 août, et l'autre le 10 décembre, et deux retours de foire (retronundinas) de quatre jours, les 24 août et 17 janvier. La foire de Saint-Georges a été remplacée par la foire de Saint Dominique (5 août), à la requête probablement des Alaisiens eux-mêmes ; en tous cas, les archives contiennent les lettres-patentes de décembre 1439, revêtues du sceau royal en cire verte, et du sceau pendent les lacs de soie rouge et verte ; l'attache du sénéchal à ces lettres est du 12 novembre 1445.
Le 3 août 1446 Thomas Finot ou Ferut?, roi et maître des merciers pour le Languedoc et l'Aquitaine, est venu ici avec son lieutenant, Jean Le Galoys, assigner, de concert avec les viguiers et les consuls, l'emplacement réservé à l'étalage de chaque espèce de marchandises (2). Les bou-
(1) Délibérations de 1442 et 1445, C'est aussi probablement à l'obtention des foires que se rapporte la quittance du 6 août 1445, faite par Guillaume Dumas, marchand à Paris, aux consuls, de cent moutons d'or et deux sous pour certain argent pris en change à Paris (acte Jean Constans, notaire).
(2) Emplacements affectés à chaque métier pour les foires de 8aint-Dominique et de Sainte-Eulalie :
1. Aux merciers de la ville ou du dehors, la rue droite depuis la maison de Béatrix Bertrand, veuve Rey Etienne, et la maison de Jacques Vachier jusqu'au coin de la maison du consul, Jean Bruguière, marchand, et l'immeuble dépendant de l'hoirie Raymond 8alayron.
2. Aux drapiers, chaussetiers et canabassiers de la ville, même rue, après les merciers, en se dirigeant vers le coin de la maison d'Etienne Capdur et celle de Pierre Salvayre : on ne fixe pas la limite qu'ils ne devront pas dépasser, car ils prendront tout le large qu'ils voudront.
3. Aux drapiers, chaussetiers et canabassiers du dehors, le res-
ti qui ers, nous ne devons pas le cacher, ne sont pas tous satisfaits du travail du roi des merciers ; la gent mercantile s'accorde à reconnaître que plus on est éloigné de la place du Marché, plus les acheteurs se font rares. Les gens du quartier de Bertolle voudraient que la foire des bestiaux se tint alternativement à Bertolle et au Pont- Vieux. Les marchands Alaisienp souhaiteraient, pour écraser leurs
tant de la rue droite en allant vers le Pont- Vieux.
4. Marchands apportant ferrentiam ? toujours dans la même rue, après les marchands cités au paragraphe 3.
5. Pélissiers. (Je dois noter que Jean Le Galoys était alors pelletier à Alais).